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LES MÊMES, HONORABLE SÉNATEUR TAUDEL ET JEAN-BAPTISTE

TAuDEL.—Vous paraissez donc bien indigné, M. Dumont.

.: DUMONT.—=0h ! Je peux bien être souverainement indigné quand je vois tant dé conservatèurs canadiens-français déserter la cause nationale! Vous avez gagné notre er de l’autre jour.

Jamais je n'aurais pensé à un tel aplatissement dans un si grand nombre de ceux de notre sang! Se seraient-ils mis dans la tête, par hazard, que dans le mouvement du parti national il s’agit d’une guerre de race ? ne oh

TRUDEL.—Point du tout! Ils connaissent les

discours éloquents que les sommités politiques des deux partis ont prononcés devant une assemblée, tenne à Montréal pour protester contre la pendaison de Riel. Jls se FappéRent que l'hono-

rable M. Beaubien a dit: ‘ Ce mouvement est ‘“ unanime; nous voulons la justice et la liberté ‘‘ pour tous, même pour les orangistes qui veu- ‘ lent nous en priver.” Ils ne peuvent nier que l'honorable M. Mercier a faif tette noble déclaration : ‘‘ Il ne s’agit pas d’une guerre de natio- ‘€ nalité ; il s’agit d’une revendication de nos ‘* droits... il faut que la manifestation projeté

‘“ soit une protestation solennelle ralliant toute:

‘4 les opinions et toutes les nationalités.” Assurément ils ne peuvent prétendre que M. Edmond Lareau les a effrayés, lorsqu'il a dit: ‘ Nous ne ‘ voulons pas mettre en antagonisme les divers ‘t éléments nationaux du Canada.” Ces paroles de

M. F. À. Quinn n’ont certainement rien d’agressif: ‘ La question qui nous occupe n'intéresse ‘ pas seulement la race canadiznne-française, ‘ c’est une question national dans laquelle tout | ‘* canadien est intéressé, quelles que soient sa 4 foi religieuse et son origine.” L'honorable M. ‘ Laurier a parlé dans le même sens : ‘ Riel ‘6 est véritablement victime d’un meurtre judi- ‘ siaire, a-t-il dit, et il est du devoir des cana- ‘ diens de toute nationalité de voir à ce qu’un ‘ semblable meurtre ne soit pas répété.” M.

Cour:ol a déclaré franchement : ‘‘ Nous ne cher- ‘’chons pas une guerre de race : nous ne récla- ‘© mons qu'une chose : respect à notre race comme ‘“ elle respecte toutes les ‘autres races ; justice ‘“ égale pour tout le monde sur la terre du ‘6 Canada.” C'est ainsi que nous avons tous parlé. Dans lout ce que nous avons dit, il est impossible de découvrir le moindre esprit d’antagonisme contre les autres races. 11 en est de mêtné des écrits que les journaux français, appartenant aux deux partis politiques, ont publiés par rapport au mouvement national le plus légiime et le plus digne d’un peuple qui se considère libre et qui a conâCience de sa grandeur. Duuont.—Quelle est donc là cause de tant &r mr et de défections dans le parli conserve teur de à Trunez.—C'est la soif de l'or, l'ignorance et l'esprit de parti qui aveugle. he Dumonr.— Voilà, en effet, les causes qui dé:

gradent le parti con’ srvateur. :

Dumas.—Oui ! voilà le cancer, le chancre, le gangrène qui tue ce partit EU JEAN-BAPTIsTE.—Combien donc les conserva-

teurs nationaux ont du mérite:en s’appliquant;i courageusement À exlirper de ce parti ces agents marbides qui le, jettent dans le maraéme! .

