ACTE m, SCÈNE VI
Ciel! que dis-lu?
GILDA.
C'est un myslèr* Pour Dieu seul et pour vous.
mcOLETTO, aux courtisans.
Sortez!., sortez, vous tous!
Que votre duo. d'entrer ici n'ait garde! Ma fille est sous ma garde.
Et Dieu nous juge!
LES C0UP.TISA^S, à part.
Amis, respectons son mallieu r.
Laissons l'enfant à son père; Ne troublons pas sa douleur; Nous connaisons le mystère Qui va déchirer son cœur.
(ils s'éloigoent en silence.)
SGÈiNE VI.
RIGOLETTO, GILDA.
RiGOLErro.j Parle, parle, pauvre ange!
GILDA, se jetant aux genoux de Rigoitlfo.
Oh ! pardonne, bon père !
Au temple, où ma prière Montait, pure et sincère, Au ciel, aux pieds du Roi des rois.
Un jeune homme, timide, A l'air doux et candide.
M'approchait quelquefois.
Sa bouche était muette.
Une crainte discrète Semblait suspendre ses aveux ; Mais son ardeur secrète Se lisait dans ses yeux, Et, sans nous l'avoir dit, nous nous aimions tous deux. Il partit! il partit! et l'amour, l'espérance, Consolaient ma souffrance, Quand tout à coup... des scélera'.s
L'horible violence M'a forcée à cacher, hélas I Ma honte dans vos bras.
Pour moi seul, chère enfant, j'ai voulu l'infamie; Je voulais te voir grande autant que je suis ba- : Dieu ne l'a pas permis et de ma honte, hélas 1
28 lUGOLETTO.
Je n'ai pu te sauver, ô ma fille cliérie !
Et lo Seii,'neur pourtant, clans son ordre éternel.
Mit souvent 1 ccharaud à côté de l'autel.
Pleure, ô ma douce enfant! tu n'as pas d'autres armes.
Laisse couler tes saintes larmes Sur c^ sein decliirc, sur ce cœur plein d'effroi; Pleure, ton père aussi pleure et souHre avec toi.
(Rigolelto, relevant sa fille agenouillée, et pleurant à ses pieds.)
Dans sa toute bonté, Dieu, qui toujours pardonne, Voudra-t-il, pauvre enfant, qu'un père t'abandonne?
GILDA.
Non.
En le pardonnant, je suis sa sainte loi!
(m béait sa fille, la relève et l'embrasse.