‹ Riel [microforme]Chapitre 67 sur 86 · L. O. Davin.—C'est bien ce qu'ils méritent · texte numérisé non relu

L. O. Davin.—C'est bien ce qu'ils méritent

uisqu’ils sont des oppresseurs et des tyrans. Mais n'oubliez pas que Riel a jeté la terreur dans

la nation anglaise, et c’est pourquoi elle ne lui

ardonnera jamais. Jeanne d'Arc, la vierge F'Orléans, a élé condamnée à être dévorée par les flammes sur ua bûcher, pour avoir épouvanté une armée anglaise. Le grand Napoléon, la terreur de l’Euçope, après avoir commandé aux empereurs el aux rois du monde, vint demander l’hospitalité au peuple anglais. Eanemi de la France et des Bonapartes, l'Angleterre a conduit à l'océan le potentat déchu, l’a enfermé à l’île Ste-Hélène et l’a retenu jusqu’à son dernier soupir dans cet îlot pestilratiel. Avant

qu'il tombe, cet empereur avait fait trembler le

trône de la fière Albion, et toute terrifiée, elle n’a pu oublier ni pardonner.

Dumonr.—Malheur donc à ceux qui font peur à la nation britannique, qui se croit la race supérieure !

Dumas.—Mais, qui n’a pas honte de persécuter, d'opprimer, de tyranniser les nations plus faibles, comme l’Irlande, par exemple !

DumonT.—Le gouverneur général du Canada, de concert avec ses. ministres, a certainement le droit, au moins de fait, d’exercer la prérogative royale en maintenant ou en commuant une sentence de mort portée contre nn des sujets de Sa Gracieusè Majesté. Pourquoi envoient-ils tous ensemble Riel à l’échafaud, lorsque toutes les nations civilisées leur demandent de commuer la peine capitale à laquelle il est condamné si criminellement ?

L. O. Davin.—Je vous le dis: les ministres fédéraux sont les suppôts des loges orangistes.

DumonT.—Quoi! en signant l'arrêt de mort, . is savent qu'ils se font les instruments de la baine et des préjugés de ces sectaires barbares !

Dumas.—Et ils ne redoutent pos l’indignation du pays: car les orangistes ne sont pas les seuls qui conslituent l'électorat.

L. O. Davin.—Ils font leurs calculs et ils se figurent que la sécurité de leur portefeuille dépend des loges sanguinaires de l’orangisine, et voilà pourquoi le décret de mort vient d’être ‘expédié à Regina.

DuMonT.—Les trois ministres canadiens-français, Langevin, Chapleau et Carcu, ont donc consenti à livrer leur frère et leur race à la secte la plus diabolique et la plus. révolutionnaire quil y ait sur la terre. |

Dumas.-—-Mais) pour qui prennent-ils donc les Canadiens-Français qu’ils représentent au cabinet d'Ottawa? Comptent:ils sur l'impunité, après une irahison anssi dégradante ?

DumonrT.—Que lesprit et le cœur du peuple anglais soit si peu soucieux du sort de Riel, je me EApAQUE il est l'ennemi séculaire de tout ce qui est français et catho:ique. Que sir Jobn MacDonald et les loges orangistes veulent et ordonnent l'exécution de Riel, je peux en trouver uue raison, logique pour eux,.dans leur haine contre les franco-canadiens et leur sainte religion. Mais je ne peux me rendre compte comment Langevin, Chapleau et Caron ont pu se décider à livrer à l'ennemi leur sang, leur foi, leur nationalité.

Dumas.—Il faut qu’ils soient des traîtres et. des lâches !

. DumonT.—On peut pardonner à des ennemis, mais à des ches, à des traîtres, jamais !

Dumas.-—Si la province de Québec n'a pas perdu tout sentiment d'honneur et de dignité,

jamais elle n’accordera de pardon à ces trois vils ‘et misérables politiciens, qui l'ont trahie d’une manière si humiliante et si odieuse.

‘ L. O. Davin.—Pourtant, ils se font illusion au point de s’imaginer que leur basse et honteuse défection va être bientôt oubliée.

DumonT.—Sur quels motifs peuvent-ils s’ap-

uyer pour croire le peuple Canadien-Français ignorant et avili à ce point-là ?

