SCENE
Oiseau-Rot, EsPRIT-VOYAGEUR, LE JONGLEUR,
PIERRE, WaAPISTAN (marle), ANnsux (loutre), OTCHIMASKUEO (reine).
“Pierre (faisant. semblant d'entrer).—Tiens ! Vous v'la encore après faire les paresseux !.. et vos femmes... elles travaillent tant qu’elles peuvent, font:tout l'ouvrage ! Eh !.. mon Dieu, c'est ben toujours vous autres.
ne Bt
Oiseau-Ror.—Ben Pierre! As-tu des rouvelles aujourd'hui ?
IERRE.—Qui!... une bonne...
Oiseau-Ror.—Quoi donc ?
PIERRE. —Eh ben! wne’chose que vous ne savez pas, c'est. que là-bas ondit que vous êtes des rangés-bon-t:mps.
OisEAU-Ror.—N importe que ça les dérange !
. Nous, Ca fait notre affaire, ca nous arrange. Et pis ça l’arrange-ti, ça Pierre ?
PIERRE. — Il faut ben... d’ailleurs vous savez ben que je suis votre ami, et que je suis content
uand vous l’êtes tous ensemble, comme à c'te
leure. Ecoutez !... j’ai une autre nouvelle.
Ots£au-Ror.—E£Æh ben !
PIERRE.— C’est une grande peur que j'ai eue, ce matin, lorsque je passais à la tête du grand
rapide, là-bas.
OisEaAu-Rot.—Oui ! c’est du nouveau... nous avoir jamais peur. Mais qu'est-ce qui t'a fait peur | : PIERRE.—-J'ai vu toutes ces provisions que vous avez laissées là-bas, et je me suis dit : pourquoi ont-ils laissé cela là ? ben certain que ça va être volé ! et j'ai eu peur qu'en effet ce malheur vous arrive, et j'ai encore peur.
Oisgau-Ror.—Ah ben, par exemple, tais-toi, Pierre... Vraiment tu ne connais pas une chose.
PIERRE. —Quoi ce que c’est ?
: OisBau-Roi.—Sais-tu pourquoi nous pas-avoir de: troubles là-dessus? < , Pisrre.—{C'est ce que je veux savoir.
“QisEAu-Ror.—Eh ben! ‘dans cette placelà, it ne passe que des sauvages, jamais on n’y voit
ss
de blancs, excepté toi qui nous as toujours paru bon garçon. | | décé Prenre.—Beau compliment pour les blanes !
OiséAu-Ror.—En effette, ce sont eux quinous volent et qui font toutes sortes de mauvaises choses que nous ne connaissons pas. |
PIERRE. — "T'as ben raison, Oiseau-Roi.
WapisTAn (pendant le dialogue précédent, elle aura été occupée à laver. Elle court vers Mauvais Esprit, qui ). — Hé !; ;.. Meuvais-Esprit, (£lle le pousse, et 4 continue à | comme. si rien n'était), viens donc aider à. moi à retordre ce linge-là, moi être ben fatiguée, moi n’en peut plus. (Les regardant tous) vous êtes ben chanceux,
vivre comme Ça.
Mauvais-EspriT.—Wapistan, viens pas me
tanner, hen!.., ({/ continue à fumer.)
ANSUK (faisant sa toilette).—Otchimaskueo. . . as-tu quelque chose à donner à moi pour manger?... j'ai faim!
OTCHIMASKUEO.—Ausuk, si t'as tant faim,
urquoi ne te mets-tu pas en:train de m'aider.
Elle aperçoit des gibiers venir, elle saute vers Esprit Voyageur qui fait le dormeur, et elle le pousse.) Eh! Esprit-Voyageur, . de gros t'oiseaux viennent de là-bas !... vite ton fusil!., vite les tirer. Dépêche-toi donc, paresseux,... oh!
qu'on va faire quette chose de bon à manger !..
Esprir-VoyAGeuR (/aisant semblant de se réveiller) .—Laisse-les donc aller.. on vain de ben manger là!.. On a ti encore pour demain ? Si alors pas assez, eh ben ! nous irons à la chasse... C'est bon dormir hen!.. (2{ fait encore semblant de dormir.) RE 6
ds: Didiss
PrerRe.—Ah ! Ah! Ah!... mais c’est-ti vrai que vous laissez tous passer cette chance-là ? :.Oisgau-Ror.—Cela ne fait rien !.. Dans les temps durs, on est ben accoutumé à la misère. Les Lun qu'Ottaouais envoient icitte sont loin, allez, de nous donner le strict nécessaire.
À P1ERRE.—ÎIls doivent vous nourrir comme il aut.
OisEAu-Roi.—Au contraire, c’est du bœuf pourri, du pain noir et mouzi qu'ils nous donnent pour que nous ne crevions pas de faim.
EspriT- VOYAGEUR (se réveillant).—C'est nas encore toute !... nous trouvons qu’il est ben dur d’avoir du tabac. 4 . :'MAuVAIS-ESPRIT.—Et ‘pis !... comme c’est difficile aussi d’avoir l’eau de feu !... hou...’le whisky. | |
ESPRIT-VOYAGEUR.—Oh! toi,.pas parler à moi de bouisky,... moi avoir la gorge sèche !.… c'est si bon !.
LE JoNGLEUR (il se frappe le bras, il dit qu'il appelle le Matshimanitou (le mauvais-esprit); 2 produit un certain son avec sa bouche et affirme que Matshimanitou lui apparait.)
TOUS LES AUTRES SAUVAGES (remplis de frayeur). —Qu'il nous tue pas! Oh! qu’il nous tue pas ! prenez garde | Le JONGLEUR (paraissant mystérieux). —Wapistan, croyez-moi, Matshimanitou me dit de vous dire que vous devriez aller chercher dans le lac, là-bas, un peu d’eau.et en boire, pour vous guérir, si demain vous êtes malade à cause de la dure journée que vous faites aujourd’hui. Matshimanitou me dit de vous dire, à tous vous autres, qu'il va arriver un malheur à notre chef et que les blancs vont nous causer ben des misères.
PieRRE (se éournant comme pour parler. à l'auditoire seul).—Mon Dieu! qu'ils sont bêtes !'ils croient tout ça; et quand ça s’adonne ils croient ces folies encore 'benplus fort ! (Z/ sort.)