‹ Riel [microforme]Chapitre 2 sur 12 · TT EE · texte numérisé non relu

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un avantage marqué : il s’est repenti des siennes, pendant que vous semblez vouloir persister dans les vôtres. ‘Vous conviendrez qu'il n’a jamais voulu convertir en verius les vices que vous lui repro- Chez. Pourra-t-on jamais dire la même chose de ceux avec qui vous avez conjuré sa perte? C’est l'opinion généralement répandue parmi vos partisans que votre manif: te est un tissu de diffamations et de calomnies contre la mémoire de Louis Riel. Or, il y a un fait dont vous ne contesterez pas l'existence, c'est que la mort de cet homme à jeté toute la nation dans le deuil. Même en supposant vraies les accusations non fondées que vous portez contre lui, comment n’avez-vous pas la décence de respecter la douleur— légitime ou non—de vos compatriotes ? Dans quel but essayezvous de ternir l'éclat de nos larmes? De quel droit venez-vous souiller nos pleurs ?

Vous avez remarqué, je l’espère, que ce n’est pas moi qui parle ici, mais que ce sont les sentiments mêmes de vossuivants, maintenant séparés de vous, que je signale à votre appréciation. Vous m'allèguerez peut-être que vous n'êtes pas complètement délaissé et qu’il vous reste encore quelques fidèles auxquels la Minerve sert de truchement. Je ne contesterai pas la chose; il fallait s’y attendre. Il y avait là une occasion à saisir pour ceux qui ne pouvant se signaler au public par la supériorité de leur intelligence ni par la splendeur de leur intégrité, cherchent à se distinguer par la transcendance de leur infamie. Le czar Nicolas voulait étonner le monde par la profondeur de son ingratitude, tout comme les rares approbateurs actuels du ministère veulent s’attirer l'attention ‘et les faveurs de sir John A. Macdonald par la noirceur de leur ignominie.

Que va-t-il sortir de tout ceci? Les libéraux n'ont pas attendu la mort de Riel pour vous témoigner leur désapprobation. Nous avons constamment combattu ‘la politique qui nous conduisait fatalement à cette catastrophe. Nous avons conjuré le gouvernement de revenir sur ses pas dans la oie périlleuse où il s'était bénévolement engagé; nous l'avons supplié de rendre justice à ceux à qui justice était due; nous lui avons demandé, dans nos journaux et dans les chambres, d'examiner les préténtions des Métis; nous lui avons fait voir qu'après avoir paralysé toutes les forces vives du pays; aprôs avoir stérilisé les capacités de l’agriculture et entravé de la manière la plus funeste les mouvements du Commerce et de l'industrie, il tarissait toutes les sources d'exploita-

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tion naturelles et légitimes: et qu’il livrait la fortune publique & l'audace des faiseurs dont les opérations sont la cause la plus immé.diate du soulèvement du Nord-ouest. Aujourd’hui, après la sompre tragédie dont Riel a été l’héroïque acteur, nous pouvons dire —quelles que soient les prétentions contraires—que nous sommes: innocents de la mort de ce juste. Et pour cette déclaration rous n'avons pas besoin de. faire venir le bassin symbolique de Ponce-Pilate pour nous laver les mains, car nous n’avons pas les mains souillées : elles n’ont pas trempé dans le sang de l’innocent,. Maintenant, quelque soit le caractère lugubre de la question qui nous occupe; quelles que soient les appréhensions simulées des fomentateurs intéressés de discordes de race, il faudra toujours que cette ques‘ion se résolve en une simple cffaire d’administration. C’est lors de l’examen du prochain budget que va se faire l'étude la plus sérieuse et la plus pratique de la situation que nous ont faite les derniers événements. La session qui va suivre offrira sous ce rappnrt un intérêt tout spécial. Si Louis Riel n’eût pas été exécuté, il est présumable que lorsque le ministère aurait demandé les crédits qu’il lui faut pour le futur exercice financier, les libéraux auraient invoqué, comme il vont le faire, les raisons. qui militent le plus fortement contre le gouvernement. Ils auraient reproché aux ministres l'augmentation scandaleuse des frais annuels de l'administration, la progression vertigineuse de la dette publique, le fléchissement dont notre crédit est menacé, la dépréciation de la valeur des terres publiques causée par la guerre, l’effusion du sang et la quantité énorme de millions qu’il nous va falloir débourser pour solder le coût de toutes ces choses. Si, pour se justifier, le gouvernement eut invoqué le fait de l'insurrection ; s’ileut prétendu, et même s’il eut démontré, qu'il avait fait tout ce qu'il avait pu pour éviter ce conflit après que le pays. en eutété menacé, les libéraux auraient été encore bien fondés à demander la déchéance du cabinet èn alléguant l'incapacité même et l'impuissance dont le gouvernement aurait excipé. Car enfin les gouvernements sont chargés de maintenir la paix, et ceux qui sont impuissants à remplir cette besogne, ne se trouvant pas à la hauteur des circonstances, doivent céder leur place à d'autres. Voilà ce que dit la logique et voilà ce qu'auraient demandé les libéraux en s'appuyant sur les principes du plus strict droit consutionnel, Et si Riel n'eut pas été pendu, il est probable que le parti ministériel dans son ensemble aurait repoussé les prétentions. du parti de l'opposition et aurait acclamé ce gouvernement modèle,

