CHAPITRE II
Continuation de Tesprit de l'antiquité à Rome. — Arnauld de Brescia. — Dante. Louis de Bavière à Rome. — Pétrarque ; son couronnement au Gapitole. — Cola di Rtenzo. — Sa naissance. — Sa prétendue origine d*Henri VII. — Ses études, son goût pour l'antiquité. — Ambassades des Romains à Clément VI. — Rienzo à Avignon. — Son retour à Rome. — Ses tentatives pour exciter ie peuple. — Peintures au Capitole — - Assemblée au Latran. — La loi royale. — ^Peintures de l'église à Santo-Angiolo in Pescheria. — Assemblée sur l'Aven tin. — Élévation de Rienzo à la Pentecôte. — Ses lois et ordonnances. — Monnaies. — Nouvelle chronologie. — Ses rapports avec les barons. — Ses règlements et ses mesures pour le maintien de l'ordre et de la justice. -^ Organisation des revenus publics. —Le pape approuve la nouvelle constitution. — Rapport de Rienzo avec les autres États de l'Italie. — Effet général. — Lettre de Pétrarque à Rienzo.
Depuis sa séparation d*avec l'empire byzantin , la ville était entrée tout entière dans le cercle de la culture romaine et germanique qui caractérise , pendant le moyen âge, l'histoire de l'Occident. Toutefois, les souvenirs de l'antiquité ne cessèrent jamais d'exercer sur Rome une action' puissante. Plus l'intelligence véritable des vieux âges disparaissait, plus les notions que l'on s'en faisait prenaient la for me des vœux et des espérances du temps présent; tout ce qu'il y avait eu de dur et d'oppressif dans Tancieu état de choses s'effaçait, transfiguré , pour ainsi dire, dans l'éclat d'un âge d'or, et les
images d'un passé déjà lointain emportaient les esprits (i). On trouve cet élément mêlé à la création du nouvel empire de Charlemagne^ et le rétahlissement des libertés municipales au douzième siècle ne se donne pas pour autre chose que pour un rétablissement de l'ancien sénat. lie fait devint eneore plus sensible sous ArnauM d« Brescia , tof àqne ^r op- Jjbiition cohtrè le pa{)e et l'empereuih älleiftüfrd , on voulut ïaire revivre toute la constitution républicaine de Rome dans le peuple et dans un sénat de cent membres avec deux consuls à leur léte ( a ). Quoique net esisai n'ait pas réussi^ même un instant ^ on trouve héâtnhoinà , à diverses t^pMses , de pareils souvenirs dans le treizième siècle. L'étude du droit romain et la connaissance renouvelée, dans des limites encore très^étroites , il est vrai , des écrivains de l'antiquité daftsique > entretenaient et avivaient ces dispositions.
Après la mort de Frédéric ÏI , quand ItèS érilpereurs allemands eurent perdu leur influence immédiate suf r Italie , et tjite cependant Ifes ItitteS des grands fehtre txit et les guêtres civiles , hé prèilafit pas de flh , faisaient désirer à tous un pouTtJit» sti* pérîeut-, à la fois JuSte et fehne , bil i^vint k Tidée de Tempirë römaih, on la caressa de hoUvèaù eh
(i) Dans «oA onvrajge sur Dante» Turin, 1839, vol. 11, p. 980 > César Balbo s'exprime en ces termes, dont la vivacité n'exclut point la justesse : « L*imitazione di Roma antica, le stolte scolaresche e « puerili speradte di nstàurtre la p<itenêa di lei , furono quelle che R forse più d'ognî altra cosa sviarono gli animi italianî fin dalla ca- « duto deir impero nel v secolo a' nostri di. »
(a) Wilibaldi Epistol. 383, in Martene et Durand, Veterum scriptomm Cbllectio amplissima, tom. If , p. S5d.
rappliquant à la ville et au peuple , et celui-ci reçut un nottvel éclat ^ non pas tant de lui-même que du nom illustre dont il était l'héritier. Au commencement du quatorzième siècle » Dante était le plus ardefit zélateur de T empire allemand en Italie. Il punit Rodolphe et Albert^ dans le sixième chant du Purgatoire^ de s'être tenus loin par cupidité, et d'à- Toir ainsi abandonné à la dévastation le jardin de V empire; il regarde l'affreufie mort de ce dernier princte eomme un ditâtiment divin d'une si grande faute ; puis , dans un des plus beaux passages de son poéme^ dans le trente et unième chant du Paradis^ il prépare à H^iri YII une place élevée dans le ciel 9 à cause de son dévouement aux intérêts italiens» Toutdbis) d'après la doctrine du grand poêle V tous les droits des empereurs ont leur source dans le peuple romain ^ à qui , autrefois y dit-il \ Un jugement de Dieu a donné la domination du mondte pat* une suite d'heureuses entreprises et de victoires ^ et dont la volonté a transmis au premier césar eette domination. Prenant ensuite comme un simple fait le passage de l'ancien empire À l'empire allemand ^ il laisse un vide dans son exposition systématique , et désormais ce n'est que par alhiüon qu'il en parle dans la Divine Coiftëdi^ y lot*s(|u.'il dit que le premier empereur des temps nouveaux , Charlemagne, fut avant tout le protecteur de l'Église romaine, et que son aigle la défendit victorieusement contre lés morsures du vaütöüt lombard. La sainte ville de Rome, dont la naissance et l'accroissement sont l'effet d'une volonté toute spéciale de Dieu ^ dont les pierres méritent
d'être vénérées, et dont le sol ne sera jamais assez exalté, Rome est pour Dante l'épouse de Tempereur, laquelle pleure son abandon et appelle son époux nuit et jour (i). Bien que le poète ne le dise pas formellement (il méprisait trop les Romains de son époque), on voit qu'il n'y a guère loin des idées que nous venons de reproduire , à attribuer au peuple de la ville éternelle l'exercice de ses anciens droits au milieu de la confusion générale , alors qu'il n'y avait pas d'empereur reconnu et que le pape était absent.
Dante ne réclame pas avec moins d'énergie pour Rome le siège de la papauté, a De même, dit-il, « que Jésus-Christ, par ses paroles et ses actions, « a confirmé à cette ville l'empire du monde, de « même Pierre et Paul , par l'effusion de leur sang, « l'ont sanctifiée et en ont fait le siège apostolique. « L'Église est le soleil , l'empire est la lune de « Rome. Or, aujourd'hui elle est privée de ces deux « lumières, et ainsi doublement orpheline. » Mais en même temps il ne reconnaissait qu'aux cardinaux le droit de replacer le siège apostolique à Rome par l'élection d'un nouveau pape , après la mort de Gément V (a).
. Au temps de Louis de Bavière, en i327, le peuple romain avait déjà prétendu , en faice de Jean XXII ,
(i) Le II* livre de Monarchia et convito , traita to rv , cap. 3-6, est consacré à établir le système de Tempire. Les passages de la Divina Comedia qui s*y rattachent se trouvent particulièrement dans le PurgatorioyVi, 76-134, et dans le Paradiso, vi.
(a) Gardinalibus italicis Dan lis de Florentia epistola l'p. 53, dans Witle, DantisAligherii Epistel»; PaUvii, 1827.
que les souverains spirituels et temporels de la chrétienté devaient demeurer à llome ; et Louis luimême convoqua les Romains pour participer au couronnement de l'empereur et au choix de l'antipape ( 1 ). Après son départ, un poète latin, Romain de naissance, professeur àPrato, somme le roi Robert de Naples de venir au secours de Rome, et lui promet , en retour, la domination sur la ville sans maître et sur l'Italie , en même temps qu'il lui rappelle l'éclat de l'antiquité (a). Toutefois, les rapports politiques du temps présent avec les temps anciens se montrèrent à Rome plus vivants et plus actifs chez deux autres hommes , Francesco Petrarcha et Cola di Rienzo.
Dès sa première] eunesse , Pétrarque s'était tourné vers l'antiquité avec le plus chaleureux enthousiasme. Son esprit , prenant l'essor avec les pensées et le langage des écrivains classiques , s'éleva du même vol au-dessus des déchirements , de la corruption , de la misère et de la faiblesse du temps présent, et se réfugia dans le domaine de l'antiquité. Là il trouvait, de tous côtés, une énergie, une force, une grandeur, une élévation d'âme et un amour de la patrie qui semblaient avoir entièrement disparu de l'Italie au quatorzième siècle. Il ne
(i) Albert. Mussat., p. 77a; Muratori, Script., x.
(a)yoirunmanuscritsur parchemin de la collection d' Ambras; mais il ne m'a pas été possible de le consulter moi-même, à cause de l'absence du directeur. Primisser parle de celte pièce dans son ouvrage intitulé ; La Collection impériale et royale d* Ambras, Vienne, 18 19, p. 371, n<> a8; et il en a donné de longs extraits dans ses Archives géographiques » historiques, politiques et militaires, n<* 78 et 79..^
pouvait penser à ces vertus, ou les nommer, sans . rappeler en même temps Mucius Scévola ^ Horatîu« Goclès j Camille ^ Gincinnatus , Métellus , les Scipibn et Gicéron j identifiés aVec elles au fond de son cœur. £n un mot , l'antiquité exerça sur les idées politiques de Pétrarque une influence plus grande« plus exclusive du moins ^ que sur ses idées littéraires. N'ayantpas été foràié comme Dante à Téeole de la politique active ^ il pouvait s'abandonner plus Complètement, dans cette bj^ère^ à l'idéal qu'il s'était fait.
Cependant il ne perdait pas de vue l'intime liaison de Rome avec le monde religieux; et tout ^oi révérant le sol de la ville éternelle (comme la demeure des héros objets de son admiration f il ne l'hoborait pas moins corom^ le centre auquel se rattachaieht les souvenirs du christianisme» Voici ce qu'il écrivait de Marseille^ en i3349 ^ l'évéque Giacoibo Colonna : « C'est ude chose incrd jrable avec a quelle ardeur je désire contempler cette ville, é quoique délaissée , et l'imagé de l'ancienne « Rome* Sédèque me semble transporté de jdie en a écrivant à Lucilius de la villa Scipion l'Africain , a et il ne regarde pas comme peu de (^ose d'avoir «vu le lieu où ce grand homme a yééu en exilé » où « il a laissé les ossements qu'il avait reiusés à sa « patrie. Si tels étaient, les sentiments d'unEspagnol, * que pensez* vous que je doive éprouver, moi fils «t de ritalie , nöh pas à la tilla de Liternum ou au « loihbeau de Scipion, mais dans la ville de tloùie ce même , où Scipion est né , où il a été élevé , où il tt a triouiphé comme vainqueur et comme »Dcusé
,^9Cfee une gloire égale ^ où iM^iHseuleiaeBt cet à homme ^ maiseacore ul^e foule d'autres ont vécu « qui ue seront jamais oebliéd de la Renomsfée^ oc dans èette ville enfin y à laquelle aucune autre n'a <c été ni ne sei^ semblable ^ et qui fut appelée par « l'^inèmi luinnéme ia viUe des Roisi £t quand «même je n'épjt>uvei*ail» päd tous ees seutitoeots^ tK combien ne fl^:*a*4;-il pas doux pour mon cœur A chrétien j de voir une ville , iaiage dû ciel sur la « terre ^ toute remplie des ossements et des corps « des martyrs ^ arrosée du sang des témoins de la € vérité; dé voir aU Latran l'image du Sauveur «tévérée ^es peuples, de suivre seà adorables oc traces empreintes dans le plus dur rocher à Do- « mine quo Vadis^ d'aller en pèleHnage aux tom« ft beaux des saints ^ de marcher sous les portiques tt des apôtres sans autre soiil que celui de mon « ime, après avoir laissé sur le riVage de Massilie « toute inquiétude de la vie présente (i) ! »
Vers la fin du mois de janvier i335 ^ lorsque Pêtiarqtle fut arrivé à Rome^ il écrivit au cardinal Giovanni Coloiina : « Vous croyiez que j'écriirais « quelque chose de grand dès qu'Une fois je serais * à Rome; peut-être amassé-je pour l'avenir d'im- « menses ihatériàux : quant à prescht , je n'ose rien « entreprendre ^ acrablé que je suis par les mei-veil- « les et la puisi^nte impression de tant d'objets tt Sublimes. Un seul point sur lequel je ne me tt tairai pas, c'est qu'il en a été autrement que vous < ne pensiez : vous aviez coutume de me dissuader
(i)Petrarchay Rer. fani,^ Epist. ii> 9*
a de venir, surtout de peur que le spectacle de la « ville gisant au milieu des ruines et différente de ce l'image que je m'en étais faite d'après les livres , « ne refroidît mon ardeur pour elle. Moi-même , a quoique brûlant de désir, je différais volontiers ce mon voyage , dans la crainte que les yeux du corps ce ne diminuassent l'idéal de l'esprit. Le temps préct sent est toujours périlleux pour les grands noms: <c mais ici il n'a rien rapetissé, il a, au contraire, « tout agrandi : en vérité Rome est plus grande , ses « ruines mêmes sont plus grandes que je ne croyais, ce Je ne m'étonne plus que le monde entier ait a été soumis par cette ville , je m'étonne seulement tt qu'il ne Tait pas été plus tôt (i). »
Déjà depuis longtemps , par ses petites pièces latines et italiennes et par le commencement de son grand poème sur l'Afrique , Pétrarque s'était acquis la réputation d'un poète. Or, après avoir rivalisé, dans ses ouvrages , avec les chantres de l'antiquité , il désirait obtenir comme eux un gage de la reconnaissance publique. Chez les Grecs , les luttes de poètes étaient en usage : des luttes semblables avaient lieu au Capitole depuis Domitien {Jgones CapitolinCjy et le vainqueur était couronné d'un laurier; mais elles cessèrent à la chute de l'empire. Pendant le moyen âge, les minnesœnger et les troubadours paraissent avoir été honorés de cette manière , de même que , dans les universités , les théologiens et les juristes recevaient la dignité de docteur. On rapporte de saint François d'Assise,
[ (i) Ibidem , £p. 14.
quHl convertit et admit dans son ordre un poëte couronné par l'empereur Frédéric II (i). Dans Tan^ née i3i49 p^r les soins de l'évéque Pagano délia Torre et d'Albert de Saxe , alors recteur de l'université de Padoue, Âlbertino Mussato fut couronné devant tout le peuple de cette ville , comme poète et comme historien , à cause de sa tragédie d'Ëccerini et de son histoire d'Auguste (2). Le même honneur fut conféré j également à Padoue j à Bonno di Castione, et dans Prato à Convennole, le maître de Pétrarque. Dante aussi fut invité à se faire couronner à Bologne ^ mais il répondit avec une orgueilleuse ironie que cela ne pouvait avoir lieu qu'à San-Giovanni de Florence (3). Pétrarque,, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même (4), avait considéré, dès sa première jeunesse , une pareille gloire comme le but le plus élevé de tous ses vœux et de tous ses efforts : il avait tâché par ses amis de l'obtenir, soit à Paris de l'université, soit à Rome du sénat et du peuple , et voilà que le même jour, a3 août i34o, il reçut à Yaucluse une invitation des deux villes à ce sujet. Sa propre inclination et le conseil du cardinal Colonna le firent opter pour Rome, afin de recevoir la couronne de laurier sur le tombeau des anciens poètes et d'exciter ainsi chacun à l'imiter. Le 19
(i) Tîraboschi , Storia délia Letterat ura italiana, lib. m, cap. ir, $ 37, et de Sade, Mémoires de Pétrarque, tome ii, notes p. 9, traitent du couronnement des poètes.
