UN CANADIEN DÉÇU
Continue à tomber d'effroyable façon.
Quand, à son tour enfin, arriva notre athée, Nulle joie en enfer ne fut manifestée ; Il descendit sans bruit à sa prison de feu. Vexé qu'en la géhenne on le prisa si peu ; Et Satan dédaigneux, voyant le pauvre sire, En se moquant de lui, se contenta de dire : " Tu nias Dieu sur terre et le mis en défaut ; Imbécile ! Orgueilleux ! C'est la haine qu'il faut. Pendant l'éternité, dans ce lieu de souffrance. Aisément tu pourras constater sa vengeance ; Mais, de tes jours finis, disparus pour jamais. Tu n'as pu consommer qu'à moitié les forfaits ; Et, dans ce Canada qui me sert à sa guise Tout en restant fidèle au Christ, à son Église, A peine dix benêts, écoutant tes leçons, A la foi des aïeux ont tourné les talons ; Encore est-il que ces faux tenants d'athéisme A leur Dieu reviendront au premier rhumatisme : Pas plus que l'assassin, pas plus que le voleur, Brutus, tu goûteras de l'enfer la douleur. Seulement, si par toi quelque fou nous arrive, A l'instant ta souffrance en deviendra plus vive ; Et, si le mal croissant devenait étendu. Alors, au fond du gouffre à la fin descendu. Tu joindrais de l'erreur les plus fameux apôtres. En attendant, maudit, tu es toujours des nôtres."
Persécution
Persécution
Un phénomène étrange échappe d'ordinaire
Aux esprits se piquant de savoir sublunaire ;
On laisse à la canaille, habile en ses desseins.
Entière liberté de poursuivre ses fins ;
Aux Maçons ténébreux arborant le triangle.
L'usage est toléré du mors et de la sangle.
Et sans même employer trop de ménagements,
A l'égard des grands chefs de maints gouvernements ;
On accorde au travail le droit de monopole
Qui bouleverse tout, et nous pille et nous vole ;
Enfin, pourquoi le taire ? on laisse aux soviets
Droit de tendre la main aux ligueurs inquiets :
La liberté, dit-on, d'invention moderne.
Veut qu'à l'endroit du vice on soit tendre et paterne,
Et qu'uQ Juif outragé dans Vienne ou Petersbourg
Puisse émouvoir le monde, et la ville, et le bourg.
Mais d'où vient donc alors, qu'envers les catholiques,
Soit en fouillant l'histoire ou lisant ses chroniques.
Soit même en parcourant la terre et ses États,
On ne trouve partout que tyrans, potentats
Qui violent contre eux la libre conscience,
Et les droits des parents, et l'âme de l'enfance ?
Et que, en certain pays jadis rempli de foi.
Où du nom de conquête on désigne la loi
Qui d'un peuple nombreux outrage la croyance,
On en soit arrivé de mettre confiance
En l'hostile pouvoir qui n'a pas dévié.
Mais donne, au lieu de deux, un simple coup de pié ?
Je sais que, en subissant ce que l'orgueil on nomme.
Le fat à son image exige qu'on soit homme.
Et, voulant soutenir cette prétention.
Tâche aussi d'imposer sa propre opinion :
C'est ainsi qu'un Luther, à ses vœux indocile.
Voulut qu'autour de lui le moine fut fragile.
Et que, méconnaissant le vœu du célibat
Prétendit réformer et l'Église et l'État.
Mais alors, s'il est vrai qu'il n'y ait que le vice
Auquel la liberté doit se montrer propice.
Et que l'esprit humain cherchant à s'élever
Devant le premier sot soit tenu de ramper, |
Que tout homme, en un mot, sur qui l'œil de Dieu tombe '
Doive s'en détourner quand gouverne un vieux Combe,
Pourquoi la paix durable accordée à l'Islam,
Ce tissus de forfaits malgré son ramadam ?
Pourquoi le brahmanisme et les cultes d'Asie
Sont-ils l'objet constant de la diplomatie
Qui respecte et protège, en invoquant le droit.
Des peuples asservis le fatalisme étroit ?
Pourquoi le nègre enfin, imbu de fétichisme,
Peut-il suivre à sa guise un sot polythéisme ?
Si de l'idolâtrie on arrive, à la fin,
Aux sectes procédant d'un cuistre ou d'un gredin,
Pour ces rameaux nombreux séparés de l'Église,
Où la foi s'alanguit puis se volatilise.
Pour ce libre examen, véritable arc-en-ciel,
On trouve un bon vouloir assaisonné de miel
Chez les puissants d'an jour remplis de tolérance.
Mais, s'il est question de Rome la croyance,
A se coaliser tout le monde est debout.
Et le sang des bigots comme en marmite bout ;
L'orangiste, à ce nom, voit soudaiû du papisme
Le spectre se dresser, et, dans son fanatisme.
Ne rêve que prison, que gibet, qu'échafaud ;
Et le sectaire instruit, élégant, comme il faut.
Qui ne semble pourtant établi sur la terre
Que pour se réjouir ou bien se satisfaire.
Oubliant sa mollesse et son oisiveté.
Se ranime un moment contre la chrétienté ;
A cet homme lascif, éprouvant lassitude
Au moindre effort qu'il fait, au travail, à l'étude.
Quand il lui faut remplir un devoir anodin,
Rien ne coûte, en effet, pour combattre un chrétien ;
On le voit du voteur quémander le suffrage
Afin de pratiquer de l'enfant l'esclavage.
Pour que, ans Dieu, sans foi, l'esprit rapetissé.
Il apprenne un credo de mensonge tissé.
Mais comment s'expliquer, tant la chose est étrange.
Que même le barbare encore dans sa fange
Devienne par instinct savant persécuteur
Dirigeant à coup sûr contre Dieu sa fureur ?
Et, s'il arrive enfin qu'une liberté naine
Lui donne sur les blancs puissance souveraine.
Son premier acte, après l'émancipation.
Sera contre l'Église une usurpation.
Cependant, ce qui nous surprendra davantage
C'est de voir l'ouvrier, ennemi de l'ouvrage.
Esclave de ses chefs par haine du patron,
Pratiquer à son tour la persécution.
Spolier, profaner, commettre tous les crimes.
Se conduire en un mot comme on le fait à Nîmes ;
Il en est qui, rageurs en voyant un frocard,
Sont pleins de déférence à l'endroit d'un gueusard ;
Tout congrès, tout effort fait par des catholiques
Leur trouble le sommeil, les rend épileptiques :
Croasser un vieux prêtre, apostropher les Sœurs
Constitue un exploit digne de ces grands cœurs.
Fait bizarre, étonnant ; ce qui rend anarchiste
N'est pas tant le richard, l'exploiteur, l'arriviste
Que le pouvoir moral imposant le labeur
Au nom d'un menuisier qui fut notre Sauveur.
Il se peut, dira-t-on, que le savoir moderne.
Promenant ici-bas sa fumeuse lanterne, Ait pu modifier, à l'égard des chrétiens, L'esprit, le cœur, les mœurs et l'âme des humains. Au point de les noircir, de les rendre exécrables A tous ceux se piquant d'être gens raisonnables. Mais alors des Romains les monstres déifiés, Dépassant en fureur les Maçons cachottiers, Qui, des nouveaux croyants présidant au carnage, Et stimulant contre eux du tigre le courage. Ont de nombreux martyrs peuplé le paradis. Savaient-ils qu'ils avaient pour ancêtre un radis, Oii qu'un singe écaudé leur tiendrait lieu de père ? Savaient-ils bien que l'homme, en prétextant misère. Deviendrait plus qu'eux tous sanguinaire et cruel, Au point de voir Néron, reconnu paternel, Perdant le diadème et du vice et du crime. Supplanté par un Russe échappé de l'abime ? Et puis, au Canada, mais avant le réveil Qui devait arracher l'homme à son lourd sommeil, N'a-t-on pas vu jadis l'Iroquois téméraire Préparer un modèle au moderne sectaire, Lui montrer, à scalper, rôtir un ennemi, D'autant plus odieux qu'il est de Dieu l'ami ? Non, le faible savoir acquis sur la nature Par l'homme émancipé sortant de sa roture N'est pas, ne saurait être une explication D'un fait universel de persécution.