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qui a la complaisance grande de ne pas couronner par la pendai- : son des nôtres ses extravagances administratives. Mais Riel a été pendu, et cela amène au budget un chapitre de dépense imprévue pour l’acquittement de laquelle les conservateurs ne se montreront peut-être pas disposés à voter le crédit nécessaire. [1 y aura, sila comptabilité est bien précise, un sem porté comme suit: Acquisition d'une corde et un autre item mentionné de la sorte: Construction d’une potence; ces items seront donnés dans les dépenses casuelles—contingencies—du département de la justice, et ils devront avoir en regard les noms du fournisseur et de l’entrepreneur favorisés de la clientèle du gouvernement. Si les conservateurs canadiens-français trouvent cette dépense non-seulement inutile et extravagante, mais encore odieusement intempestive, et s'ils jugent à propos de renverser le ministère qui n’a pas su l’éviter, je vous le demande, monsieur le ministre, n’auront-ils pas fait là un acte purement constitutionnel, strictement parlementaire, et pourra-t-on raisonnablement les accuser d’avoir violé la constitution ou de s'être mis en état d’insurrection contre l'autorité? Il me semble que voilà la question réduite à sa plus simple expression, et vous me pardonnerez ma curiosité si je veux savoir ce que vous auriez à répondre à ce petit énoncé. Dans le cas que je vous présente ici les conservateurs-ministériels seront devenus des conservateurs-oppositionnistes ; mais seront-11s devenus" des traîtres, ou des imprudents ou des insensés, comme on le prétend dans certains endroits infiniment rares? Pour moi, il parait à mon ingénuité que, pour le grand parti conservateur, le bruit de la chute de Riel, brusquement arrêté dans l’espace par l’ignoble lacet signalé plus haut, a été le coup de foudre sur le chemin de Damas ; que l'éclair a dessillé les yeux de nos adversaires aveuglés par les éblouissantes fantasmagories de notre perpétuel premier ministre, et qu’ils voient maintenant comme dans le cristal le plus pur le caractère condamnable de 1a politique dont vous avez 6té6 le populaire interprôte. [1 est seulement profondément à regretter qu'il ait fallu pratiquer sur la personne de l’un des nôtres l'acte de brutale chirurgie qui a fait sortir le sang dont l’effusion a détruit cette déplorable léthargie, Pour faire déborder le vase qui contient les iniquités ministérielles,ce n'est pas une goutte d'eau— selon l'expression commune-—qu'il a fallu ; c'est une goutte de sang. Et cela est beaucoup plus triste que vous ne paraissez le croire. Une fois le mouvement de réaction comméncé, nos contradicteurs de jadis semblent vouloir le pousser jusqu’à ses dernières consé-

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leurs aveux se succèdent avec une rapidité qui cause un véritable

plaisir à tout ce que le pays compte d'hommes sincères. Je pour-

rais vous citer à l'appui de ce que je dis ici une foule d’organes de la presse conservatrice et une forte quantité de déclarations faites par des députés et des orateurs de votre parti. Mais vous les connaissez sans doute. Je vais me borner à vous citer ce qu’à dut le député de Bellechasse, M. G. Amyot, qui semble avoir mis dans l'émission de ces vérités toute la foug :e, toute la pétulance qu'il mettait autrefois à vous manifester son enthousiaste admiration. Dans un discours prononcé à Bellechasse, le 29 du mois de novembre dernier, M. Amyot disait :

La mort de Ricl est donc un crime dans les circonstances.