(a) Tîraboschi, ouvrage cité, liv. 11, ch. vi, % a8.
(3) Troya , del Veltro allegorico di Dante ; Firenze, 1826, p. i8a. Cesare Baibo, Vita di Dante; Torino, 1889 , vol. 11 , p. 5oa. Dante, Paradiso, xxv, 8.
(4) Petrarcha, de Contemptu mundi, dialog. 11, p. 4o3.
févn%f I ä4 1 /tl ^ ^nbarqua à Mavieilfe, inais li'aho vc^ poup Maples. Là il derait subir ifa eiam^n devant le roi Robert j le plus sage et le plus juste prince de cette époque , et qui parait avoir usé de sou ia-x flueaoe auprès du sénat i>oraain pour la couronMa ment du poëte. Le roi Faecueittit ayec \à plus grande distinction j et ^près trois jours d'épreuves saLn« nelles , en présence de tout^ la cour^ il le déclara digne du laui^ier, et F envoya à Rome comblé de pré& sents.
()pso^ oomte d'Anguillara et gendre d\\ vîeuit Stefano Çolonna^ était en ce moment sénateur unique pends^nt Tabsenoe de son collègue Oiprdano Orsini. Lecouranpen^nt devait se &ire au Capitule le 8 avril i34i7 jour de Pâques. Douze jeunes ^ps des plus nobles familles déclamèrent d's^bord des poésies de Pétrarque adressées au peuple romaii| ) ensuite parut Pétrarque lui-rméme^ cqnduit par six Qot^ble^ qui portaient des couronnes tressées de diverses fleurs ; à la fin venais le sénateur fiveo una couronne de laurier sur le front. Un héraut appda le poêle. Celui*<ci récita, à la louange des qncij&ns Romains, un. sonnet qui avait pour motif un vers de Virgile , et il termina en criant tr^s fois : a Vive a le peuple , vivent les sénateurs de Rome! que Dieu « leur conserve la liberté! » Puis il se mit à genoux, et le sénateur l\i\ déposa sur la tête le laurier qu'il portait lui-même , en disant : « Je couronne devant « tous la vertu. » Ste&no Colonna, vraisemblablement le jeune, prononça encore un discours en l'honneur de Pétrarque, et tout le peuple cria ; ^ Viv^ a le Capitole, vive le poète! ^ Un banquet dans le
palais des Golonna termina la fête , et*Pévêque 6iacomo y récita un sonnet qu'il avait lui-même composé pour le lauréat. Le même jour, le sénateur lui remit un diplôme dans lequel il le déclarait , en son propre ^om et au nom de son collègue , un grand poëte et un grand historien. Ce dernier titre avait rapport aux recherches faites par Pétrarque sur les antiquités romaines. Le diplôme lui attribuait le droit d'enseigner, à Rome et partout ailleurs, la poésie et l'histoire, avec ce qui s^y rapporte, d'expliquer les écrits des anciens, et même , Dieu aidant , de composer des livres et des poésies, toutes choses qu*il pouvait faire la tête ornée d'une couronne de laurier, de myrte ou de lierre , et revêtu du vêtement qui lui paraîtrait convenable. De plus, il devait jouir de tous les droits qui appartiennent d'ordinaire aux maîtres des arts libéraux ; enßn, il recevait le titre de citoyen romain à cause des dons extraordinaires de son esprit et de son affection pour la ville et la république ( i ).
A la vérité , Pétrarque partit dès le lendemain ; mais, suivant ses propres expressions, durant tout le reste de sa vie il se crut obligé envers Rome ,
(i) Lies documents et les lettres sur le couronnement de Pétrarque se trouvent p. laSi dans Tédition de ses œuvres que nous avons déjàcitée. Le soonetde Giacomo Golonna vient ordinaîreynent après ]p^ «ounei^ dç pétrarqu«; il cornipenc« ^insî : f Se parti M eofpo. miodistPutte, » Voir, pour la descpption de la fêle , Monaldesco, Annali , p. 540 ; Muratori , Script., m, a, p. 843 ; Petrarcha , Epist. poetîc. II , I , et son Epistola ad posteras, La date résulta du diplôme niâj9)9 ; kgfjßeu^Q soletuniUUis pascJ^alijt (fie : ai^ssi , ji I4 pUce de y, faut-il lire vi idus aprilis dans la suscription. De Sade, Mémoires , tome II , notes, p. 5 , a fait connaître une description apocryphe du couronnement de Pétrarque.
non-seulement d'une manière générale, comme envers celle qui était la tête de l'Italie et la mère des plus grands héros, mais surtout comme celle dont il était le fils adoptif et le citoyen. Lui aussi « il enseignait, comme Dante, que le pape et a l'empereur étaient les deux flambeaux et les « deux époux de la ville; qu'ils devaient, par « conséquent, revenir l'habiter comme leur véa ritable siège. » La couronne impériale étant, alors contestée , même en Allemagne , il s'adressa seulement au pape pour le décider à revenir. Ses lettres à Benoît XII et à Clément VI renferment tout ce qui était propre à faire impression sur ua vrai pasteur des âmes (i); mais ce fut en vain. — Par rapport à l'empire, il développe d'une manière encore plus explicite l'idée de Dante , à savoir, que l'empire repose sur le peuple romain ; puis, après avoir reproduit la substance des preuves de celui-ci, il ajoute : « Si la question était débattue en lieu « sûr, devant un juge équitable, et non devant des « ennemis, je croirais pouvoir, avec le secours de « Dieu, dire quelque chose d'où il ressortirait avec « l'évidence de la lumière du jour, que l'empire « romain, malgré les coups de la destinée, malgré a l'oppression des Espagnols, des Africains*, des « Grecs, des Gaulois et des Allemands, quelque « petit qu'il soit ou qu'il puisse être, a toujours son « siège à Rome et non ailleurs , et que ce siège y « restera , quand même de toute la grande ville il « ne resterait plus que le rocher du Capitole (a). »
(i) Pelrarcha , Epist. poetîc. i, a, 5; ii, 5.
(2) Petrarcha , Epist. sine titulo, p. 79a. Cette leUre, il est vrai,
Ainsi donc 9 d'après la pensée du poëte-historien , lorsque la papauté et l'empire auront été rendus à leur véritable destination , lorsque l'un et l'autre auront repris leur siège dans la ville éternelle, alors les Romains reviendront aux vertus que l'ignorance de leur histoire a seule fait disparaître ; Rome se relèvera dès qu'elle se sera reconnue elle-même (i\ Ce qui formait le désir le plus ardent du poète , mais qu'il osait à peine espérer, fiit tenté par Cola di Rienzo.
Co1a-di Rienzo naquit à Rome vers le milieu de l'an i3i3 {%)'. Son père, Lorenzo, vulgairement appelle Rienzo ou Renzo , tenait une modeste auberge sur le bord du Tibre, dans le quartier de Regola , non loin du pont Quattro-Capi (3). On mon-
a été écrite en i35i, mais Pétrarque ne fait qu'y résumer d'une manière plus précise l'opinion déjà exprimée dans ses lettres précédentes.
(i)Petrarchai Rer. fam., Epist. m, a. Cette lettre a été écrite le 3o novembre i345.
(i) L'année natale de Rienzo , qui n'était pas connue jusqu'à présent d'une manière positive , se laisse déterminer par sa lettre à Charles IV, dans laquelle, voulant passer pour le fils d'Henri VII, il dit avoir été engendré par ce prince aussitôt après son couronnement, au mois de juillet ou d'août iSia. Ailleurs il parle comme ayant atteint déjà sa trente-troisième année au mois d'août i347*
(3)yita di Cola di Rienzo, i, i :•( Fo nato ne lo rione de la • Reola; sio havilatio fo cantô de Fiume, fra li mulinora, nella « via che vao a la Reola , dereto de Santo^Tomao , sotto lo Tempio « de li Judei. >» L'Église de Saint-Thomas s'appelait encore sous Léon X Santa^Tomaso in capoalle mole; plus tard elle prit, comme le pont voisin, le nom de QuaUro-Capi, d'après l'ancienne statue de Janus placée dans le voisinage. (Martinelli , Roma ex ethnica sacra; Romae, i668, p. 4^4-) ^^ ^i^u est indiqué par Cola lui-même comme étant sa maison paternelle et sa propre demeure : • per occultant « vianty quœ dicitur ripafluminis, in qua clomus mea permanet situa ta. T. I. 5
tre ordînaîrement aux étrangers , sous le nom de Maison de Cola cliRienzo , près du Ponte-Rotto , les restes d'un palais très- beau pour l'époque du moyen âge à laquelle il a été bâti , et que le peuple appelle Casa di Pilato : mais c'est l'effet de Imintelligence d'une inscription qui nomme pour fondateur un certain Nicolas , fils de Crescens et de Theodora ; et cet édifice est véritablement du onzième siècle. La mère de Cola s'appelait Madelaine : elle lavait le linge et portait de l'eau dans les maisons. Ce dernier métier occupait beaucoup de monde à Rome , à cette époque , où les anciens aqueducs étalent détruits depuis longtemps , et où il n'y en avait pas , comme aujourd'hui , de nouveaux dans toutes les rues. Le nom de baptême de notre personnage était Niccola , par abréviation Cola; et comme alors les noms de famille n'étaient pas encore d'un usage général dans le petit peuple /on l'appelait , du nom de son père, Cola di Rienzo, ou, comme l'écrit Yillani , Niccolajo di Renzo , en latin Nicolaus Laurentii , ainsi qu'il signe lui-même dans ses lettres. Cest cette signature qui a donné naissance au nom
(Lettre de Rîenzo à Clément VI, «« date du ii oetobre i347>) U confirme dans cette même lettre ce que nous avons dit de l'état de son père. Hoosemius , trompé par le voisinage des moulins , Mt dé Rienzo le fils d'un laeanier, films ^ujasdam motmaHU. -«. L'opimoa commune , au sujet de la maison située près du pont Rotto , a d^à été réfutée par Nerini dans son ouvrage intitulé : de Temph et cœnobio Ss. Bonifacii et Jlexii historica Monumenta , Romse, 1783 , p. 3 18. En conséquence , il est inutile de réfuter la manière absurde dont le P. Gabrini explique chacune des lettres composant l'inscription de la maison susdite , et qu'il rapporte à Rienzo. Voir Platner et Bunsen , Description de la ville de Rome , m , p. 673.
modeinetle Cola Rîenzi. Le nom de familte <k Ga«brini ^ donné par Bzovius et, après lui, par d'autres écrivains , nous semble reposer uniquement sur un malentendu : nous n'en avons du moins Iroo^ aucune trace dans les sources (i).
La mère de Cola, d'une faible satité, étant morte de bonne beure , le père envoya l'enfant chez un de ses parents à Anagni , où il vécut , sdon qu'il nous rapprend lui-même, comme un paysan, parmi des paysans jusqu'à sa vingtième année, époque à laquelle la mort de son père le rappela à Rome (i334)- Là il commença à se livrer entièrement à sa passion pour la connaissance de l'antiquité et l'histoire 4u peuple romain. Il cultiva la grammaire et là rhétorique, et se fit de bonne heure remarquer par ses exercices de discours. 11 lisait avec un grand zèle les anciens classiques , notamment Salluste , Tite- Live, Cicéron, Sénèque , Valère-Maxime , et tous les poètes. Dans la philosophie, outre Cicéron et Sénèque, il prit pour guides Symmaque et Boèce, qu'il honorait comme les derniers Romains. Il approfondit aussi la Bible dans toute son étendue, et sut se rendre familiers les passages qui lui convenaient , ainsi que le style de ce livre des livres. Outre les anciens auteurs , il étudiait sans cesse les inscriptions , les statues, les ruines de l'antiquité, dispersées dans la ville et dans les environs, et personne mieux que lui ne savait les expliquer (a). A l'aide des écrivains et
(i) Bzovius ( Annal, écoles., ann. i347 > ^ 5 "^^ î Albert., Argentifien». Chron., p. 140) appelle Rienzo (l*abord Jacobus Laurenlii et ensuite Nicolaus Laurentii.
