CHAPITRE m
3&ses de la puissance de Bienzo. — Vocation par le Saint- E|* prit. — Sentiments religieux , vie et mœurs du tribun, i^ Collation de la dignité de chevalier par les villes en Italie. — Faste de RienzOv — Guerre contre le préfet. — État de Taft des sièges. — Soumission du préfet. — Renouvellement des droits du peuple romain. — Fôte du i®' août. — Rienzo reçoit la dignité de chevalier. — Loi sur les droits du peuple romain. — "Citation de Tempereur et des électeurs allemands. — Protestation du vicaire pontifical. — Distribution d*anneaux et de bannières aux ambassadeurs étrangers. — Fête du 15 août à Rome. — Couronnement de Rienzo. «^ Nouvelles lois. — Soumission des environ» de Rome. — Ambasc sades de Napies. — Guerre contre les Gaetani. *— Captivité et élargissement des barons. — Jugements sur la conduite de Rienzo. — Mésintelligence entre le tribun et le pape. — Accusations contre Rienzo. — Sa réponse. — Lettres de Pétrarque. — Poésie pastorerte de Pétrarque au sujet du tribun, -c- Hostilité de la eour pontificale. ^^ Le eardinal Go* lonna« — Défense de Rienzo au Bu|et de Tarrestatioa des barons.
Après ces brillants succès au dedans et au dehors, si l'on veut comprendre l'histoire ultérieure du tribun, il faut avant tout examiner la base, la nature et le principe de sa puissance, tl ne l'avait point acquise en homme d'État par des travaux politiques, ni en homme de guerre par la force, comme beaucoup de souverains des autres principautés de l'Italie ; son élévation était plutôt l'effet du moment que d'une entreprise préparée long-
~"9teâft^sàravanceet fondée solidement. Mais nous allons voil" comment, lorsqu'une fois il fut arrivé au pouvoir suprême , il tâcha de s'y affermir.
Peut-être la croyance , alors fort répandue, d'une imminente rénovation du monde par l'Esprit-Saint, ne lut-elle pas sans influence sur la conduite de Rienzo (i). Il développa clu moins, plus tard , cette doctrine d'une manière systématique, ainsi que nous aurons occasion de le remarquer. Toujours est-il que, dèsl'origine, il se donna commeun envoyé du Sàint-£sprit. De là son allusion à la colombe mystique dans le tableau de Santo-Angioloin Pescheria, et le choix de la Pentecôte pour le commencement de son entreprise; de là les allusions, les désignations et les titres tirés de TEsprit-Saint, qu'il accumula de plus en plus dans la suite. Il rapportait son heureux début à l'assistance du Saint-Esprit (a); tous les matins il se préparait aux devoirs de sa charge, comme à une œuvre spécialement sainte, par la confession et la communion; dans les cireonstances importantes, il croyait recevoir les avis du ciel par des songes ou d'autres signes ; il consultait la voixdeDieu, qu'il entendait en lui-même, et il s'appuyait sur les décisions de son oracle iiitéfieor. Cependant Kienzo n'attribuait pas à cette
(i) C'est probablement cette disposition d'esprit que le pape avait en Yue quand il écrivait, dès le ii octobre, au sujet du tribun « Cum muUa patrarit, ob quae haeresis infamia laboret, perpendat
* (cardinalis) an ep crimine aspersus sit, vel haereticis studio in-
• haeserit. » (Raynald., ann. 1347, § 16. )
(a) Gaye, p. 896 : «\Cum nomine et gratia Sancti-Spiritus, a quo siiropsithonor noster exordiumet continuumrecipit incrementum.*
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voix uuç réalité objective ; elle était pour lui la même chose que le génie de Socrate , et c'était seulement l'entreprise entière qu'il déclarait une œuvre du Saint-Esprit agissant dans le peuple et lui inspirant l'unité (i).
La première réussite , en dépassant toute attente, fortifia cette idée chez Cola lui-même et dans ia multitude; et l'on vit alors ce que Machiavel dit de Savonarole : <c Beaucoup le regardaient comme un a envoyé de Dieu , sans avoir vu de lui aucune ac- « tion extraordinaire qui pût produire une pareille « croyance; sa doctrine et l'objet de ses tentatives <c suffirent pour faire croire en lui (a). » Tout cela parut si merveilleux à ses ennemis eux-mêmes, qu'ils déclarèrent les succès de Rienzo une opéra" tion magique, perpétrée ai^ec V assistance d*un méchant esprit relégué dans la croix qui se trou^ vait sur le sceptre du tribun. Lorsque, à l'époque de sa chute , on trouva parmi ses meubles un miroir d'acier sur lequel il y avait des figures et des signes inconnus, on s'imagina que c'était là-dedans qu'il retenait le mauvais génie Fiorone (3).
En vertu de cette espèce de caractère sacré que s'attribuait Cola, il fit plusieurs lois sur les matières religieuses, indépendamment des ordonnances
(i) Il parle de pressentiments prophétiques à l'occasion de ses victoires sur le préfet et les Colonna. (Vita , i , 1 7 , Sa. ) — Petrarcha, Rer. famil., Epist. vu, 7 : « Ubi nunc ille tuus salutaris genius, «,ubi , ut usitatius loquar, ille bonorum operum consultor spiritus, tt cum quo assidue colloqui putabaris? neque enim aliter talia fieri « posse per homtnem videbantur. »
(3) Machiavelli , Discorsi sopra Tito Lîvio, lib. I, cap. 11.
(3) Vita, etc., 11, 24.
pour le maintien de la morale , dont nous avons déjà parlé. Il aimait à régler les solennités de l'église , et, par un plébiscite en date du 1 7 septembre , il fit mettre au nombre des lois civiles l'obligation ecclésiastique de se confesser et de communier au moins une fois l'an , sous peine de perdre un tiers de ses biens, dont une moitié serait versée à la caisse de la paroisse et l'autre moitié à la caisse municipale (i). Aucun notaire ne devait rédiger de testament sans avoir d'abord exactement interrogé le testateur sur l'observation de cette loi, et la réponse devait être consignée dans les registres de la ville. Néanmoins le tribun n'avait pas cette piété profonde et intime que nous voyons dans d'autres personnages, qui, tels que Savonarole, exercèrent une grande influence politique par la vertu d'une vocation tout intérieure, et non par l'effet de leur position extérieure. On voit toujours chez Rienzo la recherche de l'éclat : le signe du véritable envoyé de Dieu, l'humilité, lui manquait entièrement. Au dehors, les œuvres de piété et de justice, et l'approbation qui s'ensuivait de la part du pape , pasteur de la chrétienté et souverain de Rome, devaient servir comme de seconde base au pouvoir du tribun (2). De là les soins et l'importance qu'il attachait à se
(i) Voir dans Hocsemius, p. 499 > ^^ règlements de Cola sur la célébration d'une fête de la Vierge » et y p. 5oo , la loi sur la confession et la communion annuelle.
(a)Chronic. Estens., col. 44^ ' ^^ inter caetera quae ipse tribu-
« nus fuit locutus, dixit quod omnia quae ipse faabebat seu posside- « bat, habuerat a Spintu*Sancto et a summo pontifice.«.* » ( x5 au- « K«»l. )
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montrer partisan zéàé du pape et de l'Église romaine, à mettre en avant le vicaire pontifical pour donner à des actions douteuses une apparence légitime ; de là l'ostentation avec laquelle il maintenait la justice, défendait les opprimés, les veuves, les orphelins, les couvents , les églises , et rétablissait la pain et la sécurité. Nous avons vu quelle impression puis^ santé il produisit par là dans les commencements.
Quant à la question de savoir si , dans l'état général déritalie, et de Rome en particulier, à cette époque, il était possible que Rienzo gardât longtemps une position aussi élevée , on peut avec de solides raisons répondre par la négative. Sans doute le tribun avait une âme noble, pleine d'enthousiasme pour la justice et pour sa patrie ; mais il manquait de clarté dans les vues, de fermeté et de décision dans le caractère, et par conséquent de véritable force. De vagues notions de l'antiquité , défigurées encore par les idées romanesques et fantastiques de son temps, remplaçaient chez lui la connaissance des vrais rapports politiques de l'Italie avec Rome : puis l'orgueil et l'ambition détournaient facilement sa bonne mais faible volonté vers la ruse^ la jâ* lousie et la tromperie. L'ouvrage qu'il avait en^ trepris dans un moment d'enthousiasme, au lieu de s'affermir, perdit bientôt ses points d'appui l'un après l'autre, et finit par s'affaisser complètement.
Le i5 juillet. Cola écrivait encore à un de se« amis d'Avignon : « Dieu, pour qui rien n'est caché^ « sait bien que ce qui nous a fait accepter un joug « si pesant, ce n'est pas le désir des dignités, dès
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« eâiplois , de l'honneur ou de la faveur du monde « ( nous avons toujours méprisé ces choses comme « la böixe ) ^ mais c'est Tamour du bien de la réa publique et l'aspiration de notre coeur vers un a ordre sacré. D'ailleurs ^ ce joug nous a été imc posé par Dieu lui-même , et non par un homme. « Dieu sait si nous nous sommes procuré cette ff charge par des prières; si nous avons distribué tf des emplois ^ des bienfaits et des honneurs à nos « parents ; si nous avons amassé des trésors pour c nous«méme ; si nous nous écartons de la vérité ; <r si nous leurrons les hommes avec des paroles; si < nous arrachons de l'argent pour nous et pour nos « héritiers ; si nous nous délectons aux mets déli^ « cats ou à quelque autre plaisir, et si nous som<* « mes faux en la moindre chose. Dieu nous est té» « moin de ce que nous avons fait et de ce que ff nous faisons encore pour les pauvres , les veuves , « les orphelins et les enfants mineurs; Cola di c Rienzo vivait bien plus tranquille que le tri* c bun (i). » Toutefois, il ne sut pas porter longtemps le bonheur qui avait accompagné ses pre« mières entreprises. Lui qui auparavant s'était dis^ ttngué par la modération et la simplicité de SdÉ moeurs, donnait maintenant de magnifiques ban*» quets ; où l'on servait les mets et les vins les plus recherchés , où des chanteurs célébraient la louange du héros et des comédiens et des bouffons divertissaient les assistants. De toutes les parties de l' Italie des aventuriers se pressaient à sa cour. Quand
(i) Mscr. de Turin, fol. 17$ ; Hobhouse, p. 53o.
sa femme sortait 9 elle se faisait accompagner de pages et de jeunes filles des plus nobles maisons et d'une foule de servantes ; plusieurs de ses parents étaient élevés à des places considérables. Un oncle qui tenait une boutique de barbier, et à cause de cela était appelé par le peuple Gianni Barbieri , devint un personnage important : il chang)ea son nom en celui de Gianni Rosso , et on le voyait se promener superbement à cheval avec une suite nombreuse. Le tribun voulut marier sa sœur avec un noble très-distingué. Il recevait assis les barons qui venaient le visiter : ceux-ci , au contraire , devaient se tenir debout , les bras croisés sur la poitrine et la barrette k la main (i). Lorsqu'il sortait du Capitole, c'était avec une pompe telle qu'aucun sénateur des plus grandes familles n'en avait jamais déployé de semblable. Ainsi, par exemple, le jour de Saint- Jean, où les Romains encore aujourd'hui visitent en foule , le matin , l'église de Latran , il s'y rendit vêtu d'un habit blanc et monté sur un cheval de la même couleur. Cent hommes de la milice urbaine du quartier délia Regola marchaient devant lui; la bannière était portée au-dessus de sa tête. Une autre fois, il visita l'église de Saint-Pierre avec une magnificence encore plus grande. On avait élargi les rues, en abattant des boutiques et des échaffauds ; Rome tout entière se précipita pour jouir de ce spectacle. La milice urbaine à cheval, qui précisément avait fait ses préparatifs de guerre contre le préfet, ouvrait le cortège. Venaient ensuite
(i) Vita, I, 20.