Qui en est responsable ? Sont-ce les députés? Non, ils ont prôtesté de toutes leurs forces, bien que leur temps d'agir soit surtout pendant les sessions de la Législature, et que les ministres ne les aient pas même consultés. Est-ce la presse? Non, elle a noblement fait son devoir. Est-ce le gouvernement local? Non, la question n'est pas de son ressort,

Le gouvernement fédéral seul est responsable, C’est lui qui a préféré l'orangisme au monde civilisé. Sir John a exigé la pendaison, à la demande de l’orangisme, et nos ministres ont concouru. Le premier coupable, c'est sir John A, Macdonald ; le deuxième, c’est le chef de notre province, sir Hector L, Langevin. A lui surtout incombait le devoir impérieux de représenter nos vues dans le cabinet, et de les faire prévaloir quand elles étaient pour la clémence.

Ah! malheureusement, ce n'était pas la première fois qu'il commettait de ces actes de faiblesse étonnante. Il n’est pas arrivé, du premier coup, à concéder la vie d'un compatriote. C'est mon pénible devoir de vous dire tout ce que j'en pense. Depuis longtemps sir Hector cédait systématique: ment quand il s'agissait de nos intérêts.

A l’origine de ce parlement il a consenti à n'avoir pas d’orateur frangais à Ottawa. La coutume introduite par sir Gcorge, de faire présider l’une des deux chambres par un canadien-français avait invariablement 6t6 respectée; céder sur ce point, c'était commettre une grande faute, car elle impliquait l'abandon d'un droit national et d’un principe. On nous demanda de tolérer : il ne fallait pas froisser Ontorio, on aurait des compensations, un peuple doit avoir des vues larges! Nous cédâmes le chagrin et la honte au cœur, On ne rompt pas du premier coup des liens vieux et puissants, Du reste, on nous promettait que ce n'était que pour peu de temps. ‘

Puis vint le bill des licences. Nous réclamämes au nom de la lettre et de l'esprit de la constitution. C'était priver les provinces de droits indéniables et très importants, Rien n'y fit: sir Hector céda, Nos protestations furent telles que le gouvernement consentit à faire décider la question de droit par les cours. La Cour Suprême nous a donné raison, Le gouverne-

quences. Ils mettent à cette œuvré une impitoyable logique, et.

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ment aurait dû se contenter de cette interprétation par-notre plus haute cour et passer une loi pour enlever tout doute et déléguer aux gouvernements locaux tout pouvoir que pouvait prétendre le gouvernement central. Mais sir John tend à l'union législative, et il a porté appel au conseil privé. La cause n’y est pas plus tôt en délibéré, qu'il se rend précipitamment en Angleterre! On verra l'effet de sa présence là.

Vint la question de l'octroi considérable au Pacifique. Nous étions favorables à cette mesure, mais nous avons demandé compensation pour les viéilles provinces ; nous voulions aider l’ouest pourvu que nous pussions aider l’est en même temps. Quelle lutte il nous a fallu faire! Finalement on nous promit remboursement d’une partie de ce que nos chemins de fer avaient coûté. . Mais sur le montant promis, on nous a gardé $1,000,000, et sir Hector y consent volontiers.

Nous avons demandé le terminus du Pacifique à Québec et une ligne courte sur le sol canadien. Sir Hector a consenti à nous laisser berner de la plus belle façon sur ce sujet.

Nous avons demandé un traité de commerce avec la France. Nous y avons un immense intérêt. Sir Charles Tupper avait obtenu le consentement de l'Angleterre et de la France. Mais sir John refuse et sir Hector cède sur ce point comme sur les autres.

Nous avons demandé une juste part dans les emplois du Nord-ouest. Il parait que ça dérangerait bien des spéculateurs orangistes et sir Hector n’insiste pas pour ne pas déplaire à ces messieurs.

Et quel travail énorme il nous faut faire en chambre pour empêcher une législation constamment centralisatrice! Sir Hector l’a tolérée pour conserver et augmenter le respect qu’Ontario a pour ses vues largés !