(a) Dans une lettre à Charles IV, super eloquio ct&katis (ibanus-
des monuments y il s'était fait une image de l'antique grandeur et magnificence de sa patrie, et il en parlait à ses amis avec une éloquence pleine de feu. Mais lorsqu'il comparait les temps anciens avec le temps présent, il avait coutume de s'écrier : « Où sont « aujourd'hui ces braves Romains? où leurs vertus? « Oh! que ne suis-je dans un siècle où fleurissent de « pareils hommes! »
Ainsi la coimaissance de l'antiquité n'était pas chez lui une science morte ; elle était, au contraire, tout appliquée au présent, incessamment mêlée aux idées actuelles, et elle recevait de là un caractère romanesque , souvent même fantastique. Il maniait la langue latine avec une haute perfection d'après le goût de son temps. Pétrarque dit de lui : « qu'il a était très*habile, éloquent et persuasif dans ses « discours, qu'il écrivait d'une manière facile, et « qu'il avait beaucoup d'agrément, sinon de ritt chesse dans l'élocution (i). » Pour nous, le style de Rienzo est habituellement recherché et surchargé ; trop souvent aussi il court après des expressions et des tournures extraordinaires ou vieiUies ; toutefois , dans de nombreux passages , on trouve
dit de Pelzel , p. 94-121), Rienzo s'exprime de la manière suivante : « Nain quid sit divina Providentia, quid liberum arbitrium , <« quid prédestination quid casus, quidve Fortuna, quid fatum, qui- « bus res augeri videntur bumanae , quibusve dirimantur cui'sibus « et terminis concludantur, etsi non ex Augustino et Gregoriano « profundo, tarnen ex fonte patriciorum nostrorum Boetii atque > Symachi et ipsius lacteo eloquentie fonte manante Titi-Livii , Tul- « lii quidem et Senece pbilosophantium quedam saltem stillicidia » deiibavi. »
(i)Petrarchay Rer. famil., Epist. xiii, 6.
une véritable éloquence, de la souplesse et une profonde et amère ironie. A cette époque , toutes les afifaires importantes étaient encore traitées en latin j mais il paraît que les discours de Cola en langue vulgaire avaient les mêmes qualités et les mêmes défauts. Seulement , comme il parlait de l'abon« dance du cœur, il entraînait toujours son auditoire. De plus, il était bien fait de sa personne , et un sourire d'une magie inexprimable donnait à son visage une expression toute particulière (i).
Une autre chose encore exaltait singulièrement rame de Cola et F élevait au-dessus du cercle de sa condition , à savoir le bruit qu'il était fils de Henri VII. Voici ce que l'on disait, à cet égard : L'empereur, après avoir été sacré au Latran, désirait voir au moins le seuil des apôtres , l'église de Saint- Pierre, qui était le lieu ordinaire du couronnement. Or, ses adversaires, le prince d'Achaïe et les Guelfes toscans et romains occupant l'église même avec tous ses abords, Henri prit des habits de pèlerin , et, sous la conduite d'un guide sûr, il traversa le camp ennemi et parvint à l'église. Mais cette marche n'avait pu se faire si secrètement que la nouvelle ne s'en répandît parmi les Guelfes : aussitôt toutes les portes et les rues furent sévèrement gardées, et
(i)En tête des éditions de la Fita di Cola di i?<>/izo ( Bracciano , 1634» et Forli 1838), se trouve un portrait du tribun, d'après un bas-relief en marbre que Ton conserve à Rome au palais Barberini. Ce portrait, qui est un buste, représente Rienzo couvert d'une ma- {çnifique cuirasse et un laurier sur la tête. Malheureusement c'est une œuvre de la deuxième moitié du quinzième siècle, et nul document ni inscription n'atteste que ce soit en efTet la figure de Rienzo.
— 7" — l'on promît «à eris de héraut, de grosses sommes à celui qui Hinrerait l'empereur, &a du moiits indiquerait le heu de aa retraite. Ce qu'ayant entendu Heuri et ses compagnons, ils se rendirent comme des pèlerins à l'aubei^ de Lorenzo , où ils demandèreuv à boire et passèrent la nuit. L'empereur £t le oulade, et passa là une quinzaine de jours, jusqu'à ce que , tout soupçon étant évanoui et les ruea n'étant fdoa gardées avec les mêmes précautions , il pût re* gagner sa demeure sur l'Aventin. Après qu'il fut parti, son guide raconta l'aventure, et la mère de Cola, alors enceiote, se vanta de l'être devenue des oeuvres de l'illustre étranger pendant l'absence de son mari (i).
Poussé par de vagues aspirations vers quelque chose d'élevé , Cola dédaigna , comme indigne d« lui, un métier ordinaire, et choisit l'état de notaire le plus noble, après la carrière des armes, auquel u' homme du peuple put arriver. Il se maria de bono heure avec la fille d' un boui^eois nommé Franceao laquelle était d'une beauté remarqtiable , et dont
(i) Fitadi Cala, ii, is.DeSade, Mémoires, etc., it, p. jS, ci «Bcore UDOtaouscrit ro ito de labibliolbèc(ue du VatJean; vaaA» manuscrit marqué aujourd'hui de ce chiffre est un commentai' latin de la Bihie. Quand de Sade dît de la mère de Cola : • Op • croyait fille d'un bâtard de l'empereur Henri VII, > ceci n'est qu'un DMleatendu du passage isdiqué de la Fiia. Le bruit de cette origine peut, il est vrai, avoir rég«é â Roue, et Colalut-mén« dit que h iiouv«tl« en est parvenu: à Louis (U Bavière : mais la fausseté de la chose résuit« du sileace des écrivaiiM de la vie d'Henri VII, lesqueli. relatant av«c etaelitude chaque aciioa de l'empereur, a'auraieat pas oublié de okeniioiiaer uneabaenced'uDeqtÛBiaincde jours. Les dates de« docuucnls cotttrediunt d'ailleurs le bruU «a question.
eut un fils et deux filles. Sou revenu était médiocre : à peine s' élevait-il à cent cinquante florinsd'or en y joignant la dot de sa femme.
Le sentiment du malbeur et de l'abaissement actuel de }t patrie^ comparés avec l'éclat des temps ancien»^ mais surtout la colère contre les gouvernements monta dans l'âme de Cola jusqu'à une haine sanglante^ lorsque l'un de ses frères étant tombé sous les coups d'un assassin , il ne put pas £iire punir l'auteur du meurtre. Ceci fit naître en lui la pensée bien déterminée de changer la constitution de Rome^ de délivrer la ville de la tyrannie delà nioblease et de rétablir la paix et la justice. £n attendant^ il s'appliqua y dans sa sphère , à porçeiâède partout où il pouvait : les opprimés ^ nJii jfÀ\ >auvres ^ les orphelins trouvèrent en lui un dé- S ir^ et de même que les chefs de corporations res assoeîationd étaient appelés consuls , il se la lui 9 consul des orphelins , des veui^s et des 3s. Les eirconstancéft paraissaient aussi favori- /T ^ fi plan.
if ^ loil XII était mort le a 5 avril i34^ ? ^t Pierre
9 de la province de Limousin , archevêque de
I y avait été élevé au trône des apôtres sous le
^e Clément VL Ce pape , doué d' une capacité
remarquable et plein de bonne volonté j était d'un
caraçt^e trop faible : il embrassa complètement les
Bonveam rapparl» dans lesquels la malheureuse
éoûgratioa d'4vignon avait placé le saint *siége; il
se laissa dominer par les intérêts de la maison royale
de France ^ et t^us les contemporains gémissent de
h corruption et de ^esprit mondain qui , sous son
— 7a — règne, envahirent la cour pontiBcale et TÉglise. — A Rome , pendant la dernière moitié de son gouvernement y Benoit XII avait résisté aux désordres en faisant nommer sénateur pour cinq ans , par le peuple, le jeune Stefano Colonna, à qui Ton avait donné un autre baron romain pour collègue. A l'exemple des rois de Naples , Colonna se fit représenter en toutes choses par des parents, entre au très par son fils Giovanni (i).
A la mort de ce pape , la suprême puissance que lui avaient conférée les Romains leur sembla s'être éteinte avec lui. Ils envoyèrent dix-huit députés, dont six de chacun des trois états, à Clément VI, pour lui offrir, comme on avait fait à son prédécesseur, la puissance absolue sous le titre de sénateur, de capitaine du peuple et de syndic. Toutefois, ils disaient expressément que c'était à Pierre Roger, et non au pape , qu'ils faisaient cette offre. Stefano Colonna le jeune, Francesco de Vîco et Lello diPietro di Stefano dei Cosecchi étaient à la tête de l'ambassade. Ils devaient, en outre, sommer le pape de revenir à Rome, et le prier de réduire désormais à cinquante an$ , à cause de la brièveté de la vie humaine , le jubilé séculaire établi par Boniface YIII. Les députés exposèrent éloquemment leurs demandes. Pétrarque, qui, à la même époque, s'était aussi rendu, comme ambassadeur de Parme, à Avignon, sommait également le pape d'aller en Italie. « Les <x Italiens, lui disait-il, donneraient beaucoup pour
(i) Annalî di Ludovîco Monaldesco, p. 54o. Muratori, Script., lom. XII. Ce dernier écrîvain place le fait en i338 au lieu de i34o.
et que vous connussiez leur pays aussi bien que la a France et l'Angleterre. » En même temps ^ il adressait à Clément VI une épître poétique dans laquelle , en qualité de citoyen de Rome et d'ami des Golonna , il renouvelait les prières des Romains; puis il faisait apparaître l'image de la ville éternelle , suppliantavec larmes le nouveau pape j son époux, de revenir à sa demeure délaissée et d'abréger le temps du jubilé (i).
Clément accepta, mais avec réserve des droits pontificaux , l'autorité suprême qui lui était offerte, et il promit que désormais la célébration du jubilé aurait lieu tous les cinquante ans. « Quant au reste , a disait-il , je désire aussi visiter la ville de Rome , « mais cela ne m'est pas encore possible ; les hosti- « lités entre la France et l'Angleterre rendent ma « présence nécessaire en ces lieux. » Il conféra à Pétrarque le prieuré de San-Niccolo di Migliarino, dans le diocèse de Pise.
La deuxième moitié de l'année 1 34^^ avait vu élire sénateurs à RomeBertoldo Orsini et Stefano Colonna. Ce dernier s'était fait représenter par son fils Giovanni (a). Nous ignorons qui fut sénateur au commencement de 1 343 , mais cette époque fut importante pour l'histoire ultérieure de la ville. D'abord,
(i) Petrarcha, Epist. poetîc, ii , 5.
(2) Bertoldo Orsinî et Stefano Golonna apparaissent comme sénateurs avant le 10 juillet dans Vendettini, Serie cronologica dei Se» natori di Roma ; Roma, I778,in-4^ P* 3^* Dans un document de Sa'nta-Marîa in Campo Marzo (mscr. de Galletti., biblioth. du Vatican ) , on voit indiqués comme sénfiteurs, à la date du 26 novembre : Bertuldus deßiis Ursiet Johannes de Columpna vica/ius magnifici viii Siepham de Columpna genitoris sut.
le 19 janvier i343 mourut le roi Robert de Naples* Le$ agitations qui troublèrent le pays bientôt après sa mort empêchèrent ^pendant un demi-siècle^ le royaume d'exercer sur Rome aucune influence« Puis le peuple romain y s' étant révolté , chassa les sénateurs y et transféra le pouvoir suprême à treize notables {buoni uomini). Cependant la fidélité et Fobéissance envers le pape avaient été réservées. Les treize notables remplirent leurs fonctions au Dom du pontife^ et une nouvelle ambassade alla le trouver à Avignon. Elle était chargée de lui offrir Hne deuxième fois, de la part du peuple , l'autorisé suprême et de renouveler les demandes relatives au retour à Rome et à la célébration du jubilé. Gè àenieT point importait à la ville , non^seulement MUS le rapport ecclésiastique , maïs encore à cause des sommes extraordinaires que lui procurait l'ai* ûuence des étranges. Cota di Rîeuao , en sa qua« lité d'homme le plus éloquent du peuple^ fut adjoint aux ambassadeurs pour porter la paorole. Le pape Itô reçut affectueusement. Après des prières et di« verses délibérations y il fut solennellement annoncé, dans un consistoire public tenu le a 7 janvier,, que le jubilé serait célébré dans l'année i35o^ et par la suite tous les cinquante ans. Clément YI accepta en même temps le pouvoir qu'on lui avait offert , et promit de retourner à Rome après la pacification de la France^ ou, au plus tard, dans l'année du jubilé.
Dans une lettre pleine des transports les plus enthousiastes, et dans laquelle U s'intitulait Consul des orphelins , des veui^es ei des panâtes, ei humble
eni^é da peuple. Cola annonça celte heuretiae nouvelle à ses concitoyens^. On y lit entre autres cbosea : « Qoe vos montagnes tressaillent de bon* t( beur, que vos collines se parent de jme /et vous^ c vallées, laites germer la paix et remplisses* vous « d'allégresse. Que ta ville se relève de la chute de « sa longue infortune ^ qu elle remonte sur le trône «c de son ancienne magnificence , qu elle dépose le a deuil du veuvage pour revêtir la pourpre d^ fian- « cailles* Car les cieux nous sont ouvert«^ et de la « gloire du Père céleste est sortie la lumière de lésusr a Cbrist , d'où rayoi>ne celle de l'Esprit saint. Main-^ « tenant que le Seigneur a fait ce miracle^ très-chers a frères , débarrassez votre ville des broussailles et « des ronces des vices, pour recevoir avec le parfum a de vertus nouvelles le âaneé qui s'avance, (3' est « pourquoi nous vous exhortons avec de brûlantes « larmes ^ avec des larmes de joie , à déposer le fer, « à éteindre les flammes du combat et à recevoir ces < divins présents avec un co&ur plein de pureté « et de reconnaissance y à glorifier dans des cantiflc ques et des actions de grâce le nom de notre a seigneur Jésus-Christ , à remercier humblement « aussi son successeur et à élever à ce suprême « pontife^ dans l'amphithéâtre ou sur le Capitole, «( une statue ornée de pourpre et d'or, afin que « son joyeux et glorieux souvenir subsiste éternel- « lement. Qui jamais , en effet , a orné sa patrie a d'une telle gloire parmi les Cicéron, les César, « tesMetetlüsou les Fabius, que l'on célèbre comme « des libérateurs dans nos vieilles annales et dont oc nous parons les statues de pierres précieuses à
tt cause du souvenir et de Téclat de leurs vertus? «c Ceux-ci par les fatigues de la guerre , par les ca- « lamités du monde , par le meurtre et TefFusion du a sang de leurs concitoyens, ont obtenu de passaa gères victoires; mais celui-là , à notre prière et « pour la vie, pour le salut et la joie de tous, vient « de remporter à nos yeux et aux yeux de la posté- « rite un triomphe immortel. »
Clément VI ne fit aucun changement à la constitution de la ville , mais il nomma sénateurs Paolo Conti et Matteo Orsini (i). Les années suivantes, la dignité sénatoriale ne fut , pour ainsi dire , occupée, selon la coutume, que par des Orsini et des Colouna. IjC pape avait trouvé du charme dans l'éloquence de Rienzo. Celui-ci profita de l'occasion pour peindre le malheur de sa patrie : il dit comment la ville était dévastée , presque ruinée par les brigandages , les meurtres et les violences de tout genre que les barons commettaient eux-mêmes ou qu'ils prenaient sous leur protection. Clément VI entra dans une grande indignation contre les malfaiteurs; mais le cardinal Giovanni Colonna défendit ses parents et leur parti , et sut apaiser le pape. Rienzo tomba en disgrâce. Il vécut quelque temps à Avignon,' pauvre, méprisé, malade, jusqu'à ce que le cardinal fût revenu à des sentiments de bienveillance et lui eût procuré lui-même , au mois d'avril i334> 1^ place de notaire de la chambre
(i) On les trouve Tun et Taulre assistant, le i4 juin, comme sénateurs à la confirination des statuts des marchands de drap. Gontelori, de Genealogia comitum, p. 17, cite une antre occasion où ils figurent à la date du 7 août.
urbaine avec (Quelques autres avantages. C'est pour cela que , plus tard , le pape l'appelait son serviteur, dont le zèle pour le bien de la ville lui était connu (i). À cette même époque , Rienzo fit la connaissance de Pétrarque ^ qui vivait à Avignon chez le cardinal Colonna. Le consul des orphelins , des veuves et des pauvres communiqua au poète les vœux et les plans qu'il avait conçus pour le rétablissement de la ville dans son ancienne splendeur , et ces deux âmes sympathiques s'unirent d'amitié (2).