Contre Dieu, ses enfants et contre son Église, Il faut chercher ailleurs qu'en l'humaine sottise Pourquoi, dans tous les temps, les hommes acharnés Se sont comme à l'envi jusqu'ici déchaînés.
Dans les flancs rebondis cje notre pauvre terre. Sont des antres profonds fermés à la lumière. Où des feux concentrés d'une incroyable ardeur Maintiennent les métaux à l'état de vapeur. C'est là, dit-on, que Dieu, l'auteur de la nature, Voulant de tout pécheur punir la race impure, Le frappe à tout jamais de réprobation. Ce paliiis ténébreux de la damnation Est aussi de Satan la demeure éternelle Ouverte, après sa faute, à l'archange rebelle. En désertant du ciel l'indicible splendeur, Lucifer, entraînant à sa suite, ô malheur ! Un grand nombre d'esprits composant sa cohorte, Y vit sombrer l'orgueil et toute son escorte. Ce lieu de désespoir, aux tourments éternels. Qui dépasse en horreur même les fraternels . . . Pays du bolchévisme, est débordant de haine Contre Dieu qui punit, contre la race humaine. Ne pouvant jusqu'à l'ange exercer sa fureur, Lucifer s'humanise et devient tentateur ;
Mais ce rôle ejffacé, qui flagorne et enflamme
Les passions régnant dans les bas fonds de Tâme,
Ne saurait contenter cet archange orgueilleux
Ni rempli; pleinement ses projets ténébreux :
Tout au plus, c'est damner, aller contre l'Église
Et calmer son ardear que forte rage attise ;
Se rappelant toujours son ancienne grandeur,
Il veut plus, il lui faut être persécuteur ;
Il veut renouveller la passion du Maître
En ceux que son Épouse a mission de paître ;
Il veut que les puissants, à ses ordres soumis,
Soient tyrans, soient bourreaux contre ses ennemis.
Que les droits reconnus à tous les autres êtres
Soient niés aux chrétiens comme à d'infâmes traîtres.
Que, par ses Francs-maçons, au vouloir clandestin.
Les disciples du Christ aient le pire destin ;
C'est pourquoi, des démons rassemblant les phalanges,
Il adresse un discours à tous ces mauvais anges :
** Où sont les temps, dit-il, où, remplis de ferveur.
Un puissant de la terre, appelé l'empereur.
Condamnait les chrétiens à différents supplices.
Ne laissant subsister des païens que les vices ?
Alors, traqués partout, les servants de Jésus
Exhibaient vainement leurs stupides vertus ;
Le monde avait pour eux la haine et la torture ;
Du fauve qui rugit ils étaient la pâture ;
Et l'enfer, déversant dans les cœurs ses brasiers.
Transformait l'univers en l'un de ses quartiers. Qu'ils étaient vraiment beaux, dignes de nos éloges Ces Romains fièrement revêtus de leurs toges Quand, dans un vaste cirque, encombrant les gradins Ils repaissaient leurs yeux d'holocaustes humains ! Il est vrai que, à présent, le musulman fidèle Conserve sa valeur, se montre plein de zèle, Et, qu'en massacre affreux, sanglant, périodique. Ne peut se comparer qu'au Russe bolchevique ; Mais du train qu'ils y vont, les soldats de l'émir Bientôt feront passer au rang de souvenir Les peuples du Liban et celui d*Arménie, Ne laissant en nos mains que ceux dont l'agonie. Sous l'illustre Trotzky» si cher à notre cœur. Ne peut finir si tôt malgré notre faveur. Toutefois, du présent il ne faut pas se plaindre. Et l'on peut regarder l'avenir sans le craindre ; Si, pour chasser la foi du milieu des humains. Nous n'avons plus, hélas! la fureur des Romains, Nous avons mieux peut-être en la docte influence, Des suppôts d'aujourd'hui, qui s'exerce en silence ; Et, tout en regrettant les massacres sanglants, Accomplis contre Dieu par d'antiques tyrans Qui, mettant à choisir soit la mort, soit la vie. Voulaient ravir au saint un bonheur qu'il envie. Nous pourrions, en faisant des bourreaux grand état. Préférer à Néron, un Julien l'Apostat.
Et puis, n'avons nous pas le peuple déicide
Qui, des trésors du monde insatiable, avide,
Continue à chercher, dans l'or et dans l'argent.
Du messie attendu le grand avènement ?
Déjà par la finance, il règne sur la terre
Où l'on peut suivre à l'œil son œuvre délétère ;
Il n'est pas un pays en troubles sociaux
Dont il ne soit la source ou la cause des maux ;
Et, sur tous les chrétiens, il a cet avantage
De voir en eux le Christ pour exciter sa rage.
Bref ! par ses alliés, par l'information.
Il n'est rien que ne puisse entreprendre Sion.
Je sais bien que, en la France, une halte imposée
A vu des radicaux l'œuvre paralysée,
Mais ce n'est qu'un arrêt sans recul, un répit,
Qui ne doit nullement provoquer le dépit ;
Par la sainte union, nos amis politiques
Ont toujours maintenu nos conquêtes laïques,
Et les parents chrétiens, surchargés par l'impôt,
Ne sauront conserver l'enseignement dévot ;
Ne pouvant d'autrefois dresser la guillotine
Nous sabrerons du moins des enfants la doctrine,
Et, tarissant en eux l'apostolat divin.
Nous ferons de la France un peuple impie et vain.
Il est quelque nuage en Espagne, en Asie,
En Pologne, en Hollande et jusqu'en Nigritie ;
Le Canada surtout, fidèle au Sacré-Cœur,
Est pour tous les démons un objet de douleur ; Il tient même en réserve un bataillon d'apôtres Qui bientôt chez les Noirs culbuteront les nôtres ; Déjà sa foi tenace et ses nombreux couvents Colportent le Symbole au gré de tous les vents. Mais bah ! dans l'univers infidèle, hérétique, En notable partie hostile au catholique, Nous avons à livrer un facile combat ; Il suffit, pour atteindre un fécond résultat, De mettre en tous pays les chrétiens à la chaîne Et d'exciter contre eux la colère et la haine. D'invoquer pour les miens liberté d'action En déchaînant partout la persécution ; Et quand, par nos suppôts, rompant les protocoles. Nous aurons de l'Église aboli des écoles, La moisson recueillie au profit de l'enfer Dépassera bientôt les vœux de Lucifer.
Et maintenant allez, retournez sur la terre. Mais, ne l'oubliez pas, respectez l'Angleterre ; Son ministre et son chef qui n'est pas sans défauts Vient de tendre la main à d'ignobles bourreaux."
A Marie
arie
* Que veut dire cela ? Depuis le jour heureux Où l'homme fut séduit par un fruit savoureux, L'espèce humaine entière, en entrant dans la vie, Sous mon joug aussitôt se trouvait asservie ; Et, semblable à la mort l'attendant au tombeau, Le péché diligent la guettait au berceau : Ainsi, comme un torrent de fange détrempée. Passait l'humanité par l'opprobe frappée. Ce domaine absolu, de tous temps respecté. Vient de m'être ravi dans la juive cité. Qu'on prévienne à l'instant celui qui des puissances Eut par moi mission de souiller les naissances." Ainsi parlait Satan en ce jour solennel Où la Vierge bénie, enfant de l'Éternel, Recevait dans le temps une âme immaculée Bien qu'elle descendit d'une race souillée. Entendant ce discours, tout l'enfer interdit Réprima sa fureur à l'aspect du maudit, Et, sans voir s'amoindrir l'effroyable soulBFrance Attendit le ministre enquis en l'occurrence.