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tous les employés municipaux, et un citoyen nommé Gianni di Allô avec une coupe d'argent dorée et des présents pour FofFrande, comme les sénateurs avaient coutume d'en porter au tombeau des apôtres. Derrière , on voyait des soldats à cheval et des histrions. Buccio di Giubileo portait une épée nue devant la personne dû tribun , et un autre citoyen, Lello Miglia^o, puisait de l'argent dans deux sacs et le jetait à la foule, à la manière des papes et des empereurs dans leurs marches solennelles. Colaavait.un vêtement de velours moitié blanc et moitié vert; il tenait dans la main droite le petit sceptre des sénateurs, que ceux-ci portent encore dans quelques cérémonies, par exemple, dans celle des juifs au carnaval ; le sceptre de Cola était un petit bâton d'acier brillant , dont l'extrémité supérieure se terminait par une pomme d'argent doré sur laquelle il y avait une croix d'or avec une relique de la vraie croix et cette inscription des deux côtés: a Dieu, Saint- « Esprit. » Un Rutre popolare, Cecco di Alesso, tenait au-dessus de la tête de Rienzo une bannière ornée des armes de celui-ci, et au haut du bâton de laquelle on voyait une colombe d'argent portant dans son bec une couronne d'olivier. Des deux côtés marchait la garde du Capitole, composée de cinquante fidèbes de Vitorchiano; puis enfin suivaient une foule de citoyens de distinction. Sur l'escalier de l'église, le clergé reçut le cortège avec la croix et l'eau bénite , en chantant le Fenî Creator, honneurs que l'on n'avait coutume de rendre qu'aux papes et aux empereurs (i).
(i)Vîta, I, i5.
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Cependant Rienzo aspirait encore à un plus grand éclat. A Texemple des empereurs , des rois .et des princes, les villes libres de l'Italie s'étaient arrogé le droit de conférer la dignité de chevalier aux indigènes et aux étrangers qui avaient particulière ment mérité de la chose publique. On choisissait pour cela un citoyen considérable , qui j au nom de la ville entière et comme son syndic ou représentant, faisait la réception avec le cérémonial accoutumé. Ce qui avait fait naître cet usage dans les villes, c'était sans aucun doute le sentiment de leur propre puissance, le petit nombre des princes indépendants et l'esprit d'opposition qui s'élevait contre eux. Nous en voyons de fréquents exemples à Florence , cette république modèle pour toute l'Italie centrale(i). Rome aussi, en iSay, avait fait donner, par vingt-huit citoyens des plus marquants , le bain de chevalerie dans Teau de rose, èi^ Stefano Colonna le jeune et à Napoléon Orsini; mais ceux-ci s'en étaient allés à Naples , au grand déplaisir du peuple, se faire ceindre l'épée parle roi (a). En outre, il s'était formé des idées singulièrement fantastiques sur les différentes collationsde couronnes qui avaient lieu , chez les Romains, du temps de la république et de l'empire. Nous avons déjà vu ces idées généralement répandues au milieu du treizième siècle, mais nous ne pouvons rechercher ici ni leur origine ni leur développement ultérieur (3). Cola avait éga-
(i) Dino Compagni , Istoria Fiorentina; éd. Manoi ^p. 86, 91. (3) Hisloriœ Romanae Fragmenta, I> a; Muratori, Antiquit., HI, p. 260.
3) Dans ,1a bibliothèque Laurentine, à Florence, il existe un nia-
— ia7 — lement la ce que leti anciens auteurs disent de couronnés obtenues , dans diverses circonstances , par des citoyens éminents ou décernées par des poêlés à quelques individus. Or, en sa qualité de tribun et de libérateur du peuple, il imagina quMl devait aussi recevoir le même honneur, et il réunit tous ces hommages de diverse nature sous le nom de co«ronnement ai^ec le laurier triburutieriy en y mêlant de nombreuses interprétations conformes à ses goûts. Le souvenir du couronnement de Pétrarque, et surtout des empereurs allemands, quMl s'efforçait d'égaler comme chef de la nouvelle constitution romaine, exerça certainement sur lui une grande influence. Cest pourquoi dans une nouvelle lettre, en date du 9 juillet , il écrivit aux villes et aux princes de ritalie : « que, pour honorer l'auguste cité, chef « de Mtalie et du monde entier, et au nom et avec « la grâce de l'Esprit-Saint , par qui sa dignité avait « commencé et s'était incessamment accrue, il vou- « lait se faire élever au rang de chevalier par les « fondés de pouvoir du peuple romain et des autres a villes et contrées delà sainte Italie, le i*'août, « jour déjà indiqué par lui pour une assemblée « générale; qu'il voulait également recevoir le laute rier du tribunal en l'honneur de la liberté , de la
n^^erit ioUtulé Graphia auree urbU R, de ia54 à i%$6^ Qe manuicrit renferme les Récits merveilleux de Romç et divers détaiU i(UV pluaîeurs sujets de l*anliquité. Au chapitre des Couronnes des empereurs (de Coronis imperatorum), lesquelles sont au nombre de dix, on lit le passage suivant : « Quarta est quercea de quaRomulus co- « ronabatur. Quia sicnt quercus glandes gignit uode homines prî- « mum vixerunt, ita imperator omnium hominum curam ac si fitio- « ru m suorum agere débet et ob id pater patrie appellatur. »
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« paix et de la justice le 1 5 du même mais, fête de « l'Assomption de la très-glorieuse Vierge. En conséa quence, il les priait tous d*eûvoyer à Rome des dé- « pûtes et des représentants munis des pouvoirs « nécessaires, afin de renouveler l'ancienne amitié ce et de prendre part à des fêtes si solennelles et si « joyeuses (i).»
Dans le même temps la puissance du tribun s'accroissait de plus en plus au dehors. Parmi les barons , les seuls Gaetani et le préfet Giovanni de Vico ne tenaient nul compte de ses ordres. Ce dernier était accusé d'une foule de violences et même du meurtre d'un de ses frères, et il occupait illégalement , entre Yetralla et Toscanella , l'importante forteresse de Rispampani, qui appartenait alors à la chambre municipale. Par sa position près de la ville, et dominant les communications de Rome avec la. Toscane, Giovanni de Vico était l'ennemi le plus dangereux. On l'avait déclaré banni et déchu de ses biens et emplois, et la dignité de préfet avait été conférée à Rienzo (a). C'était contre lui désormais que la nouvelle république devait faire la première épreuve sérieuse de ses armes. Dès le commencement de juillet, les Romains se vantaient d'avoir armé pour le combattre cinq cents cavaliers de la milice urbaine , lesquels seraient portés à mille avant la fin du mois, et huit cents mercenaires achevai devaient se joindre à eux dès le mois d'août. En outre , on
(i) La circulaire de Rienzo se trouve rédigée dans les mêmes termes dans les archives de Florence, de Lucques et de Mantoue. Voir l'ouvrage déjà cité de Gaye, p. 896.
(a) Mscr. de Turin, fol. 175.
— lag — envoya à Florence Pan,dolfuccio di Guido dei Franchi , Matteo dei Beanni , Francesco BaronceHi et Stefanello dei Boezi pour conclure avec cette république , en sa qualité de fille de Rome , une alliance défensive et offensive et lui demander dès à présent cent cavaliers de troupes auxiliaires(i). Les envoyés parlèrent le a juillet devant la seigneurie, et les Florentins promirent toute espèce de secours. Bientôt après le tribun fit aussi prier la république de ne pas permettre le passage sur son territoire aux mercenaires que le préfet attendait de la Lombardie, et le nombre des troupes à fournir par Florence fut fixé à deux cents cavaliers. La ville de Sienne , où les députés se trouvèrent également au mois de juillet, envoya pour trois mois cinquante cavaliers, et Pérouse soixante (2).
Le préfet s'était fortifié dans les villes de Vetralla, Viterbeet Vieda; de plus, il recevait différents secours du gouverneur pontifical dans cette contrée {rector patrimonii B. Pétri in Tuscia). L'armée urbaine, dans laquelle , outre les barons obligés au service , se trouvaient les auxiliaires de Corneto , de Todi , de Pérouse , de Narni, etc. , forte en tout de mille nommes à cheval et de six mille fantassins, marcha, à la fin de juin , contre Vetralla , sous la conduite de ColaetdeGiordano Orsini. Dès le premier jour,
(1) Voir dans Gaye, p. SgS.
Le discours de ces envoyés, d*abord écrit en latin selon toute apparence, et traduit ensuite en italien avec quelques changements, se trouve sous cette forme dans Cronica di Giov, Villani , Firenze , 1823, vol. VUI,p. cxx, et Giov. Villani, XII, p. 89.
(>) Gaye , p. 896 > Cronica Sanese, p. 118 ; Muratori^ Scrip., xv.
1^ habitants, wéçpnteiits ^ç la ^oïRHEiitiçn ^u pi^ fet y laissèrent les assiégeants ^uls dans la rüle^ ft la garnison se retira dans la forteresse, contre laquelle un siège en règle fut commencé. Les canpiK d'airain , chargés de ]:>oulets dß fer, étaient déjà connu$, il est vrai, car les Florentins i^ en servaiept depuis I Z%& ; p^ais ils ne furepjt généralerpènl; employa qi^'apr^s la moitié de cß ifièclg , e( ^nçGtt^ np remplacefentTils pas tqpt àp siiite Timcien usage (i). Donc les Romains, ne se servant alors qu^ d^s Q^t chiner ordinaires appelée^ trabocchi et ma^ngaßßlk^ lurent, sur le mpdèl^ des anciens béliers , upe gf:andfi qiachine de bois nommé^ asinella^ et attaquèreQl
(i) Les deux passages les plus importanls et dont oo n'a pas tiré parti jusqu'à préseqt eu AUemagoe, du moips à notre cpnpaissaDCf, se trouvent dans Gaye, p. 4^9, extraits des Archives de la république florentine, sous la date du 11 février i3a6, et dans un ouvrage de Pétrarque intitulé : de Remediis utrijisque /ortunœ, lib. I, dialo* guexcix. Voici d abord le passage des Archives de Florence : « P09- « sint domini priores oominare unum vel duos magistros in qffitiaies « et pro offitialibus ad fatiendum et fieri fatiendum pro ipso com- « muni pilas seu palloctas ferreas et canones de mettallo pro ipsls f canonibus et pallotls habeodis , et operapdis in defensione como- « ois flor. et castrornm et terraruoi , quae pro ipso comuni b«beffa tur, et in danpnum et prejuditiuin inimicorum. » Baldelli, daps sa dissertation sur les ouvrages de Pétrarque , prétend que Técrit dont on va lire un passage a été terminé le 4 octobre i356. « Habeo « ipachinas et balist^^ innumeras.r~Q*Mirumnisi ef: glandes aeoçaf, « quise tlammis injec^is horrisono |onitru jaciuntur. Non erat satis « de cœlo tonantis ira Dei immortalis, homuncio nisi (o crudelitas « juncta superbiae) de terra etiam tonuisset, non imitabile fulmen, ut « Maro ait, humana rabies imitata est,etquod e nubibus mitlj splet, « li^neo quidem sed tartareo mittitur ipsi^uniento, quod ab Archimede « inventum quidam putant eo tempore quo Marcçllus Syracusas obsi- « débat. ErathœcpestU nuperrarut utcumingenti ffiiraculo cerneretur^ « nunc , ut rerum pessimarum dociles sunt animi, ita communis est a Ut unumqtiQdlibet gepus armorum. » (£d.d^ Bâlç, p. f03.)
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?m h 99T\P ^ 1? fQv^ßye^Sß. Leç assiégé»; aij flaoyen de matièreç ^nflaippiabl^s^ parvinrent à (détf jijre ç^ paclfine^ ; toutefpis Ißs §s§^égeant^ ne ^e dési$tèrep|: p^ de le^^ entrepriçg^ et il$ ravagèrent les ep virons de Viterbe et de Bieda au point que le <|oinmage fut porfé à quarante mille florins d'or. Enfin, Rienzo lui-même étant sur le point de venir rejoindre l'arfnée djB §iége avec des renfprt§^ Iß préfej: offrit de se soumettre. Il promettait ^e jurer fidçr lité et obéissance au tribun et à la ville, ef de reudre la forteresse de Riçpampani. En revanche, il demandait que le décret de bannissement fût révoqué^ aiqsi que toutes les punitions pronopcées contre sa personne ; fju'pn lui rendît les terrps et les .dig^^i" tés qui lui avaient été enlevées , et qujB celles ^tt'U possédait encore lui fussent assurées par le peuple et le tribun. Le^ négociations ^'ouvrirent, le i6 jjiillet, sous la conduite d'un moine nornmé Fra Acuto d' Assisi qui était ep réputation de sainteté , et Cola accepta le^ offres du préfet, quelque avantageuses qu'elles fussent pour celui-ci. pe qui l'y détermina surtout , ce fut l'aide prêtée à son ennemi par le lieutenant du pape ; « autrement , comme « il le dit lui-même, il n'eut pas fait grâce de la vie « au vieux révolté. » Le préfet àe rendit à Rome et prêta serment de soumission sur le corps de nqtre Seigneuf et sur les reliques du chef et de la bannière de saint George. Cepppdant il resta lui-mênjp en otage au Capitole, jusqu'^ l'évacuation de Rispapipani , laquelle demanda encore quelque temps ; il fut ensuite relâché et conserva , sous la suzeraineté du tribun, la seigneurie de Viterbe. Dès le 2 a juil-
let , l'armée romaine rentra triomphalement dans la ville à travers les rues pompeusement ornées et sous des arcs de triomphe. Les vainqueurs, portant à la main des branches d'olivier, montèrent au Capitole, où ils furent reçus par le tribun avec un discours plein de louanges et de félicitations (i).