Rienzo revint à Rome j couvant au fond de son cœur encore plus de vengeance contre les grands. Il remplit ses fonctions avec soin et avec un certain éclat extérieur. Ainsi , par exemple , il ne se servait jamais que d'une plume d'argent, car, disait-il^ la dignité de son emploi était grande. Il en abandonnait les soins inférieurs à un fondé de pouvoir, et vivait j du reste , dans l'étude de l'antiquité et la méditation des temps passés. Sa charge le mettait à même de connaître de plus en plus la méchanceté et l'injustice des chefs de l'État qui occupaient alors le Capitole : il vit comment , parmi eux , il y avait à peine un bon citoyen qui voulût l'aider dans son œuvre de régénération. Alors il s'efforça d'agir sur les gouvernants par des discours et sur le peuple par des peintures pour améliorer ceux-là , ou du moins pour tirer celui-ci de son lâche sommeil et
(i) De Sade y Mémoires , tome ii ,,p. 5o.
(a) Petrarcha, horUtoria Op., p. 696 : « Testis ego sibi »um sem- « per eum hoc quod tandem peperit sub precordiis habuisse , sed «tempus idoneum expecubat. » Voir aassi Rer. famil., Epist. XIII, 6.
-7«iai donner Ul ccmsdence de ton midheiir. Un jour il M leva dans la réunion du consul , et dit aux membres qui le composaient : a Vous n'êtes pas de M bons citoyens , irous qui dépensez le sang du pauit vre peu{^e sans vouloir le secourir; » puis, entrant dans les détails, il exhorta les oonseillefR, chacun selon son rang , à veiller au bon ordre da la patrie, (^atid Cola eut fini sa brillante allocu* tion, un membre de la famille des Normanni et parent des Colonna , Andreozzo , administrateur de tous les revenus de la viile , se leva et lui donna un soufflet ; en même temps un scribe du sénat^ nommé Fortifiocca, accompagna d'un geste insid«tant cet acte brutal (i).
Dégoûté des manifestations publiques dans le txmseil , Rieneo chercha désormais beaucoup plus à agir sur le peuple. On ne connaissait pas au moyen Age les placards affichés dans les rues : d'ailleurs, il y avait toujours bien peu d'individus de la basse classe sachant lire et écrire. Lors donc que l'on voulait frapper l'imagination du peuple, on représentait sur un édifice quelconque , sous la forme d'une image historique ou allégorique , l'objet destiné à saisir les esprits. L'histoire florentine parie souvent de semblables images , et aujourd'hui encore il existe des restes de peintures d'élèves de Giotto surlePalazzodel Bargello , ancienne demeure du podestat à Florence (a). De même Cola fit peinai) Vîtft, t, ^ : Feceli la coda.
(a) Par exempi«, en i344. Giovanm VillaQi,xiii» 3^. « £ fe- « cionlo (il duca d'Alêne) per suo dispetto e onta dipigoere, nel « palagio del podestà, a lato alla torre, a memoria e esemplo de' eilte tadini e forestieri che gli vedessono, »
dre mu Gapiiole une grande mer «ur le c6té ei&té*
rieur de l'hôtel de ville tourné vers le marché. Dans le milieu on voyait sombrer un navire sans mâts et sans voiles^ sur lequel était agenouillée une veuve en habits de deuii , les cheveux épars , les mains croisées :sur la poitrine et implorant mîsérieorde. Au*dessous on lisait : Foici Rome. Autour du vaisseau principal , quatre autre vaisseaux étaient déjà enfoncés dans la mer, et sur chaque navire on voyait des faoames à geftoux avec les inscriptions suivantes : Babyhne, Troie , Cartkuge, Jérusalem; puis on lisait : « L'iniquité a préci- « pité ces villes dans leur ruine, » Du milieu des quatre femmes sortait cette sentence. « O Rome, c tu étais élevée au-dessus de toute domination ^ 4t maintenant nous attendons ici ta chute. » Sur le côté gauche du navire apparaissaient deux petites Uet, sur Tune desquelles une femme représentant ritalie était assise tristement et disait : c Tu avais « arrad^é à chaque pays son empire, moi seule tu « m'avais prise pour sœur. » Sur l'autre île étaient la Force , la Prudence et la Justice , la Tempérance , figurées par quatrefemmes, les coudes posés sur leurs genoux et le visage mélancoliquement appuyé sur leurs mains ; elles disaient : « Tu étais accompagnée « de toutes les vertus, et, maintenant abandonnée, « tu flottes au milieu des mers. » Sur le côté droit du vaisseau était une troisième ile , où Ton voyait une femme en vêtements blancs , les mains levées
vers le ciel. C'était un symbole de la foi chrétienne; elle disait : « O Père souverain , mon guide et mon «seigneur! si Rome succombe , où trouverai-je un
appui? » Dans la partie supérieure du tableau^ à droite, se tenaient sur quatre rangs différentes bêtes ailées (i) ; elles avaient des trompes à la bouche et soufflaient, comme étant les vents qui soulevaient la tempête et poussaient le navire à sa perte. Le premier rang était formé de lions, de loups et d'ours, avec cette inscription : ce Voilà les puissants a baronset les gouverneurs criminels. » Au deuxième se trouvaient des chiens, des porcs eff des boucs, audessous desquels on lisait : « Mauvais conseillers <x attachés aux nobles. » Le troisième se composait de moutons , de dragons et de renards, désignant les mauvais magistrats , juges et notaires. Enfin dans le quatrième rang se pressaient des lièvres, des chats , des chèvres et des singes , et il était dit : a Ce « sont là les brigands , les meurtriers , les adultères a et les voleurs parmi le peuple. » Tout au haut l'on voyait le ciel avec la majesté divine telle qu'elle est figurée au dernier jugement ; deux épées sortaient des deux côtés de sa bouche comme dans l'Apocalypse , et à ses côtés se tenaient Pierre et Paul dans une attitude suppliante. Ce tableau si plein de sens excita l'étonnement et l'admiration de la foule (a).
Après avoir peint le malheur du temps présent
(t) Oq lit dans Muratori, dans les éditions de Bracciano et les manuscrits de la bibliothèque Chigi : animali co'le scielte ;mais nous ne voyons pas ce que des bêtes seliées voudraient dire ici. Dans TApocalypse , que Rienzo imite évidemment , il est question de bétes ailées y et Zefirino del Ré nous semble avoir eu raison de corriger le texte par les mots suivants : co'le scie aie,
(a) Vita di Cola di Rienzo, i^ a.
— Blet les causes de ce 'malheur, Cola voulut une autre fois représenter à ses concitoyens Tancienne splendeur de leur patrie. L'église de Latran renfermait alors la fameuse table de bronze conservée aujourd'hui au musée Capitolin. Sur cette table est gravée la loi Régia, en vertu de laquelle le sénat romain remit l'empire à Vespasien. Personne ne comprenait le sens de l'inscription , et Boniface VIII , en restaurant l'église , s'étail servi de la table dont nous parlons pour orner un autel , de sorte que les lettres en étaient cachées. Rienzo la fit enlever de cet endroit et attacher solidement à la muraille ' derrière le chœur. Là il fit peindre , en même temps, la remise du pouvoir suprême à l'empereur par le sénat; puis, ayant fait élever un riche échafaud au milieu de l'église, il invita les nobles et les plébéiens à venir y entendre un discours. Une foule de peuple y accourut : les chefs mêmes de la famille des Ck)lonna, Stefano et son fils Gianni, s'y rendirent, ainsi que beaucoup de magistrats et d'officiers publics. Cola parut dans im habillement fantastique, avec une longue tunique allemande de drap blanc, portant sur la tête une barrette de même couleur, dont le fond était orné de couronnes brodées d'or ; celle du milieu était traversée par un petit glaive d'argent. Il monta ainsi à la tribune, et prononça un admirable discours , dans lequel il montra Rome couchée à terre, et ne pouifant pas même voir sa chute, parce que ses deux yeux y le pape et VempereuTy lui ont été arrachés par la méchanceté de ses citoyens. Rappelant ensuite l'ancienne splendeur
du sénat, qui, le premier, investit l'empire de sa
puissance, it fit lire Finscriptioii , la tradaisit et l'expliqua à sa maDière. Il dit comment Fempereur Yespasien avait acquis par là le pouToir de faire des lois et des alliances ^ d'étendre ou de rétrécir lejurdm de Borne (i)^ c'est-à-dire l'Italie, de conférer la dignité de roi et de duc et de la retirer, de changer et détourner le cours des fleuves. « La majesté du a peuple romain était si grande, s'écria-t-il en terce minant , qu'elle communiquait à l'empereur sa ic puissance; maintenant, nous avons perdu tout « cela. Romains, vous ne savez pas- garder la paix « entre vous, vos champs restent incultes ; le jubilé « approche, et vous n'avez ni blé ni subsistances « pour les pèlerins qui vont venir à la ville. Pressés « par la faim , ils prendront des pierres, et les p\e»» « res mêmes ne suffiront pas pour une si grande i ' ^^ a titude. Je vous en supplie, gardez la paix. Bc '^ "^{^^ « coup de gens, je le sais, tournent en dérision a que je fais et ce que je dis : mais pourquoi ? pi^ « envie. Grâce à Dieu, trois choses rongent ct^K (K calomniateurs : la jalousie , la débauche et la f uoy ce reurdu jeu. » li descendit de la tribune au mi- 1 >^. lieu des applaudissements de l'assemblée.
Les barons de Rome n'arrêtèrent point Rienzo dans les commencements de son entreprise, qu'ils
(i) Tita» etc., T, 3. Rieii2o a entendu ici pomerium dans le stens de POBTAJLiuM , et le passage suivant : « Utique ei fines pomerii proferre, « promovere cum ex republica censebit esse liceat, > a été traduit par lui en ces termes : accresciere lo jardino de Borna , cioene Ttalia. Il répète plusieurs fois ailleurs son interprétation , qui lui a peutêtre été suggérée par ce vers de Dante :
«Che il giardin deU* imperio sia deserto.* »
Purgator., VI , io5.
inéprisaienl comme iiisensée. Plusieurs même s'en amusant 9 tels que Oianni Golonna, l'invitaient k leur table , et lui faisaient prononeer des discours sur l'état de la ville et sur un bon gouvernement. Un jour, venant à parler de sa personne dans une de ces allocutions , il dit sans voiler sa pensée : « Je a deviendrai un grand seigneur ou un empereur y «( alors je poursuivrai tous les barons : les uns seront « pendus 9 les autres décapités; y> puis il continua, au grand divertissement de la compagnie, en disant à chacun sa sentence. Ainsi, semblable à Bru tua l'ahelen , il cachait sous l'apparence de la folie ses projets et ses travaux pour la délivrance du peuple (i). Pendant oë temps il ne discontinuait pas de s'a- ^n- »j- pap des peintures à la foule , dont il fixait ts en plus distinctement sur lui-même les pent les espérances. Non loin de sa maison était se de Santo-'Angiolo in Pescheria, bâtie dans den portique d'Octavie. Il fit faire une immense jsque sur le mur extérieur de cette église. A Tan- Vè gauche il y avait un grand feu dont la flamme À la fumée montaient jusqu'au ciel, et où brûlaient, les uns vivants, les autres morts, des rois et des gens du peuple. On y voyait aussi une vieille femme toute noircie de deux côtés par la chaleur j un seul coté de son corps était intact. Dans l'angle opposé se trouvait une église d'où sortait un ange vêtu de blanc : il tenait en sa main droite une épée nue, et avec la main gauche il saisissait la vieille femme pour la tirer du danger. Au haut>du clocher se tenaient saint Pierre et saint Paul ; ils disaient :
(i) Vita, I, 45 Petrarcha, Hortatoria, p. 696.
c Ange y ange, secours celle qui nous a donné Fhos- « pitalité. » Dans la partie supérieure j figiil^nt le ciel, on voyait une belle colombe blanche; elle tenait dans son bec une couronne de myrte, et la présentait à un petit oiseau, qui, après avoir chassé dans le feu des faucons et des oiseaux de proie, plaçait la couronne sur la tête de la vieille femme. On lisait au-dessous l'inscription suivante : « Je vois le temps de la grande justice, et toi at— a tends-le. » Le peuple , accourant devant l'église, considérait cette image ; les uns s'en moquaient , les autres disaient: « Pour améliorer la situation de <c Rome, il faut autre chose que des peintures; » d'autres disaient au contraire: <c Ceci est une a grande chose et de haute importance. » Le courage du peuple croissait de plus en plus sous le souffle de cette excitation; Cola gagnait par là, comme par sa défense des opprimés, l'affection générale ; et déjà les barons commençaient à avoir des soupçons sur ses projets (i).