Cet esprit infernal qui, dans l'antiquité, Reçut maints attributs de la divinité ; Qui, dans les bois sacrés, outrageant la nature. Soumettait les humains aux lois de la luxure ; Cet ancien dieu pervers, démon pour le moment, Au milieu des damnés se présente à l'instant : '' Comment peindrai-je ici la merveille aperçue?" Dit-il, en témoignant d'après la loi reçue. " Jamais, dans la splendeur du céleste séjour, Ne parut un objet plus digne de l'amour ! J'allais de cette enfant marquer l'âme nouvelle, A Marie appliquer la tache originelle.
Et, prenant l'être humain des mains du Créateur, Témoigner contre lui ma haine à son auteur ; J'allais, ô Lucifer, favorisant ta joie. Infecter de venin cette naissante proie. Quand un ange, d'en-haut tout à coup survenu, A protégé le toît, du pauvre bien connu. Où d'Anne et Joachim la prière exaucée Avait leur longue attente enfin réalisée. De ton règne bientôt je pressentis la fin Lorsqu'en ce lieu parut un brillant séraphin Portant en mains des dons d'une telle richesse Que jamais on ne vit de Dieu tant de largesse. Cet esprit, de la gloire encor resplendissant, A genoux par respect devant l'être naissant, Déposa dans son âme une beauté suprême :
H en fut ébloui, comme hors de lui-même ; Puis, d'autres bienheureux du céleste séjour, S'approchant de l'enfant composèrent sa cour : Et je compris alors que, en t'écrasant la tête, La merveille de Dieu présageait la tempête Que doit, contre l'enfer, contre toi, contre nous, Déchaîner l'Éternel, en calmant son courroux Vis à vis des humains." " Vas à ta place infâme ! " Dit Satan. " C'est par toi que j'ai perdu cette âme." Et l'on ouï dans ce lieu de haine et de terreur Un long gémissement, puis un cri de fureur.
Dans le séjour de Dieu plein de magnificence
Naît l'admiration puis enfin la jouissance
Quand le Maître absolu, montrant la terre au ciel,
Articula ces mots : " Regardez Israël !
C'est là, que, en écartant de l'humaine nature
Le mal que lui transmet sa première souillure.
J'ai soustrait une femme ixU troupeau dont Satan
Se proclamait de droit le maître et le tyran ;
C'est là que, en un désert, ma féconde sagesse
A fait s'épanouir la fleur enchanteresse.
Et que, lui prodiguant ma grâce et ma faveur.
J'ai comblé de Marie et l'esprit et le cœur ;
C'est là que ce chef-d'œuvre issu de ma puissance
M'attire, en me charmant, vers l'humaine existence :
Qu'à l'instant Gabriel, fidèle messager,
Dirige à Nazareth son vol prompt et léger.
Afin qu'à l'humble vierge aussitôt il annonce
Un message d'amour dont j'attends la réponse ;
Car son libre vouloir, me tenant en suspens,
Me vêtira de chair en disant : " Je consens. "
Dans la pauvre maison où la vierge Marie,
Épouse de Joseph, vaque au travail et prie,
L'archange revêtu de notre humanité
Se présente soudain tout brillant de clarté :
" Salut ! Vierge,*' dit-il, " ô Toi pleine de grâce!
Au Fils de Dieu donne ton sang, donne ta race.
Afin que, étant un homme, il devienne Sauveur
De ceux qui du péché ont connu le malheur ;
Et, l'Esprit du Très-Haut te couvrant de son ombre,
Des vierges pour jamais tu resteras du nombre."
La vierge recueillie, à l'aspect enfantin.
Parut, pour un instant, balancer le destin
D'un monde corrompu marchant à sa ruine
Et du Dieu rédempteur la démarche divine.
" Qu'il me soit fait, " dit-elle, avec humble candeur,
" Selon votre discours ; j'obéis au Seigneur."
Et les cieux stupéfaits, s'abaissant vers la terre,
Lui donnèrent Jésus, fils d'une vierge et mère !
Mais quel chant retentit, vibrant, harmonieux.
Au miHeu de l'azur, comme venant des cieux ?
C'est la voix des esprits qui rassure la terre
Et remplace le bruit menaçant du tonnerre ;
Aux bergers vigilants, durant la sombre nuit,
Elle annonce la paix et le calme qui suit ;
Aux hommes pervertis plongés dans la souffrance
Elle rappelle enfin la vertu d'espérance;
Puis, d'un roi nouveau né bien qu'il soit éternel,
Dont la gloire divine éclate dans le ciel
Et se voile en entier dans un berceau de paille,
La voix montre aux humains, qu'on admire ou qu'on
Les signes tout nouveaux de sainte pauvreté [raille,
Qui font Dieu reconnaître à son humilité.
Et les pauvres bergers, obéissant aux anges.
Allèrent à ce maître enveloppé de langes :
Dans la crèche bénie, un enfant vagissant,
Gardé par une femme, un vieillard blanchissant,
Revêtit à leurs yeux, de Jéhovah lui-même,
La puissance et la force et la grandeur suprême.
Alors, s'agenouillant tout près des bestiaux.
Ils offrirent au Christ la foi des temps nouveaux.
Marie, émerveillée ou ravie en extase
Par l'acte rédempteur en sa première phase,
Rendait à son enfant, son maître et créateur,
Le tribut d'un amour brûlant par son ardeur.
Maintenant c'est le tour des puissants de la terre De venir à Jésus goûtant notre misère ; Ils arrivent suivant Tastre révélateur, Emblème de la foi qui mène au Créateur, Après avoir marché des jours et des semaines Dans les déserts brûlants, sur les monts et les plaines. Et, guidés par le fourbe et sanglant potentat Qui détient de David et le trône et l'Etat, Se rendent dans l'endroit chanté par le prophète Et connaissent de Dieu l'humilité parfaite. Devant ce dénûment, à leurs yeux si complet. Où le divin enfant volontiers se complaît, Ils comprennent des biens, des honneurs de ce monde, L'inutile valeur, la vanité profonde ; Ils offrent leurs présents, expriment leur amour, Et prolongent en ce lieu le temps de leur séjour. Ayant pu constater l'orgueil du Judaïsme Et voir en son berceau l'humble christianisme. Ces trois Mages savants, rois ou chefs de tribus, S'en retournent dévots serviteurs de Jésus. Puis, dans tout Bethléem c'est la clameur immense Qui s'échappe soudain d'une ville en démence Et va se prolongeant dans les paisibles bourgs Et dans tous les hameaux fixés aux alentours. Qu'est-ce à dire ? 6 malheur ! En remontant les âges. Nos modernes Maçons, fameux par leurs outrages, Aura i ent-ils commencé, Jésus encor vivant,
A MABIE 157
Leur infâme métier de corrompre l'enfant ?
Voudraient-ils enseigner à ces Béthléémites
Que la foi n'est qu'un leurre et les dogmes des mythes ?
Voudraient-ils, par l'école imposée aux parents.
Apprendre à leurs petits la loi des mécréants ?
Ou voudraient-ils, enfin, de leur haine sauvage
Aux enfants de Rachel imposer l'esclavage,
Afin que de David les rejetons nombreux,
Reniant leur passé, soient des . . . ânes comme eux ?
Où bien, par un effet du grand droit qui succombe,
Est-il au ministère un antique abbé Combe ?
Non ; c'est tout simplement un tigre couronné.
Démodé de nos jours, qui craint un nouveau-né:
Des martyrs innocents ordonnant le massacre,
Il veut sauver d'un roi l'odieux simulacre ;
Mais, Jésus s'enfuyant du pays malheureux,
Si le crime est pour lui, la couronne est pour eux.
Pendant que le tyran fait répandre des larmes
Et que tout Bethléem est en proie aux alarmes,
La famille ultra sainte, en fuyant le danger.
Sur un ordre de Dieu, émigré à l'étranger.
O terre du croissant, par l'erreur assombrie,
Par tous les cœurs chrétiens sois à jamais chérie !