Il n’y a pas jusqu’à l’Intercolonial, pour la partie qui passe chez nous, où la faiblesse de sir Hector ne se fasse pas sentir. Il laisse enlever, un à un, à M. Macdonald, le digne surintendant actuel, tous ses pouvoirs. Aussi l’administration de ce chemin ne se soucie-t-elle pas du tout des besoins et du confort de cette partie du pays. Sir Hector était le protecteur naturel des Métis français. Il avait toute une province à sa suite pour lui donner la force de les protéger, Illes a laissé maltraiter sans protêt, sans nous informer de leurs souffrances, Son voyage au Nord-ouest n'a servi qu'à lui faire recevoir des adresses de félicitations.

Sir Hector devrait comprendre l'importance d'encourager l'émigration française vers les’riches régions du Nerd-ouest: il n'en fait rien,

J1 a consenti sous prétexte de rendre justice aux Métis, à ce qu'on leur donnât des scrips ‘qui font la fortune des sociétés anglaises, mais qui, pour les Métis, ne sont qu'un moyen d'exploitation de leur crédulité et impré. voyance, En fin de compte, ces scrips n'ont été qu'un moyen de livrer gratuitement le sol du Nord-ouest aux spéculateurs étrangers.

Je pourrais multiplier les exemples, Sir Hector semble avoir pour princide, depuis quelque temps, de céder toujours et partout. Pourquoi le fait-il? Est-ce par manque de talent? Non. On me dit qu'il espère, par

ce moyen, devenir premier ministre de la Puissance, et que cela contribueraità notre gloire nationale. Il peut avoir raison, mais je ne suis pas de aux son avis. qu'oi

Ce spécimen des dispositions actuelles de vos amis doit suffire repo à vous démontrer que les exigences despotiques de l'esprit de parti Ci n’ont plus de prise sur ceux que l'exécution de l’apôtre des reven- KE pa dications métisses a réveillés de leur ataraxie et qu’ilscondamnent dent la pohitique générale du gouvernement sans se soucier plus que La cela de l’approbation antérieure qu'il lui ont donnée. laire

Je vais prendre maintenant la liberté d'examiner votre manifeste agré poi:t par point et de le soumettre à l'épreuve de mes commentai- votr res. Mais il convient, avant de commencer, de vous rappeler que celu la pendaison de Riel a été appelée dans toutes les assemblées sure publiques et par la quasi sotalité des journaux de notre province, con un meurtre politique, un assassinat juridique, un crime horrible men! de la perpétration duquel le gouvernement de sir John A. Macdo- appt nald, tel que composé lors de l'exécution, doit étre tenu constitu- D erre tionnellement responsable. MM. Trudel, Desjardins, Beaubien, à vo Girouard, Vanasse, Armand, Bellerose, Bergeron, tous sénateurs à les et députés conservateurs, ont été de cet avis et ont déclaré avoir D lafr été odieusement trompés par vous et par vos collègues. MM. che Amyot, Tarte, Garneau, Faucher de St-Maurice et autres sommi- rass!

tés du parti ministériel ont fait des déclarations analogues. A l’as-

semblée du Champ-de-Mars, on a vu des hommes comme MM. J. L, 7 Beaudry, Coursol, Malhiot, protester avec les orateurs libéraux «J contre ce meurtre, contre ce crème épouvantable, Le Monde, mon- un} sieur le ministre, le Monde du 23 novembre a appelé la chose lou- mais trage sanglant fait à notre nationalité. Aurais-je besoin de vous dire rappeler ce qu'ont pu dire les autres journaux conservateurs? Je À Ic ne vous remets cela en mémoire que pour vous prévenir que neo si, au ‘cours de mes remarques, vous trouvez les mots assassins, que meurtriers ou leurs équivalents, ce n’est pas moi qui les ai inven- vou tés, puisqu'on les trouve dans tous les dictionnaires, et que ce n’est plu: pas moi non plusqui en ai inauguré ici l'application qualificative ; tue mais que ce sont vos propres amis, dont je ne ferai qu'interprôter vou les sentiments en me servant de leur langage. reg “. Rie *

Vous débutez ainsi : de {Je vous ai promis un exposé franc ot loyal des raisons qui ont guidé ma bd conduite dans cette affaire Riel, à laquelle on a donné malheureusement AP: une tournure politique qu'elle n'aurait jamais dû avoir, je :

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1es, À l’as- :

“Je m'empresse de vous faire parvenir cet exposé. Ilsera la réponse aux appels passionnés qu'on a faits à votre sympathie, à votre générosité qu'on veut exploiter aux dépens de la confiance que vous avez jusqu'ici reposée en moi. ”

