‹ Rienzi et Rome à son époqueChapitre 2 sur 15 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

FELIX PAPENGORDT

L'écmain dont on essaye de raconter ici la vie trop courte était devenu dans ces derniers temps une des meilleures espérances littéraires de l'Allemagne y après avoir obtenu en France, à F Académie des inscriptions et belleslettres, son premier succès. Les pages suivantes , destinées à le faire connaître hors de sa patrie , le feront peut-être aussi regretter davantage et mieux apprécier dans son pays même. On os^ du moins réclamer une entière confiance pour cette biographie , écrite en grande partie d*a-

\- près des souvenirs personnels, et appuyée d'ailleurs sur des renseignements certains (i).

Papencordt naquit le i*' juin 1812 à Paderborn, ville de Westphalie , illustrée , dès la fin du huitième siècle , par Tentrevue de Léon III et de Charlemagne. Cette cité

^ intéressante , dont les origines et l'histoire ont été soigneument recueillies, fut le siège d'une principauté épiscopale, depuis la fondation jusqu'à la chute de l'empire germani-

(i) Voici les noms des personnes auxquelles Fauteur de cetle notice doit plusieurs communications pleines d'obligeance et d'empressèment :M. Gehien, conseiller au tribunal de Warbourg, en Westphalie, beau-frère de Papencordt; madame Gehien, sa sœur ; M. le chevalier Alfred de Reumont, connu lui-même par plusieurs ouyrages remarquables, et qui occupe maintenant à Berlin une place importante au ministère des affaires étrangères ; M. le major Blesson , un des officiers les plus distingués de l'armée prussienne ; Frédéric Perthes, éditeur de Rienzietson époque, La correspondance de Frédéric Perthes avec Jean de MuUer, et une foule de souvenirs honorables, consacrent la mémoire de ce doyen de la librairie allemande, mort il y a deux ans.

que : aujourd'hui elle fait partie des États prussiens. Les parents de Papencordt appartenaient, de Tun et de T autre côté, à ces respectables familles de la bourgeoisie allemande chez lesquelles la tradition des vertus domestiques forme le principal héritage et honore la médiocrité delà fortune.

En venant au monde, Tenfant qui eût un jour rendu sa mère si heureuse, lui coûta la vie. Toutefois, au baptême on l'appela Félix, du nom d'un vénérable prêtre, son parrain , qui devait bientôt lui tenir lieu de père. En effet , quatre années après avoir perdu celle dont il n'avait pu recevoir dans son berceau, ni une caresse , ni un sourire, Papencordt se trouva orphelin avec deux sœurs. Tune âgée de dix ans, Tautre de sept. Mais, avant d'être arrêtée par la mort^ la sollicitude paternelle avait confié cette tendre famille aux mains sûres et généreuses d'un ex-conventuel nommé Félix Tuellmann , rendu à la vie privée par la suppression des couvents en Westphalie. Ce digne ecclésiastique mérita complètement le nom d'oncle que lui donnèrent ses enfants adoptifs. Il les prit dans sa maison, où demeurait déjà une de leurs tantes appelée Hillebrandt , veuve d'un greffier et ancienne amie de leur mère. L'excellente femme avait elle-même un fils et une fille en bas âge : elle considéra désormais les trois nouveau-venus comme ses propres enfants, et partagea avec l'o/ic/e Tuellmann le soin de leur éducation. Ayant ainsi retrouvé, en quelque sorte, un père et une mère, Félix put grandir au milieu de ces affections et de ces habitudes de famille que rien ne remplace, et dont l'absence laisse toujours un vide dans le cœur ou dans le caractère de ceux qui en ont été privés.

A l'âge de six ans, Papencordt fréquenta l'école primaire. Il eut le bonheur d'y trouver un de ces hommes, Dieu merci nombreux en Allemagne , qui consacrent sans retour , saus réserve, aux humbles fonctions d'instituteurs de l'enfance,

toutes leurs facultés morales et intellectuelles. Ce maître excellent s'appelait Henri Kligge. Grâce aux. réformes introduites par le célèbre Bernard Overberg , directeur de l'Ecole Normale de Munster; grâce surtout à Tespritde dévouement chrétien, inspiré par les leçons et les exemples de ce prêtre admirable , les écoles primaires de la Westphalie étaient a,lors dans le meilleur état. L'instruction et la religion, s'y donnant la main, se soutenaient et se fortifiaient Tune l'autre : harmonie nécessaire, sans laquelle l'enseignement le plus développé du reste manquera toujours d'une condition essentielle au vrai progrès , au bonheur réel des individus et des sociétés. Le goût particulier et l'aptitude de Papencordt se manifestèrent dès cette époque : il remporta le prix d'histoire sainte.