De l'Egypte au Liban, en dépit de Sion,
Tu donnes de Jésus la claire vision ;
Et Marie, éclairant tes sinistres campagnes.
Prête un charme aux déserts et la grâce aux montagnes :
Tu peux dormir, Hérode, au fond du noir tombeau, Ton seul antagoniste est l'ignoble corbeau.
Sur le mont du Calvaire une croix est dressée,
Et Marie, en victime anxieuse, oppressée,
Acceptant de son fils la passion, la mort.
En transperçant son cœur, en partage le sort.
Autour du lieu sacré, la foule délirante
Insulte sa victime ou devient menaçante ;
La haine et le blasphème, s'élevant contre Dieu,
Provoquent sa prière, au pardon donnent lien ;
Et le peuple déchu, devenant homicide.
Commet ce crime affreux qu'on nomme déicide :
" Que son sang répandu tombe sur nos enfants ! "
C'est le cri des bourreaux, c'est le cri des méchants,
Cependant que Marie, offrant sa peine amère.
Par ordre de son fils leur devient une mère.
Puis, des mots proférés par le Christ mourant
Annoncent du Salut le grand événement :
Le " Tout est consommé ", s'échappant du Calvaire,
Nous rend le ciel propice, apaise sa colère.
Et, complétant le but de l'Incarnation,
Accomplit le bienfait de la Rédemption.
Puis, vient pour Israël, désormais tout au lucre,
Le déshonneur final échappé d'un sépulcre :
C'est Jésus glorieux, triomphant du trépas. Dont la divinité entraîne sur ses pas, En dépit de Sion de colère enivrée, La foule des humains de l'enfer délivrée ; Malgré la haine affreuse ou Terreur qui l'attend, La doctrine du Christ en tous lieux se répand Et, par l'apostolat, envahissant le monde, L'éclairé et le ravit au paganisme immonde. Pendant que l'humble Vierge, au triomphe assistant, De son pied qui nous venge écrase le serpent. Le Malin tout meurtri se tord et se remue, De sa gueule sanglante offre à la terre émue L'impuissante mâchoire aux crochets sans venin N'ayant d'autre vertu qu'à l'égard du coquin ; Mais, alors, maudissant son aveugle vengeance Dont furent l'instrument le Juif et son engeance. Pour les punir d'avoir suivi ses étendards. Il déchaîne contre eux la rage des Césars ; Puis, rallumant encor sa fureur inutile. Il oppose aux chrétiens sa colère stérile, Sans qu'il puisse à la fin autre chose obtenir Que d'ajouter au ciel le martyr au martyr. Toutefois, pour un temps, la bête venimeuse. Infectant ses suppôts de sa lèvre baveuse. Malgré qu'au roc divin se brisent ses efforts. Continue en ce monde à causer de grands torts ; Car le Dieu rédempteur, pour éprouver le juste.
Permet que de ses droits on le prive, on le fruste C'est ainsi que, en livrant à l'enfer les déchets. Il garde pour le ciel ceux qui furent parfaits.
Mais partout dans les cieux tout brûlants de tendresse,
Quel immense et soudain déploiement d'allégresse,
Depuis l'heureux pécheur, rescappé de la fin,
Jusqu'à l'ordre élevé du brillant séraphin !
Quelle animation au séjour de la gloire.
Et quels cris de triomphe, et quels chants de victoire !
Jéhovah, sur un trône appuyant sa grandeur.
Ordonne à ses élus, contemplant sa splendeur.
De former par leurs rangs l'innombrable cohorte
Qui doit accompagner, ou lui servir d'escorte,
La Vierge qui tantôt doit s'élever au ciel
Pour y prendre son trône auprès de l'Éternel.
De la plaine éthérée envahissant l'espace.
Bientôt dans l'univers les élus prennent place
En traçant pour Marie un chemin glorieux
Qui de son lieu d'exil s'élève jusqu'aux cieux.
C'est par là que de Dieu la mère vénérable
S'élance du tombeau vers son fils adorable.
Et, la voyant passer, les astres scintillants
Auréolent son front de leurs reflets brillants.
Maintenant, c'est du ciel l'ascension sublime
Qui des bas fonds sacrés, procède vers la cîme :
Ouvrez vos rangs pressés, merveilleux confesseurs ;
Faites place au cortège, éblouissants docteurs ;
Vierges suivant le Christ et vous, saints patriarches.
Apôtres du Seigneur, aux pieuses démarches.
De l'obscur avenir prophètes clairvoyants.
Héroïques martyrs, modèles des croyants,
Et vous, anges de Dieu, dont les chœurs s'échelonnent
Par d'ascendants degrés d'où vos esprits rayonnent,
Laissez libre l'accès du trône de l'Agneau
D'où Jésus resplendit d'un éclat tout nouveau :
C'est là que, parvenue à la place suprême,
La Vierge recevra le brillant diadème.
Non d'un trône caduc de ce monde pervers.
Mais de reine du ciel et de tout l'univers.
Et puis l'Assomption sa marche continue
Atteignant dans le ciel la hauteur inconnue
Qui, dépassant Joseph le gardien vigilant.
Sépare l'être créé du Christ son enfant.
C'est là que s'arrêta la Vierge incomparable ;
Et Dieu, trois en personne, et toujours adorable.
Sur son front couronna la triple dignité
De mère, épouse, enfant de sa divinité.
A genoux maintenant, ô pêcheurs de la terre,
Le refuge est là-haut où règne votre mère !
Une double sentence
Une double sentence
O nuit de deux mil deux à jamais mémorable !
C'était, il vous souvient, après le coup damnable
Fait par ce corps germain, en escadron volant.
Qui jetta sur Paris le gaz asphyxiant ;
La population, trois millions cent mille.
Expira tout entière en la superbe ville.
Le monde avec horreur apprit ce guet-apens ;
Mais nul de protester au nom du droit des gens :
La peur régnait alors alentour de la terre
Faisant trembler tout homme au seul bruit de la guerre ;
Et l'on disait aussi que la corruption.
Parvenue au sommet, donnait partout le ton.
Pour combattre le mal et ses puissants apôtres,
L'Église à ses enfants disait : " Soyez bien nôtres ;
Répandez votre sang avec profusion ;
Sachez pour Dieu souffrir la persécution."
Alors, des soviets le monarque invincible,
L'Antéchrist, exerçant un despotisme horrible.
Avait, par tous les gueux devenus ses soldats.
Contre les bons chrétiens commis ses attentats :
Les temples démolis et puis les sanctuaires Montraient en tous pays les œuvres des sectaires. Une intervention du maître tout puissant Put seule maintenir la vertu du croyant. Mais voici qu'en la nuit de cet an, la première. On entendit soudain, dans la planète entière, Les mugissements sourds de la mer en fureur; A ce bruit prolongé qui cause la frayeur S'ajoutent dans le ciel des signes effroyables ; Les astres affolés devenus indomptables Abandonnent leur route et paraissent tomber. La lune, à ce moment, vient de se dérober ; Et la terre, éprouvant convulsion profonde. Imprime à ses terrains les mouvements de l'onde. En voyant de leur fin le signe avant-coureur, Les hommes du plaisir sont frappés de stupeur ; L'un, prestement vêtu, sort d'un lieu de débauche ; L'autre s'enfuit d'un bal oii l'on donnait à gauche : Tous, d'un commun accord, vont chercher en plein air Leur salut compromis par îa foudre et l'écUâr ; Et la place ou la rue, où la ruine croule, Voit bientôt se pâmer des survivants la foule : Chacun semble frappé d'indicible terreur ; Partout le désespoir, partout règne l'horreur. Seuls en Dieu les chrétiens mettant leur confiance. Éprouvent de l'effroi mais sans désespérance : Toujours, ils ont connu, prévu la fin des temps.
Et s'ils sont dans la crainte en sont plus méritants.