| Dumonr.—Pour arriver à l'accomplissement de l'acte barbare de Regina, véritable honte nationale et insulte sanglante jetée à la figure de tout un. peuple, les ministres fédéraux ont ; eu recours à tous les moyens pour détourner le cou. raut de nos démonstrations populaires et patriotiques, pour neutraliser l'effet de notre agitation constitutionnelle et pour prévenir Îles protestations de toute/la députation canadienne-française. Après la consommation de leur crime, Sir John et ses collègues ont pensé qu'ils pourraient encore continuer Ja lourde chaîne qui devaii tenir dans l'esclavage, la province de Québec. Le News de Toronto considérait les canadiens-français comme des pourceaux,. et Le Mail se préparait à en faire une nouvelle conquête pour les réduire à leu juste valeur et les mettre à leur place, avec la guenille de leur drapeau. Des canadiens-français du parti conservateur se sont livrés d'eux-mêmes à. de tels ennemis qui les ont salis et les souillent encore avec la boue de leurs souliers, et en reconnaissance de cette bienveillaante réception, ils ont donné le baiser de Judas à leur race. Duuas.—0h ! qualle bassesse ! quelle honte quel abaissement ! C’en est donc fait de la nationalité d'origine française, en Canada ! | JEAN-BAPTISTE. —C'en aurait été fait de notre belle patrie, si la Providence n'eût:pas veillé sur eue i th aka .: DuMONT.—Oui, vous avez. raison, mon, ami Jean-Baptiste. Dans ces. circonstances critiques où le pays allaits’effronder dans l'abime, la Pro-

yidence a suscité un homme qui l’a sauvé ; c’est

vous, vaillant et noble compatriote, c'est vous, M.

le Sénateur Trudel.

Tauvec.—Mes chers amis, depuis le jour où nous avons été si ignominieusement souffletés sur le gibet de Regina, je n'ai cessé de, remplir mon journal de documents les plus écrasants, d'arguments les plus irréfutables, de preuves les plus péremptoires, pour démontrer que les fauteurs de désordres et de. révoltes, que les ennemis du droit et de la justice, de la paix, de la

rospérité et de la gloire, de notre pays, en 1869-

0 et en 1884 85, étaient le ministère fédéral lui-

même et ses employés subalternes dans le Nord

Ouest.

JEAN-BAPTISTE. —Je proclame hautement que, râce au concours-d’un certain nombre d’homines ‘intelligence et de cœur, vous avez arrêté. le

parti conservateur dans son œuvre de trahison et de destruction. | uMONT.—Les libéraux ont bien fait une lutte igantesque pour anéantir ce parli corrompu.

ais, peut-être que seuls leurs efforis n'auraieut pas abouti à faire disparaître les traîtres du parti de la corde, |

Duuas.—Pourquoi ?

Dumonr.—C'est parce que les libéraux sont

dans l’opposition et que beaucoup de conservateurs ne les auraient pas crus sincères, bien qu'ils l’étaient et le sont encore. sie

Jean-BAPTisTE.—Si je vous a vien compris dans votre journal, je crois que vous ne -voulez pas la disparition du parti conservatsur ni le triomphe du parti libéral, TaunEL.—]l faut bien comprendre dans quel

sens j'ai dirigé et je déploie encore toute mon énergie et tous mes efforts. Je veux séparer du parti conservateur ceux qui le corrompent et le perdent, je ne veux pas du tout son anéantissement.

Dumonr.— Vous faites précisément comme font les chirurgiens, qui, dans les cas de cancer ou de gangrène, relranchent la partie malade pour rendre la vie à leur patient.

TRuDEL.—C'est cela ! le parti conservateur est Comine mon patient. Je ne me tourne pas contre Jui, mais je ne tends qu’à le débarrasser de sa gangrène pour le ramener à la santé.

DumonT.—Agir ainsi n'est certainement pas tourner son capot ! Il faut avoir de la forte dé caractère comme vous, M. Trudel, pour travailler de celte manière dans l'intérêt de votre parti. .:

Dumas.—Je pense que le parti conservateur est trop enfoncé dans la corruption, pour que l'on puisse dorénavant en attendre quelque chose de bon.

Dumonr.—Je désire ardemment que le parti Hbéral le foule sous ses talons et en fasse disparaître jusqu'aux moindres vestiges.

JEAN-BAPTISTE.— Quant à moi, je renonce au parti des pendards et des crampons, el je me jette corps et âme dans les bras du parti libéral. Pénsez-vous, M. Trudel, qu'il soit possible de ramenr le parti conservateur à ses splendeurs premières. | |

: Dumonr.—Quelles splendeürs premières ? Sir John Macdonald ! un És pocrite! un traitrei le pire ennemi des Canadiens-Français, qu'il haït souverainement ! Les loges dé l’orangisme, dont il est le suppôt le plus fidèle et le plus actif ! Les

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