Après les éléments de la langue maternelle, Félix étudia ceux de la langue latine, sous un maître particulier, et fut admis, âgé de dix ans, au gymnase de sa ville natale. Il s'y distingua par sa bonne conduite et son heureux caractère autant queparson application et ses succès. Bien qu'il ne négligeât aucune autre partie de l'enseignement , l'histoire était décidément devenue son étude favorite. Cette prédilection pour la science ou l'art dans lequel ils doivent un jour exceller , se révèle ordinairement dès les premières années chez les hommes supérieurs. Ainsi ^ à l'âge de neuf ans, Jean de Müller , qui écrivait déjà une histoire de Schaffhouse par demandes et par réponses ; aimait avec passion les livres historiques de la Bible, et souvent le soir, en hiver , les récits du narrateur enfant , puisés à cette source profonde et pure, charmaient la famille réunie autour du poêle. Souvent aussi, dans les riantes soirées de printemps et d'été , lorsque la mère adoptive et la sœur aînée de Papencordt, assises dans le jardin, travaillaient à des ouvrages de femme ; lorsque \ oncle se promenait récitant son bréviaire, et que les autres enfants s'abandon-

naient aux jeux de leur âge, Félix, appuyé sur la fenêtre oifverte de la. chambre d'étude^ récitait à haute Yoix des pages entières de Thistoire grecque ou de T histoire romaine. Sa mémoire 9 qu'il cultiva toujours avec soin, était comme la vivacité de son intelligence et la netteté de son jugement, c'est-à-dire prodigieuse.

Thérèse, sœur cadette de Félix, étant morte dans sa treizième année , il s'attacha d'autant plus étroitement à Hélène, sa sœur aînée, alors âgée de seize ans : elle devint pour lui, dans toute l'étendue de l'expression, une seconde mère. Plein de confiance en sa maturité précoce et son inépuisable tendresse, il la consultait dans les petits embarras de sa vie d'écolier, lui disait toutes ses joies et ses peines, ses projets, ses espérances, etil suivait avec une docilité filiale les sages conseils qu'un amour à la fois fraternel et maternel inspirait à ce bon génie, à cet ange domestique. Plus tard, quand j'eus le bonheur d'être entré dans l'intimité de Papencordt, il n« me parlait qu'avec une profonde émotion de sa bonne sœur Hélène : elle se maria à dix-huit ans. La séparation qui s'ensuivit fut pour Félix la plus vive douleur qu'il eût encore éprouvée. Néanmoins, il ne se laissa pas abattre y et, quand la jeune épouse , au moment de quitter son frère chéri , l'exhorta à persévérer dans l'application et la bonne conduite : « Ne « t'inquiète point, lui répondit l'enfant de douze ans, « mon parti est pris , je serai professeur d'histoire. » Déjà, en effet, il travaillait comme un homme qui a un but arrêté et qui sait que tout son avenir dépend de son travail. Deux fois l'année, aux vacances de Pâques et d'automne, il allait à pied de Paderborn à Büren, retrouver sa chère Hélène dans ce dernier endroit, où elle demeurait avec son mari. C'était un voyage d'environ quatre lieues. Quel bonheur pour un frère et une sœur, si tendrement unis, de se retrouver à des intervalles réguliers, après une absence de

quelques mois adoucie par la perspective du retour ! J*aime à me représenter Papencordt tel qu'il était dans ces florissantes années de F adolescence. Je le vois vêtu d'une courte redingote allemande^ le ranzen (i) sur le dos^ cheminant à travers une belle campagne, ses longs cheveux blonds tombant en boucles sur ses épaules, ses yeux bleus remplis de douceur et d'expression, son nez bien fait, ses lèvres fines, animées d'un gracieux sourire, son menton velouté d'un léger duvet et formant avec le reste du visage un ovale parfait, son teint rose et délicat comme celui d'une jeune fille; en un mot, je vois cette figure, cette physionomie charmante, dont tous ceux qui l'ont connu gardent au fond de leur cœur Tinefifaçable image.

Après avoir subi de la manière la plus satisfaisante l'examen qui termine les classes du gymnase, Papencordt, âgé de dix-sept ans, partit au mois d'octobre 1829 pour l'université de Bonn. Il y passa deux années, spécialement appliqué à l'étude de l'antiquité grecque et latine sous la direction du savant professeur Brandis et de l'illustre Niebuhr. Ces deux hommes éminents lui donnèrent leur affection et des soins particuliers. En 1 83 1 il se rendit à Munich. Les leçons et l'influence personnelle de Schelling, qui l'honora aussi de son amitié, détournèrent un peu son attention vers les systèmes philosophiques de la Grèce. Néanmoins, le premier, le plus cher objet de ses travaux, l'histoire ancienne et moderne, ne fut pas abandonnée. L'art plastique de l'antiquité, dont la munificence et le goiit du roi de Bavière ont réuni tant de précieux monuments , fixait souvent, aux heures de loisir, son activité studieuse : il vérifiait , il agrandissait ses études classiques au milieu de cette admirable collection et dans ce palais digne d'elle qu'on appelle la Glyptothèque. Les productions de la pein-

(i) Espèce de havresac que les étudiants allemands portent dans les excursions qu'ils font à pied pendant les vacances.