Alors, on vit bientôt des flammes dévorantes,
Élevant jusqu'au ciel leurs cîmes ondoyantes,
Balayer comme un flot le monde enfin vaincu :
Un clin d'œil, ce fut tout ; le monde avait vécu.
Sur le sol calciné de ses deux hémisphères,
Il n'est plus de palais, il n'est plus de chaumières ;
L'océan desséché n'est qu'un gouffre béant,
Et c'est en vain qu'on cherche un seul être vivant.
Toutefois, dans les cieux échappés au désastre,
En sa course ordinaire est revu le grand astre
Qui, déchirant son voile et prenant son essor.
Sur un monde au tombeau répand ses rayons d'or ;
Et, dans la nuit venue allumant sa lumière,
La lune éclaire aussi ce vaste cimetière
Où gît l'humanité dans son dernier sommeil.
Soudain, la voix de l'ange ordonne le réveil ;
L'air en est ébranlé ; partout l'écho répète
Les sons retentissants que produit la trompette :
" O Morts qui du grand Dieu subissez le courroux
Ou jouissez de sa paix, Morts, ô Morts, levez-vous!"
Et alors, s'échappant du sarcophage antique.
De l'altier monument, de la tombe rustique.
De tout champ funéraire ainsi que des tombeaux
Où dorment en linceuls les morts orientaux.
Partout, de tous les points de ce monde frivole
Transformé maintenant en vaste nécropole,
On voit les os humains se chercher, puis s'unir,
Reformer un squelette et de chair se couvrir,
Redevenir vivants mais de gloire inégale :
C'est pour tous la résurrection générale.
Oh ! comme ils sont nombreux ces être provenant
De l'abîme insondable appelé le néant !
La terre à les porter se couvre toute entière
Et perd en les portant l'aspect de cimetière.
Maintenant, écoutez, c'est la voix de Michel
Qui retentit partout faisant un double appel
Aux élus, tout d'abord, devenus admirables,
Puis à tous les pécheurs paraissant innombrables,
Et promulguant de Dieu ces différents édits :
** A la droite les bons ! A gauche les maudits ! "
Devant le tribunal placé dans la vallée,
Il faut que soit tenue une double assemblée,
L'une au saint consacrée et l'autre au scélérat.
Les deux offrant contraste au champ de Josaphat.
A cet ordre reçu, la foule éternisée
Se trouva dans l'instant en deux camps divisée :
Dans l'un, les bienheureux déjà magnifiés,
Dans l'autre, les pécheurs, hideux, terrifiés.
Et sur la foule immense, en son entier le monde,
Le silence régna le temps d'une seconde.
A présent, c'est le tour du divin Créateur
D'affirmer son pouvoir, de montrer sa grandeur;
Aux regards étonnés des pécheurs et des justes,
Les cîeux livrent passage à leurs hôtes augustes ;
Et Ton vît le Sauveur précédé de sa croix,
Escorté de sa mère et des anges de choix,
Descendre lentement, porté sur un nuage,
Pour juger l'univers, lui demandaut l'usage
Qu'il a fait dans le temps de son sang répandu :
Comme il était monté, le voilà descendu.
En le voyant venir, le saint sa joie exprime,
Ne craignant pas pour lui le châtiment du crime.
Pendant que le méchant éprouve la frayeur.
Voulant des monts voisins supporter la lourdeur.
O vous qui, pleins d'orgueil, vous pensiez quelque chose.
Et des biens abusiez sans en chercher la cause,
Mais vous surtout, impie, au cœur rempli de fiel.
Qui sottement osiez vous mesurer au ciel.
Cherchez si, maintenant, de votre folle audace.
Dans votre âme alarmée, il reste quelque trace;
Cherchez, sur votre front, pour vous glorifier.
Si l'on y trouve encor la branche de laurier ;
Cherchez surtout l'honneur fait à votre mémoire
Dans un temple exécré souillé par votre gloire ?
Ce divin Rédempteur, pour vous souffrant et mort,
Qui fut de votre amour écarté bien à tort.
Le voici, promenant son regard sur la foule,
Demandant compte enfin pour le temps qui s'écoule.
Mais quel divin rayon soudain s'est détaché
Éclairant des humains le cœur le plus caché !
O merveille inouïe ! O suave puissance
Qui dévoile à nos yeux l'austère conscience !
Pour se soustraire au monde, aux yeux de Tunivers,
Vainement le pécheur, voudrait fuir aux enfers;
Mais il en est empêché par le juge implacable
Qui veut que chacun voit comment il fut coupable.
Pendant que celui-ci demande aux monts altiers
De le couvrir soudain du poid de leurs rochers.
Le juste comme un astre, environné de gloire,
Émerveille le monde et chante sa victoire.
Oh ! qu'il est bienheureux d'avoir tant combattu
Pour vaincre ses défauts, pratiquer la vertu !
Songez donc, quel profit ? une joie éternelle
Pour un jour de combat contre l'ange rebelle !
Puis le divin Sauveur, en dernier jugement,
Prononce la sentence irrévocablement :
" Allez, maudits! " dit-il, en parlant aux coupables,
** Êloignez-vous de moi ; soyez tous misérables ! "
Et l'abîme entr'ouvert les reçoit à l'instant.
Une horrible clameur s'élève en ce moment ;
C'est pour le désespoir, inpuissant dans sa rage.
Le dernier cri poussé contre Dieu qu'il outrage.
Puis, ayant balayé l'élément dissolu.
Le grand Victorieux s'est tourné vers l'élu :
" Viens toi, mon bien aimé, le béni de mon Père,
Prendre part au bonheur nullement éphémère ;
Il te rendra joyeux durant l'éternité :
Pour vous tous immortels, c'est la félicité." Voilà, amis du ciel, la mémorable histoire Qu'il fait bon d'évoquer après notre victoire. Et, rappelant ce drame, il nous revient au cœur Un grand amour pour Dieu qui fut notre Sauveur, Depuis la fin des temps et sa phase dernière. L'univers a repris son aspect ordinaire; Et le monde, épuré par le grand feu vengeur, De son âge premier a revu la splendeur. Aussi les bienheureux qui viennent de la terre Aimeront visiter ce lieu de leur misère ; Ils iront, en vertu de leur agilité,
Y promener parfois leur sainte oisiveté,
Y retrouver l'Eden, devenu plaine immense, Empruntant au vrai ciel de sa magnificence ; Mais ils iront aussi dans les astres lointains
Où Dieu créant toujours, poursuivant ses desseins, L'action des six jours sans cesse recommence ; Peut-être y verront-ils. d'un monde la naissance, De nouveaux êtres même ornés de la raison Vivant dans le bonheur sans la rédemption. Puis, ayant parcouru leur immense domaine. Sans cesser de voir Dieu, la beauté souveraine, Ds reviendront ensuite en la Jérusalem Où se chante par eux un éternel amen.
Ainsi pourra parler, après le jour suprême,
Le Saint glorifié par le Fils de Dieu même.
Aux justes revêtus de membres éclatants.
Des faits qui marqueront, pour tous, la fin des temps ;
Pendant que le maudit, cet écraseur d'Infâme,
Aux enfers désormais, soit en corps, soit en âme.
De sa prison de feu ne pouvant s'échapper,
Verra l'affreuse nuit toujours l'envelopper.
L*écol
AVIS AU LECTEUR
L'Action Catholique, dans son numéro du 5 septembre I922y renfermait Ventrefilet suivant, sous la rubrique : Un prêtre enlevé :
" Fort Warth, Texas, 5 sept. — Monsieur l'abbé Joseph Meyser, curé à Olfin, a été enlevé de son presbytère, hier au soir, par dix hommes masqués, et fouetté. On V accuse d'être anti-américain et opposé aux écoles publiques."
Ce fait, qui n'a été ni démenti, ni confirmé, m'a fourni le sujet du poème qui va suivre. Si la composition en est incomplète au point de n'offrir à la critique que trois chants forts restreints au lieu de six, de dimension respectable, qu'on s'en prenne au laconisme du journal.