Pendant le carême, il y a chaque jour à Rome, dans une église particulière , de pieuses solennités appelées stations, auxquelles assistaient autrefois les papes, et où l'on voit encore aujourd'hui une grande foule. Le jeudi qui suit le mercredi des cendres , ces prières se font dans l'église de San Giorgio in Velabro , située près du grand cloaque, et nommée en conséquence San-Giorgio délia Chiavica. Ce jour-là, i5 février i347, ^^^^ ^^ afficher sur les murs de l'église un avis portant ces mots : « Dans « peu de temps les Romains reviendront à leur
(I) Vita,i,4.
«ancienne et excellente constitution. » Il s'aboucha aussi avec des gens considérables parmi le peuple, et les réunit dans un lieu écarté de TAventin, sur cette colline qui déjà , dans l'antiquité , avait été le siège delà liberté populaire. On se consulta sur les moyens de rétablir le bon ordre, et Cola fut invité à parler. Il s'étendit longuement sur le malheur actuel, sur l'esclavage et les dangers de la ville, comparés avec son ancienne domination universelle; et il était si ému en parlant qu'il versait des larmes, et ses auditeurs pleuraient avec lui. Il termina en exhortant à maintenir la paix et la justice, et en montrant qu'il n'y avait encore aucun sujet de désespérer, puisque les revenus de la ville montaient à trois cent mille florins d'or, et que le pape n'était pas content de tout ce qui se passait à Rome, où beaucoup de ciloyens s'attaquaient également aux biens de l'Église. Il rendit par là le courage aux membres de l'assemblée, qui se jurèrent solennellement les uns aux autres d'introduire un meilleur gouvernement. On dressa un acte de cette réunion et de ces promesses.
Cependant les désordres continuaient dans Rome* Le meurtre et le pillage étaient à l'ordre du jour j les cultivateurs étaient dévalisés devant les portes de la ville ; les pèlerins qui se rendaient aux saints lieux étaient la proie des voleurs ; on faisait violence aux femmes et aux jeunes filles , et quiconque ne pouvait se défendre lui-même, ou n'était pas protégé par ses amis et ses parents , devait supporter patiemment tous ces excès. Les sénateurs Pietro di Agapito Colonna et Roberto Orsini étaient sans
autorité , et les deux partis qii'ib représeutaient se tenant l'un l'autre en équilibre, le pouvoir supé* rieur lui-même ne pouvait rien pour l'ordre. Vers la fin d'avril , le vieux Stefano Colonna était allé à Corneto , ^vec la milice urbaine , chercher du blé dans cet endroit , qui ^ au moyen âge , était le grenier de Ropie, Or, il y avait alors disette dans la ville I et par suite un grand mécontentement dans le peuple (i). Cola, qui, sur ces entrefaites, avait gagné à ses plans plusieurs ecclésiastiques, et même le vicaire du pape, Baimondo, évéque d'Orvi^to, profita de l'absence du puissant barop. La veille de la Pentecôte (cette fête tombale ao mai i347 )) il fit inviter, à son de trompe, tous les citoyens à se rendre le lendemain sans armes au Capitole. On crut qu'il allait faire un de ses discours ordinaires, et: personne ne conçut de soupçon.
Quant à RienEo lui-même , pour attirer la protection divine sur son entreprise , il entendit depuis minuit , dans l'église de Santo-Angiolo in Pescheria» plusieurs meiises du Saint-Esprit, comme l'Église catholique en célèbre ce jour-là et dans toutes les circonstances importantes ; puis , vers diu heures , il sortit de l'église accompagné de vingt-cinq conjuré$. Il avait le corps entier cuirassé, à l'exception de la tête. Trois desconjurés portaient devant lui chacun une bannière. La première, brodée d'or sur fond rouge , montrait Borne assise sur deux lions et tenant dans ses mains la boule du monde et une palme ; on l'appelait le drapeau de la liberté, et elle était
(i) Istoi^ie Pistolesi» p. 6ig; AiuratQri , Script.» ^i.
tenue par Cola Quallato , surnommé le bon dis« coureur. Sur la deuxième bannière , de couleur blanche 9 et portée par lenotaire Stefanello Magnacuccia^ on voyait saint Paul avec l'épée et la couronne de la justice; la troisième représentait saint Pierre tenant les clefs de l'union et de la paix. Une quatrième bannière , celle de saint George était trop vieille et trop déchirée pour être attachée aune hampe comnie les autres; en conséquei^ce, on la portait dans une boite. Le vicaire du pape marchait à côté de Cola, et cent cavaliers étaient tout prêts à le défendre en cas de besoin. Beaucoup de monde se joignit au cortège chemin faisant 9 et Ton arriva ainsi au Capitole 9 où il y avait déjà une multitude de peuple. Rienzo tint là , de nouveau , un magnifique discours sur le malheur et la servitude du peuple romain ; il dit comipent il était résolu ^ par amour du pape et pour le salut du peuple entier, à dévouer sa personne à toute espèce de périls. Une immense acclamation Ijuii répondit de sein de l'assemblée : alors il fit lire sur-le-champ , par Conte di Cecco Mandno , les articles de la nouvelle constitution.
Or, voici les principaux d'entre ces articles : Tout meurtrier, sans exception , est puni de mort ; les prpcès doivent être terminés au plus tard en quinze 'jours, et le faux plaignant subit la peine qui eut frappé l'accusé ; dorénavant nulle ipaison à Romte Qe f^eut être démolie , mais lorsqu'elle est hors d'état de servir, elle tombe dans le domaiqe de la ville; dam chaque quartier, cent hommes à pied et vingtcinq à cheval sont entretenus aux frais de l'État; lorsque l'un d'eux succon?be au servjqe de la cho^a
publique, ses héritiers reçoivent cent livres s'il était fantassin ; cent florins, s'il était cavalier; la ville soutient aussi les veuves , les orphelins et les couvents, et pour obvier au défaut de subsistances , un magasin de blé sera établi dans chaque quartier. Les revenus provenant des impôts sur les feux, sur le sel, les ports, les ponts et les carrières doivent être réellement appliqués aux besoins de la ville. A l'égard de la noblesse , en particulier, il était arrêté que les forteresses , les ponts et les portes appartenant à la ville , seraient gardés non plus par les barons, mais par un commandant au choix du peuple ; qu'aucun baron , en général , n'occuperait de lieu fort, et que tous les endroits fortifiés, sur le territoire de Rome , recevraient d'elle leurs autorités supérieures. En outre , l'obligation était imposée aux barons de veiller à la sûreté des routes , de n'accueillir aucun voleur ni malfaiteur, et de ne pas empêcher les convois d'arriver à la ville , sous peine d'une amende de mille marcs d'argent. Enfin, un vaisseau devait être entretenu dans les eaux et sur les côtes du territoire romain, pour la protection des marchands. — Ces diverses lois, du reste, montrent que la révolution qui nous occupe provenait moins, chez le peuple, du désir d'une plus grande puissance , que du besoin de trouver le repos et la sécurité ( i ).
Le peuple approuva tout. Les sénateurs furent chassés du Capitole, et l'on conféra à Rienzo le droit de vie et de mort , comme aussi le droit de par-
(i) Yita di Cola di Rienzo , i , 5, 6. Le texte de Muratorî est le seul qui soit complet dans cette partie de Fouvrage,
donner, de destituer ou d'avancer les officiers publics j en un mot , un pouvoir purement dictatorial (mero e libero imperio)^ pour affermir et maintenir la nouvelle constitution dans la ville et dans toute l'étendue de son territoire. Il reçut alors probablement le titre de recteur. Ce ne fut que quelques jours après qu'il demanda lui-même le titre de tribun et de libérateur du peuple ; car il voulait montrer, en suivant les traces de l'ancien tribunat , qu'il se consacrerait tout entier à';^la défense du peuple, dont il était sorti. En même temps cette dignité devait être considérée comme extraordinaire et tout à fait indépendante des relations antérieures avec le sénat (i). Tout se passa avec une union merveilleuse. Cette union fut déclarée une opération immédiate du Saint-Esprit, dont le tribun se disait l'instrument, et à la fête duquel avait commencé le nouvel ordre de choses. Puis , dans l'assemblée où venait d'avoir lieu la nomination au tribunat , une colombe étant apparue tout d'un coup dans les airs et ayant plané quelque temps au-dessus du peuple, on salua cette apparition comme un signe manifeste
(i) Vita, etc., i, 6, édition de Muratori : « Idem (romanus) popu- « lus absolutam et liberam potestatem et auctoritatem reformandi « et coDservandi statum pacificum dicte urbîs et totius romane pro- «YÎDcie.ac liberum prorsus arbitrium totalîter commisit et conces- « sit. » Dans l'ouvrage de Gaye intitulé : Curte^io inedito d'artisti , Firenze, jS3g, i, p. 55, et dans Vendettini, Serie cronologica dei senatori di Roma^ p. Sy, on lit la formule suivante : « Nos Nicolaus,
* severus et ciemens libertatis et justitîe tribunus, et sacre romane
• reipublice liberator illustris, decreto et auctoritate qua fungimur. » Au contraire, dans les cas où les buonî uomini et les caporioni agissent à la place des sénateurs , il est dit : « decreto ,et auctori- « taie sacri senatus. »
-gode l'approbation divine. A partir de ce jour, Eienzo s'intitula : Nicolas j par V assistance de notre tres^ miséricordieux Seigneur Jésus -Christ ^ tribun de la liberté^ de la paix et de la justice , et illustre libé^ rateur de la république romaine. »
Par le mot SeWre^ Cola voulait aussi faire allusion au patricien Sévérinus Boethius, le dernier Romain qui ne fut pas indigne de l'antiquité , et que notre tribun admirait au point d'imiter ses prétendues armes et de s'en servir dans son sceau. Au milieu de ce sceau, sur un fond bleu d'azur, o^ voyait un soleil d'or, d'où sortaient sept rayons, à l'extrémité de chacun desquels était une étoile d'argent. Peu de temps avant le milieu du dix-septièr me siècle , on voyait encore ces armoiries peintes sur la inuraUle extérieure du Capitole tournée vers le Forum ; mais elles disparurent dans une restauration 4e cet édifice (i).
Les ordonnances et les lettres 4^ Rienssp étaient signées de la manière suivante : <c Donné ce au Capitole , où nous vivons avec un sens « droit I sous le règne de la justice » ; ou encore (
(i) Lft priocipale source à consulter sur les armoiries de Cola es^ AxuîdfiDO, deik FamigUe romane. L'autographe d*Amayëen , Flamand qui écrivait vers 1646, se trouve mscrpt. bibliodi. casanatoBS. romau. n^ aS3, fol. 107. Ou y lit : Jlzè per arme uno ê<mdo toi cqmpoazzurnd in mezza il séle dorato, con sette stelle d'argento iniomo. Quesf ^me fece pimgtre nel muro di Campidoglio, verso campo FmC" cino ,e se ne vedei'a vdsiigio prima che quello ukimamente fosse risto* rato. Cola lui-méine dit: In campo aureo^ qu'il faut peut-être corri« gjMrpar azurreo, La f^ita, etc., i, i3« est d'accord avec la deacriptio« d'Aja»aydei|. Mall»«ureusenent la sceau du tribun ne s'est conservé sur aucun document.
a Après que la justice est redescendue du ciel (i). »
Le vicaire du pape, Raimond d'Orvieto, dont nous avons déjà parlé , fut donné pour collègue à Cola, sur la demaiidé de celui-ci , et Cola, en toutes circonstances , le présentait comme participant à ses actes^ afin de se procurer une plus haute autorité et l'appui du parti pontificaK L'un et l'autre avaient pris leur demeure au Gapitole ; mais le peuple voyait dads Cola le seul dépositaire du pouvoir suprême , etquoiqu'au i^*" août, Raimondo se nomme encore son collègue , toutes les expéditions d'affaires , soit intérieures^ soit extérieures, se faisaient dès l'origine au nom seul de Rienzo (â).
La durée du pouvoir du tribun n'avait pas d'à-bord été déterminée , et lorsqu'il proposa lui-même d'élire, tous les trois mois, un autre citoyen à sa place , l'assemblée entière le pria instamment de garder ses pouvoirs; on nomma seulement, sur sa daniande, un syndicat auquel il devait rendre compta
(i) « Auctore clementissimo dno. nro. Jesu Christo Nicholaus, « severus et démens libertatis justitieque tributius , et sacre reipu- « blice liberator illustris. » Dans la lettre adressée à U ville de Vi^ terhe, sgus la date du a mai , on ne Ut que ce commencement et U simple subscription suivante : « Datum in Capitolio » (manuscrit de Turin, fol. i66; Hobbouse, Historical illustr., p. Sao-Sag). Au contraire , la lettre envoyée à Florence et citée par Gaye contient ces mots : « Datum in Gapitolîo urbis septiiyio menais» iufiii ubi de ettß « remissa justitia recto corde vigemus. » Dans la lettre de la même date à la ville de Pérouse , on Ht : « Ubi régnante justitia recto corde « vigemus » (mscr. de Pelzel, p. i).
. (a) Pour 1« affaires extérieures , on en a U fMreuve daaa les lettres adressées aux villes de Viterbe , de Florence , de Pérouse , *t indiquées dan« k note pi^édente. Qiiaat auiL araires iniérieunea» 0i pou voir la ooafirmation ites slai«la été tisseurs êe laioe ,à la dat» du »7 juili^ éeam VendeCiiai, p. 87»
— 9a — cie sa gestion. Cola, du reste, était avide de prérogatives. Les sénateurs de la ville faisaient battre une monnaie sur laquelle on imprimait leurs armes, sinon leur nom , conime celui des rois de Naples , quand ceux-ci remplissaient cette charge. Or, le tribun, voulant jouir du même droit, écrivit, dès le 7 juin, aux Florentins de lui envoyer d'habiles ouvriers et de bons instruments, et , à la date du 2 1 août, le pape se plaint que Rienzo ait déjà fait battre une monnaie nouvelle (i). H existe deux différentes monnaies de Rienzo. Le métal est la mauvaise composition d'argent et d'étain qui se voit encore à Florence, et que l'on appelle en Italie argento nero ou argento di mistura. Ces deux monnaies font partie de celles appelées denarii proifenienses o\\ provisini senatuSf c'est-à-dire les monnaies frappées à Rome sur le modèle des deniers de Provins , à cause du grand commerce fait avec cette dernière ville. On imitait tout à fait ou à peu près les emblèmes qui se trouvaient sur ces deniers, et l'on changeait seulement les inscriptions, comme cela se pratiquait, dans d'autres lieux, pour les gros de Tours, les florins de Florence, les ducats de Venise, etc. Enfin, on commença bientôt à dater << de la délivrance de la a République , » comme on avait daté précédemment « du rétablissement du sénat (a). »*
Il s'agissait avant tout de défendre la souveraineté
(i) La lettre aux Florentins se trouve dans Gaye , ouvrage cité , p. 56.
