SCENE XVII
Dumas.
‘Dumas.—Mon cher Dumont, rêvez-vous ? Il
s'est écoulé bien des mois depuis ce temps-là, et de grands changements se sont opérés : Sir John
MacDonald s’est armé du fouet et a commandé
à ses partisans, O honte !.. Vous le savez, presque tous les membres canadiens-français du arti-conservateur, à l'exemple de presque tous
des journaux publiés en leur langue et considérés
comme organes de ce parti de la corde, ont courbé l’échine etse sont aplatis devant ce vieux chef et les loges orangistes, qui veulent les asservir et les tenir sous leur joug, comme un lot de pourceaux !.
DuuonrT.— C'est bien trop vrai. Le 14 octobre dernier, les élections ont eu lieu dans la province de Québec.et elles ne nous ont pas trouvé dix justes dans les rangs conservateurs !
Dumas.—0 oporobre pour la race canadiennefrançaise !
DumonT.—Mais honneur et gloire aux libéraux français ! Honneur et gloire surtout à La Vérité de Québec et à L’Etendard de Montréal ! Voyant cet asservissement de tant des nôtres sous le joug de l’orangisme, j'ai senti le besoin de me reporter au temps de toutes ces belles, nobles et encourageantes protestations que le crime de
‘Regina a fait éclater dans la province de Québec.
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Dumas.—Ah! qu'il fait bon d'y penser! .
… Dumonr.— Voyons donc, ensemble un instant, uelques extraits que ji faite alors des journaux rançais du Canada ? (Z1 sort des papiers.)
Allons! Za Minerve de Montréal: ‘ L'exécu- ‘“ tion de Louis Riel restera dans notre histoire ‘ comme une page noircie par une tache sinis- ‘“tre., C’en est fait des espérances de toute une ‘ race et de la pureté immaculée de notre blason ‘ national. Il n’a pu s’écouler 20 ans sans que ‘ le grand livre de la Confédération canadienne ‘t fût maculé d’une tache de sang. C'est avoir ‘ perdu bien.jeune sa beauté virginale.” ,
… Le Monde de Moniréal : ‘‘ Je proteste contre
# l'exécution de Louis Riel...., Sir John em-
“portera dans la tombe le déshonneur qui s’at-
‘ tache à son nom... Riel a été offert en holo- * causte, et l’orangisme l'a pendu, par haïne, {pour assouvir une vengeance déjà ancienne.” Presse de Montréal : ‘‘ Riel exécuté pas- ‘ sera au rang des martyrs... Il n’y a que, des ‘ patriotes et des traîtres., Le parti national et ‘“ celui de la corde.” | La Patrie de Montréal : ‘‘ Riel a été pendu... ‘« il paye de sa vie des haines que dix ans d’exil ‘ n’ont pu éteindre... Qu’ont donc fait les trois ‘‘ hommes que les canadiers avaient envoyés à. ‘ Ottawa pour les représenter, pour être. les dé- “€ fenseurs de leur nom, de leur foi et de leur ‘ race? Ils se sont donc, eux aussi, atrophiés ‘“au contact morbide de ce vieux mangeur de ‘6 Français qui a nom Sir John.” L'Etendard de Montréal: ‘‘ C'est parceque, ‘ dans la pendaison dé Riel, on ne recherche ni ‘‘ le triomphe de la justice, ni la vindication ÿ LR ?
‘ des lois, ni l’obéissance à l'autorité, mais seu- ‘é Jement le triomphe. insolent et férocé d'une ‘secte brutale et sanguinaire de de ETUEEDs “ qui. éntendent perpétuer ici, la tyrannie, lès “<süccessions de crimes, les persécutions, toutes ‘sortes d’infamies qui feront la honte éternelle ‘ des orangistes.” D a ee .
L'Electeur de Québec : ‘‘ C’est pour nous un ‘ jour de deuil national ” RE to 3:
L'Evénement. de Québec: ‘ L'échafaud. de ‘Regina est une tache sur la renommée de “ J’Empire britannique.” La Le Nouvelliste de Québec : ‘‘ Mais la rage du *‘ tigre orangiste restait inassouvie. Maintenant ‘elle est satisfaité. L'élément français et catho- ‘ lique a payé son tribut à la haine des sectaires.” Le Canadien de Québéc: ‘ Le sang est un :# mauvais ciment, et si Ja Confédération n’en a ‘t pas d'autre, le coupde vent qui la culbutera :* n’est pas loin dans l'horizon.” | 0
Le Quotidien dé Lévis: ‘ Rielsur l’échafäud, ‘ c’est un brandon de discorde qui restera allu- ‘‘ mé aussi longtemps que l’on a fait crier le ‘ sang des Aylward et des Scott. Le crime fait ‘ Jà honte et non pas l’échafaud, a dit le poète... ‘ La voix de l'humanité n’a pas été entendue. ‘{ Ja justice a les mains couvertes de sang.”
