SCENE X
RIEL, Dumont, OUELLETTE, MAXIME LÉPINE ET UN BON NOMBRE D'AUTRES MÉTIS entrent. RIEL dans le mieu.
DuMonT.—Compatriotes, nous avons enfin à notre tête le héros du Manitoba ! Ce vaillant défenseur de la patrie et dé la liberté ! Ce magnanime et immortel patriole, extraordinaire par son admirable désintéressement et qui a ‘ tou- ‘* jours tout sacrifier, même ses intérêts les plus “chers, même le hien-être de sa famille à ce ‘qu'il considère ses devoirs “publics!” Cet homme d'état ‘incomparable à quile Manitoba doit sa constitution actuelle, la charte de ses libertés euviles et politiques ! O illustre patriole, chevalier sans peur et sans reproche’ l'histoire dira que, dans le Manitoba, “ vous avez cénservé à vos
frères leur héritage paternel, que vous avez fait reconnaître et proclamer les droits des enfants du sol, que vous avez doté votre pays natal d'institutions égales par l'ampleur des libertés et par la perfection de ln forme, à celles de Hi métropole.” (Panoles de ‘‘ L'Etendard”” de Montréal.)
De plus, elle dira que, dans cette œuvre mémorable, vous avez élé aidé par les apôtres dé” la foi, qui ont droit à ce qu’on les appelle, eux aussi, Îles ‘principaux artisans des libertés ** civiles et des franchises politiques du Mani- ‘“toba:” (£t. de M.) .
Aujourd’hui, nous comptons sur votre sagesse et votre habileté pour obtenir d'Ottawa l'octroi de notre charte politique. Si pour nous faire monter au sommet de la plénitude de nos droits civils et politiques, vons jugez nécessaire de nous ” engager dans la voie de l’effusion du sang, nous sommes prêts à répondre à votre appel. D'un autre côté, si, à l’encontre de notre extrême indigunation, vous croyez devoir nous donner une impulsion nouvelle dans la voie des pétitions, nous sommes à vos ordres.
Maxime LÉPINE.—Quelles concessions pouvons-nous obteñir d'Ottawa ? A quoi vont nous servir de nonvelles requêtes? Depuis 45 ans, des pétitions collectives sont expédiées au gouvernement, et nous n'avons pas encore de réponse.
Presque tous les colons sont allés individuellement porter leurs plaintes et adresser leurs demandes aux employés des bureaux du gouvernement canadien, dans cette province. Comment nous ont-ils invariablement répondu. Si nous leur parlions en français, ils nous tournaient le dos en laissant tomber de leurs lèvres britan-
niques et dédaigneuses, ces muts caractéristiques de la race supérigure: / don't understand. Si uu de nous s’adressait à eux! dans leur lnnguc officielle, ils lui disaient: Il dous est regrettable de votis annoncer qu'il est ithpossible de donner suite à vos demandes, attendu qu’une application antérieure a été faite à Ottawa pour Île même lerrain, par uue‘quthe personne. Ainsi donc, à Ottawa et ici, à dêté dé nos réclamations, silence, mutisme, despotisme et dénis de justice constants. Nous avons demandé aux ministres de la capitale de fare atpenternos lots tels qu'ils sont et ils ne nous out pas €hcore accordé ces arpenlages. Les lerres qui nous appartiennent en vertu de tout droit, is nous obligent à les acheter... et,.. Ô conspiralion infernale !... lorsque nous nous présentons aux officiers subalternes du gouvernement, pour nous mettre en séeuriié contre loute dénégation de nos droits kes plus inviolables, ils examinent-sur le plan, la condition de nos terrains, et, s'ils la trouvent trop avaulageuse, ils ont l'audace de nous déclarer qu'une application antérieure a été faite par une autre personne.