ture hiâlorlque avalent aussi pour lui beaucoup de charme et d'intérêt. Mais ce qui l'attirait surtout, ce qui le retenait le plus longtemps après les leçons des meilleurs professeurs de Tuniversité, c'était la Bibliothèque royale avec ses immenses trésors. Jamais je ne Toublierai : ce fut là que je fis sa connaissance pendant l'automne de i83i, qu il employait laborieusement à préparer sa thèse de doctorat. M'étant trouvé plusieurs jours de suite à la même table, vis-à-vis de lui, j'admirais cette tête pure et expressive, tant de gravité , tant d'application dans un âge si jeune , au moment où la foule des étudiants, dispersés, les uns dans leurs familles , les autres dans la Suisse et le Tyrol , d'autres par delà les monts , dans la riante Italie , jouissaient du repos et des plaisirs des vacances. Quelques mots français, qu'il m'entendit dire à un des bibliothécaires, furent l'occasion ou plutôt le signal de nos premiers rapports, déjà préparés par une sympathie secrète. En effet, après qu'on m'eut apporté le livre que j'avais demandé, il m'indiqua lui-même tout bas, dans ma langue , en fort bons termes, et avec une expression pleine d'obligeance, un autre ouvrage qui devait m'être utile. Ce jour-là nous sortîmes ensemble , nous échangeâmes quelques mots de conversation, et, nous trouvant amis, nous nous promîmes de nous revoir à la Bibliothèque royale et ailleurs. Age heureux, âge unique, où l'on peut suivre sans crainte l'attrait de son âme; où la confiance et l'affection, mutuellement données aussitôt que pressenties, ne trompent point le cœur qui s'y abandonne !

Au mois d'avril i832, Papencordt alla à Berlin pour compléter ses études universitaires et prendre le grade de docteur. Je me retrouvai avec lui dans cette ville, et souvent nous assistâmes ensemble aux cours des professeurs les plus renommés, tels que Steffens, Neander, Savigny^ Schleier mâcher, Phillips, Ritter, Gans, etc. Ce n'était plus

dans le jardin anglais de Munich , au bord de belles eaux courantes, sous les grands arbres d'allées pittoresques, c était dans Taride Thiergarten , sur un sol sablonneux , que nous faisions désormais , le soir, nos promenades accoutumées. Aussi, tout en admirant l'activité scientifique de la capitale de la Prusse, regrettions-nous quelquefois la vie plus simple et plus douce, le mouvement d'art plus naturel et plus vrai de la capitale de la Bavière. Mais je n'étais à Berlin qu'en amateur plus ou moins paresseux, sans but arrêté, sans travail suivi , tandis que Papencordt avait toute sa position à conquérir à la pointe de Vintelligence.

Le 1 5 septembre de la même année, en présence d'hommes et de jeunes gens studieux , devant des juges blanchis dans l'étude de l'antiquité, il soutint une thèse sur la doctrine atomistique. Sa dissertation , écrite en latin clair et élégant, contient soixante-douze pages. Elle est dédiée au professeur Charles-Auguste Brandis , qui , connaissant la portée de l'esprit de son ancien élève , lui avait conseillé de traiter ce sujet. L'auteur recherche d'abord les principaux traits par lesquels Démocrite se distingue des philosophes grecs qui l'ont précédé et de ceux qui l'ont suivi. Il traite ensuite de Protagoras et des autres disciples du maître jusqu'à Épicure. Enfin, passant à Épicure lui-même, Papencordt s'attache moins à exposer le système de ce philosophe, qu'à discuter les points sur lesquels il s'est éloigné du fondateur de l'école. Le caractère essentiel de la thèse de notre ami , c'est le zèle sincère , le soin judicieux qu'il met à consulter les sources , cherchant les opinions de l'antiquité dans l'antiquité même, et non dans le miroir souvent trompeur des interprétations modernes. On pouvait déjà reconnaître à ce caractère deux grandes qualités du futur historien, la conscience et la sagacité. Une discussion savante et lumineuse des textes occupe

aussi sa place dans le travail du jeune docteur, non moins exercé aux recherches philologiques qu à celles de la philosophie et de rhistoire. Enfin, on trouve un autre trait distinctif, non plus de Fesprit, mais du cœur de Papencordt y dans la modestie avec laquelle il présente ses vues personnelles les plus ingénieuses, faisant upe large part aux enseignements de ses maîtres et aux divers auteurs qu'il a consultés, après avoir terminé son essai et avant d'y mettre la dernière main (i).

 peine âgé de vingt ans , Papencordt venait de publier sur un des points les plus difficiles de la philosophie grec* que une dissertation remarquable; il était docteur, mais ce n* était qu'un titre et non pas une position, et son faible patrimoine, employé jusqu'alors à lui procurer la plus précieuse des ressources, était presque épuisé. Cependant, avec le sentiment de ses forces, avec l'instinct de l'avenir, comment se résoudre à consumer sa jeunesse