Ces succès donnèrent à Rienzo le courage de hâter d'un seul coup la réalisation du plan qu'il avait formé de Rendre Rome à son ancien éclat et d'en faire le centre d'un nouvel empire. Il soumit à la réunion de juges et de jurisconsultes qu'il avait appelés , comme ses assesseurs , de tous les points de l'Italie , la question de savoir : « si le peuple ro- « main avait le droit de reprendre et d'exercer de « nouveau l'autorité et les privilèges que ses maîtres « tyranniques s'étaient arrogés à eux-mêmes, ou < avaient conférés à d'autres contre sa volonté et à a son détriment. » La réponse fut af&rmative. Alors le tribun tint, le 26 juillet, une assemblée où il proclama cette décision , et rétablit le peuple dans tous les droits qu'il avait possédés au temps de sa plus haute puissance, mais qu'il avait laissés passer, n'importe dans quel temps et de quelle manière, à n'importe quelles personnes , déclarant nulles et invalides toutes les ordonnances et résolutions contraires. Le soin de faire connaître cet acte en tous lieux fut confié au tribun. Tous les droits précédemment en vigueur furent mis au néant, et ce qui avait été fait autrefois par Frédéric I^' ( quand il voulut renouer la puissance impériale de son temps à
(i) Gave, p. 397; Vita, I, 16, 17; Chvon. Ëstens.^ p. 439.
celle de Justinien), fut dépassé dans la même proportion que le peuple de Rome et son tribun étaient inférieurs au grand empereur en force et en énergie. On fiit étonné, même à Rome, de cette décision. Quelques-uns crurent qu'elle était dirigée à la fois contre le pape et l'empereur; le plus grand nombre pensa que celui-ci seul avait été en butte. Le véritable sens devait bientôt être compris , car le i^'août approchait.
Ce jour est encore actuellement, dans une partie de ritalie et à Rome en particulier, non-seulement une fête de TÉglise^ mais aussi un jour de réjouissance populaire. Voici à quelle occasion. Quand Octave se fut emparé d'Alexandrie le i«' août, et eut ainsi terminé la guerre civile, le sénat fit du i*' août un jour consacré où Ton célébrait des jeux appelés ferice Augusd. Plus tard, pour changer la solennité païenne ^n chrétienne, au cinquième siècle , dit-on, sur la demande de l'impératrice Eudoxie , la fête des chaînes de saint Pierre fut placée ce jour-là, qui , néanmoins, depuis bientôt dix-neuf siècles, se toujours demeuré une fête populaire. Le nom même s'en est conservé , et les gens de service et les mendiants à Rome ne manquent jamais à cette époque de vous souhaiter bonheur et de vous demander pour boire en disant : Felicissimo Feragosto {{). Qr, c'était précisément à cause de la nature de ce jour que Cola l'avait choisi.
Les députés arrivèrent en grand nombre à Rome
(i) Muratori, Anliquit., dissert, lix, tome V, p. 7a ; iS'iobuhr, Description de la ville de Rome , m , a , p. jiI^.
ä la fin du mois de juillet. Vingt-six localité^ érifiron envoyèrent leurs représentants, dont le chififre total s'éleva à deux cents, tous choisis parmi Ife plus nobles familles et rivalisant entre eux de magnificence. Les Florentins semblent avoir eu qudque défiance au commencement; mais lë tribun apaisa leurs soupçons éh les assurant qu'il ne tbirlait s'arroger aucune souveraineté , et qu'il désifslil; la présence de leurs envoyés uniquement pour renouveler l'ancieririé amitié des deux villeà(i). tes envoyés parurent donc, accompagtiés de dëiix cènb cavaliers , comtne troupes auxiliaires , tjiie It tHbui avait demandés, après la défaite du préfet, cohtré les autres enneiüis de sa république. Pérduse efivo^à aussi dix députés , deux pour chaqiie porté , âîtià que l'on appelait les difîéreiiti quartier^ de cette ville, avec un coftége de fcerii hommes aùxqnék d'autres vinrent se joindre ; les Siénois né manquèrent pas îion plus, et en particulier ceux dfe Todi et de Corneto furent très-nombreuà ; ces dernîei^ avaient amené soixaiité hommes à cheval. Le nonibre entier des étrangers présents et dès chevaliers romains s' élevait à deux mille. Vers trois heiïreà , le jour de la fête, Riehzo se iUlteiï marché XrersleLàtran; tous lès étrangers étaient présents, et, d'après la coutume de l'époque , les envoyés de Pérdusë et de Corneto changèrent dêiix fois leurs riches habits de dessus, qu'ils jetèrent ensuite parmi le peuple. Le cortège était ouvert par la femme dû tribun et la mère de celle-ci , accompagnées de deux cents che-
(f) Gaye,p. 397.
t^âllersét de cinq cents dames üöbles; le vicaire du pape marchait auprès du tribun lui-thême , qui tenait ä là inain sdH petit bâton d'acier en guise dé Sceptre, et devatit lequel on portait l'épée nue , tandis que la bannière de la ville flottait Sur sa tête, iiés alentour^ du Latraîi présentaient alors un töütäuti'e aspect qu'aujourd'hui, parce que là aussi Sixte V a tout changé en faisant abattre les restes dû vieux palais pontifical et bâtir le nouveau à sä place; Ce qui peut donner la plus jtiste idée dé 1 ancienne forme, c'est un tableau placé dans la bibliothèque du Vatican , au-dessuS de la porte qui conduit à gauche de la grande salle; on trouve aussi des dessins plus petits de ce tableau dans livre de Ciampini et dans d'autres ouvrages (i). Il éufflt de remarquer pour notre sujet que le côté sejitëntrional de la nef , tourné vers l'obélisque , formait alors Ffentrée principale. Là , d'une fenêtre de la loggia que Boniface VIII avait fait élever près de l'église , à l'époque du jubilé en i3oo , et qu'il fit peindre par Giotto, la Bénédiction pontificale était donnée les jours de grandes fêtes, et les fidèles S'assemblaient sur la placé située au-dessous. Le tribun monta, vers le soir, dans cette loge, et invita le peuple à se représenter le leiideiiiain matin. « Cette nuit , dit-il , je vais me faire chevalier : re- ^ ^énez demain, fet vbus eotèndrèz des choses qui & plairont à Dieu dans le ciel et aux homtiies sur « !à ferré, il Le peuple s'étant alors séparé , Cola
(f ) Ciâinpittî , de Sacris aedificiis a Constantino magno coiistriirtiâ ; Rom«, i6^S, în fol., tab. tir,v.
entra dans l'église avec sa suite. Après avoir assisté à un office solennel, il se baigna, selon l'usage; car, en recevant cette dignité , le chevalier devait être pur comme l'enfant qui sort du baptême (i). Le tribun se servit , pour son bain , du précieux baptis* tère que l'on voit çncore aujourd'hui dans une chapelle de l'église deLatran,et où, d'après la légende, l'empereur Constantin lui-même fut baptisé par le pape Sylvestre et en même temps guéri de la lèpre. Ensuite il dormit dans l'espace consacré qui forme un octogone au moyen des colonnes antiques de porphyre élevées là par l'ordre de Sixte III . Son lit se brisa pendant la nuit ; mais , malgré ce mau* vais présage , la cérémonie fut accomplie le lendemain.
Le vicaire pontifical célébra la messe dans la loge de Boniface VIII , devant un nombreux concours de peuple assemblé sur la place, et, pendant le saint sacrifice , Gofredo degli Scotti , remplissant les fonctions de délégué du peuple romain, ceignit l'épée de chevalier à Rienzo ; Niccolo degli Armanni de Pérouse et un des Orsini lui attachèrent les éperons. Ensuite Cola , revêtu du costume entier de l'ordre, se tourna vers le peuple, et fit proclamer la loi suivante par le notaire municipal : Egidio di Angelo.
« A la gloire et en l'honneur du souverain Dieu, « du Père , du Fils et du Saint-Esprit, des saints « apôtres Pierre et Paul et de saint Jean^Baptiste ,
(i) Voir sur les Cavalieri ôagnati, Touvrage de Francesco Redi, Bacco in Toscana, colle annoiazioni accresciuie, Firenze, 1691, in-'4% p. 143-169, et Muratori, Ântiquit., dissert, mi , tono.IV, p. 678«
i37 — ce dans le sanctuaire duquel, c'est-à-dire dans le « baptistère du très-saint prince Constantin de glo- «c rieuse mémoire , nous avons reçu le bain de che« « Valerie; sous la conduite lumineuse de TEsprit « sainty dont nous sommes le serviteur et le soldat c( indigne, et pour la glorification de la sainte « Eglise romaine, notre mère, et de notre seigneur le ce pape , comme aussi pour le bonheur et le procc grès de la sainte ville de Rome, de la sainte Italie « et de toute la chrétienté ; nous , chevalier du et Saint-Esprit, et , comme tel , vêtu de blanc , Nic- <c colo le sévère et le gracieux , libérateur de la ce ville, zélateur de l'Italie , ami du genre humain « et tribun auguste ; nous, qui voulons et désirons « que le don du Saint-Esprit soit reçu et s'accroisse <K dans l'Italie entière ,* et qui nous proposons , « autant que Dieu nous le permet, d'imiter la et bonté et la générosité das anciens princes roct mains , nous faisons savoir : que déjà précédemc ment, quand nous acceptâmes la dignité du tritt bunat , le peuple romain , d'après le conseil de et tous les juges, jurisconsultes et fondés de pouct voir , reconnut qu'il possède encore la même aucc torité , puissance et juridiction sur toute la terre et qui lui appartenaient primitivement et à l'époque et de ;sa plus grande splendeur , et qu'il a révoqué, « d'une manière formelle , tous les privilèges ac- <t cordés contrairement à cette même autorité, « puissance et juridiction. Or , conformément à ces « anciens droits et au pouvoir illimité qui nous a « été conféré par le peuple dans une assemblée gé- « nérale, ainsi que par notre seigneur le pape,
« cönatne lé prouvent ses btillès a^ioMoli^ués ; et , « afin que ïious ne Soyons pas ifagrat^ envers là « grâce et le don de l'Esprit saitit, ni avare de « cette niême grâce et de ce même don à l'égard du tf peuple romain et des peuples de l'Italie déjà tf mentionnés ; afin aussi que les droits et la juricf diction du peuple romain ne Se perdent pas, « äoui résolvons , et annonçons, en vertu de la puis* Ä sarice et de la grâce du Saint-Esprit , et dsltis la à fot*riieoà nous pouvons et devons le mieux fai^e, Ä que la àainte Ville de Rome est la tête du tniondè * et le fondement de la foi chrétienne ^ et nous dé « clarotis tjùe toutes les villes de l'Italie sont libres, Ä et ndùs accordons et avons accordé à ces même* Ä villes tiné liberté entière, et nous arrêtons t^fxé « tbuà les peuples de la sainte Italie sont libreà égaie letaent, et dès aujourd'hui nöu$ faisotià citdj^eni « rotnains les peuples et les citoyens dès tilles de « l'Italie , déclarant , annonçant et voulant que dé^ tf sormàis ils jouissent du pHvilége de la liberté » röttiaine.
« Dé plus , en vertu de la même puissance et ^ ^râce de Dieu , du Saint-Esprit et du peuple rd- « main, hoUs disons ^ reconnaissons et déclarons à que le choix de l'empereur romain , la juridic* « tion et la domination sur tout le àaîtit empire ap- «t partieiinent à l'auguste vilJe elle-même et à son « peuple, et à la sainte Italie entière par plusieurs « causes et raisons qui seront développées en temps « et lieu convenables ; et nous faisons savoir , eti « attendant , par cet écrit , à tous les prélats , àu!t « empereurs éhis etànk électeur^ , aut rois, ducs.
