‹ Rigoletti, ou, Le dernier des fousChapitre 14 sur 27 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

RIGOLETTI, LAURA.

Ouf! j'ai cru qu'il était cloué... heureusement l'ambassadeur est venu à mon secours ; j'espère que, grâce à mes efforts, il ignore l'affaire de la lettre...

LAURA

Vous aussi?... mais que voulez-vous dire tous deux avec cette lettre?

Vous connaissez les projets du duc... ce matin, je m'étais chargé de vous la remettre... Bon... voici l'autre à présent!...

LAURA

Elh bien! ce matin?...

(Alphonse parutt.)

Cest ça... c'est ça... je vais vous parler du duc devant Alphonse pour qu'il en meure de chagrin !

LAURA

Alphonse?...

Tenez!... le voyez-vous venir... les yeux baissés... l'air pensif... est-il amoureux de vous, celui-là!...

LA Ml A.

Ah çà, vous savez donc aussi'...

Je saistout... jefais tout... je supporte tout... pourvu que je ne laisse pas tout tomber... sur-

tout si le duc vous parle de cette lettre, dites que vous l'avez déchirée.

LAURA

Vous voulez?

Eh ! mon Dieu ! ce n'est pas si difficile... dites tout bonnement... Je l'ai déchirée... mais... (.V Aphonse.) Arrive donc plus vite que ça... tu ne la vois donc pas?

ALPHONSE

Chère Laura!...

Avance donc... il me faut du bonheur aussi... parlons un peu...

ALPHONSE

Rigolettil...

Ah ! pardieu! tu seras bien chagrin quand je lui demanderai si elle t'aime ! (Laura baisse les yeux.) Tiens, tu vois bien qu'elle t'aime... et vous avez raison de l'aimer... quand je vous en dis du bien, je ne me trompe pas, moi... n'estce pas qu'il est joli garçon?... (A Alphonse.) Mais tiens-toi donc tranquille... je dis qu'il est joli garçon et il tourne la tête!... Croyez-moi, mon enfant, voilà un mari... à la bonne heure... et quand on vous unirait à un comte de Spire, à un baron de Manheim!... à un duc... de n'importe quoi, la belle avance !... tous gens comme moi qui n'ont plus rien pour plaire; car, regardez-moi à côté de lui, comme ca jure... moi, le dos voûté; lui svelte, élancé... Tiens-toi donc droit... lui, toujours gracieux, riant ; moi, triste, ennuveux... voilà comme il est, voilà comme ils sont... (Bas à Alphonse.) Ferais-tu jamais ce que j'ai fait là?... devant une jeune femme, critiquer mon physique pour faire valoir le tien? (A Laura.) Et à votre place, je le voudrais absolument, je dirais : Il faut qu'on me le donne , je l'épouse.

LAURA

Bon Rigoletti!... je ne demanderais pas mieux... mais je serais bien plus hardie à le faire, si je pouvais seulement satisfaire l'orgueil de ceux qui m'entourent... leur présenter son père....

Son père!... ah! oui, son père!... c'est assez juste!... il faut bien qu'il en ait un... mais on le voudrait sans doute noble, riche, grand... et vous consentiriez ?...

LAURA

Au moins il aurait un nom , une famille...

Et vous l'épouseriez?... Eh bien ! alors, s'il ne te faut plus qu'un père, sois tranquille, jet'eii chercherai un...

( La ritournelle du choeur se fait entendre.) LAURA.

On \ienl...

RIGOLETTl.

C'est notre monde... Eh! vite, vite, madame la comtesse... sortez par-là , rejoignez le grandduc. (A Alphonse.) Toi, par ici , vite, perds-toi dans la foule.

ALPHONSE

Pendant le bal, me sera-t-il possible...?

lilGOLETTI.

Veux-tu bien te sauver?... Mademoiselle, allez vous-en donc; sans cela il ne partira pas.

LACHA-

Adieu !

Au revoir!

( Elle s'enfuit à droite. ) ALPHONSE.

(Il s'enfuit à gauche. )

oeeoesesogoseeeeoeooeeeeeeeeoeoeeeeeeeeeeeeeseeeoeeeeesose

Page 1