L'écol
Je chante les exploits de la secte terrible Qui, semblable à la chouette, est toujours invisible Quand parait le soleil qui l'offusque et lui nuit Mais devient agissante au milieu de la nuit. C'est en vain que l'enfer, satisfait de son zèle, Lui montrait le pays aux trois quarts infidèle, Ses membres contre un prêtre entrèrent en courroux Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des hiboux ? O toi qui par Jésus resplendit comme un astre Afin de réparer des humains le désastre : Sublime vérité, daigne échauffer mon cœur Et me montrer d'Olfin la haine et la noirceur ; Redis-moi des Yankees les passions coupables Qui, soudain, s'échauffant, en dépit des constables, Tachèrent d'empêcher, par mauvais traitement. Le pasteur de donner le saint enseignement. C'est en vain que le droit, la raison, la doctrine Plaidèrent en commun pour cette œuvre divine Et voulurent prouver que, du Credo chrétien. Les États fédérés n'avaient à craindre en rien ;
Un sot épaiivantail, dressé par Tignorance, Eut raison des relisons de sage tolérance, Et, montrant du drapeau Temblème scintillant. Fit voir en une école un danger menaçant.
D^s l'aride Texas, immense solitude.
Dont le climat, dit-on, plein de mansuétude. Offre à tout poitrinaire un remède assuré, Vivait, pieux, content, un modeste curé. Sans se préoccuper de la chose publique Et sans, non plus, vouloir troubler la république. Il rêvait de sauver les êtres que son Dieu Commit à son labeur par l'évêque du lieu ; Pour ce, donnant ses soins à la tendre jeunesse. Il croyait de son peuple adoucir la rudesse, Et dans le germe, enfin, préparant l'avenir. S'imaginait de voir le mal bientôt finir ; Pour atteindre ce but qui le pasteur console. Il voulait aux enfants non l'esprit qui s'isole En apprenant des mots la valeur, l'ortographe. Leur reproduction par l'art du calligraphe. En acquérant aussi l'histoire ou le calcul Qui préviennent pour lui, comme on dit, le recul. Mais le cœur qui pratique envers le Roi suprême Des devoirs imposés dans notre intérêt même ;
l'école 179
Devoirs, qui, bien compris, font l'ordre social
Et prêtent leur ciment au bloc national.
C'est pourquoi dans Olfin s'élevait une école
Portant à son sommet de la foi le symbole.
Bien modeste, il est vrai, mais par les soins des Sœurs
Elle gagnait des gens confiance et faveurs.
Admirant ce foyer de la foi catholique,
Foyer de la morale, hélas ! encore unique,
Les hommes bien pensants devaient se réjouir
De voir dans le Texas le bien s'épanouir.
De savoir l'anarchie au peuple inoculée,
Au moins dans un endroit, combattue, acculée ;
Pourtant, il n'en fut rien ; en veut-on la raison ?
C'est que l'enfer par là distille son poison.
Dans ce recoin perdu de la libre Amérique,
Colonisé jadis par le pieux Mexique,
Satan jette souvent un regard satisfait.
Pensant aux Espagnols dont l'œuvre se défait ;
En cet État plus grand que l'ample Germanie,
Il voit la foi sombrer, le culte à l'agonie,
Et tout un peuple, atteint par l'incrédulité.
S'enfoncer peu-à-peu dans l'infidélité.
Quelques îlots, perdus dans cette mer immonde.
En bosquets verdoyants, émergent seuls de l'onde.
Et, malgré le milieu rendu pestilentiel.
Produisent néanmoins quelques fruits pour le ciel.
Seul un prêtre le brave et parait s'entêter
En un projet bigot propre à le contrister :
Méconnaissant le bien des écoles publiques,
Qui furent de damnés de fécondes fabriques.
En dépit des projets de maints Américains
Qui voudraient à leur gré, selon leurs vœux mesquins,
Réduire l'étranger au pur état d'ilote.
Il veut pour ses enfants formation dévote.
" C'en est trop ", dit Satan ; " il faut de mes desseins
Mettre au courant bientôt mes amis ou. . . mes saints."
Dans le bureau cossu d'un prince du pétrole
Qui voit d'un sol aride émerger le pactole,
Le maudit se présente ayant su copier
Le port, l'accent, la voix d'un adroit financier :
" Tu dors." lui dit-il, *' appuyé sur ton livre.
En supputant le gain qui t'exalte et t'enivre ;
Et, sage sur ce point qui conduit au bonheur,
Tu méconnais aussi des chrétiens la noirceur ;
Pendant qu'aux millions tu rêves avec joie.
Ton ennemi s'agite et sa rage déploie :
Ton pays, qui, jadis, fut l'espoir des humains,
Sera bientôt perdu pour les Américains ;
Non content du mépris qu'il a pour ton idole.
Voilà que l'étranger se construit une école
Qui, mettant au rancart la docte impiété,
Ranimera la foi dans la société.
Car le salut, vois-tu, pour notre république.
Résidera toujours dans l'école publique."
Semblable à ce lion, dans son repos troublé,
l'école 181
Qui, d'abord indécis, puis de rage ébranlé, Par ses rugissements sème au loin l'épouvante. Le pétroleux puissant, au capital qu'on vante. S'est soudain redressé devant un tel danger Qui dans ses rêves d'or vient de le déranger ; Et, tirant un mouchoir de son ample pochette, De son nez cramoisi sonna de la trompette ; Et puis, se composant un air olympien, Dit d'un ton nazillard : " Votre avis est le mien ; Allons chez Jonathan, grand universitaire. Qui pour m'endoctriner reçoit un gros salaire ; C'est lui qui nous dira, puisqu'il est au courant, Quel remède appliquer, dans le cas occurrent. Au mal qui démolit la foi républicaine Et de même, à coup sur, la vie américaine." Le pseudo financier suivi du pétroleux S'en alla de ce pas chez l'oracle fameux. Dans un aimable asile aux lignes tourmentées, De courbes et raccrocs surtout agrémentées. Le tout par la verdure entouré savamment, Les deux amis sur l'heure entrèrent hardiment. C'est là que le savant lisant son maga'.ine Savourait du tabac l'affreuse nicotine ; Malgré tous ses efforts de concentration Selon le mode admis d'auto-suggestion.
Il n'avait réussi, par le savant système. Qu'à produire en son corps les effets du carême,
BIMB ET BAISON
N'ayant en vérité que les os et la peau
Et qu'un sommet pelé sous un ample chapeau.
Voyant ses visiteurs invoquer sa science
Et mettre en son savoir toute leur confiance.
Le savant, qui de Tlnde et de tout l'Orient
Se prétend grand docteur, dit en leur souriant :
" Permettez-moi, messieurs, en tout ce qui me touche,
Fut-ce pour le pays, fut-ce pour une mouche,
De consulter un maître étrangement expert,
De recourir enfin au grand Petit Albert."
Là dessus, le savant, devant qui tout s'incline,
Fit mouvoir en secret une docte machine.
Puis, au fond d'un tiroir, l'in-huit mystérieux
S'offrit, leur sembla-t-il, par magie à leurs yeux ;
Et cet homme, honoré de plus de cent diplômes.
Pâli depuis longtemps sur tous les plus vieux tomes.
Ayant titres ronflants, obtenus en hauts lieux.
Dont l'ensemble formait un livret glorieux.
Laissa sortir enfin sa sublime parole :
" Pour enfants des chrétiens, oui," dit-il, " pas d'école ;
Mais, sur un tel sujet par qui notre avenir
Peut être compromis dans un temps à venir,
Il faut s'en rapporter, sans paraître timides,
A tous les clairvoyants de nos plages torrides ;
Eux seuls, fixant les yeux par delà le concret,
Peuvent de l'avenir dévoiler le secret,
Et du savoir arabe, aux arcanes occultes,
l'école 183
Emprunter la puissance hostile à tous les cultes :
Mes amis, aussi vrai que je suis Jonathan,
Par eux vous atteindrez le Klu. . . , le Ku, Klux, Klan."