(i) On trouvera également une fidèle empreinte de son âme dans la note suivante intitulée : ViTA gurrigujlum, et qui, suivant Tusage, précède sa dissertation : Ego Felix Papencordt natus sum Pu" derhornoi Cafend, Juliis mdcgcxii, a pâtre Marlino Papencordt et matre Theresia e gente ScMenke. Natus fidem profiteor catholicam. Parenté' bus prœmatura mihi morte ereptis in tuteîam transii viri summe vene* randi Feiicis Tuellmann , cui , cum a tenerœ jUventutis annis patemo me amore sit prosecutus ^ numquam dignas referam gratias^ nec viri optime de me meriti memoria grato unquam excidet animo. j4 gym- ¥iasio, quod in urbe patria per sex annos frequentaveram , primo matU' ritatis testimonio munitus , altiorem litterarum sedem petiiet per duos annos in litterarum universitate Borussica Rhenana , per unum in Monacensi , et per hos menses œstivos in aima nostra litterarum sede philosophiœ et philologiœ operam nawavi. Viris clarissimis, qui me instituerunty ex intimo corde grattas ago, — Il a paru en i833, à Paris, une dissertation sur la philosophie atomistique par M. Lafaist. Ceux qui s'occupent de ce genre d'étude compareraient sans doute volontiers les deux morceaux. Malheureusement la thèse de Papencordt est difficile à trouver, même en Allemagne. Elle mériterait l'honneur d'une réimpression.

dans les traraux absorbants d'une profession ordinaire? Il ne pouvait, il ne devait se dévouer qu*à la science. Pour concilier les besoins de sa vocation intellectuelle et les exigences de la vie matérielle, il donna d'abord des leçons particulières d'histoire et de littérature. Mais bientôt ses eminentes qualités pour l'enseignement oral reçurent un meilleur emploi : on lui confia successivement plusieurs cours historiques dans les divers gymnases de Berlin. Le dernier de ces établissements, dans lequel il remplit les fonctions de professeur agrégé , fut le gymnase royal de Frédéric -Guillaume. L'estimable directeur, M. Spillker, qui aurait voulu le retenir, lui rendit auprès du ministre de l'instruction publique le plus honorable témoignage. Durant une de ces années , Papencordt satisfit à la loi du service militaire, à laquelle personne en Prusse ne peut échapper, et qu'on a trouvé le moyen de combiner avec la vie d'étudiant et avec l'exercice des professions Überdies.

En i834> l'Académie des inscriptions et belles-lettres ayant mis au concours la question de la domination des f^andalesen Afrique^ notre docteur de vingt-deux ans résolut de traiter cette curieuse matière, dont la conquête récente des armes françaises relevait encore l'intérêt. U employa ses loisirs d'une année et demie tant aux recherches qu'à la rédaction d'un mémoire de plus de quatre cents pages. Ce travail, envoyé à Paris au mois de mars, fut couronné dans la séance solennelle du 5 août i836. Or, voici l'énoncé de la question proposée par l'Académie : < Tracer l'histoire de l'établissement des Vandales en AM- « que et de leur administration depuis Genséric jusqu'à « la destruction de leur royaume par Bélisaire; s'efforcer « de montrer quel fut l'état de l'Afirique romaine sous leur « domination, et jusqu'où s'étendait leur pouvoir ou leur « influence dans l'intérieur de ce continent; rechercher

« quel fut Vidiome dont ils faisaient habituellement usage , « et quels rapports s'établirent entre le peuple conque- « rant et les indigènes ; enfin, essayer de déterminer quels « vestiges de leur langue et de leurs coutumes les Vandales « ont laissés en Afrique jusqu'à l'invasion des Arabes« »

Ce sujet était, comme on le voit, vaste et ardu. Il demandait beaucoup de perspicacité, des recherches considérables , une critique sûre , une exposition d'autant plus méthodique et plus claire , que les documents incomplets et les traces effacées du peuple vandale ouvraient un large champ aux hypothèses. Ces difficultés multipliées , au lieu d'arrêter le jeune concurrent, l'engagèrent dans une voie d'investigations et d'efforts héroïques, au bout de laquelle il devait cueillir la glorieuse palme de la victoire. Son mémoire, présenté en français au jugement de l'Académie I et ensuite traduit en allemand par l'auteur lui-même, forme un fort volume in-8®. Il est divisé en trois livres dont nous allons indiquer sommairement les points principaux, afin de donner une idée de l'étendue et de l'importance de cette belle composition.

Le premier livre, qui sert d'introduction à tout l'ouvrage, expose l'origine, les migrations, les demeures, les haltes successives, le caractère, l'organisation des Vandales avant leur descente dans le nord de l'Afrique. Ce tableau, restreint dans des proportions mesurées sur l'ensemble , a pour pendant un autre tableau semblable, comprenant l'état matériel et moral des provinces africaines au moment de l'invasion. La nature , la configuration et la division du sol, les croyances, les mœurs , les institutions , les ressources , le langage , les rapports des habitants partagés en deux classes, l'une de peuples nomades, l'autre d'indigènes devenus Romains : tous ces points capitaux sont successivement éclairés à l'aide et avec l'autorité des textes les plus concluants.