Le Courrier du Canada, de Québec: ‘‘ la nou- ‘ velle de l’éxécution a été accueillie par une ‘explosion de pitié et de colère. Il est clair que ‘ Ja province de Québec attendait une mesure ‘ de clémence.
Le Journal de Québec: ‘ Nous nous trouvons ‘* en face d'une potence, qui a fait une pendai- ‘* son politique, malgré les protestations de la ‘ province du Québec.”
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L'Etoile du Nord, de Joliette : ‘‘ Le sang inno-
‘4 cent ‘a coulé sur l’échafaud, un cœur de pa- #l'triote a cessé de battre! Voilà pourquoi tout
ô Je Canada français est en déuil !.. Riel a été ‘a’ victime du fanatisme et de la haine. C'est
‘ un martyr de la liberté.”
Le Nord’ de St. Jérôme: ‘ Nous dénonçons “le gouvernement MacDonald et demandons sa
‘ déchéance.” À Le Courrier de St: Hyacinthe : :‘ Le gouver-
“nemerit, en ne commuant pas la peine, a com-
‘mis un acte blämable ‘et dont le peuplé lui “ tiendra compte.” "| |
L'Union de St. Hyacinthe : ‘*‘ C'en est fait, le ‘“'crimé le plus monstrueux du siècle vient
#46 d'être accompli.”
Le Journal des Trois-Rivières : ‘ Ce’ jour est ‘ un jour de deuil et de tristesse profonde pour ‘“ la population de la province de Québec.”
Le Canada: ‘Nous avons demandé grâce en ‘6 sa faveur... parceque, dans certains quartiers, ‘on semblait faire de sa tête le prix du fana- ‘“ tisme.” Que de citations, je pourrais encore faire ! à
“Dumas. J'ai lu dans La Vérité dé Québec,
quelque chose d’aussi fort et d'aussi beau ! Mal-
héureusement, j'ai perdu les extraits que j'en avais faits.
© DumonT.—De tous Îles journaux que nous venons de nommer, combien y en a-t-il qui sont conservateurs ?
Dumas.—Il est certain que la plupart d’eux le sont.
DumonT.—Combien y en a-t-il qui n’ont pas voulu briser les liens de parti, préférant tourner
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le dos à la patrie, trahir :ses intérêts les plus chers et rester dans un servilisme déshonorant.
Duxmas.— Ce n’est pas eruyable ! Actuellement, à part les journaux libéraux, il n’y a que Za Vérité et L'E’tendard qui défendent le drapeau national. | is
DumonrT.—Tous les autres journaux conservateurs français sont en contradiction avec euxmêmes et ne veulent plus entendre ces paroles mémorables de M. Alphonse Desjardins, député d’Hochelaga : ‘‘ Que la carrière de Sir. John, ‘ qui a commencé aux reflets de l'incendie des * bâtisses du parlement à Montréal, aille mourir .‘ derrière le gibet de Riel.”
.Dumas.—Ils devraient savoir, pourtant, que tous les journaux français du Canada n'étaient ges les seuls à protester contre l’inhumaine pen-
aison du prisonnier de Regina.
DumonT.—J’ai conservé des extraits empruntés à la presse parisienne. Voyons |
L'Intransigeant : ‘‘ Bazaine n’a pas été fusillé, ‘€ mais Louis Riel a été pendu. Il est vrai que ‘‘ l’un a essayé de livrer et l’autre de délivrer sa ‘f patrie... La férocité britannique s’accommode ‘6 parfaitement de ces contradictions. L’Angle- “f terre-a menti à propos de Riel comme à pro- ‘ pos d'Olivier Pain, qu’elle prétend être aux ". Éndes el dont elle met la tête à prix en Egypte. ‘On sait maintenant que l’ultima raño de Sa * Gracieuse Majesté, c’est l'assassinat. .. Sous- ‘ traire l’Etat canadien aux exactions, aux vols ‘<et aux meurtres commis par ses oppresseurs ‘ c'est accomplir une œuvre de salubrité sociale. ‘* Les anglais pousseraient des cris à. l'instar, .“€ des enfants de huit ans violées par leur prince
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‘“ de Galles; mais comme le fond de leur tem- ‘ pérament est une lâcheté sans nom, ils fini- ‘© raient par battre en retraite au Canada, comme ‘ils l'ont fait au Zoulouland, au Transwaal; 'au ‘ Soudan, en Afghanistan et ailleurs.”