Cette entrée en matière est to. à fait conforme aux préceptes d’Aristote, de Quintillien et des autres rhéteurs, qui recommandent les exordes insinuants où l’on fait appel à la ‘“ sympathie ”, à la “ générosité” de ceux à qui on s'adresse. Vos harangues populaires ne laissaient pas présumer que vous eussiez un tel souci des agréments du langage, et je constate non sans étonnement que votre manière actuelle est plus dans le goût d’Isocrate que dans celui de Bobèche. Au demeurant, vous n’abaissez pas outre mesure le diapason de votre parole et vous faites sentir, comme il convient, à vos électeurs que s'ils pensent donner à un mouvement quelconque ‘“ une tournure politique” qui n’ait pas votre approbation, ils sont enfouis dans Ja plus profonde de toutes les erreurs. Si votre empressement à exposer vos vues désintéressées à vos électeurs est suivi de leur part d'un empressement aussi vif à les adopter, vous devrez être au comble de la félicité. Quant à la franchise et à la loyauté de votre exposé, me sera-t-il permis de chercher dans la suite de votre discours la confirmation de cette rassurante affirmation ?

Vous dites :

“ J'ai cru que ce n'était pas au milieu d’une assemblée convoquée dans un but politique, où les {paroles ne seraient pas mesurées par la prudence, mais exagérées par le besoin de me nuire auprès de vous, que je devais vous dire ma pensée sur cette malheureuse affaire ”

Ici, dans St-Hyacinthe, on a été frappé de la répugnance soudaine que vous éprouvez pour les assemblées publiques et du besoin que vous ressentez de ‘ mesurer vos paroles par la prudence, ” vous qui avez toujours tant aimé, même dans les circonstances les plus solennelles, même devant les assises, à vous livrer aux voluptueux hasards du verbe improvisé. Cette crainte des exagérations vous fait honneur, monsieur le ministre; mais il y a des gens qui regrettent que vous ne l’ayez pas entretenue avant l'exécution de Riel, acte qui parait d’une exagération monstrueuse à une foule de personnes qui ne me semblent pas dépourvues de la clairvoyance ordinaire. Néanmoins, comme vous nous promettez de nous faire connaître votre ‘* pensée sur cette malheureuse affaire, ” je vais en profiter pour la faire connaître aussi à ceux qui n'ont

pas eu occasion d’en lire l’expression dans votre lettre du 6 juin à nos frères de Fall-River.

Poursuivons donc :

{!4Je viens m'acquitter de ce devoir avec tout le calme que vous exigez quand on vient vous parler de choses qui intéressent votre conscience comme électeurs, vos sentiments comme citoyens d’une grande nation. ”

Le calme, monsieur le ministre, voilà la qualité maîtresse, et vous ne sauriez croire comme je suis heureux de vousen voir pourvu. Seulement, il n’est pas hors de propos de vous demander si vous appelez calme la conduite de celui qui reste impassible en voyant le meurtre de son frère commis sous ses yeux. La délicieusé atmosphère des bureaux d'Ottawa est imprégnée de cette sereine tranquillité, et il n’y a pas jusqu'aux meubles capitonnés qui n’invite à ce repos dont vous paraissez comprendre le prix mieux que tout autre. Mais pour certaines âmes, monsieur le ministre, le spectacle d’un échafaud, d’une exécution capitale—s’agirait-il du plus affreux chenapan dont les fastes des cours d'assises fassent mention—n'est pas fait pour leur inspirer cette indifférence stoïque à laquelle peuvent atteindre les caractères trempés à la façon du vôtre.

“Un vent de révolte souffle en ce moment avec violence sur la province

de Québec, menaçant de renverser sur son passage, si on ne l’arrête, le parti conservateur et le ministère, ”