L* objet du deuxième livre est T histoire politique des Vandales, depuis leurs premières entreprises jusqu'à la eh ute de leur domination sur le continent africain. Après avoir rappelé deux expéditions tentées sans succès contre T Afrique septentrionale , vers la fin du troisième siècle , par des troupes de Francs trop peu nombreuses , Fauteur nous montre les Vandales devenus prépondérants en Espagne et tout prêts à passer dans un autre pays plus riche, vers lequel les pousse leur inquiétude naturelle , leur soif de pillage, mais surtout la main de Dieu dont ils sont le fouet vengeur. Appelé par Boniface, révolté contre l'impératrice Placidie, Genséric, qui avait précédemment attaqué les îles Baléares et fait une excursion sur la côte africaine , descend cette fois dans Tintérieur du pays , s'en rend maître à la suite de victoires successives , et y jette , avec plus d'habileté et de profondeur qu'on ne le croit généralement, les fondements du nouvel empire. Ici se présente un touchant épisode. Nous voyons saint Augustin épuiser les conseils de l'amitié et de la sagesse auprès de Boniface pour le détourner de sa défection et de son alliance avec les barbares ; puis , quand toutes les remontrances ont été inutiles , quand l'invasion est commencée et que le gouverneur romain veut , mais trop tard , réparer sa faute , nous retrouvons l'habile capitaine et le pontife vénérable enfermés dansHippone, celui-là animant et dirigeant les soldats , celui-ci consolant et fortifiant les chrétiens , jusqu'à ce qu'il succombe lui-même de fatigue et de douleur, dans le troisième mois du siège , le 28 août 43o. Au bout d'un règne de cinquante années , pleines de guerres heureuses , et après avoir joui quarante-huit ans de sa conquête, Genséric mourut. Il laissait son vaste royaume, mais non son courage ni ses talents, à son fils aîné Hunérîc. Celui-ci, qui ne régna que sept ans, commença Tœuvre de dissolution par ses cruautés et ses excès. Dans a, b

un inteiralle de quarante-neuf années, quatre autres rois, Gonthamonc), Thrasamond, Hildéric etGélimer, se succèdent, également incapables d'arrêter le déclin de la puissance vandale. L'amollissement, les divisions intestines du peuple vainqueur, la rupture avec les Goths que Genséric avait appelés comme auxiliaires , les incursions des Maures sans cesse renouvelées , enfin une révolution survenue dans le gouvernement même par la déposition d* Hildéric et l'élévation de Gélimer, arrière-petit fils du conquérant : toutes ces causes réunies amènent l'irrémédiable cliute d'un empire de cent cinq ans, auquel Bélisaire porte le dernier coup dans la célèbre bataille du Tricaméron, vers le milieu de décembre 533.

Le troisième livre , le plus intéressant et le plus considérable , expose l'organisation intérieure des Vandales au moment de leur arrivée en Afrique , leur constitution , semblable au fond à celle des autres peuples germains , mais cependant différente à certains égards , les droits du roi, de la noblesse et des hommes libres , le partage du butin et des terres , les récompenses et les châtiments , l'agriculture, le commerce, l'industrie, les revenus , les dépenses, le culte, la langue, les habitudes, en un mot, toute la vie d'une nation d'abord si belliqueuse et si forte , et à la fin si énervée. Les Vandales , quand ils débarquèrent, formaient, selon Procope, une armée de cinquante mille combattants ; et , d' après Victor de Vi ta, ils s élevaient au nombre de quatre-vingt mille, en comptant les enfants, les vieillards et les esclaves. L'auteur, après avoir observé la position des Romains vaincus vis-à-vis des conquérants , examine les rapports de ceux-ci avec les populations mauresques, détermine la nature de leur influence sur le pays occupé par eux durant un siècle , et recherche leur sort ultérieur, quand ils ont été eux-mimes défaits et dépossédés sans retour.

A la suite des trois livres^ formant Fouvrage proprement dit , Tiennent quatre appendices : le premier sur la part que prit le chef yandale Stilicon aux expéditions de ses compatriotes ^ des Alains et des Suèves dans les Gaules ; le deuxième sur la succession des premiers rois vandales ; le troisième sur la paix conclue dans Tannée 435 entre les Vandales et les Romains; le quatrième sur la prise de Rome par les Vandales. Enfin, après une exposition raisonnée des sources auxquelles il a puisé, exposition pleine de science et d'intérêt qui n'occupe pas moins de soixante-*dix-sept pages et tient lieu de pièces justificatives, l'auteur donne un tableau généalogique de tous les rois vandales dont l'histoire a recueilli le souvenir, et la description des monnaies frappées à leur effigie. Il suffit, nous le croyons, de cette indication rapide des principales parties de l'œuvre, pour en faire apprécier la vaste et sage ordonnance. Quant au style, outre les qualités générales qui conviennent à l'historien^ savoir, le naturel, la clarté, la précision, il porte le cachet particulier de l'homme, c'est-à-dire d'un jugement profond et ferme, embelli par une riche imagination et animé par un noble cœur.