La Justice : ‘‘ Et le Conseil Privé qui vient de ‘ décider l’exécution du Métis franco-canadien
æ. ‘‘ n’est que l’exécuteur des hautes-œuvres bri-
# tanniques... Ce qui l'emporte aujourd’hui, ‘€ c’est l'horreur d’une exécution traînant pen- ‘“ dant des mois, le bourreau commandé püis ‘rappelé, la potence dressée, jetée bas, et ‘ levant de nouveau ses deux bras.. Le Canada ‘et l'Angleterre dressant le gibet auquel sera ‘ suspendu Riel, la civilisation anglo-saxonne ‘ tuant froidement un condamné portique, cou- ‘ paäble d’avoir affirmé ses convictions les armes ‘6 à la main, compromettent une nation toute ‘- entière.” "
La Bataille : ‘ L’exécution du chef de l’insur- ‘ rection du Nord-Ouest est une faute dont les ‘ conséquences retomberont lourdement sur le ‘ ministère canadien.”
La Patrie : ‘*‘ L'infortuné Riel'avait du sang ‘4 français dans les veines, il était destiné, par ‘ cela même, à subir, dans toute sa rigueur, la ‘“ peine à laquelle il avait été condamné.”
Le Figaro : “* Rien n’a pu sauver Riel de la ‘* haine des orangistes d'Onfario.. Tous les ef ‘ forts se sont brisés contre un fanatisme aveu- ‘“gle... Le crime est odieux et la faute est ‘ Jourde.” ci cage
Dumas.—N'était-ce pas assez de sympathies et de protestations ? Fe
Dumonr.—Nous en trouvous d’autres dans les
journaux publiés en anglais, au Cauada et aux
tats-Unis. Voyons encore, (il sort des papiers.)
Le Telegraph de Québec : ‘‘ L’exécution de ‘ Riel marque le point de départ d’une course + le long d'un chemin périlleux.…. . Ou, vient-de ‘ faire une blessure qui saignera .pendant des ‘ années.” Li . Le Globe de Toronto: ‘‘ Pour emprunter les ‘€ paroles de Grattan: la trahison des ministre ‘contre les libertés du peuple était, infinimen ‘ pire que la révolte du peuple contre les mi- ‘f nistres... Il nous est facile de comprendre ‘“ pourquoi l’indignation de nos concitoyens ‘€ canadiens-français se manifesce sous la forme. ‘€ d’une protestation contre la mort, de Riel.”
Le Hamilton Papas, le Huron E'zpositor, le Times de Hamilton, le Free Press d'Ollawe, l'Advertiser de London approuvèrent aussi. très chaudement l'attitude franche et digne du peuple canadien-français contre sir John MacDonald et ses valets.. Lau |
Le New York Herald: ‘* Eh bien! l'acte est ‘ accompli, et le gouvernement impitoyable du ‘ marquis de Lansdowne force le monde à juger ‘€ de sa sagesse.” |
De plus le Central Law Journal de St. Louis, le Post ‘et le Republican de Washington, le Post x Hartford, le Transcript de Boston, le Globe c St. Paul, et combien d’autres journaux américains que j'ai lus sur ma route, ont imprimé une flétrissure indélébile sur le front des ministres canadiens. L.
Duas.—Avec quel plaisir, j'ai savouré les articles si pleins d'intelligence et de cœur, publiés dans Le Canadien de St. Paul ?
Dumonr.—Quelles belles protestations a enregistrées aussi Le Courrier des Etats-Unis! Voici encore deux autres extraits: AR Me
Le Freeman's Journal de Dublin: ‘“ On a ‘6 tout fait ve exaspérér céux qui sympathisent ‘ avec Riel. Son jugement fut une parodie judi- ‘6 ciaire dont toute nation libre devrait Mole “honte,” , . TN op
L'Echo de Londres : ‘* Le gouvernement de € la Puissance serait mieux considéré aux yeux ‘« du monde, aujourd’hui, s’il avait épargné 8 ‘€ vie,” | ok Par qe , Dunas,—Je me rappelle avoir lu dans lé” Pau ‘« Mall Gazette que l'exécution des prisonniers ‘ politiques, comme tous les hommes d'Etat “nous l'ont enseigné, est pire qu'une faute.” .
.DumonT.—O journaux conservateurs français
comment avez-vous pu descendre si bas en vous
faisant chevaliers du Nœud coulant! Et vous, d ouservateurs franco-Canadiens, vous consentéz devenir les membres du parti de la corde. La orde au cou, vous vous laissez tomber dans un dbime de déshonneur et de honte! C'est bien!
isparaissez! are
. Dumas.==Oui, 6 hommes dépourvus de tout patriotisme et de tout esprit public, descendez à cent pieds sous terre ! C’est là votre place, bien plus profondément au-dessous des tombes où eposent en paix Riel, un de ses enfants et sa f cn ue l'horreur de vos crimes politiques a jetée dans les bras de la mort. Hu
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