— i39 — k j^riûcés, cottiteà et itiargraves, äüi peuplée , Aux a corpöi*ätions , et à touä les aiïtreis qui veulent y (< contredire et exercer un droit quelconque sur le a choix et l'empire en question, qu'ils aientàcomd jpa^aît^e, pour eipoàer leiirs prétentions , danà l'é- « glise de Latran , devant nous et les autres tüan-^ et daitâîres de ttotre seigttèttr le pape et du peuple « römdiri , d'ici à la Pentecôte ptochairiè , et qii'urté « foJi ce terme passé, nous procéderons Suivant « tiöitt droit et l'inspiration du Saint-Esprit. Et à nouii eitons noramément à comparaître , en périt soniie , devant nom et devant ïeà autres manda->- « taires dt notre Seigneur le pape et du peuple
* romain , dans le délai cî-desstis indiqué , les illtis- ^ très princes fet sfeigtïeurs, Louis, duc de Bavière, et <* Charles, rbi de Bohême, qui se disent empereurs (< téritables ou élus , les seigneurs ducs de Bavière, « d'Autriche et de Saxe , le inargrave de Brande- « bourg et lés archevêques de M ayencè , de Trèvefe
* et de Colognfe : autfèmertt il sera procédé j èh <« leur absence, de la manière que nous avons dite « et sans tenir Compte de leur öon-comparülion.
« Par toutes les résolutions et mesures précitées, Ä nous he voulons blesser en rien la juridiction et <f la puissance de la sainte Église notre nière , ni « du pape noire seigneur , ni du sacré collège des « cardinaux , mais au contraire nous voulons nous « appliquer toujours à les respecter et à les défent dré , comme c'est notre devoir. »
Le peuple exprima son assentiment par des cris de joie, et un acte fut dressé avec cette conclusion : « En la quinzième indiction, le i^août, ce qui
— I/Jü —
ff précède a été lu devant le peuple romain , assem« « blé sur la place de Latran , et approuvé par lui , « en présence de Paolo Conti , vicaire de notre ff seigneur le pape et d'autres ecclésiastiques, cia toyens et juges des villes voisines dont les noms ec suivent... »
Le vicaire pontifical n'ayant pas été averti préalablement de la démarche du tribun , en fut tout à fait étonné. Il crut que les droits du pape étaient blessés, car rien ne pouvait être résolu sur la question de l'empire sans sa participation ou sans son consentement formel. En conséquence , il protesta en général au nom du pape , et en particulier en son propre nom comme collègue de Rienzo. Il se déclara étranger à ce que le tribun venait de faire ; puis il adjura celui-ci de ne pas poursuivre son injuste entreprise, et de se rétracter publiquement avant que le peuple fût dispersé : ses réclamations furent inutiles. Le pauvre Paolo Conti , très-versé dans le droit canonique, mais qui n'avait jamais agi en homme d'État ni fait acte d'autorité, ne trouva pas d'autre ressource pour se justifier auprès de son maître et conserver sa place , que de faire rédiger , séance tenante, par-devant un notaire et des témoins , une protestation dans laquelle il se plaignait d'avoir été surpris, dans la simplicité et la pureté de son cœur , par une ruse du tribun. Le notaire devait lire cette pièce à l'assemblée ; mais Cola fit aussitôt sonner les trompettes et battre les timballes si vigoureusement que personne ne put entendre les paroles prononcées (i).
fi) Vita,I, 26.
I^ messe finie, les autres solennités suivirent. Le palais de Latran avait été tout transformé en salles de festin ; on avait percé des murs , posé des escaliers et réuni, en quantité énorme, les mets et les vins les plus délicats. Dans la grande salle, où se trouvaient les hommes , le tribun était assis seul, avec le vicaire pontifical, à la table de marbre dont le pape se servait habituellement, et son épouse était au milieu des femmes dans la nouvelle partie du palais. Le service fut apporté dans quatre-vingts grands plats aux hommes et dans cinquante aux femmes. D'après un usage qu'on retrouve encore dans \e dix-septième siècle aux grandes fêtes, il y avait, au milieu de la table, un château de pâte d'où Ton tirait, en le découpant, 4es différents plats, sans que les convives pussent voir comment on les y avait placés , jusqu'à ce que , à la fin , le château lui-même fut mis en pièces. Pendant tout le jour , il. ne cessa de couler, pour le peuple, de l'eau et du vin rouge par les narines du cheval de la statue de Marc-Aurèle , placée à l'endroit où l'on voit aujourd'hui l'obélisque. Il y eut aussi des danses et des tournois, et une centaine de musiciens et de chanteurs se firent entendre. Les députés offrirent de riches cadeaux en chevaux, bêtes de somme, or, argent et pierres précieuses , dont le prix s'élevait à trente mille florins d'or. Manfredo de Vico, seigneur de Corneto , présenta , à lui seul , mille florins d'or darfs deux plats en vermeil.
Vers le soir, le tribun revint au Capitole. Le lendemain matin, 2 août, une messe du Saint-Esprit fut célébrée dans l'église d'Araceli, et l'on distri-
bua pinq grandes bannières 9 avec plilsiwr« autres plus petites y et environ deuxpents appeaux d'pr- Lf première des grandes bannières, parlant )e 1100^4^ rempereur Cpustantin, présentait , sur un pbamp vouge, un aigle blanc, qui tenait, dans son bac» up« couronnée d'olivier et ayait a son coté une palme; au-dessQUs de cet aigle était peint le ^lobe terrestre , divisé en trois parties pour signifier les trois parties du ^onde. hß tribun donna cette bannière à la yille de Pérquse, comme signe d'une amitié et d'une fraternité particulière; puis, il se maria symboliquement avec cette ville , en donnant à ses envoyés un anneau, et il s'écria : a Vivent les i:itoyens de Pérouse a et le souvenir de Constantin ! » Les députés de Sienne reçurent la bannière de la liberté , ceux de Todi la ^annière du tribun lui-même , avec ses armes et ce).les du peuple romain 9 c'est-à-dire un^ louve et les .deux jumeaux. Il voulait donner aux envoyés florentins la bannière de l'Italie, sur laquelle on voyait ^ome entre les figures de l'Italie et de la foi chré^ tienne : mais les envoyés, pleins de défiance, craignirent, en l'acceptant, de reconnaître une espèce d^ dépendance; ils déclarèrent donc que leurs pouvoirs n'étaient pas assez étendus. Rienzo , dans plusieurs lettres à la seigneurie de Florence , lui rappelle de permettre à ses députés d'accepter cette bannière, et il se déclare tout prêt à en recevoir d'elle une semblable (i). Une cinquièmebannière, représentant les apôtres saint Pierre et saint Paul , avait été destinée aux Pisans ; mais, ceux-ci n'ayant pas envoyé
(f)Gaye,p. 399.
l}|irigfi^e. D'^utrps localités ^ moins importaufe^ i reçurent; des bannières plus petites et sans çignifica- \XQ^ particulière. , Rienzo mit u^ anneau ^'pr ^q, dpigt fie cloaque député , cofnme il avait fait à çwifde PpfQUije, pour se marier, d'ijnp paanière syfp|:>ol}qHßi s^yec (chacune des villes qu il$ représentaient, ^ins}; tpptesles villes de l' Italie , étroitepiept unie§ à jEloipe ^t entre elles, deyaient former en quelque sof't^ i^pp seule et même famille, (dans laquelle di§r paraUrait toute inin^i|:ié. Enfin, le nouveau titre de Fêiu de blanc y dont Cola ^' était servi d^ns l'ordoui^ance qup nous venons de reproduire , fut gravé^ pfir seg ordres, sur ^pe table l^lei^ d'azur, qu'il fit ^}i$p)sudre9 eu souvenjf perpétuel, au-fîessus de I4 porte dß l'église 4' Araceli. Les singulières jmagiR^T fions qu'il attachait à ce titre né peuvent guèrç ^trie cou^plétepient éclaircies. Lui-même invoqua UU us^ge de l'antiquité, qui voulait que les sénar fpurs, 1^ préfe|:set les tribuns ^e tins^enf eij habiÇf blancs ( çandidati) auprè§ dß l'empereuf , dans leç jjoprs ,d^ triomphe ; de là le titre de chevalier vêtu de blanc. Il se noqime chevalier du Sain(-Esprit^ çpn^n^e étant son instrument et sa créature, et v/«gu^tç, parce qu'jl a été élevé à cettp fjignité Ip i®"^ août ; il y joignait une autre signification ^i s^vpir, ' qu'Auguste avait triomphé ce jour-là, et que le mois, auparavant appelé sextilLs ^ en avait reçu son nom ^çtuej .
Des hérauts furent ensuite dépêchés de tous côtés, avec des lettres, pour porter la nouvelle de cette fête et lp$ résolu}:}.Qps qui av^ept été prise§ , çoujliqp
aussi pour inviter les princes et les peuples à s* y associer et à Ëiire la paix. Ces exhortations s'adres^-' saient spécialement aux rois de France et d'Angleterre , dont les hostilités étaient alors regardées comme le plus grand malheur de la chrétienté , et le pape fut prié, en même temps, d'employer sa médiation paternelle. Les deux rois répondirent amicalement au tribun ; mais le messager de France ne revint de ce pays qu'après la chute de Cola. En Allemagne , les princes , après avoir tenu conseil à ce sujet j méprisèrent la citation qui leur était adressée. Louis de Bavière seulement, dit-on, répondit ^ sur un ton amical , à une lettre précédente du tribun et le pria même de s'entremettre pour faire lever l'excommunication que le pape avait lancée contre le chef de l'empire. Du reste , l'impression générale que produisit cette solennité s'augmenta encore de toutes les circonstances fabuleuses dont l'imagination populaire la revêtit. Ainsi , le bruit se répandit bientôt , de tous côtés , que Rienzo avait cité à Rome le pape aussi bien que les empereurs et les princes allemands, et qu'ayant tiré l'épée du fourreau pour désigner les trois parties du monde , il avait frappé l'air de trois coups en disant : «c Ceci ce est à moi , ceci est à moi , et ceci est encore à « moi(i). 3»
(i) Vita, I , aS-a;; Chronic. Regiens., p. 65; Chronic. Mutînens., p. 6o8 ; Chronic. Estens., p. 44i ; Francise! Canonici Prägens. Chronic, üb. m, p. 3i8; Giov. Villani, VII, p. 89. — Dans la f^ita, liv.xxYi, il est dit que Cola cita aussi le pape; mais le silence de tous les autres contemporains et témoins oculaires, et la clause de la citation des empereurs et des électeurs, prouvent la fausseté de cette opinioD. Cola lui-même s'en est défendu formellement. Les
Les tournois et les réjouissances coutinuèreuf, jusqu'au jour suivant, à la solennité duquel l'Italie entière était également invitée. Le i5 août, fête de TAssomption, avait aussi pour Rome une importance toute particulière. Ce jour-là , l'image du Sauveur, que l'on conserve au Latran, d'une manière authentique, depuis la moitié du huitième siècle , et qui se trouve encore aujourd'hui dans la chapelle Sancta Sanctorum, était exposée à Sainte- Marie^Majeure, et de là reportée à l'église de Latran. La procession qui faisait partie de cette fête était une des principales solennités de l'année : car les bourgeois les plus considérés appartenaient à la pieuse confrérie chargée de la garde du sanctuaire, et les magistrats et les diverses corporations rivalisaient de zèle pour y placer les échafaudages les plus riches avec des cierges de dimensions colossales. Quant à la procession même , elle commençait l'après-midi de la vigile, après vêpres , parcourait la voie Sainte de Rome chrétienne, en passant par les églises de Saint-Clément, de Sainte-Marie-Nouvellè, de Saint-Cosme-et-Damien , de Saint-Pierre-aux- Liens et de Sainte-Praxède, pour se rendre à Sainte- Marie-Majeure. Pendant ce trajet , l'image était la-r Yée plusieurs fois , puis elle restait exposée toute la nuit à Sainte-Marie-Majeure, au milieu d'une grande affluencede peuple. Le jour même de l'Assomption, une messe solennelle était célébrée dans cette église.
paroles suivantes d'Hocsemius , p. 49^» ^^^ trait, selon toute apparence, à la fable de Tépée : « Quod autem nobis ohjicitur de gladio « bis acuto, est falsissimum. »
et l'ou reportait ensuite l'image à tô place ordinaire (i).
Celte fois le couronnement du tribun eut lieu, penditit la messe ^ comme il avait été annoncé. Lé vicaire pontifical, ayant refusé de présider la cérémonie, probablement à cause de ce qui s'était passé le I*' août, fut remplacé par le vicaire de l'ëvéqué d'Ostié. Celui-ci et les chefs du clergé des princi^ pales églises devaient représenter le pape et les car* dinaut. Le prieur de Saint-Jean-de-Latran s'avança d'abord, et remit au tribun une couronne de chêne en disant : « Reçois la couronne de chêne , parce fit que tu as délivré les citoyens de la mort. » Ensuite vint le prieur de Saint-Pierre, avec une couronne de lierre, et il dit : « Prends ce lierre, parce « que tu as aimé la religion. » Le doyen de Saint- Paul hors les murs prononça les paroles suivantes : « Prends cette couronne de myrte , parce que tu fit as observé tes devoirs et la justice, et que tu as eu « horreur de la cupidité ; » puis il lui posa la couronne sur la tête. Le prieur de Saint-Laurent hors les murs lui donna la couronne de laurier en repétant des paroles semblables. Le prieur de Sainte-Marie-Majeure , tenant à la main unecouronne d'olivier^ s'exprima ainsi : « Homme plein d'humilité, prends « cette couronne , parce que, chez toi , l'humilité a « vaincu l'orgueil. » Le prieur de l'hôpital de San-
(i) Marangoni , Istoria delF antichissimo oratorio e cappella di San-Lorenzo nel Patriarchio Lateranense , communemente appellato Sancta Sanctorum, Roma, 1747» în-4°- La première mention de cette fêle se trouve, en 75a , sous le pontificat d'Etienne III, et sous celui de Léon IV, au milieu du neuWème siècle. Elle fut supprimée en 1S66 par Pie V.