(2) Lièerate rei publice anno primo. Les premières lettres portantrindication de cette ère sont celle adressée au pape en date du 7 juillet 1847 (Hocseni.y p. 5o5), et cell« du 9 juillet à la ville de Mantoue.
populaire contre ses plus proches ennemis, les barons. La division qui régnait entre eux et leur surprise complète firent réussir cette tâche au delà de toute attente. Les uns, qui se trouvaient à Rome, s'étaient enfuis, dans la première terreur, ou n'avaient opposé aucune résistance. Stefano Colonna était accouru en toute hâte à la ville, à la nouvelle des événements, et on l'avait entendu, sur la place San-Marcello , dans les environs de son palais , se prononcer hautement contre la nouvelle constitution. Le jour suivant, Cola lui envoya l'ordre écrit de quitter Rome. Stefano prit cet ordre avec un dédain superbe , le déchira , et dit : « Si ce fou me « pousse encore un peu , je le ferai jeter par les « fenêtres du Capitole. » Dès que ces paroles eurent été rapportées à Rienzo , il fit sonner le beffroi, et tout.le peuple accourut en armes. Colonna, voyant bien qu'il n'était plus en sûreté dans la ville, s'enfuit, accompagné d'un seul serviteur, à Palestrina, où étaient ses fils et ses petits-neveux. Le tribun appliqua ses lois avec rigueur : tous les barons furent obligés de sortir de Rome pour retourner dans jeurs possessions à la campagne , et en même temps de rendre les ponts et les abords de la ville qu'ils occupaient. De plus , dans le changement qui venait de s'opérer, c'était surtout le bas peuple qui avait agi , ^o^o/o minutOy comme Villanile dit expressément. En conséquence, les états supérieurs de la ville, les juges, les notaires et les marchands les plus considérables durent prêter serment d'obéissance et de fidélité à l'ordre établi.
Les barons n'avaient obéi qu'extérieurement.
Ils cherchèrent donc à se liguer entre eux pour renverser la nouvelle puissance qui les menaçait tous; mais leurs anciennes inimitiés empêchèrent toute union , et Rienzo ^ encouragé par ce désaocord, les cita devant son tribunal. D'abord parut le jeune Stefano Colonna, en compagnie d'hommes armés, au Capitole, où le tribun siégeait entouré d'une grande multitude de peuple. Rienzo, également armé, alla à sa rencontre, et lui fit jurer sur le corps du Seigneur de ne le pas combattre, non plus que les Romains; d'envoyer des convois à la ville; de maintenir la sécurité sur les routes ; de ne protéger aucuns voleurs ni malfaiteurs; de défendre les orphelins et les veuves; de ne pas retenir les propriétés de la ville , et enfin de comparaître armé et désarmé au premier ordre. Les autres Colonna, les Savelli et les Orsini durent faire la même promesse, quoique Cola se fût engagé lui-même précédemment par un serment d'obéissance envers l'rancesco Savelli. Ils jurèrent tous par crainte du peuple, et offrirent leurs personnes , leurs biens et leurs vas* saux pour le service de la ville ; le préfet de Vico et les Gaetani refusèrent seuls d'obéir. Tout ceci arriva dans l'espace des deux premières semaines après le changement de la constitution (i).
Plusieurs lieux, forteresses, et autres possession« que les barons avaient enlevées à la ville , aux égli* ses et aux couvents , furent rendus à leurs légitimes propriétaires. La restitution des couvents et la protection légale qui leur fiit assurée expliquent la
(t) Vita di Cola di Rienzo, r, 7, 8.
bie&veillaiice toute particulière du clergé inférieur pour Rienzo ^ comme aussi la part que cette classé prit aux actes du tribun. Bientôt après, entre le 1*4 juin et le 7 juillet, vinrent des lois encore plus sévères, dont le but était d*achever de briser Farrogance de la noblesse , d'environner la ptiissa&ce du |>euple d'un éclat extérieur, et de faire disparaître toute différence entre les barons et le reste des citoyens. Il fut publié à cris de héraut dans la ville, que désormais nul habitant de Rome ne pouvait choisir d'autre seigneur que l'Église romaine et le pape ; en outre, qu'il n'était permis à personne de mettre sur son écu, ou sur sa maison, d'autres armes que celles de l'Église^ du pape et du peuple romain. Par suite de cet ordre, les armoiries des Golonna, des Orsini, des Savelli et des autres barons furent partout brisées et détruites. La noblesse romaine, comme nous l'avons dit plus haut, fortifiait les abords de ses demeures avec des palissades : le tribun les fit arracher aux frais des propriétaires et apporter sur la place du Capitole, pour les employer comme matériaux à la construction d'un botel de ville. De plus , chaque baron qui avait été une fois consul devait payer cent florins d'or pour cette construction : la construction fut , en effet , commencée , mais non pas achevée , et Cola ne mena à fin qu'une chapelle richement ornée pour son usage particulier (i).
(i) Vita, etc., i^ 14, ao; Istorie Pistolesi, p. Sao; Hocsem.» p. Soi. « Quod nuUus Romanus deinde auderet aliquem niai solam sano « tam Ëcclesiam sanctitatemque vestram in Dominum nomînare. » .^ De Sade, tom. 11 ^ p.* 344, et d'autres après lui ont compris par ce
Les ennemis extérieurs de la puissance du peu« pie une fois refoulés, il s'agissait d'affermir cette puissance à l'intérieur. Or, de même que la haine contre la tyrannie , contre les guerres , les meurtres, les brigandages et les violences de toutes sortes des barons les avaient renversés , de même le nouveau gouvernement devait s'élever sur les bases de la paix et de la justice; car, disait le tribun, obéira la justice est la liberté suprême. Un tribunal de paix et d'équité fut donc établi au Capitole. Audessus de ce tribunal flottait la bannière de saint Paul , avec l'épée nue et la palme de la victoire, et des hommes du peuple d'une droiture reconnue siégeaient en qualité déjuges de ^aix^pacieri. Dans une chaleureuse harangue, le tribun avait exhorté ses concitoyicns à la réconciliation et à la concorde, et tous avaient promis, en versant des larmes, de renoncer désormais aux querelles intestines et de s'aimer comme des frères. Dix-huit cents inimitiés mortelles furent terminées pacifiquement, et l'on rappela tous ceux qui avaient été bannis depuis l'amnistie de i34o. De plus, afin d'appuyer cette paix sur le fondement d'une moralité générale, le jeu de dés fut défendu et des lois sévères furent portées contre le blasphème. Personne désormais ne devait avoir de concubine ; ceux qui avaient injustement répudié leurs femmes devaient les reprendre , et l'adultère entraînait des peines civiles (i).
passag;e que le tribun avait défendu de donner des titres honorifi' ques , à peu près comme on abolit les mots monsieur et monseigneur à Tépoque de la révolution française, (i) L'amnistie se trouve mentionnée dans Statuta et Noi'œ reforma'
Les tromperies dans le commerce furent également punies y et la police du marché aux subsistances, en particulier, fut faite avec rigueur, ce qui acheva de gagner le bas peuple. Il fut décidé qu'à l'avenir tout individu offensé paraîtrait avec son adversaire devant le tribunal de paix. Là ils s'engageaient d'abord, l'un et l'autre, à garder la paix moyennant caution , ensuite le plaignant recevait permission de faire à son agresseur le même tort que lui avait fait celui-ci, et soit qu'il usât ou non de son droit, ils devaient tous deux, à la fin, se donner le baiser de paix. Dans les affaires civiles, la sentence était aussi rendue promptement et équitablement(î).
Pour maintenir le droit et l'ordre contre les personnages plus puissants. Cola employa surtout la milice urbaine, établie dès l'origine du nouveau gouvernement. Les trois cent soixante cavaliers et les treize cents fantassins durent paraître armés à chaque appel de la cloche du Capitole. Appuyé sur cette force imposante , le tribun procéda avec toute la risueur des lois contre les malfaiteurs. Le vol et le meurtre furent punis de mort sur-le-champ. Dans le plat pays , le baron ou la commune voisine
tiones urèis Romœ (fiomA, iSaS), lib. m, cap/164, fol. 27. Les autres ordonnances, mentionnées par Cola lui-même dans une lettre du i5 juillet, ont été reproduites par Hobhouse d'après le mscr. de Turin, fol. 17$ : « Nec est in urbe qui ludo uti audeat taxillari , qui « Deum vel sanctos audeat lacessere blasphemia, nec laicus quispiam « qui teneat concubinam , ininiicantes omnino gaudent etîam leta « pace» uxores diutius a viris abjecte ad viros redducte suot , elc. » (Historical Ulustrations, etc., London , 1818, p. 53o.) (1) Vita, i, 9, a4.
furent astreints à réparer les brigandages , et de plus à payer l'amende pour leur mauvaise surveillance. Les ecclésiastiques et les nobles avaient jusqu'alors été exempts de la juridiction de la ville : le châtiment des coupables de l'un et l'autre état devait désormais prouver la puissance du tribun. Un moine de Santo-Anastasio, décrié pour ses méfaits, fut pendu; et il ne servit de rien à Martino, de la famille des Gaetani, lequel avait été sénateur en i34o, d'être lié par la parenté avec les maisons les plus considérées de Rome , les Orsini , les Albertetcbi f et avec deux cardinaux. Cet homme , en sa qualité de seigneur de Porto , avait pillé un navire napolitain parti de Marseille avec un riche chargement, mais qui, chassé par la tempête, s'était réfugié dans les eaux du Tibre où il avait échoué. * Il était encore noté d'infamie dans tous les environs pour d'autres brigandages et d'autres violences ( I ). Le tribun le fit sortir par ruse de sa maison, où il gisait malade, et on l'amena au Capitole. Là , devant le peuple convoqué par la cloche du beifroi, Rienzo, après avoir prononcé sur lui la sentence de mort à cause de navire pillé, le fit pendre à l'instant. Un membre de la famille des Annibaldeschi éprouva le même sort. Petruccio Frangipani , seigneur de Civita Lavigna, et Luca Savelli ftirent jetés en prison , et Stefano Colonna et Gîordano Orsini de Marino retenus sous bonne garde au Capitole. Pietro di Agapito Colonna » revêtu dans cette même année de la dignité séna-
(i) Historiée Romana» FragmeoU , i, i6; Muratori , Antiquité m» p. 395.
toriale , fut emprisonné, comme un malfaiteur ordinaire ; et un brigand fameux , arraché du palais des Colonna, qui avait toujours servi d'asile, fut exécuté. Dans la seigneurie du comte Bertoldod'Anguiltara, aux environs de Capranica, des voleurs avaient enlevé à un muletier sa bête et une charge d'huile : Bertoldo fut obligé de donner à ce muletier trente florins d'or en dédommagement , et d'en verser quatre cents autres, comme amende , dans la caisse de la ville. Cola n'était pas moins sévère à l'égard de ses propres employés. Il donnait publiquement audience aux veuves , aux orphelins et aux pauvres; et un jour, ayant fait droit à leurs plaintes , il condamna à mille livres d'amende deux écrivains publics , gens considérés parmi le peuple, et dont l'un était ce Fortifiocca mentionné plus haut. Souvent il y avait quelque chose de barbare dans sa manière d'appliquer la justice. Ainsi, un de ses messagers en ayant tué un autre, il fit jeter le meurtrier tout vivant dans une fosse profonde, et enterrer par-dessus lui le cadavre de l'homme qu'il avait assassiné. De pareilles mesures répandirent un effroi général. Il commença de régner à Rome et dans les environs une sécurité comme on n'en avait jamais connu auparavant; les brigands et les malfaiteurs s'en fuyaient au delà des frontières, en laissant leur avoir et leurs familles. « Les forets se a réjouissaient, dit un écrivain de cette époque, «r de ne plus receler de voleurs : les bœufs pou- « vaient labourer la terre , les pèlerins recommen- « çaient à visiter les lieux saints^ et les marchands , tt voyageant sans inquiétude , laissaient la nuit , sur
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(c les routes leurs marchandises^ qu'ils retrouvaient « intactes; les tyrans étaient frappés de terreur, et « les braves gens se réjouissaient d'être sortis d' este clavage. * Tous les auteurs contemporains s'accordent à louer la sécurité qui régnait alors à Rome et dans les environs (i).
£n même temps l'ordre s'établissait dans les revenus de la ville. Non-seulement on n'ajouta pas de nouveaux impôts, mais encore les plus pesants des impôts anciens furent supprimés ou diminués. Par exemple , précédemment pour passer un pont il fallait payer un droit {pcdagium y passägium) à ceux qui s'en étaient attribué la propriété , c'est-àdire ordinairement aux barons : mais depuis que la garde des ponts avait été livrée au peuple, ce droit était réduit, ou même supprimé tout à fait. Semblable chose eut lieu pour les droits mis sur le vin et le pain , en un mot , sur tous les objets de consommation (a). La ville de Toscanella, depuis sa révolte en i3oo, était obligée de payer à Rome, chaque année, mille livres. A la place de cette contribution de guerre , Cola établit que les habitants apporteraient, tous les ans, cent livres de cire dans l'église de la sainte Vierge au Capitole, c'est-à-dire à Santa-Maria di Araceli (3). La vieille
(i) Vita, I, 9, II, la, 14, a4; Islorie Pistolcsi , p. 5ao; Cronica Sanese, p. 118. — Giov. Villani, xii, 89; Baynald, ann. i347> S '^'
(a) Petrarcha, Op., p. ia4o.«« Passagiorum et gabellarum amputa« « tioncs, » dit Rienzo lui-même en parlant de son administration. Dans un autre passage cité par Uocsem., p. 504» il dit: « Gabella « etiam nulia nova nec gravitas facta est alla per me cîvitati alîeui • sive loco. »
(3)Hocsem., p. 5o4.