Duxas.—Ils pensent que leurs talents et leur prestige vont leur permettre de remonter le courant de l’indignation populaire.

L. O. Davin.—Ils comptent surtout sur la calomnie.” Leur intention est de noircir la réputation de Riel tant qu’ils pourront. Pour en arriver là, leurs journaux commencent déjà à jouer le rôle de la plus perfide hypocrisie. Tout en manifestant un désir sincère de sauver la tête de Riel, ils ne cessent d’insinuer des choses propres à faire croire qu’il est un ce un meurtrier, un révolutionnaire, un rebelle, un homme vénal, etc.

DumonT.—Riel ! un homme capable de se vendre ! Porter une accusation aussi infernale et aussi contraire à la vérité, c’est une infamie! L'abnégation, le renoncement, le désintéressement, la vie de sacrifices, le patriotisme et l’héroïsme de Louis David Riel n’ont-ils pas brillé du plus vif éclat dans son refus des quatre millions de piastres que les fénians lui ont offerts,

eu après le soulèvement des métis français du

anitoba ? Ces qualités qui n’appartiennent à des hommes aussi augustes que Riel, n’ont-elles pas éclaté lorsque, après avoir tourné le dos à ces millions, il n’a pas hésité d’aller en face de l'ennemi pour la défense du pays ?

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Dumas.—Soutenir qu’un tel homme peut ou a voulu se vendre! Quelle audace! Quelle impue Quelle calomnie! Il m’est impossible

e concevoir que la méchanceté humaine soit assez grande pour attaquer ainsi le caractère d’un patriote comme Riel !

DumonT.—Ne vous a-t-il pas prouvé qu'il est : rempli de toutes ces vertus les plus sublimes, lorsqu'il a quitté le Montana à l'appel des métis de la Saskatchewan ? 3

Dumas.—Il a été loin de nous demander de l'argent, et il a traversé les lignes sans armes ni munitions, comme il le dit fui-même.

DumonrT.—Après qu’il eut été rendu au milieu de nous, n’a-t-on pas tenté de faire tomber son patriotisme devant des places, des emplois, des charges, des honneurs qu’on est venu lui offrir ?

Duxas.—Rien de cela n’a ébranlé Riel dans sa ferme résolution de servir son pays comme un véritable patriote. |

DumonT.—1Il est vrai, qu’il s’est adressé à des

ersonnes d'importance les sollicitant d'employer eur influence auprès du gouvernement pour lui

en obtenir une certaine somme d'argent.

Dumas. -- N’était-ce pas son droit, son affaire. et son devoir ? | Dumonr.—Certainement : car le cabinet fédéral lui doit plus, à titre d'’indemanité, que le montant qu'il aurait voulu avoir.

Duxas.—Les conditions qui scormpagnaient les sollicitations de Riel, sont loin d'indiquer qü'il voulait se vendre ou nous trahir. | DumonrT.—Rie! savait que dans le ministère d'Ottawa il avait affaire à un mauvais débiteur, et il ne lui était pas interdit d’user de tactique

ou de jouer de ruse pour arriver à attrapper quelqué chose el à DumAs.—Riel aurait une âine vénale, à cause de cela !

DumonT.—Riel ‘est un grand homme et un ‘ brave.”

* Dumas.—Et c'est un tel homme qu’on accuse de vénalité !

DumonT.—Estce que dans Riel ne se trouve pas le caractère le plus fortement trempé? Ne nous l'a-t-il pas prouvé à venir jusqu’aujourd'hui? ,

Dumas.—Un homme comme Riel n’a rien pour lui-même : tout pour sa patrie |

DumonrT. - En effet, si Riel a cherché à engager le gouvernement à lui restituer ce qui lui appartenait, ce n’était pas pour lui-même. Dans cet acte, Il y a une haute portée. que ses calomniateurs pervertis s’obstinent à ne pas voir : c’est la substitutior: de la plume à l'épée! ‘Riel avait en horreur l’action de tremper son épée dans le sang pour en faire jaillir la justice et le triomphé de notre cause. Son rêve était le journal

ui, à sé$ yeux, l’aurait mis en meilleure position pour combattre et repousser nos ennemis, voilà quel était son but!