Spirito in Sassia lui présenta une couronne d*drgent et un sceptrei et dit : ce Illustre tribun ^ reçois dans oc la couronne et le sceptre les dons de TEspHt» « Saint avec la couronne spirituelle* n Enfin, Gofredo degli Scotti , le même qui l'avait armé chevalier, lui r«initau nom du peuple romain une couronne d'argent surmontée d'une croix, en lui disant : « Illustre « tribun ) reçois et exerce la justice et donne-nout « la liberté et la paix« » U y avait auprès de Cola , pendant la cérémonie , un homme vêtu misérable-* ment qui tenait une épée et enlevai t chaque couronne après qu'elle avait été posée. « C'était en signe d'hu* «milité, dit le tribun; car, d'après une ancienne «t coutume, les empereurs romains enduraient aussi « tous les outrages qu'on leur adressait le jour de « leur triomphe. » La dernière couronne seule, c'est*à-dire la couronne d'argent, resta sut* sa téte^ et l'archevêque de Naples, qui était aussi présent , empêcha l'homme aux pauvres habits de la lui enle-* ver. Le nombre sept faisait allusion aux sept dons du Saint-Esprit, et, pour donner aux couronnes une signification encore plus haute , on les avait prises en partie parmi les plantes qui croissaient sur l'arc de Constantin. En outre , chaque couronne Élisait allusion à des paroles de quelque auteur. Ainsi, par exemple, la couronne de chêne se rapportait à un passage de Lucain ; mais tes rapports du lierre avec le prologue de Perse, ou du myrte avec le commencement des Géorgiques de Virgile, sont tout à fait arbitraires. Le laurier devait signifier le triomphe, d'après les vers de Dante au commeI^e^^ ment du Paradis; l'olivier, comme dans la Bible,
était le signe de la paix. La couronne d'argent correspondait aux couronnes des anciens rois et princes, et la pomme d'argent à la pomme impériale (i).
A la fin 9 Rienzo prononça encore un discours dans lequel il faisait l'éloge des villes qui avaient offert leur secours et leur aide au peuple romain; et , après avoir déclaré encore une fois que sa puissance découlait du Saint-Esprit et du pape , il renouvela les résolutions, protestations et citations proclamées le i*''août, et publia de nouvelles lois (2). D'abord tous les habitants des lieux où les cardi« naux avaient , soit des possessions, soit des titres, devaient jouir du droit de citoyen romain et être exempts de tout devoir féodal envers les barons. Ensuite , aucun empereur, roi , prince , margrave , ou quelque homme que ce fût, ne devait toucher le sol de l'Italie avec des troupes, sans le consente-
(i) On trouve dans Hocsemius, p. 5o5, une espèce de programme du couronnement, le même qui existe dans les manuscrits de Tarin et dePelzel. Ce dernier contient , en outre , p. 6^^ne Denotatio Corona r um receptarum per Nicolaum tribunum jurbis , dans laquelle les passages des écrivains sont cités à propos de chaque couronne.
(2) Les lois se trouvent dans la lettre que le tribun écrivit bientôt après au pape (mscr. de Turin, fol. 167; Hobhouse, p. 548):
« Omnes homines civilatum, in quibus sunt cardinalium tituli
«« et bona eoruin , ab omni vassalagio liberavi , cives Romanos efTeci M et rediixi ad vestrum dominium et dominorum cardinalium , quo- « rum in eis non modice jurisdiccio lésa erat adversis potentibus « vestre urbis. Item quod nullus imperator, rex, princeps, marchio, K sive quovis alio censetur nomine, cum gen te audeat in Italiam « intrare sine vestre sanctitatis vel Romani populi licencia speciali. ** « Item quod nemo delestabilia nomina Guelt'um et Gibellinum tanti «* jam, proh dolor! christiani sanguinis effusiva audeat per totam Ila- '< liam nominare, » Dans les archives de la ville de Viterbe, on lit une ordonnance du cardinal Àlbornoz qui défend, sous des peines graves, d'appeler quelqu'un Guelfe ou Gibelin.
— *49 — ment formel du pape et du peuple romain. Enfin ^ personne, dans toute l'Italie , ne devait plus se servir du nom de Guelfe et de Gibelin^ lequel avait produit déjà tant de divisions et de malheurs dans la chrétienté.
Le vain éclat dont Rienzo se vit entouré ce jourlà lui fit croire qu'il était arrivé au plus haut degré du bonheur. Dans F exaltation d'un coupable orgueil, il osa se comparer à Jésus-Christ, qui, dans sa trentetroisième année , après avoir vaincu les puissances infernales et délivré les âmes , monta victorieux au ciel : ainsi, au même âge , sans tirer l'épée , il avait abattu les tyrans de la ville , et maintenant , unique libérateur du peuple , il venait de faire orner son fi'ont des palmes victorieuses de la couronne tribunitienne. Les gens pieux, jusque parmi ses partisans les plus dévoués, s'effrayèrent de tant de superbe, et lui annoncèrent les effets de la vengeance divine. Le même jour encore, au milieu des acclamations du peuple en délire , on vit un moine , fra Guglielmo , qui était en réputation de sainteté et qui jusqu'alors avait fortement soutenu le tribun, se tenir dans un coin de l'église de Sainte- Marie-Majeure et verser des larmes amères. Un ecclésiastique de la maison de Rienzo lui ayant demandé la cause de sa douleur. « Aujourd'hui, répondit « l'homme de Dieu, ton maître s'est précipité du « ciel. Faut-il que tant d'orgueil soit entré dans son « âme! Avec le secours du Saint-Esprit il a chassé, a sans coup férir, les tyrans de Rome , il a été élevé a à la dignité de tribun , et les villes et les seigneurs « de l'Italie se sont soumis à lui. Pourquoi est-il si
u orgueilleux et û ingrat euTere le Très*Haut? pouiv « quoi chercbe*-t<-il une récompense terrestre et c passagère, et comment ose-t-il , dans un insolent « discours, se comparer à son Créateur? Dis à ton ce maître qu'il ne peut expier un tel crime que par « les larmes de la pénitence. 9 Le prêtre rapporta le soir même au tribun les paroles de fra Guglielmo; Cola s'effraya d'abord, mais il oublia le terrible avertissement au milieu du tumulte des plaisirs et dans la multiplicité des affaires (i).
Pendant toutes ces solennités , les succès du tribun n'avaient pas cessé au dehors. La soumission du préfet avait répandu l'effroi parmi les barons et rempli le peuple de confiance dans la force du nou* veau souverain. Ceri, Monticelli, Vitorchiano, Porto, Civita Veccbia, Anagni, le duché de Sora, etc., firent leur soumission à Rienzo ; Gaëte voulut se mettre sous sa suzeraineté et sa protection , et paya pour cela dix mille florins d'or. La même chose eut lieu dans la plupart des localités des provinces Campagna, Maritima et Sabina, qui auparavant étaient soumises immédiatement à l'Église romaine et régies en son nom par des gouverneurs et des comtes; les opprimés et les mécontents cherchèrent protection contre ceux-ci auprès du tribun; une soumission générale de la Sabine fut fixée au i*"* septembre, et cette province reçut un podestat du choix de Rienzo. Il fit, de la même manière, Manfredo de Yico son lieutenant en Tuscie; la
(1) Rieozo lui-même a écrit ces détails dans une lettre datée du i5 août i35o et adressée à Parbubitz, archevêque de Prague (mscr. dePeizel, p. 61-94).
Yille d'Arezzo lui ^vait »oleuniell^ment déféré la souveraineté dès le 2 août, etil y mit pour podestat un Romain de distinction, nommé Guidpne dell' Isöla(i).
Mais ce qui répandit le plus d'éclat et de gloire rar le tribun , ce furent les ambassades du roi Louis de Hongrie et de la reine Jeanne de Naples. Dès le 4 août , des envoyés vinrent immédiatement de la part de Louis, et offrirent en son nom cinq cents cavaliers de troupps auxiliaires qui devaient servir aux frais du roi. En revanche, celui-ci demandait la permission de lever mille cavaliers à Rome qui était alors le rendez-vous des mercenaires étrangers. Une deuxième ambassade du roi de Hongrie fut encore plus brillante. Dans une assemblée générale, elle exhorta le tribun et le peuple romain qui, disaitelle , formait la patrie commune , à venger la mort de l'innocent roi André sur ses meurtriers et à permettre à l'armée hongroise le passage à travers l'Italie , offrant, en retour, l'alliance perpétuelle du roi avec rÉglise, avec le peuple romain et ses amis. Cola, paré des insignes de sa dignité , et tenant à la main la pomme surmontée de la croix, était assis sur son tribunal. U se félicita d'abord de l'honneur que lui faiisait l'ambassade, et répondit par les paroles du psalmiste : « Je jugerai la terre avec justice et les
(i) Baynald.,ann. 1847, $ ^^t Chronic. Estens., p. 440 : - ... subn misit se dominjo ejus, et sîmiliter illi de Alagna, et alii circumf staptes ad ly mîllaria cixilatis romans, salvo commuai Fanî. » H faut lire un chiffre plus élevé que it, car Alagna ou Anagni est situé environ à cinquante milles de Rome. Le Commune, Faniesl sans doute Ftajanum, appelé aujourd'hui Fiano, distant de Borne de vingt- «imtre milles, et qui occupe sur le Tibre un passage important.
a peuples avec équité. » Vinrent ensuite des envoyés de la reine Jeanne , lesquels lui remirent des présents d'un grand prix et cinq cents florins d'or. Ces envoyés étaient suivis d'une ambassade du prince Louis dé Tarente, composée de l'archevêque de Naples, d'un chevalier de l'Eperon d'or et d'un jurisconsulte. L'archevêque prit la parole , et, d'après la coutume de l'époque (i), ayant choisi un passage de la Bible pour texte de son discours, il commença par le verset suivant du premier livre des Machabées : « Et il les envoya à Rome pour « faire amitié et alliance avec eux. » Il dit combien son maître se réjouissait du gouvernement actuel de la ville de Rome ; qu'il était disposé à lui prêter toute son aide , et que maintenant il priait le tribun de joindre ses forces aux siennes pour résister au roi de Hongrie, qui s'apprêtait à ravager la Fouille. En même temps il offrait, au nom de la reine, un Secours de mille cavaliers pris dans l'armée qui stationnait prèsd'Aquilée. Cola répliqua sur-le-champ très à propos en prenant pour texte les paroles des Romains dans le même chapitre de l'Écriture sainte : c< Les armes et les épées sont loin de nous , la paix Ä règne sur la terre et sur la mer; » puis il promit de donner une réponse après avoir délibéré avec le peuple. Au fond, il penchait alors vers le parti de la reine , qui avait le plus de partisans dans le reste de l'Italie et à la cour pontificale; plus tard, au mois d'octobre , il s'attacha au roi de Hongrie , et déclara même que le comté de Provence , qui appar-
; t) Giov. VîUani , XII ^ 104 , appelle cet usage pmporrê Vaufariià.
— i53 — tenait à Jeanne , était devenu une possession de la chambre municipale (i).
Il n'y avait plus que le paysau sud de Rome où les deux Gaetani, Giovanni etNiccolo, continuassent de braver le nouveau gouvernement. A la fin une expédition fut aussi décidée contre eux. Niccolo , comte de Fondi , était accusé non-seulement de révolte contre la ville, mais encore d'une foule d'attentats horribles , tels que d'avoir tué deux de ses parents et pillé une troupe de cent pèlerins. Dès le a6 juillet, le tribun le cita devant son tribunal , et supposé qu'il ne comparût pas dans l'intervalle de six jours, il le déclarait en état de révolte et déchu de toutes ses dignités. Le comte, n'ayant pas comparu , fut banni et dépouillé de tous ses honneurs et de ses biens, dont une moitié devait retournera la chambre municipale et l'autre à la milice urbaine (a). Des troupes furent destinées à marcher sur Gaète, pour attaquer Niccolo de ce côté ; mais l'entreprise se trouva tout d'un coup arrêtée par le refus que firent les auxiliaires florentins de partir, disant qu'ils n'avaient aucun ordre de la seigneurie pour combattre hors de la ville. Vainement le tribun allégua que Gaëte , ou du moins Sermoneta , la forteresse des Gaetani , était située sur le territoire de Rome, les auxiliaires élevèrent de nouvelles difficultes au sujet de leur solde, et, après qu'on les eut encore satisfaits sur ce point , ils déclarèrent positivement qu'ils ne pouvaient pas se battre contre le
(i) Vita,I, sa» a3; Chronic. MutiDense., p. 609; Gaye, p. 899; Raynald., 1347» § 16.