Ici, monsieur le secrétaire d'Etat, je me permettrai de vous demander ce que vous entendez par ‘un vent de révolte, ” et d’où souffle celui dont vous parlez. Je suis citoyen dans ce pays, et à ce titre je me crois en droit de vous poser cette question : Qui étesvous ? êtes-vous mon maître, mon égal ou mon serviteur ? Si vous êtes mon maître, monsieur, établissez vos titres ; mais le jour où vous les aurez établis, comptez-moi immédiatement parmi les révoltés, car j'ai vécu jusqu’à présent sous l'empire d’une illusion qui m'est chère et dont je ne suis pas prêt à me séparer. Tous les jougs me pèsent, et celui qui me semble le plus lourd, bien que je ne l’aie jamais subi, c’est le joug du despote et de l’usurpateur. Nous vivons—du moins c’est en cela qu'a consisté mon illusion, si c'en est une—sous une forme de gouvernement constitutionnel, parlementaire et surtoutresponsable. C'est-à-dire qu'ici toute autorité procède du peuple, qui la délègue, dans ses commices, à des mandataires spéciaux appelés ministres, lesquels se trouvent nantis, non pas d’un pouvoir de maitrise et de domination, mais chargés d'un

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Je vous entends : le ministère est en péril et le parti conservateur est en danger. Mais quelle est cette doctrine qui fait du

L ministère une puissance perpétuelle et du parti conservateur une

caste, la seule caste où se recrutent les soi-disants gouvernants ? Je vais vous recommander le calme à mon tour. N'ayez crainte : quand votre gouvernement sera détruit, nous en trouverons un autre. Et si, pour le composer, parlant à peu près comme Lafontaine,

Il faut des médecins, il faut des avocats,

Ces secours, grâce à Dieu, ne nous msrqueront pas.

Les libéraux ne sont pas des ilotes, monsieur le ministre. Ils forment dans l'Ontario un gouvernement qui ne fonctionne pas mal ; ils gèrent la chose publique sans acoumuier de dette et sans créer de déficits. Il se peut que de pareils résultats administratifs, tout à fait en dehors de vos traditions,soient pour vous une preuve d’infériorité ; mais il faudra que l'esprit de parti, auquel vous faites un appel si déchirant, soit bien fort, pour que ceux qui viennent de vous abandonner d’une façon si éclatante préfèrent aux libéraux les assassins; Car—je me félicite maintenant de vous l'avoir rappelé—l’exécution de Riel a été proclamé un crime, ua meurtre, un assassinat par les conservateurs mêmes à qui vous vous adressez;

| et c'est vous qui avez ordonné cette pendaison.

” Ce.mot de révolte me revient sur le cœur. Permettez-moi d'ouvrir une paranthèse pour vous exposer ce qu'il m'inspire.

De 1873 à 1878, nous avons eu un gouvernement libéral. C'est mon opinion que ce gouvernement a été irréprochable et qu’il a fait tout ce qu’il était humainement possible de faire, pour administrer convenablement nos affaires passablement embrouillées, et surtout pour payer les verres cassés par le ministère précédent lequel ressemblait à s’y tromper au gouvernément actuel. Cependant, monsieur le ministre,—laissez-moi vous voler vos expressions vous n'avez aucunement hésité à ‘ soufller un vent de révolte ” contre le cabinet et'à le renverser, ainsi que le parti libéral d’où il

vous p et que Je ve terrorik hn'est NP reçu à à de son 2 sauvée vain q se mai minist prêter M. Mackenzie s’est retiré devant la condamnation, injuste à son cent d sens, que luiinfligeait le peuple, et ilne lui est jamais venu à l'idée Æ que v de dire que celui-ci s'était révolté contre ses serviteurs. Si cen’est D dirais pas se révolter que de renverser un gouvernement équitable, SE souve qu'est-ce donc lorsqu'il s’agit d’un gouvernement prévaricateur R\! frança comme le vôtre? Travailler à renverser un tel ministère, non Æ come seulement ce n’est pas vouloir détruire la forme même de notre ouest gouvernement: c’est vouloir appliquer le principe sur lequel elle d'autr repose ; et, en préchant la doctrine que je vous reproche ici, c’est par u vous, morsieur le ministre, qui vous mettez en état de révolte jamai:

émanait. (est avec le cri protectionniste que vous avez opéré ce renversement. M. Mackenzie, alors premier ministre, était libreéchangiste. Comme moiil était convaincu que le libre-échange est le principe primordial de l'existence naturelle des sociétés humai- | nes. Se croyant, sous le rapport économique, en pleine possession 1 de la vérité absolue, il aurait pu—raisonnant comme vous—essayer de passer outre à la volonté du peuple, qui adhérait au protectionnisme. Mais pour nous libéraux,monsieur le ministre, le principe | M fondamental de la constitution, qui estfla souveraineté du peuple, passe avant nos convictions les plus fortes, ou plutôt c’est la plus forte de nos convictions.