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inimitié entre Rome et Vellétri fut apaisée de la même manière. I^es Romains s'étaient arrogé le droit d'instituer à Vellétri le juge supérieur , et , par le moyen des grascieri , ou officiers chargés de veiller aux approvisionnements de la ville , ils avaient encore fait d'autres empiétements sur ses droits et ses libertés. Les Vellétrins envoyèrent une ambassade à Rienzo, et celui-ci ^ moyennant une certaine somme , leur rendit leurs anciennes franchises (i). Les pertes que cette diminution de ressources fit éprouver à la caisse municipale furent richement compensées par une meilleure administration des deux autres branches de revenus , savoir : l'impôt sur le sel et l'impôt sur chaque foyer [focatico). Le premier de ces deux impôts était peu productif pour la ville , mais Cola sut bientôt l'élever à la somme annuelle de trente mille florins d'or. Depuis longtemps l'autre impôt était perçu avec beaucoup de négligence, plusieurs localités s' étant déclarées indépendantes de Rome, et d'autres lui ayant échappé en se plaçant sous la protection des seigneurs. Or, désormais on exigea expressément que l'impôt sur le foyer fût paye par tous les vassaux des barons , et de grosses sommes arrivèrent à Rome des environs de la Tuscie méridionale et des provinces Campagna et Maritima , sans que les habitants s'en plaignissent, car cet argent était spécialement employé à solder les troupes dont dépendaientla paix et la sécurité publiques (a). Rienzo avait également affermi la nouvelle consti-
(i) Âlessandro Borgia, Istoria délia chiesa e cittàdi yellelrî,p. 807. (a) Vita, I, i5; Hocsem.yp. 5oa.
tution à l'intérieur. Dans le principe, ses rapports avec le pape , comme chef suprême de FÊglise entière et souverain particulier de la ville, n'avaient pas été moins favorables : il était aussi dans de bons termes avec les autres États de l'Italie, et, par l'effet de l'importance universelle de Rome, avec tout le monde chrétien. Dès que la révolution avait été consommée, Rienzo, l'évéque d'Orvieto et le peuple romain avaient envoyé à Clément VI une ambassade collective pour lui exposer le cours des événements, et le prier, en sa qualité de souverain , de confirmer la nouvelle constitution. Le pape se plaignit, il est vrai, que les Romains eussent entrepris un tel changement sans le consulter, lui à qui ils avaient conféré le pouvoir suprême lors de son élévation au trône pontifical. « Il n'avait, disait-il, rien su auparavant de l'oppres- « sion et du malheur qui pesaient sur les citoyens, « et récemment, dès qu'il en avait été informé, il « avait pensé au remède et envoyé le cardinal légat a Bertrand de Deux pour régler le gouvernement « de la ville, soit en personne, soit par l'entremise a de gens intelligents et honnêtes. Toutefois, la « nouvelle constitution ayant été introduite sans « effusion de sang ni violence; la justice et la sé- « curité régnant à Rome et dans les environs ; les « droits de l'Église romaine étant , d'ailleurs , retc connus en toute chose , il se réjouissait dans le « Seigneur de ce qui était accompli, et confiait à a Cola et à Févêque d'Orvieto l'autorité supérieure « de la ville , avec le titre de recteurs , jusqu'à ce a qu'il en décidât lui-même autrement, w
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C'est là le ton sur lequel Clément VI écrivit aux Romains, et les pleins pouvoirs donnés par lui aux deux recteurs sont dans le même sens. Il les exhorte à continuer plus glorieusement encore ce qui a été glorieusement commencé, à éviter toute partialité et à maintenir la fidélité et la paix. (Lettrés du aôet du a 7 juin.) L'envoyé du tribun fut congédié arec beaucoup d'honneurs par le pape et par le cardinal Giovanni Colonna , à qui l'on avait également écrit; il rapporta, à titre de cadeau pontifical, une cassette du bois le plus précieux incrustée d'argent et ornée des armes de Clément VI, de celles du peuple romain et de Rienzo (\).
A la cour d'Avignon, outre l'opinion générale, qui était tout entière en sa faveur, le tribun avait encore des amis particuliers, tels que Rainaldo Orsinî , archidiacre de Liège et notaire du pape , et d'autres personnages considérables dont les noms ne nous sont pas connus (a). Quant aux autres États de l'Italie , Rome, suivant le plan du tribun, devait de nouveau en être la tête; mais ce qui auparavant se faisait par la force des armes devait désormais s'accomplir par l'équité et l'union pacifique. Dès le
(i) Vita ,1, lo.
<fl) Voir les lettres à Ba4Daklo Orstni, dans Hocsem«, p. 49^* Celuici avait lui-même y à Rome, un agent qui rinstruisail des actes de Cola. La lettre insérée dans le mscr. de Turin, fol. 175, et adressée it un ami inconnu, porte la suseription suivante : Responsio fhmini Triètmiy transmissa anti'vo suo in Romana curia commoranii. On lit {1 la fin de cette lettre : « De hiis omnibus informetis reverendum pa- « trem dominum... de filiis Ursi, domini pape notarium, qui etiam « nobis quam plurimum scripsit. Ëxcusetis nos ei quia si modo non « sorâumna, est enimpropter léstinantiam huius currentis» »
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a4 mai, il écrivit aux localités environnantes, telles que Viterbe, et leur communiqua ce qui s'était passé à Rome. Elles devaient se réjouir avec eux, et remercier Dieu de ce que la sécurité , la paix et la justice étaient rétablies dans la ville; elles devaient en même temps les aider de leurs secours et de leurs conseils pour maintenir le nouvel état de la chose publique. En conséquence, dans l'espace de trois jours après la réception de cette lettre , elles devaient envoyer deux fondés de pouvoir à une assemblée que le tribun voulait tenir prochainement pour l'avantage des Romains et le salut et les intérêts de la province entière. Il les priait aussi de lui envoyer un jurisconsulte , qu'il recevrait dans son consistoire pour six mois avec là pension accoutumée. Les mêmes choses ou de semblables furent écrites , à la date du 7 juin , aux villes plus éloignées de Todi, Pérouse, Sienne, Florence, Lucques, Mantoue, Pise, ou adressées à des seigneurs, par exemple, aux Gonzague à Mantoue, aux d'Esté à Ferrare , aux Lucchino Visconti à Milan , aux membres de la famille royale à Naples. Là où les communes étaient encore en possession de l'autorité, Rienzo s'adressait directement à elles, et requérait simplement les seigneurs de bien accueillir ses lettres et de les répandre , comme il fit à Mantoue avec Guido Gonzaga. Toutes ces villes étaient invitées à envoyer, dans l'octave de la fête de saint Pierre et de saint Paul , deux plénipotentiaires à l'assemblée générale que le tribun se proposait de tenir à Rome pour le salut et la paix de toute l'Italie; en même temps il leur demandait un juris-
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consulte pour remplir les fonctions de juge assesseur dans le consistoire. Ces deux mesures une fois accomplies, Cola pouvait facilement se flatter d'avoir fait le pas 4e plus important vers l'union et la pacification de l'Italie , d'autant mieux que les juges assesseurs auraient formé une espèce de conseil permanent pour l'Italie entière, et que les affaires extraordinaires auraient été décidées dans les grandes assemblées. Au lieu de la fête de saint Pierre et de saint Paul, d'après l'avis , disait-on, d'un homme pieux qui avait eu , à cet égard , une révélation de notre Seigneur Jésus-Christ, le premier août fut postérieurement indiqué pour la réunion. C'était la fête de saint Pierre-ès-liens, et il y avait aussi, ce jour-là, à Rome, indulgence générale (i).
Les envoyés du tribun allaient partout sans armes, munis seulement d'un petit bâton orné de plaques d'argent. Partout ils recevaient un accueil amical , et ils se vantaient qu'avec ce signe de leur mission ils avaient parcouru sans aucun danger les forêts et les routes; que des milliers de personnes s'étaient jetées à leurs genoux, et avaient couvert leur petit bâton de baisers et de larmes de joie à cause de la sécurité rétablie. Ces envoyés avaient aussi l'ordre de ne recevoir de présents nulle part, mais de se contenter de leur solde. Le tribun règle ce point d'une manière expresse dans leurs lettres de créance ,
(i) La lettre adressée à Yiterbe a été imprimée plusieurs fois dans une ancienne traduction italienne. L'original en latin se trouve dans le mscr. de Turin, fol. i66, où Hobhouse Ta pris pour le reproduire dans son ouvrage déjà cité , p. Sso-Sag. Sauf quelques variétés sans importance, la teneur de toutes ces lettres est la même.
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et Tun d'eux, qui s'était laissé faire des cadeaux à Naples fut marqué d'un fer chaud sur la joue (i). Le contenu des circulaires du tribun trouva, dans !â plupart des lieux, un bon accueil; les villes surtout, qui s*étaîent déjà soustraites elles-mêtnes à It domination de la noblesse, lui offrirent aide et appui, telles que Rieti, Spolète, Todi, Pérouse^ Sienne , Arezzo , Florence , Pistoîe. Lucques répondit favorablement, quoique d'une manière embarrassée : elle appelait le tribun prince et son père chéri. A Milan, Lucchino Visconti lui donna le conseil qu'il suivit lui-même toute sa vie, à savoir de procéder avec prudence à l'assujettissement deg barons. D'autres seigneurs de la Lombardie et delà partie septentrionale des États de l'Église, lesOrdelassi, les Malatesta , les Pepoli , les Délia Scala, les Gonzaga, s'étaient moqués du tribun dans lÄ commencements : mais quand ils virent qu'il réussissait, ils se déterminèrent à lui envoyer des ambassadeurs à Rome. Le doge de Venise lui-même lui fit une bonne réponse (i). Toutefois ce fut à Naples qu'il obtint le plus brillant succès. André , l'époux de la reine Jeanne, y avait été tué, le 18 septembre 1345, non sans la participation, au moins tacite, de cette princesse , qui avait ensuite épousé l-iouis de Taren te. Louis, roi de Hongrie, préparait alors
(i) Vita, 1 , 10 , I a. A la fin de la lettre adressée à la ville de Manloue (IVIaotova , Archivio segreto, B. i, il est dit : « Gursorem autem « Dostrufn cihibitorem présent! um jurare coegimus quod a vobis « Tel alfis ad qnos ipse transmtctîtur nicfail sub specie àom reci- «( piat, coin veltmus îpsum «sse contentitm «tipendiis sibi per nos- « tram curiam deputatis. »
(ti)Tita,i,«.
une expédition contre Naples, pour venger sur la reine le meurtre de son frère ; et déjà le comte dfe Bers , son lieutenant, se trouvait avec une armée à Aquilée, centre du parti hongrois. Jeanne , pendant ce temps , protestait de son innocence. Elle envoya, ainsi que le roi de Hongrie, des ambassadeurs atl tribun, pour qu'il leur servît d'arbitre. La renommée de son équité s'était répandue dans l'Italie entière. Souvent de lieux éloignés on lui adressait des appels; d'importantes affaires étaient portées devant son tribunal , et de malheureux bannis ou fugitifs allaient à lui avec l'entière confiance qu'il les rendrait à leur patrie (i).
L'impression que l'avènement et la conduite du tribun produisirent sur le monde chrétien tout entier fut aussi très-puissante. Cola lui-même se vante que le bruit de la justice de son gouvernement était allé par des pèlerins jusqu'à Jérusalem ; que les juifs et les chrétiens avaient fait, à ce sujet, des • réjouissances, et que le sultan, effrayé, avait fortifié ses villes maritimes et ses ports. Selon l'auteur de la Vie de Rienzo, un habitant de Bologne, qui s'était échappé de l'esclavage, avait raconté à Rome cette frayeur du sultan. Quelles que fussent les dispositions de l'Orient, toujours est-il que l'Occident fut vivement ému de l'élévation de Rienzo. D'une part, la magique puissance du nom de Rome, qui,méûiè dans son abaissement, était vénérée, soit comme la mère, soit comme l'ancienne dominatrice du monde, d'autre part, le malheur général de l'époque,
(i)jVila, ly 21 , Ti; Hocsem., p. 5o3, 5o4.
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faisait que Ton se tournait vers tout ce qui paraissait promettre aide et salut. Tous les États de Tltalie étaient déchirés par des dissensions intestines ou par des guerres avec leurs voisins ; la violence seule dominait momentanément , sans force morale, et même sans force physique. En France, régnait la guerre contre les Anglais ; en Allemagne , la maison de Bavière et celle de Luxembourg se disputaient la couronne impériale. Or, un homme qui, comme il le disait lui-même, s'était levé sans intérêt personnel, par puramour de la paix et de la justice, pour braver tous les dangers, et qui réussissait, miraculeusement en quelque sorte, à pacifier Rome , ce siège de troubles continuels, et à réduire les barons qui avaient résisté aux papes et aux empereurs; un pareil homme, au milieu de telles circonstances, devait apparaître comme un véritable envoyé de Dieu. C'était un de ces moments où la force intérieure d'une grande idée électrise même les méchants et les indifférents, et les jette dans un enthousiasme réel, ne dût-il être que passager. Pétrarque décrit cette situation morale de la manière suivante (i) : a Comme l'Italie entière se leva alors tout à coup! <r Quelle terreur du nom romain s'étendit jusque a dans les pays les plus éloignés! J'étais alors eu « France, et je sais ce que j'ai vu et entendu; je sais a ce qu'exprimaient les paroles et les visages de ceux « qui sont regardés comme les plus grands (2). Aua Jourd'hui que l'aiguillon ne se fait plus sentir, ils
(i) Petrarcha , Apologîa contra GalH calumnias» Op., p. 11 81. (9) Maximi ; allusion 9Mponiifex maximus.
a voudront peut-être le nier, ils le peuvent du moins « très-facilement ; mais alors tout était plein d'ef- « froi, tant Rome a encore d'importance! » Cette impression générale, produite par l'élévation de Rienzo, nous fait aussi concevoir comment Pétrarque put la saluer avec une haute inspiration, et en attendre des temps plus heureux pour Rome et pour l'Italie, Les paroles du poète sont pour nous le plus éclatant témoignage en faveur du tribun. Une autre preuve qu'on ne doit pas voir en celuici, comme le veulent beaucoup d'auteurs , le simple jouet d'un entendement troublé ou d'une illusion fantastique, c'est que les Florentins eux-mêmes, ces froids et puissants calculateurs, et d'autres républiques de la Toscane et de l'Ombrie , ainsi que la famille royale de Naples , se prononcèrent en faveur du libérateur de Rome. On a vu de notre temps des poètes allemands et anglais manifester le même enthousiasme au commencement de la révolution française.