Dumas.=æOn a l’audace d’appeler cela de la vénalité !' :

Dumont.—Oh'! politiciens fascinés ‘par l'or et qui véndéz votre conscience, accusez plutôt votre propre turpitude, plutôt que d'attaquer la réputation de ce brave et noble citoyen sans

défense, au pied du sinistre gibet sur lequel votré horitense lâcheté le condamne à mourir. | DumAs.—Pour le priver des sympaäthies de

tous ses compatriotes, on raceuse de plus d’être le meurtrier de Scott.

® DumonT.—Prétendent-ils que Scott n’a pas été condamné et mis à mort par un conseil de guerre sous le gouvérllement provisoire ? à

L. 0. Daviv.—Ils admettent cela, mais ils nient li légitimeté du gouvernement de Riel.

Dumont.—Ignorent-t-ils que cette légitimité à été reconnue par les ‘autorités impériales et pur les autorités canadiennes?,

L. O. Davin.—Ils le savent bien, mais il fiat calomnier pour sauter tes traîtres qui envoient Riel à l’échafaud.

Dumonr.—lis doivent être convaincus aussi que Riel n’avait aucun contrôle, aucun droit de vote ou de sanction relativement aux décisions du conseil de guerre, sous le gouvernement provisoire. Riel n’était que le président de ve nou-. veau gouvernement.

Dümas.—Il doit être établi à eux Comme à.

nous que Riel'a fait de son mieux pour empêcher Scott d'être fusillé ?

Dumonr.—Et après tout cela, on ose le regar- à der comme un ineurtrier !

L. O. Davin.--Les détracteurs ‘actuels de votre chef insinuent sournoisement qu'il est. responsable du massacre du Lac à la Grenouille.

DumonT.—Responsable de ve massacre | Com-.

ment ? Pourquoi ? Il a’ eu lieu à son insu ! Gros- Ours et sa bande seuls en sont les auteurs. Riel étaït à Batoche bien loin de'ses sauvages, n agent, ju aucune communication avec Eux. és

Dumas.—Refusent-ils de croire que ce sont certains employés du gouvernement qui doivent : être tenus responsables de ce déplorable désastre ?

DuuonT.— Est-ce que ces vilains calomniateurs ne connaissent pas que les sauvages ont été provoqués etirrités par ces employés-là qui les ont traités de la manière la plus brutale ?

Dumas.—Voilà des faii# indéniables et que l’histoire proclamera pour confondre la calomnie.

DumonT.—Riel n’est donc pas un homme vénal ni un meurtrier.

Duuas.-— 1l est loin aussi d’être un révolution naire et un rebelle.

.DumonT.—Ceux qui connaissent les causes de nos troubles sont bien persuadés que nous nous sommes défendus seulemeut contre les suppôts d’un gouvernement voleur et assassin.

Dumas.—On veut faire croire que Riel est un pie. N'y a-t-il pas là une malice satanique ?

DuMONT.—Tant de méchanceté pourrait-il se trouver dans le cœur humain! Il m'est impossible de le croire. Riel avec sa belle intelligence et son grand cœur a compris et senti mieux que d’autres, tout le mal que les ministres fédéraux ont fait et ont laissé faire dans le Nord-Ouest. À un moment donné, il devient surexité, et perdant l'équilibre de ses facultés mentales, il tombe dans des extravagances religieuses certainement dangereuses. Victime comme nous de tant de persécutions et d’injustices, il s’égare. Dans de telles circonstances, ne mérite-t-il. pas les sympathies de tous ceux qui savent penser et aimer ?

Dumas.—Oh! hommes méchants ! c’est donc un partipris, pour vous, de perdre Riel!

Demain, vous allez lui arracher la vie, mais, je vous le dis, vous ne le dépouillerez pas de son honneur !

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DumonT.—Vous accumulez toutes sortes de crimes sur la tête de Riel, ét vous voulez qu'il soit prune Pourquoi êtes-vous si sévères pour lui, ue vous savez que les vrais criminels sont sir John MacDonald et tous ses satellites ? Si vous étiez des gens honnêtes, vous devriez exiger que tous ces forbans politiques montent sur la potence, pour venger le pays des abominations saas nombre et inqualifiables dont ils le déshonorent. |

L. O. Davin.—Mes amis, ayez confiance ? Il 1° encore des hommes de cœur, qui sauront es mettre à la place et leur infliger les châtiments qu'ils méritent. (Ze sortent.)

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