contre la constitution. N’avais-je pas raison de vous demander tout c d’où soufflait la tempête que vous signaliez ? NH huma

Vous continuez : disent

“ Plaise à Dieu que là seulement se borne le désastre, et que la nationa- À amislité à laquelle nous appartenons n'en soit pas la ruine la plus sérieuse. Un —atti parti politique peut vite se réorganiser, un ministère est bientôt oublié et ment se remplace encore plus facilement qu'il ne s'oublie; mais les blessures abom que la nationalité reçoit saignent longtemps et ne se guérissent jamais com- l'inau plètement. ” M bre.c

Oh! oh! je vous comprends de mieux en mieux: à la politique noral de la strangulation devait nécessairement succéder la politique de Æ décla l’épouvantement. Le ministère vient de commettre un meurtre : ciatio ‘applaudissez, nous crient les ministres, sinon toute la nationalité patri pourrait bien y passer.” La terreur est à l’ordre du jour. Où sont amis. Robespierre et Fouquier-Tinville? Robespierre est dans le cabinet time et Fouquier-Tinville à Régina où fonctionne le tribunal #évolu- entre tionraire, Quant aux aimables chenapans qui composent notre ment Comité de salut publie, tout le monde les indique du doigt; mais vêm

on répugne à les nommer, J'aurais regret, monsieur le ministre, de me voir forcé de raviver vos souvenirs historiques; mais je}

s avez opéré ce re, était librebre-échange est sociétés humaieine possession vous—essayer au protection-

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ent équitable, prévaricateur !

vous prie de songer que le règne de la Terreur n’a pas été éternel et que le 9 Thermidor est une date dans l’histoire de la Révolution. Je veux pousser l'audace jusqu'à essayer de raisonner contre la terrorisation. Les ‘blessures faites à notre nationalité”; mais ce

Re $ ja'est pas une blessure ordinaire, c'est un coup mortel qu'elle a

reçu à Régina ; et c'est vousqui leluiavezporté. Sonsalut viendræ

n de son énergie à vous repousser. S'il lui en reste assez, elle est D sauvée.

Et non seulement elle, mais tout le pays. Car c’est en vain que vous cherchez à faire croire qu'un gouvernement peut se maintenir sans notre appui. C’est en vain aussi, monsieur le ministre, que vous voulez insinuer que les libéraux anglais vont prêter au ministère l'appui que les conservateurs français menacent de lui retirer. Je me flatte d” :-onnaître les libéraux mieux que vous; et si je n'avais pas leurs propres déclarations, Je vous dirais encore que les libéraux seront toujours hostiles à votre gouvernement, non parce qu'ils sont anglais ou parce qu’ils sont

\ français, mais parce qu'ils abhorrent l'iniquité etque, du commen-

cement jusqu'à la fin, votre administration des affaires du Nordouest—sans compter vos actes de législation criminels portant sur d’autres matières—a été une iniquité sans nom qui s'est terminée par un meurtreépouvantable. Detelles gens ne vous soutiendront jamais, j'en atteste leurs croyances les plus sincères; j'en atteste tout cequ'ilsontd'intelligence, d'honneur, d intégrité et de respecthumain. Mais j'ai leurs déclarations. J'ai leurs écrits où ils disent que le mouvement dit national auquel vous et vos rares amis—de connivence avec les conspirateurs ministériels ontariens —attribuez gratuitement une portée qu’il n’a point, est un mouvement tout à fait constitutionnel, et qu'il a été provoqué par les abominations du ministère, J'ouvre les journaux ei je vois qu'à l'inauguration de ce mouvement, à l'assemblée tenue le 19 novembre, dans la salle du Cabinet de lecture paroissial, à Montréal, l'ho» uorable monsieur Beaubien, une des fortes têtes de votre parti, à déclaré: I! a été dur pour les conservateurs de briser les liens d'association qui duraient depuis si longtemps, mais ils ont eu assez de patriotisme pour rompre courageusement tous liens ra leurs anciens amis. Et monsieur Beaubien, voulant etablir que c'est une légitime lutte constitutionnelle et non une guerre de race que l’on entreprend par ce mouvement, a dit & xpressément : Ce mouvement est unanime; nous voulons la justice et la liberté pour tous,

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