Pétrarque voyait dans l'entreprise de Rienzo le moyen qu'il avait lui-même indiqué précédemment pour sauver Rome et l'ItaHe, c'est-à-dire le retour à l'esprit de l'antiquité. Rienzo, pensait-il, avait ressuscité une question grande et utile pour le monde entier, une question ensevelie pendant plusieurs siècles , et qui néanmoins était l'unique voie vers l'amélioration de la chose publique et le commenc^^ment d'un âge d'or (i). Le grand poète était
(i)Petrarcha, Epist. sîne tilulo , 4, p. 792. • Debelîs (Romani) ■ opem tribunoy muUa de rep. bene merito, alque illud in primis,
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à AvignoDy ou aux environs, quand il apprit ce qui venait d'être fait à Rome j et il se sentit pressé de remplir le devoir d'un citoyen romain, sinon en prenant une part active aux événements, du moins en faisant entendre de loin la voix des encouragements et des conseils. c< J'aimais alors, c'est « lui-même qui la ainsi raconté plus tard, j'aimais 6( la vertu de cet homme, je louais son dessein, j'ad- « mirais son courage; je désirais le bonheur de l'Itt talie; je voyais d'avance la domination de Rome « et le rtspos du monde; je ne pouvais cacher la « joie qui germait de tant de racines au fond de « mon cœur, et je croyais prendre ma part de « toute cette gloire en aiguillonnant encore l'ardeur « deRienzo (i). » Dans une lettre adressée au tribun et au peuple romain, et destinée à être lue en pleine assemblée au Capitole , Pétrarque souhaite d'abord le succès de la nouvelle constitution; puis il continue en ces termes : a La liberté est enfin au « milieu de vous, la liberté, le plus doux et le plus K désirable des biens, comme on le reconnaît surft tout par sa perte, et comme vous Tavez éprouvé « vous-mêmes dans une longue suite d'années. C'est f pourquoi jouissez-en aujourd'hui avec allégresse, « mais aussi avec sang-froid , avec modestie et avec a calme, remerciant Dieu, l'auteur de tout don
« quod questionem magnam atque utilem mundo multis sopitam ac « sepullam seculissuscitavit^quae una ad reformationetn »talus pu- « blieiatqu« «d aurei seculi ioilium via eat. »
(i) « Itaque calamum festioabuodus arripui, ut tn lanto, tam ce- « lebri libertati» populi coosensu , vox mea de longinquo saltem au- « diretur, vel sic romani civis ofUicio fungerer » (Rer. famil., Epîst, XIII ).
ff pariait, de s^étre souvenu de la plus sainte des « villes, et de n'avoir pas voulu voir plus longtemps « dans Tesclavage celle à qui il a donné Tempire tt du monde entier. Rappelez souvent devant vos « yeux l'image de votre précédente servitude, et la « liberté présente vous deviendra plus chère que la «c vie; de sorte que si l'un de ces deux biens doit « vous être enlevé, il ne se trouve parmi vous per- « sonne , ayant encore dans les veines une goutte de « sang romain , qui ne préfère mourir libre plutôt « que de vivre esclave. Que tout ce que vous pen* «sez, tout ce que vous faites , respire seulement « la liberté ; dirigez tous vos soins , toutes vos veil* « les, toutes vos actions sur ce point unique , et rea gardez comme une perte de tem|>s irréparable ou R comme un piège dangereux tout ce qui est en de« « hors de ce but. Chassez loin de vos cœurs Taf* « feclion imméritée que vous ressentez peut-être «pour vos tyrans, par suite de votre long corn« A merce avec eux ; chassez jusqu'au souvenir de « cette indigne affection. L'esclave lui-même ne « flatte son maître qu'un certain temps, l'oiseau « ne joue avec le sien qu'autant qu'il est enfermé ^ dans la eage. Celui-ci a-t-il franchi ses barreaux, « celui-là est-il délivré de sa chaîne, aussitôt , l'un « et l'autre oublient l'affection dans la fuite (i). »
Après cette mâle allocution, Pétrarque expose comment ceux qui avaient été les maîtres du monde entier étaient tombés sous le joug d'une
(i)Francîsci Petrarchae V. Cad Nie. Laurentii trib. P. Q. R. de capessenda libertate hortatoria. Op., p. 59&-600.
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poignée d'étrangers, venus de la vallée de Spolète, ou du Rhin et du Rhône (i). Traînés comme prisonniers dans la ville , ces hommes avaient d'abord usurpé le nom de Romains , puis , plus tard , n'étant pas satisfaits d'être appelés citoyens , ils s'étaient nommés eux-mêmes princes et seigneurs. Ennemis héréditaires du nom romain, ils avaient essayé d'en anéantir l'éclat dans ses ruines , et avaient traité les vrais Romains avec plus de mépris que des bêtes de somme. Mais maintenant ils étaient délivrés de cette honte par le nouveau Brutus, plus grand que l'an« cien. Rienzo devait veiller sur la liberté conquise, il devait la défendre sans souci de ses relations ou de ses affections antérieures ; considérer comme un ennemi personnel chaque adversaire qu'elle pou* vait avoir : semblable en cela à l'ancien Brutus, qui n'avait pas épargné ses propres enfants : toute pitié à l'égard des monstres ennemis de la liberté était inhumaine. Que le tribun persiste dans ce qu'il a entrepris, et il sera plus honoré que tous les fondateurs de l'ancienne Rome , les Romulus, les Brutus et les Camille, sur les traces desquels il doit s'exciter à marcher par la lecture de leurs hauts faits. « "Vous, citoyens, dit-il en terminant, vénérez « cet homme comme un envoyé du ciel, comme un a rare présent de Dieu, et sacrifiez votre vie, s'il a le faut , pour le sauver. Lui aussi il pouvait rester « avec vous dans la servitude , ou s'y dérober par « un exil volontaire : l'amour de la patrie, qu'il a aurait eu honte de quitter dans un pareil état,
(i) Allusion aux Colonna et aux Orsini«
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a Ta seul retenu; il voulait vivre dans la patrie , il « voulait mourir pour elle. "Voyez àur le bord de « quel abime il s'est placé parce qu'il a eu pitié « de votre sort, aidez-le à ne pas tomber. Éloiff gnez de vos cœurs toute trace de haine à l'égard « de vos concitoyens. Rivalisez de zèle entre vous , ff non pas à qui sera le plus puissant, mais à qui « aura le plus de vertu et de persévérance , le plus « d'amour pour la patrie , le plus de mansuétude ce envers le voisin , le plus de haine contre les ty- « raus. Luttez d'émulation avec le tribun, lui dans <c un commandement sage et intelligent , vous dans « une scrupuleuse obéissance. »
La lettre du poète fut reçue à Rome avec une grande joie. Rienzo, enthousiasmé par la louange qui lui était décernée , répondit en son nom et au nom du peuple romain à Pétrarque, à F homme d" eminente ver lu j au digne poète couronné du laurier ^ très ^ cher concitoyen j comme il l'appelle. Il dit combien cette lettre lui a été agréable, à lui et à tout le peuple romain, et comme ils se sentent excités àja vertu par les motifs et les exemples tirés des temps antiques. Puis il continue en ces termes (i) : « Nous et tous les Romains sommes pénétrés d'af- « fection pour vous, et nous nous sentons obligés à « augmenter votre honneur et votre fortune. Que « n'étes-vous dans nos murs! car, comme la pierre « précieuse ' fait l'ornement de l'anneau d'or, de « même votre auguste personne glorifierait la noble « ville dont les habitants ne respirent que pour la
(i) A la date du 98 juillet i347.
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« liberté. Ik n'ont commencé que depuis peu de <i temps à en goûter la douceur, mais ils se ieremt « arracher Tâme du cœur plutôt que de se laisser a rejeter dans le plus dur esclavage (i). »
Toutefois, le poète voulait accorder un plus haut prix au nouveau héros que Rome venait de voir surgir. Déjà, dans cette première lettre, il l'avait proclamé digne d'un poëme homérique, il avait promis de rappeler pour lui les muses de leur exil, et de consacrer à la mémoire durable de son nom un chant plus pur destiné à retentir à travers les âges. Ce chant est la canzone suivante, qui doit être comptée parmi les plus beaux morceaux de Pétrarque :
« Noble esprit, qui gouvernes ce corps où € habite, pendant son pèlerinage, un maître cou- « rageux, plein de force et de sagesse : puisque « tu as pris dans ta main celte verge glorieuse qui oc te sert à châtier Rome et à la ramener dans sa «voie antique, je m'adresse à toi. Ailleurs je « n'aperçois nulle part un rayon de la vertu « éclipsée dans le monde, et je ne vois personne « ayant honte de mal faire. Je ne sais ce qu'attend « ni ce que veut l'Italie, qui ne sent point ses t^ propres blessures , la vieille, et la lâche, et la pa- <ic res^euse qu'elle est. Dormira-t-elle toujours, et « quelqu'un ne viendra,t-il pas enfin qui l'éveille? (X. Me3 mains la saisiraient volontiers par les chevaux.
(i) De Sade , tome III ^ pièces justificatives , xxx.
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a Je n'espère pas çjue jamais elle soulève sä tßte du (c sein de son indigne sommeil , quelques cris A que Ton pousse, tant je la vois affaissée, tant elle ce dort profondément! Mais ce n'est pas sans un a destin spécial qu'elle a été confiée à ton bras, « qui peut fortement la secouer et la soulever, cette « Rome, notre tête. Pose hardiment ta main sur a sa vénérable chevelure, sur ses tresses w désor- « dre, et arrache l'indifférente du milieu de la a boue. Moi qui, jour et nuit, pleure sa misère, « je mets en toi la plus grande part de mon espoir : « si jamais le peuple de Mars doit, pour son propre a honneur, ouvrir les yeux , il me semble que tu « seras témoin de cette grâce.
« Ces vieux murs que le monde craint et aime «encore, et devant lesquels il tremble quand il ce se rappelle les temps passés, et qu'il regarde en <c arrière ces pierres que foulèrent autrefois ceux « qui ne seront point sans gloire tant que sub- « sistera le monde : tout ce qu'une même ruine « ei^veloppe, tout cela attend de toi la guérioc son de ses blessures. Grand Scipion, fidèle Bru-* ^ tus, quelle joie pour vous, si déjà le bruit vous « est arrivé que votre office est remis à de bonnes « mains! Comme le vieux Fabricius se réjouit en « entendant cette nouvelle! il dit : Ma Rome de- - « viendra belle encore.
« Si le ciel s'occupe des douleurs de ce monde ,
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« les esprits habitants des demeures célestes , dont ce les corps sont abandonnés sur la terre , te sup- « plient de mettre fin aux longues discordes civi- «c les qui ôtent toute confiance au peuple , et font tt fermer à chacun l'escalier de sa propre maison. Ces ce maisons , où régnait autrefois tant de piété , sont a devenues , pendant la guerre , des cavernes de voce leurs, dont la porte n'est fermée qu'aux gens de « bien, tandis que les mauvais méditent, même tf contre les statues de marbre , même contre les tf autels, toute sorte de violences. Quelle différence <c et dans les temps et dans les actions des hommes! a Et l'on ne donne plus aucun assaut, sans faire ce retentir ces cloches qui n'ont été élevées si haut «c dans les airs que pour louer Dieu!
ce Des femmes éplorées , une foule sans défense « d'enfants en bas âge et de vieillards à qui la vie ce est devenue odieuse, des moines noirs, gris et ce blancs , toute la multitude des faibles et des matt lades crie : Seigneur! Seigneur! viens à notre aide; ce et les mendiants effarés te montrent par milliers ce leurs plaies, dont aurait pitié Annibal lui-même. <K Si la maison de Dieu t'est chère maintenant que « tu la vois tout embrasée , disperse seulement quelct ques étincelles , et tu arrêteras tout à coup les tf flammes des passions perverses, et là-haut on
« célébrera ton nom.
« IjCs ours, les loups, les lions, les aigles et les a serpents ébranlent souvent la grande colonne de « marbre, et se nuisent entre eux. C'est là de quoi
« gémit la noble dominatrice , qui t'a appelé pour « extirper les mauvaises plantes qui ne peuvent pas « fleurir. Déjà plus de mille ans sont écoulés de- « puis qu'elle est veuve des grands esprits qui l'ont « élevée à son ancien degré de splendeur. Le nou- « veau peuple oublie, dans son orgueil, le respect « qu'il doit à une telle mère. C'est toi qui es son a père et son époux : elle attend tout de toi. L'autre m père, plus haut placé, s'occupe d'autres soins (i).
c Rarement l'injurieux destin ne traverse pas les ff grandes entreprises; il s'accorde mal avec les âmes a généreuses. Mais puisqu'il t'a ouvert le sentier <c dans lequel tu es entré , je lui pardonne beaucoup <x d'autres offenses, car ici du moins il ne se ressem (c blepas à lui-même. Aussi loin que peut atteindre « la mémoit^ du monde , on ne voit pas d'homme « à qui le chemin ait été ouvert comme à toi pour ce rendre son nom immortel. Tu peux, si je ne m'aff buse , relever la plus noble monarchie. Quelle «r gloire quand on dira de toi : Les autres l'ont proté- « gée dans sa jeunesse et dans sa force ; celui-ci l'a a préservée de la mort dans ses vieux jours!