(9) Hocsem., p« 5o3.
comte de Fondi, parce que c'était un des alliés dt la république florentine. Toutes les représentatiosf de Rienzo auprès de la seigneurie étant inutiles , il finit par la prier de rappeler des troupes qui nß lui servaient à rien (i). En conséquence, la guerre fut entreprise simplement avec la milice urbaine et avec les autres troupes auxiliaires; et, le jour de son couronnement, Rienzo nomma Giovanni Co* lonna général en chef de l'armée d'expédition qui devait s'élever à douze cents cavaliers et à une quantité d'infanterie et d'archers génois. Angelo Malabraqca prit les devants avec un corps de qu^ tre cents cavaliers , pour ravager les terres de l'ennemi. Dans une rencontre où il fut vainqueur, U s'empara d'un ou plusieurs drapeaux qu'il fit trai* ner dans la boue , d'abord à l'armée et ensuite dani^ la ville, suivant la coutume du temps (a6 août i347)* Giovanni Gaetani fut également obligé de eéder de l'autre côté de la montagne des Voisques* Ce dernier avait aussi attaqué les possessions de rÉglise, romaine, et il tenait Frosinone en état de blocus. Cola joignit ses forces à celles du lieutenant pontifical de la province , chassa Gaetani et délivra la place assiégée, A la fin , les deux frères se virent obligés de jurer obéissance à la ville. Mais cette soumission n'eut pas de suites durables, car bien* tôt après les Gaetaqi , ligués cette fois avec le représentant militaire du pape, recommencèrent à guerroyer contre Rome (a).
(f ) Lettres des 5 , ao et 97 août dans G«ye , p. 399. (a) Mscr. de Turio, fol. 167; Hobhouse, p. S46 ; Ifocsem. ,p. M; Gaye, p. 401; Vita» I, ao; Chronic. Sanese» p. 119.
Malgré tous ces succès, la position du tribus^ dans ses rapports les plus importants , c'est-à-dire vis-à-vis des barons et du pape, n'était point solidement établie. Les barons avaient été plutôt surpris que vaincus : la plupart d'entre eux, et précis sèment les plus puissants, n'étaient ni gagnés ni réduits; d'où il résultait des défiances et des maleatendus continuels. Quand la guerre commença contre le préfet , Stefano Colonna , Giordano Orsini de Marino , Luca Savelli et quelques autres nobles «e trouvaient prisonniers, vraisemblablement parœ qu'on doutait de leur fidélité, et ils ne furent relâchés que peu de temps avant le jour ou Rienzo fat armé chevalier. Toutefois, de la lamille entière des Colonna, Stefano seul prit part à cette fête pendant deux jours (i). Le tribun n'avait une véritable confiance que dans les deux Orsini , qu'il ßvait opposés au préfet ; néanmoins il se vit forcé de confier à Giovanni Colonna lui-même la charge de général en chßf. C'était là le côté dangereux de )a fortune de Rienzo , que ni lui ni iaucun de ses partisans parmi le peuple ne fussent hommes de guerre. Le métier des armes, qui, pour être exerce dans toutes ses parties , exige de l'art et une longue expérience, demeura un privilège de la noblesse. Aussi, même ses plus dévoués adhérents parmi les barons lui devinrent suspects, et il résolut de se débarrasser d'eux d'un seul coup. Il invita à venir au Capitole les principaux membres des Colonna , des Orsini et des autres grandes familles , SfOixs pré-
(i) ViU,I, i6.
texte de les consulter ou de leur offrir à dîner; d'autresy furent amenés par force. On resta longtemps à table 9 et vers le soir, les popolari qui étaient présents se mirent à parler de la méchanceté des barons et des vertus du tribun. Alors le vieux Stefano Colonna souleva la question suivante : « Lequel convenait mieux: à un chef du « peuple d'être prodigue ou avare? » Après que l'on eut beaucoup disputé, Colonna prit le bord du précieux surtout de Cola, et dit : « Pour toi, « tribun, il te siérait mieux de porter les habits « des gens pieux et respectables que tes magnifiques « vêtements. » Rienzo, effrayé de ces paroles, fit aussitôt conduire en prison tous les barons qui étaient là. Ainsi, tombèrent dans ses mains, entre autres, Giovanni Colonna, dont nous avons déjà parlé , le vieux Stefano de la même famille , Giordano Orsmi de la branche des Monte-Giordano , Rainaldo Orsini de Marino, Cola Orsini du château Saint-Ange, Bertoldo Orsini comte de Vicovaro. Parmi les barons les plus importants , soit hasard, soit prudence , il ne manquait que le jeune Ste&no Colonna et Giordano Orsini de Marino. Ceux qui avaient été pris furent tenus sous une sévère surveillance pendant la nuit, et le vieux Stefano Colonna, auparavant l'homme le plus considéré et le plus redouté dans Rome , chercha vainement à gagner ses gardes. Le lendemain matin , id septembre, le tribun envoya aux prisonniers un frère mineur d' Araceli pour les préparer à la mort. Tous s'y résolurent, excepté le vieux Colonna. Ce chef de la noble famille dit « qu'il n'était pas encore
— »5? — « disposé à mourir; qu'il avait ses affaires à mettre «c en ordre. » En même temps le peuple était convoqué par la cloche du Capitole , et le lieu de l'assemblée fut tendu de draperies rouges et blanches, suivant l'usage des tribunaux de mort.
Déjji le peuple accourait en foule , lorsque quelques bourgeois considérés s'approchèrent de Bienzo, et cherchèrent par des paroles affectueuses à lui faire abandonner son dessein. Ils y réussirent. Il était neuf heures : c'était le moment où l'assemblée devait commencer. Les barons amenés , les trompettes sonnèrent pour annoncer le jugement. Alors Rienzo monta à la tribune , et , dans un discours qui avait pour texte ces paroles de l'oraison dominicale : « Pardonnez-nous nos offenses , » il excusa la conduite antérieure des barons, et assura qu'ils étaient désormais disposés à servir le peuple suivant leur devoir. Ensuite les ayant reçus en grâce en son nom et au nom du peuple romain , il voulut les gagner de nouveau par des bienfaits. Il renouvela à l'instant même plusieurs dignités de l'ancienne Rome , et, sur sa proposition , le peuple créa patriciens et consuls Stefano Colonna , le comte Bertoido , RainaldoetOrso Orsini. En outre, Giovanni Colonna fut créé général en chef des troupes urbaines, Giordano Orsini consul et patricien (i), en même temps que surveillant des subsistances de la ville {prœfeclus annonce y prefetto délia grascia); enfin, Cola Orsini reçut le commandement de Tarmée
'' (i) Hic tribiinus sibi creavit consules et praefectos. (Histor. Cortus, IX , la. )
municipale en Tu^ie. Quelques-uns seulement eurent hors de Rome divers endroits assignés pour leur séjour. Maii tous durent jurer fidélité et obéis* sance au peuple et au tribun , et promettre de combattre quiconque essayerait de troubler le bon ordre de la ville. Cola donna à chacun un riche vêtement et une bannière, sur laquelle étaient brch dés des épis d*or, puis il s'assit à table avec eui. Après le repas , il traversa à cheval la ville dans leur compagnie, et les congédia. Le 17 septembre, pouf achever la réconciliation, Rienzo fit célébrer, à Santa-Maria-di*Araceli,une messe solennelle où les barons et lui reçurent ensemble le corps de Notre* Seigneur (1).
C'est ainsi qi^e Cola recula devant l'accomplisse» ment de sa perfidie : et quel homme pourrait ne pas le condamner en toute sévérité , d'avoir voulu précipiter traîtreusement dans une ruine commune des amis déclarés et des ennemis secrets? Mais pour comprendre du moins une pareille tentative chea un homme qui ne manquait pas d'émotions gêné* reuses , nous devons nous rappeler que les passions politiques n'étaient nulle part plus violentes qu'en Italie, et qu'ordinairement elles finissaient , non pas avec la simple soumission , mais avec l'entier anéantissement du parti ennemi. Les trahisons et les violences des uns semblaient aux autres un motif suffisant pour agir de même. Henri VU , ce ndble cœur, cette âme élevée, crut devoir employer à Rome un moyen semblable contre les grands ; et
(i)Vita ,1, ag; Hocsem., p. 497; Chron. Kstens. , p. 443.
les Ëomaiùs etdt-mèiiiës , en parlant de Taction àt leur tribun , se contentèrent de dire : « Il a allumé <r un feu et des flammes qu'il ne peut éteindre. » Son biographe renchérit encore sur cette pensée par la citation d'un proverbe énergique} enfin, Pétrarque va jusqu'à l'accuser de n'avoir pas mieu)t profité de l'occasion. « Le tribun, dit celui-ci, « pouvait abattre d'un seul coup les ennemis de la <c liberté , occasion que jamais la fortune n'offrit k « un empereur, et cependant il les laissa aller avec « leurs armes, lui qui se donnait pour un protec- <c teur de la liberté. O effrayantes ténèbres, qui, it dans les circonstances les plus importantes, cou- « vrent souvent les yeux des mortels! En effet, s'il « ne voulait appliquer qu'une partie de son surnom^ « et précisément celle qui ne convenait pas à la ma- « ladie de la république (il se faisait appeler le Se" « i^èreet le Gracieuv) ; s'il voulait, dis-je, employer la « grâce à l'égard des criminels d'État, il pouvait leur « laisser la vie après leur avoir enlevé tout moyen de «c nuire, et surtout leurs orgueilleuses forteresses , « et après les avoir ainsi changés d'ennemis en «c citoyens, ou du moins en ennemis faibles el « méprisables (i). » Les barons avaient été aigris inutilement. Ils virent ce qu'ils avaient à attendre du tribun , et jamais ils n'oublièrent les mortelles angoisses qu'ils avaient endurées. A peine furent-ils libres, que la plupart quittèrent la ville ou les lieux qui leur avaient été assignés, et gagnèt*ent
(i) Lettre de Pétrarque à Francesco di Nello, prieur de Téglise de Santi-ApostoH, à Florence. Cette lettre, écrite de Yaucluse, est datée du la août i3Sa.
— itio —
leurs forteresses pour se préparer à la vengeance. Dans le même temps les choses en vinrent à une hostilité ouverte avec le pape. Clément VI avait simplement confirmé Cola et l'évêque d'Orvieto comme ses recteurs à Rome , et maintenant le premier, au grand déplaisir du pontife, conservait le titre de tribun. Cependant Cola renouvelait, en toute occasion , l'assurance d'une fidélité et d'une obéissance sans bornes envers le chef spirituel de la chrétienté. Il le nommait son seigneur et le seigneur du peuple romain , protestant qu'en toutes choses il ne se proposait que le bien de l'Église ro* maine et les droits du pape, et qu'il était prêt, avec le peuple romain tout entier , à sacrifier sa vie pour lui. Il s'appuyait aussi toujours sur la participation et l'approbation du vicaire pontifical (i). Les fêtes du i" août formèrent une sorte de point de retour. Déjà , au milieu du mois de juillet, quand le tribun avait fait emprisonner plusieurs barons , entre autres Luca Savelli , le vicaire s'était éloigné du Capitole , soit par crainte de leurs vengeances , soit parce qu'il ne voulait prendre aucune part à cet acte arbitraire. Le jour où Rienzo fut créé chevalier , il protesta formellement contre la loi sur les droits du peuple, et se tint en dehors de tous les actes ultérieurs du tribun. Les Romains, de leur côté, mécontents de la conduite du représentant du pape , déférèrent à Cola seul l'autorité suprême qu'il avait exercée jusqu'alors en réalité, et le vicaire sortit tout à fait de la ville (a). Les rapports
(i) Lettre du 7 juillet, daosHocsemius, p. 5oo.