Cependant, avant même que le résultat de ce grand travail fût connu , deux places avaient été proposées successivement à Papencordt^ l'une de professeur d'histoire au lycée de Lucerne, l'autre de professeur de philosophie à l'université d'Athènes, fondée tout nouvellement par le roi Othon. Il refusa ces deux offres honorables qui ne s'accordaient pas avec son plan d'aller en Italie, étudier à la grande école des monuments et des inspirations de tout genre que présente cette terre doublement consacrée par l'art et par l'histoire. A la vérité, il ne savait pas encore comment réaliser son dessein : mais avec l'infaillible certitude que portent en eux-mêmes tous les hommes de génie qui ont besoin de circonstances particulières pour ac-

complir leur vocation, il savait qu'il le réaliserait. En effet, vers Pâques de Tan i836, sur la proposition du ministre des cultes, et d'après une décision du chapitre d'Ermland , il obtint un Stipendium pour aller passer plusieurs années dans la capitale du monde chrétien. Ce Stipendium provenait d'une fondation instituée en faveur des étudiants catholiques par un chanoine d'Ermland appelé Preuck , d'où vient le nom de Collegium Preukianum donné à la fondation même. Papencordt alla d'abord à Warbourg en Westphalie, où il resta quelques jours auprès de sa sœur bien-aimée, puis il continua son voyage. Arrivé à Rome, il prit domicile au couvent de Sanf Andrea délie Fratte, conformément aux statuts de l'institution à laquelle il devait d'être en Italie. Il passa quatre années dans cette paisible retraite, occupé à préparer et à composer un ouvrage considérable sur l'histoire de Rome au moyen âge. Toutes les bibliothèques et les archives lui étant ouvertes, il les visitait avec autant d'ardeur que d'assiduité. C'est ici le lieu de mentionner une faculté spéciale de Papencordt, je veux dire la promptitude merveilleuse, l'espèce d'instinct divinateur avec lequel il trouvait en un instant , au milieu d'une masse de livres ou de papiers , ce qu'il lui fallait sur chaque matière. Plusieurs de ses amis , témoins des prodiges de ce don particulier, ne pouvaient assez exprimer leur admiration, et lui-même était tenté de croire à un bon génie que la Providence lui aurait donné pour le guider et l'aider dans ses immenses recherches. Toujours est-il que cette aptitude singulière lui épargnait xm travail infini , et lui faisait faire très-souvent les décou • vertes les plus précieuses. Il ressemblait, sous ce rapport, à ce prêtre privilégié du midi de la France , auquel il suffit de promener ses regards sur un terrain pour indiquer aussitôt l'endroit d'où doit jaillir une source inconnue. Dans diverses excursions, toutes entreprises en vue de

son grand ouvrage , il explora aussi les trésors littéraires de plusieurs autres villes importantes , telles que Naples, Bologne, Vienne, Florence, etc. Pendant l'automne de i838 , il fit un voyage scientifique en Sicile avec deux de ses amis, le docteur Abeken et le docteur Ulrich , enlevés Tun et Tautre à la fleur de Tage, après avoir donné des gages d'un talent distingué. Le dernier est mort au mois de septembre i843 , professeur de philologie à l'université d'Athènes. On sait que dans ce pèlerinage de religion, de science, d'art, ou de simple agrément que chacun veut faire au moins une fois en Italie, Rome est le centre vers lequel convergent, de tous les points du globe, une foule d'hommes remarquables. Grâce à la culture de son esprit et à l'amabilité de son caractère, Papencordt forma d'utiles liaisons avec plusieurs étrangers d'un rare mérite, de même qu'il sut se concilier l'estime et l'affection des savants italiens. Sa sainteté Grégoire XVI, ayant entendu louer l'infatigable application, le talent supérieur, en un mot toutes les belles qualités du jeune historien allemand , se le fit présenter à Frascati , et lui donna des témoignages d'un intérêt particulier.

Dans l'automne de i84o, Papencordt dit adieu à Home, espérant bien que ce n'était pas pour la dernière fois , et prit son chemin par Milan, Venise, Vienne, Prague, Dresde, non sans consulter, dans ces différentes villes, les bibliothèques, les archives et les hommes qui pouvaient l'éclairer. De retour dans la capitale de la Prusse, après quatre années si laborieusement employées, il n'avait plus que la dernière main à mettre à son Histoire de Rome au moyen âge. Toutefois, avant de livrer à l'impression un travail d'une telle importance , il résolut de faire une seconde fois ses preuves devant le public, et il détacha de l'ensemble l'épisode de Rienzi.

