SCÈNE III
LE DUC, RIGOLETTl.
niOOLE'I ri , le regardant partir.
Je suis content de vous, nioiiseigncur, voilà qui rachète bien des...
LE DUC
Rigoletii, je te dispense de tes impertinences.
KIGOLETTI.
Cependant mon devoir...
LE DUC
Est d'en lancer aux autres pour me faire rire.
KIGOLETTI.
Eh! quand les autres n'y sont pas, il faut bien que je m'exerce.
LE DUC
Assez. Je t'ai gardé par faiblesse... Louis XIV de France, en chassant son bouffon, a fait tomber une mode que , seul , j'ai conservée.
RIGOLETTl.
Oui, depuis la disgrâce de ce pauvre L'Angeli, j'ai l'honneur d'être en Europe la dernière bête privilégiée; avec moi la race s'éteindra, Dieu soit béni!... dans tous les cas, mon protégé n'en sera pas moins colonel et baron.
LE DUC
Tu l'aimes donc bien, cet Alphonse?
KIGOLETTI.
C'est qu'un enfant comme celui-là ne se rencontre pas tous les jours.
LE DUC
Cependant tu l'as trouvé sur le grand chemin?...
KIGOLETTI.
Oui, il y a vingt ans, quand j'avais le malheur d'être un homme raisonnable. J'accompagnais en France votre noble sœur en qualité de secrétaire et de maître de clavecin... ceite jeune et belle princesse Marie qui mourut sans avoir revu son pays et qui me dit à ses derniers moments... appuyant sa tête déjà glacée sur ce bras qui ne la soutenait qu'en tremblant... «Ri- « goletti, n'abandonnez jamais le précieux dé- « pot que le ciel vous a conlié! » C'est de l'enfant qu'elle parlait , et puis elle ajouta : « Dites «à mon frère que, de là-haut, je le bénirai « pour tout le Lien qu'il fera à cette pauvre « petite créature. » (Se reprenant.) Mais, monseipneur, pourquoi me faites-vous parler de cela? Je n'ai pas le droit de m'attendrir, et votre fête ?... ne dois-je pas tout diriger... tout animer... et l'envoyé de l'électeur, ne m'avezvous pas chargé de l'étourdir de quolibets... de mots piquants?... Si je suis maussade, ennuyeux... il me prendra pour un chargé d'affaires...
LE DUC
Garde-t'en bien... ce pauvre ambassadeur n'a pas trop sujet d'être content de moi.
KIGOLETTI.
Aussi pourquoi traîner tant les choses en lon';ueur!... il me semble que celte affaire est toute simple... vous avez promis d'épouser la sœur de l'électeur votre voisin... tenez voire parole... c'est oui ou non.
LE DVC.
Mon conseil a dit oui.
BIGOLETTI.
Alors tout est terminé.
LE ncc.
Et cette Laura de Wurtzbourg que j'aime comme un fou !
mOCLETTI.
Qu'en dit votre conseil?
LE DUC
Mon conseil s'oppose à cette alliance que je veux former... j'ai beau faire valoir ma position près de Laura , à la mort de son père ; elle héritait d'un comté, qui, placé directement entre mes états, premier électorat de Hesse- Cassel , pouvait accroître la puissance de celui de deux souverains qui saurait adroitement le placer sous sa domination... En qualité de voisins de la jeune comtesse, ce fut à qui remporterait l'avantage d'être son tuteur... La jeune fille était ma parente à un degré fort éloigné, mais qui m'assura la victoire,
Victoire dont vous ne profiterez plus longtemps, puisque bientôt la jeune comtesse sera majeure.
LE DUC
C'est là justement ce qui a réveillé la tendresse de l'électeur... qui brûle, dit-il, d'être de ma famille... mais je devine sa politique aujourd'hui... si j'épouse sa sœux-, demain il m'enverra demander par un de ses parents la main de Laura ! et l'héritage de ma pupille passera de son côté.
Ah! vous voilà, monseigneur, dans une voie bien périlleuse... entre l'amour et la diplomatie... deux choses qui ne vivent que de mensonges.
LE DUC
Aussi je prends mes précautions... Contrarié dans mes projets par tous ceux qui m'entourent... j'en suis réduit à me confier à toi... Jusqu'au comte de Spire, mon conseiller intime , qui s'érige en Sully.
Ma foi, c'est qu'après moi c'est le plus sage de ce palais.
LE DUC
Mais je .«uis le maître, et je veux faire ma volonté... Peu m'importe, à moi, cette guerre que redoute mon premier ministre, et qu'il déclare inévitable, si je refuse... il faut que Laura soit à moi... en vain chaque jour elle s'entoure de scrupules et de résistances... cette lettre que tu vas lui porter achèvera, je crois, de me gagner son cœur»
C'est ça, monseigneur; si on vous fait la guerre, nous nous battrons... Alphonse deviendra général.
LB orc.
Quant à l'ambassadeur, je tâcherai d'éluder la réponse... Cette fête que je lui donne pour l'étourdir me fera gagner du temps... Va trouver la comtesse... tâche de deviner les motifs de ses refus... Malheur à celui qui tenterait de lui inspirer un autre amour ! Si ce n'est pas assez de ma lettre, sols éloquent... attendris-la... et fais si bien, enfin, qu'elle-même vienne bientôt me rapporter son portrait... ce portrait que j'ai fait faire , et qu'elle m'a contraint de lui restituer.
Ne craignez rien, mon prince, je vous ferai triompher... moi seul contre tous...
Air de la Prima Donu.
Reposez-vous sur moi ; Oui, j'en ai l'assurance.
Grâce à mon éloquence, Vous obtiendrez sa foi.
LE DUC Oui , je compte sur toi ; J'en reçois l'assurance, Bientôt ton éloquence, Va m'obtenir sa foi.
En votre nom , je presse , je supplie ; Par mes discours Id l)elle est attendrie , Souvent l'aïuour n'est qu'une folie ; Je ne sors pas ici tie mou emploi.