(a) Mscr. de Turin , fol. 17$; Raynald. , ann. i347, S ^^-
de Rienzo avec les gouverneurs pontificaux , dans les provinces de Campagna et de Tuscie, étaient encore plus hostiles. Il les accusait auprès du pape de méfaits énormes; ce ils étaient, disait-il, en al- <c liance continuelle avec les traîtres et les ennemis « de l'Église ; ils opprimaient les pauvres , et lais- «saient, pour de l'argent , les plus grands crimes « impunis. »
A la cour pontificale les soupçons contre le tribun n'avaient jamais complètement cessé. Il cherche , dans ses lettres , à prémunir le pape contre les perfides calomiiiateurs dans lesquels habite l'esprit de Bélial , et dont le gosier, suivant l'expression du i^s^XimslÇij est une fosse ouverte. Voyant bien désormais lui-même que la considération et les droits du pape devaient paraître lésés par la loi publiée le i^^ août, il chercha, dès le 5 du même mois, à prévenir une pareille accusation, |[brtifiée encore par la protestation du vicaire pontifical. C'est pourquoi, dans une lettre où il rendait compte de ce qui s'était pas^é , sans mentionner aucunement la protestation du vicaire, et même en invoquant son approbation , il raconte que l'Esprit saint lui a suggén'^ l'idée de cette citation des princes élus et des électeurs, afin qu'étant inquiets et effrayés, ils cherchent leur recours dans l'Église romaine et auprès du pape, et que le bruit des armes et l'effusion du sang cessent d'affliger la chrétienté. Il renouvelait en même temps l'assurance solennelle que jamais le jour ne devait paraître où il pût offenser en paroles et en actions, ou simplement en pensées,
soit le pape, soit l'Église romaine. C'est avec la
même soumission de paroles qu'il annonce à Clément VI le couronnement du i5 août. « Le pape, (c ajoute-t-il , devait se garder des langues perfides ce qui lançaient dans l'ombre^ leurs flèches contre ce Tinnocence du tribun. Le tribun est Thumble « serviteur du pape : il n'a voulu par le couronfc nement qu'imiter une coutume de l'antiquité, « comme l'exprime cette couronne d'argent du prix a seulement de cinq florins d'or ; mais il n'a pensé ce en aucune manière à s'attribuer par là une puisce sance durable. — Si dans cette cérémonie ^ ou ce dans tout autre de mes actes y disait-il en termite nant y il se trouve quelque chose d'opposé à l'Éoc glise j je l'abandonne au jugement de Votre Sain- « teté. Je désire sincèrement et ardemment que Yo- « tre Sainteté envoie ici un homme de Dieu qui ce examine ma conduite et les sentiments du peuoc pie romain ; et si cet homme me juge coupable « sur un point quelconque, je me soumets d'ace vance à tous les châtiments que m'infligera la <c sentence équitable de Votre Sainteté. — Je suis (t faible d'esprit, mince de science, d'une vertu ce chancelante. En conséquence, Père vénérable, ce chargez-vous d'améliorer mon œuvre, et si elle ce renferme quelque chose de contraire à la docce trine de l'Église , ou à celle des Pères , changez4a ce selon votre prudence et votre sagesse ; car je ne <e tiens pas opiniâtrement à mes vues , lorsqu'elles ce ne sont point confirmées par l'autorité canoni' « que(i). »
(i) Mscr. de Tiirîn, fol. 167. La coDclusîon cîe celle lettre e«l vraisemblablement ce qu'on lit sur le fol. 179.
Tpi^t <^}a fut iiDpuissant k di$«iper lß9 seupçpn^ 4p ifi Gpur pqptiftpale. Dès le î> i aput, Çlépi^iit V| prévint le lég^t Bertrand 4q Deu¥ s eardiiial de S^or ^rcp I ppntre )e^ actet^ du tribun q^i s'était permis toutes sortes d'innpvaUpns^ et qui cherchait à sousr trairç la ville et le domaine de Rome à l'autorité de l'jßglise. £t commß un grand nombre d^ villes continuaient k étrie prises par le tribun spus sa su- . z^raineté , et que notamment l<es localités de la Sar bine devaient lui fair0 hommage, le pape, dans une lettre daté^ du ap s^ptiembre, exhorta le sous-gour verneur pontifical k surveiller et à protéger les aur tre$ possessions du saint-siége contre les (èntreprise$ de Rienzo (i). Quant à ce qui s- était passé le i^^ aput, non*seulement Ißs drpits du souverain pon- ^i^ el; de l'Église paraissaient blessés en g^énéral par le^ préjtefitions élevées mr Tempire, mais ils sem- })\9i»nt encore lésfés pl^s particulièrement en ce que Charles de Bohême , recpnnu et favorisé de toute manière par le saint-siége , était icité devant le tribun, et que Louis était appelé duc de Bauiere^ malgré la sentence de déposition et d'e^commumcation qui pesait sur lui. £n outre, la manière dont il avait reçu l'ordre de chßvalerie, le bain pris dan$ le baptistère gépiéralement considéré comme une relique du premier emperejur chrétien , le repas dans Iß palais et à la table du pape , enfin r.ajcceptation de nouvelles dignités et de m>u veaux titres prpduisaj^jt un grand scandale.
Déjà l'on commençait auprès de Clément VI à
(i) Raynald.,ann. 1847, § '4> ^5.
instruire un procès contre le tribun. Dans ses lettres au pape et à ses propres amis d'Avignon , Cola répondit avec vigueur et hardiesse à ces inculpations, employant des termes où les formules de soumission et d'humilité cachaient mal son esprit d'indépendance (i). Avant tout il fit ressortir: « com- (c ment, grâce à lui, la paix, la sécurité et la jus-* « tice régnaient présentement dans la ville; comcc ment il avait réprimé les séditieux et les barons , « contre lesquels auparavant nul pape ni empereur « n'avaient su rien exécuter. Entre les choses qu'on « lui reprochait, beaucoup n'étaient pas vraies. S'il « avait donné à Louis de Bavière le titre de duc, c'é- (c tait sans mauvaise intention ; car il ne voulait voir a en lui que ce que l'Église elle-même y voyait. En a ce qui concernait le roi de Bohême, l'Italie n'était « pas du tout décidée à l'accepter pour empereur, « son prédécesseur n'ayant apporté avec lui que la a guerre et la destruction. Quant au baptistère , il cf fallait remarquer que ce qu'avait fait im païen qui a avait besoin d'être guéri de la lèpre pouvait être fait ce à plus forte raison par un chrétien qui avait délice vré la ville et le peuple de la lèpre d'une service tude tyrannique. Puisqu'il était permis d'entrer ce dans l'église, pourquoi ne serait-iLpas aussi per- <K mis de mettre les pieds dans une pierre qui ne <c devait sa consécration qu'à l'église même? Un « homme , après la confession et avec un véritable ce repentir, pouvait recevoir le corps de Jésus-Christ:
(i) La lettre à Rainaldo Orsini, publiée par Hocsemius, p. 496- 5oo , est du 17 septembre. L'autre, adressée à Clément VI lui-même, «st du II octobre.
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« pourquoi cet homme ne pourrait-il pas entrer « dans une baignoire si peu respectée précédem- « ment, que les orfèvres en avaient détaché des er morceaux pour leur usage ? Constantin avait corn- « blé l'Église de biens; lui, Cola, l'avait délivrée de « ses oppresseurs, et en conséquence, à cause de la « similitude des services, il avait pu être lavé dans a le même baptistère. D'ailleurs, il y avait eu plus a de miracles et de signes à cette occasion qu'au bap- « tême de l'empereur. La foi chrétienne n'avait rien ce à souffrir de ce qu'il appropriait les titres de l'an- « tiquité à des chargels analogues. Sans doute il s'éa tait assis , pendant le banquet solennel , à la table « de marbre du pape ; mais auparavant n'avait-on a pas joué aux dés sur cette table qu'il avait du a moins toujours respectée ? Au reste , tous les ha* a bitants de Rome et des environs étaient étonnés « que l'on s'occupât de pareilles vétilles à la cour « pontificale , comme si le monde entier se trouvait « dans un état d'ordre et de perfection tel que le « pape et les cardinaux n'eussent rien à faire de plus « important. » Il conclut en disant à Rainaldo Orsini : « Nous n'avons pas , que nous sachions , beaucoup « de fondés de pouvoir dans la curie. Que la vérité et « Dieu, à qui les cœurs sont ouverts, jugent entre « nous et nos calomniateurs , car là nous serons « lapidés à cause de nos bonnes œuvres d'une matt nière impie et inique. Notre espoir est fondé dans « le Seigneur, de qui nous attendons, dans la vie « avenir, d'éternelles récompenses. » Écrivant au pape lui-même , il renouvelle le vœu qu'il puisse y avoir , dans les environs de Rome , un homme qui
ait Dieu devant leà yeux et qui compare lès «u»» vres dû tribun aVec celles des autres gou'fernéurà pontificaiiüc. « Quand il plaira à Votre Sainteté , dit* <c il y que je me démette de mon emploi ^ je tiendrai a ce déâir pour saint et juste ; je suis {)rét à résigner « le gouverneiheiit, et décidé à ne jamais agir contre « Vôtre tolotité. Aussi n'avez-Vöus pas besoin dô à fatiguer la icurie de procès > lii de reti1ij)lir là tetrè <c dte vos foudres ; üh seul et humble message? , to* « vbyé î^at* vous , aurait suffi et suffli^a , car Dieu (( est {)ius grand que l'hommie; ttiâis vous êtes plus a grand que tous les rois et les prindôs du fckiotide. (t Je me fie au Seigtieur et non à l'argent , à là té* (X rite et non snxx metisongeS ^ hon à la puissähce * des hoittihes , mais au* prières des pauvres , des <r â.othait)S i d^s pèlerins et d^s églises. » Il serait difficile de décider à qUel point ces prot^tatiôns répondaient aux véritables Setitiments de Bi^uiso ', quand il les écrivait , ou bien si ce n'étaient qüWfc de belles palt)les pour tromper le pâpfe et la cour pontificale. Vraisemblablement^ dans le prihcipe^ la cbhSciénce qu'il avait de poursuivre uh noble but l'abuSâ lui-même sur le choix des moyens t c'est du hioitis aittsi qu'il chercha plus tard à s'eitcusèr; Mais s'il n'avait pas été aveuglé par l'orgueil et là préSomptiott , il aurait riécottuu qufe l'ambiguïté éd sa conduite deviendir^it bientôt manifeste j let àAè*nerait nécessairement sa ruine.
Malgré ces rappo'rts hostiles avec le pape , la H*putation du tribun s'augMetitait de pîus en plus. Les Itêttres de Pétrarque , à cette époque > sont encoi'e la plus hûute expression de l'opinion générale.
II écrivait à son ami Barbato de Sulmone : «c Loin de « moi la pensée de craindre pour l'Italie, qui doit « bien plutôt faire trembler les rebelles aussi long- « temps que subsistera la puissance tribunitienne v( nouvellement rendue à la ville , aussi longtemps « que fleurira Rome ; notre tête. » En même temps il lui offre son crédit auprès du tribun et du peuple romain (i). Il exprime d'une manière encore plus précise ses propres sentiments et ceux des habitants d'Avignon dans une lettre adressée au tribun lui-même : « Jene cesserai pas, dit-il , de t'é- « crire chaque jour davantage , afin que tu saches « avant tout autre ce que mon esprit imagine en «c pensant à toi , et aussi afin de déposer dans ton « sein mon inquiétude , même sans espoir de rece- « voir aucune réponse ; sache d'abord que , placé «( sur un point élevé , tu es exposé aux regards , « aux jugements et aux discours , non-seulement « des méchants , mais encore de tous les hommes , «c aussi bien de eeux qui vivent aujourd'hui que de «t *ceux qui naîtront dans tous les siècles. Tu as pris « l'énorme et admirable fardeau d'un office tout « particulier. Le présent et l'avenir ne cesseront « jamais de te célébrer. Au neste , les discours des « bommes sont vains et ils varient selon le sens de « chacun , mais ton dessein ne changera pas plus « que le Capitole où tu demeures n'est agité par les «c vents. J'ignore si tu sais , si seulement tu soup- « çonnes , ou si tu ne sais pas que jes lettres entf voyées ici par toi ne demeurent point dans les
(i) Petrarcha, Rer. tamil.^ Ëpist. vu, i.
ce mains de ceux à qui elles sont adressées , mais a qu'elles sont aussitôt copiées par tout le monde « avec exactitude, et qu'elles circulent à la cour du cr pape , comme si elles venaient, non d'un mortel, if mais du ciel ou des antipodes. Le commun peu* (c pie lui-même environne le palais pontifical dès « qu'une lettre de toi parait être arrivée. Je loue « ta prudence qui t'a rendu jusqu'à présent si mo* a déré dans tes lettres , et je te prie et supplie de « tendre de plus en plus à l'avenir vers ce point. <c Car dans tes paroles la grandeur d'âme de celui <£ qui écrit rayonne comme la majesté du peuple « romain, dételle sorte cependant que l'obéissance «c et le respect qui appartiennent au pape n'en sont (c point obscurcis. Il est digne de ton éloquence et ce de ta circonspection d'allier ainsi, sans rien perdre <c de ta dignité , des choses en apparence inconci- « liables , mais qui réellement ne le sont pas. J'en ce ai vu plusieurs douter s'ils devaient plus admirer ce tes actes ou tes discours ; mais ils n'hésitaient pas « à te proclamer un Brutus à cause de la liberté <c que tu as rendue à Rome, et un Cicéron pour <c ton éloquence. Continue donc comme tu as com- « mencé , et écris comme si tous les hommes lisaient « tes lettres, bien plus, comme s'ils les répandaient <( sur tous les rivages. La magnifique date de tes « lettres : de la première année de la délwrajice de <i la république, annonce le plan de rétablir les ance nales. Ce mot me dilate , me réjouit et m'éa, lève (i). »
(i) De Sade, Mémoires de Pétrarque, tome III, Pièces justificatives, n® xxxi.