Le plan de cet ouvrage est aussi simple que bien or-

donné. L'auteur commence par tracer un résumé des institutions municipales de Rome , depuis la chute et la restauration de r empire jusqu'à la moitié du quatorzième siècle : il détermine la position respective du peuple et de la noblesse à cette dernière époque; fait connaître les familles prépondérantes des Colonna , des Orsini , des Gaetani , etc. ; peint les mœurs des barons romains, Tétat du clergé , les rapports de la ville avec les localités environnantes ; s'arrête devant les débris de l'antiquité , et montre comment les monuments les plus faciles à comprendre , tels que le Gapitole et la statue équestre de Marc- Aurèle , avaient été enveloppés d'interprétations bizarres et fantastiques dans les légendes connues sous le nom de Mirabiliay récits merveilleux.

Dans le deuxième chapitre, après avoir constaté à Rome la persistance de l'esprit antique, malgré des altérations de tout genre ; après avoir rappelé le souvenir d'Arnauld de Brescia dont le dessein et la mort violente offrent plus d'une analogie avec la destinée de Savonarole ; après s'être surtout complu à dessiner les grandes figures de Dante et de Pétrarque, en qui les idées gibelines trouvèrent leur plus haute et leur plus pure expression, l'historien fait apparaître sur la scène, ainsi disposée et éclairée, Cola di Rienzo, fils d'un simple hôtelier Iras tévérin, mais futur tribun du peuple. L'éducation, le caractère, les études, les idées de ce personnage singulier, les circonstances favorables au milieu desquelles il se produit, le rapide succès de sa tentative , l'enthousiasme qu'elle excite à Rome, le contre-coup salutaire qu'elle frappe dans le reste de l'Italie, les lois d'abord justes et sages du nouveau dictateur, les encouragements, les acclamations de Pétrarque, en un mot, les brillants commencements d'une audacieuse entreprise à laquelle souriaient la fortune et la jeunesse, forment un tableau splendide auquel nulle ombre fâcheuse ne vient encore se mêler.

Mais le germe d'une prochaine dissolution était déposé au fond de Tàme de Rienzo , trop faible pour porter longtemps le double poids du bonheur et de la puissance. Outre sa mobilité naturelle d'esprit et de volonté, son défiaut de connaissances militaires et même de courage personnel va montrer tout à Theure aux barons, plutôt surpris qu'abattus, le côté vulnérable où ils peuvent frapper leur odieux vainqueur. Il semble lui-même prendre à tâche de miner sa position par son luxe, son orgueil, ses prodigalités, ses perfidies, et par un bizarre mélange d'exaltation religieuse et de vanité puérile. Déjà le pape , qui d'abord l'avait approuvé, et qui avait même confirmé ses pouvoirs, commence à lui retirer son appui. Pétrarque s'inquiète, et avertit sans pourtant désespérer.

Cependant, avant d'abandonner Rienzo , la fortune, qui semble ne pas mieux demander que de le servir , lui procure, malgré sa lâcheté et son ignorance de la guerre , un avantage éclatant sur les Colonna , ses plus redoutables ennemis. Mais , au lieu de profiter de la victoire , ce tribun s'arrête à jouir mollement d'un triomphe qu'il arrange lui-même en l'honneur de son facile succès. Puis il continue de gouverner d'une manière encore plus fastueuse et plus despotique , pillant les riches , foulant les pauvres, n'épargnant ni les églises ni les abbayes pour soutenir son luxe insensé et pour payer les mercenaires étrangers dont il s'est fait une garde particulière. Le peuple, mécontent, murmure ; les villes et les barons qui étaient entrés dans l'alliance du tribun l'abandonnent; sa cour, auparavant si nombreuse, devient déserte. Pétrarque lui-même commence à douter de son héros. Enfin, dans une longue lettre adressée aux Romains , le pape se déclare contre Rienzi. Celui-ci , au lieu de réparer ses excès , tombe dans un lâche marasme; et, s' affaissant sous son impuissance, il voit partout des signes précurseurs de sa chute. Un évé'^

nement presque fortuit en donne le signal. Alors , suivant r expression de son biographe contemporain, « Rienzo , <( qui avait promis de mourir pour le bien du peuple, ne « montra pas même le courage d*un petit garçon ; » il ne songea qu'à sauver sa vie , lorsqu'il aurait encore pu garder r empire; et étant sorti de Rome sous un déguisement, il se réfugia dans la partie la plus sauvage de l'Apennin.