Dans les salons nombreux, tenant lieu d'antichambres,
Où des clients massés, pressés dans tous leurs membres.
Attendent fort longtemps, et très souvent en vain,
Qu'à les voir à leur tour consente le devin ;
Où Ton voit du pays la campagne et la ville.
Doutant de l'avenir, consulter à la file ;
Où mène l'incrédule, en la matière ancré.
N'admettant pour credo que le dollar sacré.
Vient, humble et confiant, en dépit des obstacles.
D'un médium obscur entendre les oracles ;
Dans ce séjour enfin, étrange mais fameux.
Se présente à minuit le riche pétroleux ;
Toujours accompagné de l'ami qui le guide.
Il voit le règlement devenir moins rigide.
Puis un cerbère aimable, accompagnant ses pas,
Le conduire bientôt dans 1' " antre du trépas "
Où crânes et fémurs, tout blancs, en évidence.
Se détachent d'un fond de lugubre apparence.
Sur un siège élevé, les yeux ceints d'un bandeau,
Une femme, avec art, stupéfait le badeau
Qui, généralement, est celui qui l'invoque
Et peut se contenter d'un augure équivoque :
Sur cent cas compliqués, plus ou moins différents,
S'appliquant aux objets ou concernant les gens,
La réponse, tombant des lèvres sibyllines.
N'offrent presque toujours que teneurs anodines
Qui, pouvant au besoin désigner blanc ou noir.
Contentent du client le désir de savoir.
Mais voici que, au moment où les deux se présentent.
Médium et devin pour de bon s'épouvantent ;
L'un, tremblant, hagard, pâle et suant de terreur.
L'autre, sous son bandeau se pâmant de frayeur ;
Et tous deux, subissant l'influence magique.
Se préparent sans feinte à jouer au tragique :
" O toi que l'univers révère comme un roi!
Ne m'interroge pas, car je subis ta loi ;
Oui, dans ce grand conflit," dit-elle comme folle,
" Il faut de tout chrétien fermer, brûler l'école ;
Et, pour toucher ce but à jamais glorieux.
Qui doit être l'objet d'un plan laborieux.
Il faut, sans plus tarder, prêt à tout, sans réplique,
S'en rapporter au Ku Klux Klan patriotique ;
C'est là que, en ce rempart des vrais Américains,
Survit encore un peu l'esprit des puritains :
Sous le sceau du secret, sous le masque des braves.
Ces preux des temps nouveaux, ne connaissant
Exécutent la nuit, en nombre suffisant, [d'entraves,
Ce qu'un conseil suprême à décidé séant.
Allez. . ." Et, sous le coup d'une crise nerveuse,
l'école 185
La femme aux yeux bandés resta silencieuse.
A ce moment Tenfer, de ses feux souterrains,
Secoua du Texas les immenses terrains ;
Et, dans le monde entier, Ton vit tous les cratères
Vomir contre le ciel leurs flammes délétères.
Les clients effrayés, désertant les salons.
S'enfuirent éperdus, la peur à leurs talons ;
Et même dans le ciel, signe de catastrophe.
Parut une comète en forme d'apostrophe.
Il est bon d'ajouter à ces signes affreux
Les hiboux hululant partout à qui mieux mieux
Et la mer, mugissante en cette nuit funeste.
Qui glace dans les cœurs du courage le reste.
Dans son effarement, chacun laissant son lit.
Cherchait en son cerveau la cause du délit
Qui put de l'au-delà provoquer la colère
Et menacer ainsi l'État le plus austère.
Mais ici, sans quitter le modeste jalon
Qui guide mon récit à travers ce vallon
Où s'élève d'Olfin l'infime silhouette,
Je prends la liberté d'emprunter au poète
Le truc dont il se sert, à court d'argument.
Pour masquer d'un sujet le vaste denûment :
Muse ! au nom de qui se dit tant de sottises.
Montre-moi du Klux Klan les funèbres bêtises !
Dans l'enceinte endormie à tout instant du jour
D'un temple que la vigne enserre avec amour,
Où, grâce à des vitraux coloriés, opaques,
Le rayon se hasarde après maintes attaques.
Où la porte d'acier, d'accès mystérieux.
Ne s'ouvre qu'au signal d'aflSdés ténébreux,
Bref ! dans cet antre obscur, propre au vague déisme.
Trône sur un autel le dieu de fanatisme.
Ce monstre, en tout semblable à l'infâme Calvin
Qui régna sur Genève où resta son levain,
Respire comme lui la haine et la vengeance.
Est débordant d'orgueil et puis d'intolérance ;
Sur son front dénudé, soucieux, bas, étroit
Que la ride sillonne et marque à maint endroit
Se lisent les soucis, le chagrin, l'amertume
Que lui causent d'autrui le credo, la coutume
Qui, s'inspirant toujours des principes de foi.
Rappellent trop de Dieu le service et la loi.
Parfois, sous les dehors d'un culte ou sa rubrique.
Il affecte souvent un zèle tyrannique
Et, mesurant la Bible à l'ampleur de son front,
Veut imposer à l'homme un dogme qui corrompt :
C'est lui qui sur nos bords, importé d'Angleterre,
Quittant le " Mayflower " à Plymouth toucha terre ;
Depuis, agrandissant son règne et sa puissance.
Il vint jusqu'à London exhiber sa nuisance.
Il est vrai que, en ce lieu prétextant le progrès.
Il borna sa manœuvre à bannir le français ;
Mais, trouvant de ce fond argument sans réplique.
H devint aisément hostile au catholique,
Et l'on vit Rosevelt, d'ordinaire assez droit,
Donner dans le travers du chauvinisme étroit
Quand, ému par la guerre, effrayé par les grèves.
Le mélange yankee eut assombri ses rêves
Et montré que, aux États fameux de l'Union,
Il fallait imposer l'assimilation.
Mais, trêve aux longs discours; voilà que dans cet antre
Le jour se fait, la porte s'ouvre et que l'on entre;
Et, chacun aussitôt en un coin se plaçant.
Un ministre en surplis parut en grimaçant :
— O vous qui du pays chargés de la défense Tenez, dit-il, en main de quoi venger l'offense ; Vous, dont la sombre nuit encourage l'ardeur Et qui semez au loin la crainte et la terreur, Préparez pour demain le goudron et la plume; Car, en vain nous avons, recourant à la plume. Menaçant, censurant ou condamnant sa fin. Prévenu par écrit l'ardent curé d'Olfin.
— A la plume, au goudron, fortement je m'oppose. Dit l'un des assistants ; car, amis, je suppose.
Si nous considérons l'effet qui rejaillit. Qu'il faut plus forte peine à plus ample délit ; Et puis, nos patients, en asphalte et en plume. Réduisent notre avoir d'un notable volume Sans jamais nous fournir un autre résultat Que de noircir un nègre ou vêtir un goujat.
188 KIMB ET RAISON
— Mais le crime est si grand, dit Thoinme du pétrole ; Il s'agit d'un curé, il s'agit d'une école
Qui, déformant le cœur et l'esprit des humains. Les privent des vertus des vrais Américains.
— Pourquoi délibérer, dit un mari volage. Dans ce cas monstrueux, je propose un lynchage.
— Tout doux ! ne faisons pas de martyrs, s'il vous plait; Fustigeons ce curé, plutôt, pour son méfait;
Il pourra, sur ce point, pour le moins reconnaître
Que nous l'aurons traité comme le fut son maître.
Et, sans envisager du crime la noirceur.
On adopta bientôt l'avis de ce farceur.
Cependant qu'au Texas la mesure indiscrète
Vient d'être prise enfin par la loge secrète
Contre l'enseignement qui, s'occupant de Dieu,
Épouvante et transit les habitants du lieu.