La légitimité du tribunat de Rienzo ou la sincérité de ses sentiments étaient-elles attaquées à Avignon, alors Pétrarque défendait publiquement son héros devant le peuple , sans s'inquiéter du tort qu'il pouvait se faire à lui-même dans l'esprit de ses amis. « Qui peut m' accuser, écrit-il à Cola, lorsque ce ma conscience me justifie? Je n'attends pas la fin <c des choses comme un absent et de loin ^ je me jette « au milieu de la mêlée pour y vaincre ou y être vain- « eu. Lessoucistroublentpourmoilejour etlanuit; « dormant et éveillé, je me fatigue , et nul instant « ne veut me donner le repos. Dans cet état , la « phime est mon unique consolation. Dès que je l'ai « entre les mains, je suis auprès de toi et je com- « mence à m'entretenir avec toi : je te dis, non pas « ce qu'il y a de plus beau à dire , mais ce qui me « vient d'abord à l'esprit, et je cherche moins à or- « ner mon expression , qu'à soulager mes inquiétu- « des et à secouer le fardeau de mon cœur (i). » Du reste , il ne lui cache nullement ses craintes , et tandis qu'il envisage le tribun comme au milieu d'une vision nocturne , se tenant au milieu de la terre , sur la cime la plus élevée d'une montagne , illuminé des rayons du soleil , les nuages sous ses pieds et environné des générations présentes et à venir, il l'avertit en même temps de la fidélité chancelante de ses partisans et de l'envie de son entourage.
Après avoir quitté Avignon et s'être retiré dans sa chère solitude de Vaucluse, Pétrarque n'oublia pas son apii. Il lui fit la description de sa demeure cham-
(1) De Sade , ouvrage cité, tome HI , Pièc. just., n** xxxii.
pétre, tt le célébra lui-même dam une poésie pastorale qu'il envoya à Rome*. Dans cette pièce, il fait paraître , comme emblèmes des deux partis des Orsini et des Colonna qui dominaient précédemment dans la ville , deux bergers, Apicius et MartîuS) celui-14 représentant le gourmand fameux^ celui-ci simplement le caractère guerrier de laÊimille. L'un et l'autre vont de la ville à la campagne j et, sur le chemin du pont Mil vius alors détruit , ils s'entretiennent du sort de Rome, leur mère commune. Apicius abandonne entièrement cette mère privée de secours, et ne veut penser qu'à ses cavernes , à sa femme et à ses enfants, ce qui signifie les forteresses f t les vassaux. Martius , au contraii'e , veut venir en aide à la mère délaissée : U veut rétablir sa mailM^n , c'est«à-dire le Gapitole et le pont Milvius qui y conduit; il veut honorer son grand âge. Apicius refuse de se joindre à lui ; mais pendant qu'ils disputent encore , un autre berger, Festinus, leur apporte la nouvelle que le troisième fils, plus jeutie, et jusqu'alors méprisé de tous, s'e^ emparé des forets; qu'il a rebâti la maison de la vieille mère , et que celle-ci ^ après lui avoir confié la garde , du pays et des troupeaux ^ repose maintenant pleine de sécurité sur son «eio. Tout obéit à ce généreux jeune homme : il veille À tout comme un vieillard , et Ü se tient l'épée à la main , les rets déployés pour détruire les oiseaux et les voleurs. DesoUdes boulevards tiennent les loups éloignés , et les ours , 1^ lioixs, les sangliers , les aigles, les serpents n'osent plus désormais faire leur butin. Quant à Martius et Apicius, le plus jeune fils leur (M:doBiie de
retoUMêf {)âisiblement dans leurs proprés detûéure^} la tuère ne les reconnaît plus cotntne ses fils ^ elle ôfe voit en eux que des enfants supposés (i).
Il n'y eut bientôt plus à la cour pontificale (|u*üii petit tiombre de personnes qui partageassent Tad* miratiibn de Pétt^rque. La plupart^ selon le mot de Pétfftf^ue lui-théme^ commencèrent à aboyer contre k tégitimiié du tribknat de Riento et In puteté tiè m fhtientèons. Les uns töanifestaient le mém^ déplaisit* que le pape sur la lésion des droits de TÉ*glise^ les autres, dans J'intérêt d'un hohteut égoïsmê, ne désiraient pas voir l'ordre ligner à Hottiê él en Italie. Ils regardaient l'ancien état de ôhoses comme pkis utile pour eux , car dans ce cai ils n'avaîeht pas besoin de quitter A vignoii , ou bien teurs patents et leurs amis pouvaient conserver et même augmenter sans inquiétude leur puissance illégitime. « On remarque là*dedans, écrivait fé- « trafque j le poison caché d'une haine profonde , « et quand la suite sera (connue, alors, je l'espère, ff les cœurs du peuple romain et des habitants de
* toute l'Italie, aiguillonnés par la plus juste colère, « sèrtil^ttt de l'ehgourdisseöiient où sommeille l'àn^ « dfentté force de leur noble nature. Dernièrement, « qùelques*ubs qui sont sages à leurs propres yeux, « mteiià qui peut-êttie ne le sont pas aux yeux d'àu- « tfiès pèï^ottneà , discutaient la question de savoir « s'il ferait bon pour le monde que Rome et Tltalife
* véfeusseht en pai!s ; êk , bien qu'un pareil doute
(i) Églogue y, dans les œuvres complètes, p. ia6i. La lettre qui accottkpagi^it ce morceau s« trouve dafts de Sade, tort. Hï, Pièces justifie., n** kxini.
a soit puéril et insensé , on aurait pu trouver néan* « moins à ces deux opinions contradictoires une a excuse dans le plaisir de la dispute, si , après que « l'on eut apporté beaucoup de raisons de part et « d'autre, celui qui passait pour le plus prudent a n'avait donné la solution suivante, pleine de poi- « son : // vaut mieux pour le monde que Rome et a l'Italie ne soient pas en paix. Homme très-élo- « quent, communique cette réponse au peuple a romain dès que tu parleras devant lui , afin qu'il « sache ce que ces grands pensent sur notre salut, « Mais ils périront au milieu de leurs erreurs. Nous «c sommes dans la main de Dieu , nous aurons le a destin qu'il nous réserve, et non le sort que a ceux-là nous préparent. Je n'ai pas entendu moice même ces folies : autrement j'aurais peut-être a jeté dans la terreur et les angoisses quelques-uns a de ces personnages, car il n'eût été ni digne ni a possible pour moi de me taire; mais dès que a j'ai appris la chose , je suis entré dans une indi- « gnation profonde , et j'ai soutenu l'opinion cou- « traire , ce que je fais encore à présent devant le a prince de notre liberté, quelque faible que puisse a être ma considération. Je te supplie avant tout, « toi et le peuple romain, et l'Italie entière, je « vous adjure tous au nom de ce qu'il y a de plus *( saint , de prouver par des faits ce que je défends « dans mes discours; et je désire que tu vives longce temps heureux et que tu gouvernes heureusement « la république délivrée par ton courage (i). »
(i) Pelrarcha, Epist. sine tkulo, liber Epist. m. Le poêle ne iiümme pas ceux qui ont tenu un pareil langage. Rienzo, dans sa
Les adversaires du tribun à la cour pontificale étaient, avant tous, les parents des grands de Rome, les prélats italiens qui, comme le disait Rienzo luimême , a préférant dans un coupable amour leur « parenté à la ville sainte^, cette seconde Suzanne , « rendaient un autre témoignagne que lui, nouveau a Daniel (i). » Là était le cardinal Colonna, redevenu son ennemi. Il avait acquis en partie ou en totalité , par des achats simulés , dans la province de Campagna, plusieurs lieux fortifiés dont les habitants se permettaient désormais , sous sa protection, des violences de toute sorte. Le tribun déclara nuls ces espèces d'achats, et, pour châtier les crimes des habitants , s'empara des possessions mentionnées. Le cardinal , au contraire , prétendit que Cola était un voleur et un hérétique, qui avait accointance avec les mauvais esprits. Cola , voulant se justifier avec éclat à sa manière, et comparaître, en quelque sorte, au tribunal de son adversaire, se rendit, le jour de la fête de saint Michel, devant l'égUse dédiée à cet archange sous le nom de San-Angiolo in Pescn^ria. Cette église était en même temps l'église titulaire du cardinal. Après avoir lu trois chapitres de l'Apocalypse, le tribun se leva, comme pour nn jugement de Dieu , devant le peuple assemblé, et prononça la prière suivante : « Si le cardinal « m'intente ces accusations par pur amour pour le « peuple romain , et s'il croit réellement que je sois « un schismatique en relation avec les esprits îm-
lettre à Tarchevéque de Prague , dit que ces paroles ont été prononcées en plein consistoire. ' (i) Petrarcha , op. , p. laSg.
« purs , Dieu veuille lui remettre }a pßii^ 4§ ses « péchés : mais si ç'e^t par amour pour les tyraps a de sa parenté qu'il me persécute d'up§ manière a impie , Dieu veuille e^tercer sur lui sa justice par a l'eutremise de l'archange Mii^hel (i), »
Cola seutait bien lui-même que l'empri*on»ement perfide des barons devait lui aUéuerl^urs parti$au$y et eu particulier les Orsini. Aussi ph^rfebait^ il à se justifier auprès d'eu^, comme précédemflpjf auprès du pape , par des discours ambigus qn ^ altérant la vérité, Dans la lettre du l'j ^ptemhrpi Raiualdo Orsini , a il avait fait saisir, d'après la Wff louté de Dieu 9 dit-il, et mettre spus ume gjrd^ « convenable quelques nobles de la ville qui étai^iif <c plus ou moins suspepts au peuple romain- Apré« «ç le§ avoir déclarés libres de ce §oupçonau fond4<e
« $a conscience , il avait voulu les réconcilier noot % seulemiçnt avec lui-même, mais encpre ^m
<¥ Dieu, et il s'était servi, pour cela, delaras^ « suivante : il avait envoyé a chacun d'eux (jgns « leur prison d'excellents frères mineurs du cou- «c vent d'Araceli , qui , sans connaître ses verifoblß« » intentions et croyant qu'il procéderait en tpa!^ ^ rigueur» avaient, d'après ^s ordres , anpppcéaui oc prisonniers Leur sentence de mor)t. ^ui«, h ^ <c çha ayant sonné avec force pour convoquer ra&r « semblée du peuple , les prisonniers ^v^ie^^t m 4IC leur derniers heure venue , et s'étaient cQ^fy^ßk i( ^vec piété et avec larmes dans la f erp^ attente ^ « la mort. Après cela, non content de les recevoir en
(i) Lettre de Rienzo à Parbubitz , archey^êq^ de JPr^igii^. Mi^' 4^ Pelzel.
«f grâce, il lesavait encore comblés d'honneurs (i). » D'un autre côté , le bruit s'était répandu , en même temps, dans les villes d'Italie, que les Colonna, les Savelli et les Orsini avaient envoyé contre Rienzo un meurtrier qui , ayant été saisi , avait avoué le complot dans les tortures. Alors , disait-on encore, les barons avaient été arrêtés : ils avaient confessé leur crime , et , la peine de mort ayant été prononcée sur eux, on les avait revêtus d'habillements noirs et conduits sur la place du supplice ; mai» le tribun , touché de leurs pressantes supplications , leur avait pardonné et les avait de nouveau reçus en grâce (2).
(i) Hocsem., p. 497» — Gibbon dit en parlant de cettp lettre : « The lelter displays in genuine colours the mixture of tbe knave « and the madman. »
(a) Chronic. Ëstens. , p. 442; Cronica di Bologna, p. 406; Mur«tori , Script., xviir.