Nous avions des places à foin, des communes et des endroits de pacage pour nos chevaux et nos bestiaux, et les {yraus d'Ottawa se sont permis de nous en priver! Nous avions des terres à bois, et ces criminels représentants de l'autorité canadienne nous les ont ôtés, et nous imposent un impôt spécial ou nous coutraignent à acheter un permis pour nous procurer le bois dont nous avons besoin. Je me Lorne là à lever un peu le coin du rideau, en arrière duquel se cachent Les
.Atrocités sans nombre, qu’un gouvernement pré-
varicateur laisse et fait accumuler pour uotre ruine. ,
Je pose maintenant celte question pratique.
Qu'avons-nous à attendre d'Ottawa ? Écmuent voulez-vous qu'un gouvernemeut qui a forfait à l'honneur en venunt s'installer au Manitoba, au mépris des engagements les plus solenvels, «n'ait pas tout intérêt à se montrer sourd à nos pères ? Se rappelle-t-an les arrangements qu'en 1870, il a conclu avec les délégués métis du Manitoba ? A:-t-il rempli les obligations du traité, lorsque la proclamation d’une ’amnistie qu’il nous avait promise est encofe dans le domaine des choses futures? Axlil ubservé les clauses du traité, lorsqu’après avoir expulsé du Parlement ce grand patridte, il a eu assez de ‘bassesse pour le bannir ? N'a-t-il pas foulé aux pieds l'inviolabilité du traité, lorsque, n'ayant
as réussi à faire monter sur l’échafaud mon rère Ambroise, il l'a envoyé en exil, privé pour toujours de ses droits politiques. Ne s'est-il pas moqué du traité, lorsque les scrips, les titres, les lettres patentes qui devaient être accordés dans le Manitoba, ont été trainés si longlemps eu langueur. #
GueLcette.-—C'est le temps de dévoiler aussi comment la Puissance du Canada à lenu compte, par rapport à moi, des stipulalions dé 4870.
J'ai demandé à Oltawa et aux bureaux de ses agents, les scrips d'un de mes enfants défunt et de mes vieux parents, et on s'eff toujours obstiné à me les refuser, me disant qu'ils avaient été volés.
Maxime Lépine.— Voilà encore une preuve de la malveillance insurmontable du ministère fédérat ! : °
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Rire --Mes bien-aimés compatriotes, je vois bien que nos ennemis ont déjà porté des atteintes mortelles À ln sécurité de nos demeures. Nous sommes réellement traités comme des parias.
Qn'avons-nous fait? Est-ce un mal pour nous, de respirer et de vivre ? Est-ce un mal pour nons d'avoir une patrie qui nous a vus naître, grandir, prospérer dans la voie de la justice ? Non, puisqué la justice mène Jes peuples au sonmmet de la grandeur. Pourquoi donc nos ennemis, sous la tutelle d'un gouvernement égoïste, persistent tant à nous disputer nos droits, nos privilèges, notre liberté ? Kst-ce parce que nous ne sommes pas nombreux? Mais la force de nos droits ne se mesure pas sur la faiblesse de notre nombre ! Courhés sous le poids dés iniquités et des calamités, qu’avons-unous à faire ? Répondant à votre appel, j'assume une charge dont la responcabilité me paraît terrible ! C’est pourquoi, dès maintenant, je vous conseille de ne pas renoncer aux éléments de l'ordre.
Croyez-moi, je suis Venu ‘‘ passer quelques “mois parmi vous, dans l'espérance qu'à force ‘* d'envoyer des pétitions, nous obtiendrons du ‘ gouvernement, le redressement de tous nos ‘* griefs." Mes hons amis, réfléchissez et vous serez convaincus qu'il vaut mieux pour nous tous de ne pas. penser encore à la guerre. C'est dans celte canviction que ‘: j'ai traversé les lignes, ‘‘ sans armes et sans munitions, emmenant avec moi ma femge et mes enfants.” Allons! bon
courage et mettons nous à l’œuvre. (/l5 sortent fous \