Le chapitre V , datas lequel l'historien raconte la retraite de Rienzo aux environs de Monte-Majella et son voyage à Prague , est un des plus curieux de l'ouvrage , parce qu'il renferme le plus de faits inconnus ou négligés. La description du genre de vie des Fraticelles , branche re« tranchée de l'ordre de Saint-Fraucois d'Assise, offre un vif intérêt. Rienzo demeura deux ans et demi dans la solitude avec ces ermites. Son esprit enthousiaste, étant passé de l'amour de toutes les pompes du monde à un détachement absolu, il se fit affilier au tiers ordre des Fraticelles, et partagea leurs exercices de piété et de pénitence. Mais , vers la moitié de l'année i35o , un visionnaire nommé Fra Angelo lui communiqua de prétendues prophéties sur la personne du tribun , et le détermina à se rendre auprès de l'empereur, pour concerter avec celui-ci la régénération de l'Italie. Rienzo alla d'abord secrètement à Rome prendre part aux grâces du jubilé , et delà, toujours déguisé, il se rendit à Prague. Mais Charles IV avait un caractère tout opposé à celui de l'aventureux Jean de Luxembourg, son père; il était, en outre, ami dévoué de Clément VI, auquel il devait en grande partie son élévation à l'empire. Aussi , loin de se laisser séduire par les idées et les plans fantastiques de l'ancien tribun, dès qu'il eut remarqué en lui des opinions contraires à la doctrine de l'Eglise, il le livra, comme suspect d'hérésie, à l'archevêque de Prague pour être soigneusement gardé , et il informa le pape de cet emprisonnement. Après une longue correspon-

dance avec Tarchevéque et avecTeiiipereur, dans laquelle il essaya de justifier sa conduite politique et ses idées religieuses formellement hétérodoxes sur plusieurs points , comme celles des Fraticelles , Rienzo fut envoyé à la cour pontificale d* Avignon. Le pape créa un tribunal des trois cardinaux les plus considérés pour instruire cette affaire« La vie de Rienzo fut longtemps menacée par suite des charges capitales qui pesaient sur lui , mais principalement à cause de la puissance et de Vanimosité. de ses ennemis. Pétrarque, bien que défait de ses illusions sur le compte de celui qu il avait salué comme le libérateur de l'Italie entière, ne labandonna pas dans sa détresse. Il écrivit aux habitants de Rome , les exhortant à prendre la cause de leur tribun et à réclamer pour qu'il f&t du moins jugé sur le théâtre des crimes qu'on lui imputait. Cependant, Rienzo s'était lui-même reconnu coupable, et avait été condamné à mort. Enfermé dans une tour, il attendait le dernier supplice , lorsqu'un mouvement subit de pitié produit à la cour lettrée d'Avignon par l'idée que l'ancien tribun était poëte lui sauva la vie et lui valut un traitement plus doux. Bientôt nous le retrouverons rendu à la liberté et chargé de nouveau de gouverner sa patrie.

Depuis l'expulsion de Rienzo, les mouvements populaires se succédaient à Rome , et il n'y avait plus de repos durable pour cette malheureuse ville tombée du despotisme dans l'anarchie. Les plus grandes calamités physiques , la peste et un tremblement de terre étaient venus se joindre aux troubles intérieurs dans les années i348 et i349* Le cardinal Geccano, représentant de Clément YI pendant le jubilé de i35o, fut trois fois Tobjet de tentatives d'assassinat. Les sénateurs, choisis comme autrefois parmi les premières familles, étaient impuissants ; d* ailleurs, ces mêmes familles avaient recommencé leurs désastreuses rivalités. En un mot , suivant l'expression de Mat-

teo Yillani, « chacun faisait le mal comme il lui plaisait, « parce qu'il n'y avait personne pour rendre la justice. « Le peuple était malheureux , la ville pleine de malfai- « teurs, et au dehors on volait et pillait de tous côtés : les « étrangers , les pèlerins étaient comme des brebis au mi- « lieu des loups. » Après une courte ^ mais tranquille dictature de Giovanni Cerroni , nommé sénateur unique par le peuple, et confirmé en cette qualité par le vicaire pontifical , un Orsini et un Golonna ressaisirent le pouvoir, et gouvernèrent sans s*inquiéter de l'agrément du pape. Celui-ci les excommunia, mais il mourut le 6 décembre 1 3 5 a, avant d'avoir pu prendre contre eux d'autres mesures. Le i8 du même mois, Etienne d'Âlbart, évêque d'Ostie, lui succéda sous le nom d'Innocent YI. En i353 une extrême cherté régna dans toute l'Italie. Or, un jour de marché , le samedi 1 5 février , on entendit tout à coup retentir dans Rome le cri de Popolo, Popolo, qui était le signal ordinaire de l'émeute. L'un des sénateurs , Bertoldo Orsini , étant sorti tout armé du Capitole , fut assailli d'une grêle de pierres et tomba mort au bas de l'escalier; l'autre sénateur s'esquivapar les derrières du palais. L'anarchie continua jusqu'à ce que, le i4 septembre i353, Francesco Baroncelli, d'une famille plébéienne , fut investi de l'autorité supérieure. Il s'intitula deuxième tribun de la ville, et Auguste, consul romain, prit pour modèle Florence, considérée alors comme le centre de la plus haute sagesse politique , et gouverna quatre mois avec courage et modération. Avant la chute de Baroncelli, laquelle eut lieu dans une émeute , Innocent VI , pour recouvrer les droits et les possessions de l'Église romaine , avait fait choix du célèbre cardinal Albornoz, homme d'État et homme d'épée. Dans le même dessein , il tira de prison l'ancien tribun qu'il voulait opposer au nouveau, et l'ayant déchargé de toutes censures et condamnations, il l'envoya en Italie ^

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