SCÈNE II
ALPHONSE, LE DUC; RIGOLETTI, lair
distrait.
Très bien... des fleurs... des tentures... des tableaux... des statues... Quand vous n'en aurez plus, prenez des chambellans... cela fera rire...
LE DUC
As-tu fini... vieux fou... et veux-tu bien m'entendre ?
Il le faut bien, mon prince... je suis payé
pour ça... je suis à vous... (Apercevant xVlphonse.)
Ah ! le voilà!
LE DEC, à Alphonse.
C'est VOUS, capitaine?... vous fnisiez votre ronde du matin ? c'est bien... Que s'est-il passé cette nuit ?
ALPHONSE
Rien qui mérite de fixer l'attention de votre altesse.
LK DUC
Spoliani, ce fameux brigand, est-il enfin arrêté ?
ALPHONSE
Je ne le crois pas, monseigneur... jamais, au contraire, il n'a montré tant d'audace... J'ai même entendu dire qu'il avait encore commis trois vols cette nuit.
LE DUC
Allons, il est dit que ma police ne me débarrassera pas de ce bandit !
Eh! mon Dieu! d("barrassuz-vous-cn vousmême... je suis sur cju'il ne demande qu'à quitter vos états... Au fond... c est un bon diable...
lE DUC.
Tu le connais ?...
IlIGOLETTI.
Nous nous sommes rencontrés dans une cir-
constance on il m'a rendu un service... mais je l'avais perdu de vue; il y a deux mois seulement je l'ai retrouvé à Bade... je lui ai même pris la main...
LE DUC
Toi!
Oui... je lui ai pris la main dans ma poche, et c'est comme cela que je l'ai reconnu.
LE DUC
Eh bien ! je l'en fais mon compliment... et, malgré votre connaissance, je n'en suis pas moins disposé à le faire pendre.
Dieu vous le rende!
LE DUC, souriant,
Dieu... conserve tes oreilles... je pourrais bien les faire couper.
Ma langue, à la bonne heure!... mais mes oreilles!... ah! moiiseifjneur, à votre cour, elles sont assez à plaindre!
LE DUC
Au revoir, capitaine.
(Alphonse va pour sortir, Rigolelti court après lui et l'arrête. )
Un instant, jeune homme, un instant.
LE DUC
Eh bien! Rigoietti?...
Je suis à vos ordres dans la minute; mais quand je n'ai pas vu cet enfant-là le matin, il me semble <|ue je ne jouis pas de toutes mes fitcultés; j'ai du brouillard dans la tête, et des inquiétudes dans les jambes... (A Alphonse.) Eh bien I comment cela va-t-il ce matin , colonel ?
ALPHONSE, avec surprise.
Colonel?...
Eh! sans doute, mon cher Alphonse, tu es colonel...
LE DUC, riant.
Allons, voilà maître Rij'oletfi qui distribue dos brevets dans ma garde.
Parbleu! monsei{;ncur, poitr une fois que vous ferez tomber votre faveur sur un homme de mérite, cela ne peut pas tirer à conséquence, vu le manque d'occasions à la cour; d'ailleurs ce que je réclame pour Alphonse, c'est un acte tle justice... ce qui est peut-être encore plus rare... bref, votre altisse a trop bonne mémoire pour ne pas se rappeler les .services que lui a rendus ce jeune ambitieux ; car c'est un ambitieux, voyez-vous, monseigneur; il vous servira avec tant de dévouement que vous serez forcé de le noiinncr général.
RIGOLETTl.
LU DUC, riant.
Que ne le fais-tu tout de suite premier ministre, et duc souverain de Rade?
RIGOI.ETTI.
Non, monseigneur... il faut être juste : duc de Bade, ça serait trop... à moins cependant que vous ne teniez à abdiquer... alors, comme vous n'avez pas d'enfants, je crois que vous ne feriez pas mal de lui donner la préférence... (A Alphonse.) En attendant, tu es colonel...
ALPHOSSt.
Il se pourrait?...
LE DUC
Pas encore, maître Rigoletti...
RIGOLETTl.
Certainement, pas encore! son altesse ne peut pas comme ça te donner de l'avancement sans motif... ça n'aurait pas de sens... Tu n'es pas gentilhomme, aussi tu ne recevras ton brevet que le jour de ton mariage.
ALPHONSE
Mon mariage?
KIGOLETTI.
Maiâ oui!... Son altesse te destine la main de la riche baronne d'ElsIjerg.
ALPHONSE, à part.
Quoi ! cette coquette qui poursuit le prince de ses hommages et dont il ne savait comment se débarrasser?... (Haut.) Est-il vrai, monseigneur?...
LE DUC
Oui, j'ai pensé que par cette union vous sortiriez de la fausse position où vous vous trouvez placé dans le régiment des nobles... ainsi, dès ce moment, je vous j)ermets de faire votre cour .à la baronne.
ALPHONSE, à part.
C'est-à-dire qu'il me l'ordonne... oh! jamais! niGOLETTI , bas à Alphonse.
Mais remercie donc son altesse. (Au duc) Pardonnez-lui, s'il ne tombe pas à vos pieds; s'il ne baise pas votre sacrée main... mais il est si ému !... si surpris!... C'est égal, je peux faire tuut cela II sa place... cela reviendra au même.
Il est vrai que j'étais loin de m'attendre...
LE DCC
Vous nous remercierez quand nous signerons au contrat... éloignez-vous.
ALPHOSSE, à part , en sortant.
Ah! je jure Dieu que ce mariage ne se fera pas.
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