Un monstre qu'ignora même le paganisme
Mais qui naquit hier du matérialisme,
Monstre affreux, s'il en fut, mais pourtant qui séduit,
En dressant contre Dieu la fange ou son produit,
Pieuvre, si l'on veut, jetant ses tentacules
Sur les pauvres humains trompés ou ridicules,
Le communisme enfin, étrange aberration.
Levait sa tête hideuse au sein de la nation.
Et, sans produire encor la sanglante hécatombe.
Commençait à creuser pour le bourgeois la tombe;
Sous l'inspiration des meneurs étrangers
l'école 189
H corrompait le cœur, l'esprit des ouvriers.
Et disait, s'adressant à l'étroit fanatisme :
" Frère, reconnais-moi, je suis le bolchévisme ! "
Tout dort au presbytère à l'heure de minuit Quand le timbre soudain vibre avec un grand bruit. " Tiens ! " se dit le pasteur,** un appel aux malades." Et, sans faire au réveil réflexions maussades. S'habille en un instant et, vif comme l'éclair. S'avance vers la porte et se trouve en plein air. Des gens dont il ne peut reconnaître le nombre L'entourent prestement, sortant de la nuit sombre ; Ils portent la cagoule et tout le bataclan : " Par ordre ! " dit l'un d'eux, " Honneur au Ku Klux Et, saisissant le prêtre étonné du spectacle, [Klan ! ' Qui, très piètre boxeur, est ange au tabernacle. Ces grands américains, comme autrefois les Juifs, Entraînent leur victime et deviennent craintifs ; Mais un souffle d'enfer, relevant leur courage. Les transforme bientôt en démons par la rage. Le ciel, qui mainte fois couronna le martyre. Regarde avec amour ce prêtre qu'il admire ; Et la cause sacrée excitant ce courroux Eut certes moins gagné par traitement plus doux ; Car, pour qui suit Jésus au chemin du Calvaire Et trouve, ainsi faisant, le moyen de lui plaire.
L'honneur de partager l'horreur de son tombeau
Mérite d'avoir part au triomphe si beau
Qui, même en cette vie, éclate ou bien déjoue
Les plans des mécréants dont Dieu souvent se joue.
Quoi qu'il en soît, l'honneur en cette affreuse nuit.
Où la mèche des fouets claqua, faisant grand bruit.
Ne fut pas du côté de l'âpre fanatisme
Qui se couvre la face en parlant du papisme.
Mais bien pour le pieux et modeste curé
Qui, grelottant de froid, le corps tout lacéré,
En recevant les coups de la troupe sauvage.
Offre à Dieu sa douleur et le sanglant outrage ;
Car, sur cette balance où les acte humains
Sont pesés dans le ciel par quelques chérubins,
Le poids ou, si l'on veut, le mérite varie
D'après l'âme qui souffre, adore, aime et qui prie ;
Et, dans ce grand concours auquel l'humanité
Diversement prend part pour son éternité,
La victime toujours, en méprisant la gloire,
A contre son bourreau remporté la victoire.
Comme il importe peu qu'on soit fort et puissant
Devant le Dieu qui nous a tirés du néant !
L'Orgueil seul à ses yeux est le méfait suprême.
En lui volant sa gloire et sa royauté même :
Rien ne sert en un mot d'être grand, réputé ;
Eussiez-vous le génie, il faut la sainteté.
Vers le jour, un constable, en faisant sa tournée.
A l'heure où le soleil commençait sa journée,
Aperçut le pasteur, encore inconscient,
A peu près revêtu des cordes le liant.
Le couvrir d'un manteau, le rendre au presbytère,
Appeler un docteur, calmer la ménagère.
Fut pour le policier, éperdu, haletant.
L'affaire d'un quart d'heure ou, disons, d'un instant.
Dans Olfin, on s'émut de l'incident tragique ;
Les journaux du matin en firent la chronique.
Chacun, envisageant la chose à sa façon,
Loua, blâma, plaignit ce prêtre en caleçon
Lequel, représentant la foi des catholiques.
Souffrait pour son mépris des écoles publiques.
Pendant tous ces propos, la tête à l'oreiller.
Le prêtre reposait sans pouvoir sommeiller ;
De sa fenêtre ouverte, apercevant l'école
Où les enfants joyeux sont là, il se console,
Oublie, en les voyant, tout ce qu'il a souffert.
Et dit : " Mon Dieu, pour eux, à vous tout est offert."
Et bientôt, s'endormant du doux sommeil du juste.
Il vit à son chevet un personnage auguste
Qui, portant sur sa tête un diadème d'or,
Dit avec majesté : " Quelques épis encor
Recueillis dans le champ du père de famille.
Vas ! travaille et moissonne, armé de la faucille:
Bientôt viendra le jour de rétribution
Qui sera jour aussi de jubilation.
192 BIM£ ET BAISON
Pour la foi qui grandit, et pour Dieu qui console, En dépit de Tenfer, soutiens, maintiens Técole ; Dans ce monde éphémère ou tout, tout doit finir Les tous petits enfants sont gages d'avenir." Laissant à son sommeil le prêtre qui repose. Ajoutons simplement qu'un problème se pose Pour l'homme qui connaît envers Dieu son devoir Et, qui le pratiquant, met en lui son espoir : Dans ce monde orgueilleux, égoïste, éphémère, Où le luxe effréné méconnaît la misère. Il est bon de montrer à l'honnête ouvrier, A l'humble travailleur et même au financier. Que la terre pour eux n'est qu'un lieu de passage, Un exil, mieux encore, un lieu d'apprentissage. Où chacun, s'avançant vers l'instant solennel, Se prépare un bonheur ou malheur éternel. Pour ce, n'est-il pas juste, en la grave occurrence, De pourchasser partout la savante ignorance, De combattre l'école et sa neutralité Qui séquestrent le Maître en son éternité ? Ne faut-il pas juger digne d'an grand courage De préserver partout, comme on fait pour la rage. Le cœur des tous petits, nés de parents chrétiens. Des efforts conquérants d'un ramas de vauriens ?
l'école 193
Maintenant, c'est fini ; tu peux aller, ô muse!
Retrouver le client qui le public amuse
Et me laisser en paix avec la vérité.
Encore un mot pourtant ; pour te mettre en gaieté.
Je te ferai l'aveu que sur mon compte on jase
Et que l'on est surpris de me voir sur Pégase.
Mais bah ! Laissons parler. Dans ce modeste écrit
Où tu fus appelée à souder mon récit
Nul ne peut m'accuser de parler en poète
Ni de sentir enfin Y influence secrète :
J'ai voulu simplement, en épargaant les fleurs,
Venger une victime, et, qui sait ? les lecteurs.
La Fédération du Travail à Montréal
La Fédération du Travail à Montréal
Le grand Gombers, vieillard débile,
Dans ce congres, en pérorant.
Dépense peu sa verte bile
Contre le trust déshonorant ;
Mais, pour montrer son zèle habile.
Le capital est dénonçant ;
Pour les dollars, cinquante mille.
Reçu par lui du travaillant
Il est muet, calme et tranquille :
Par temps qui court, c'est plus prudent.
Toujours les droits sont à l'affiche Dans ce grand corps délibérant ; Mais du devoir faut qu'on s'en fiche Ou le nommer le moins souvent ; Il faut supprimer la police Au moins la nuit tout bonnement,
Afin des brigands l'artifice Ne pas heurter trop durement :
En ça Gombers, flairant malice, Ne dit pas mot ; c'est plus prudent.
Il faut aussi prendre mesure
Contre la vie enchérissant,
Contre la profiteuse usure
Et le patron trop exigeant ;
Ce qu'on ne dit, la chose est sûre,
C'est, à rien faire en se tenant.
Ce qu'un chômeur, en forfaiture
Coûte au travail le supportant :
De parler grève qui pressure
Gombers s'abstient ; c'est plus prudent.
De tors venants la prescience Donne un conseil légèrement ; Seule à ses cris la conscience Voit les oreilles se bouchant :
** Religion de notre enfance,