‹ Rime et raisonChapitre 5 sur 19 · LA CONFÉRENCE DE GENES · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE DE GENES

Je n'ai fait jusqu'ici qu'ébaucher les merveilles

Du traitement des maux dont le monde est souffrant ;

J'arrive de ce pas au moyen culminant.

Non contents d'appliquer le droit soviétique :

" Je prends tout, retiens tout et garde la boutique."

Il nous faut pour Trotzky un emprunt colossal

Qui remette en ses mains le grand montant total

Des trésors réunis de l'univers entier.

Afin de maintenir le tzar de l'ouvrier ;

Et, si quelque métal échappe au grand lavage,

Il vous sera permis, chez nous, d'en faire usage,

Admettant, néaamoins, notre condition

D'en avoir ni profit ni la possession:

Portant des soviets le joug et les entraves

Il vous sera donné d'en être les esclaves . . . [l'honneur . . .

— Ah ! mais, c'est un peu fort ; la France a bien

— Patience ! au lieu d'esclave, écrivons serviteur. Dit aussitôt Schanzer, le grand modérateur.

— Sinon, tremblez humains, craignez l'horreur dantesque D'un pays, devenu cadavre gigantesque,

Couvrant le monde entier de sa putréfaction !

— "Hurrah! reprend Lloyd George. Ensuite, à l'action! Que la Sainte Russie, entière et soviette,

Reprenne sa puissance et aussi son assiette ! ! Enfin, occupons-nous de l'empire allemand Pour lequel on doit être un peu condescendant;

Ayant déjà reçu notre part des dépouilles. Il faut à son égard, cessant toutes patrouilles, Se montrer généreux, savoir se contenter De rieii ou presque rien, au besoin lui prêter. Pour nous réconforter, réjouir nos entrailles. Il nous reste toujours le traité de Versailles.

La Ligue des Nations

La Ligue des Nations

Pendant que l'on se bat sur le front gigantesque Qui voit le monde entier combattre le Tudesque Qu'on accuse à bon droit d'abominations, Wilson rêve de ligue, et ligue des nations ; En sa tête il ébauche, avec art et génie. Un plan, non pas nouveau mais qui sent la manie, Où, prenant pour modèle un peuple souverain. Il donne à l'univers l'aspect américain : Dans ces temps fortunés qui suivront la victoire Les seuls rois reconnus seront ceux de la gloire. Et nul monarque ancien régnant sur l'ennemi Pourra porter couronne ... à moins d'être un ami ; Enfin débarrassés de ce joug monarchique. Qui des faibles humains est le mal atavique, Les gens, redevenus en tous lieux de vrais saints. Iront réalisant partout ses grands desseins ; Et l'on ne verra plus sur la machine ronde Que peuples savourant bonheur qui les inonde. Afin de mettre au jour et la forme et le fond Du projet mondial fort obscur mais profond.

Le président régnant de la libre Amérique Prononce des discours, joue au pape laïque. Et par l'opinion est d'autant plus prisé Qu'à le comprendre moins tous ont rivalisé. Pendant tout ce temps-là, la guerre continue D'ensanglanter la terre, et la mer, et la nue. Dans notre camp, dit-on, à la lutte contraint, Tout semble présager un échec que l'on craint ; Si la défaite arrive éprouvant l'énergie, C'est du commandement savante stratégie ; Mais si, dans le combat, cessant de balancer, On riposte un peu mieux, fait mine d'avancer, De l'électricité les ondes merveilleuses Proclament à l'instant victoires glorieuses En décrivant aux gens, liseurs de bulletins, Des pays reconquis les lambeaux incertains ; Et toujours, en dépit de la déconfiture. On nous laisse entrevoir la victoire future ; Chacun même, en sauveur s'érigeant à son tour, Nous dira du triomphe et le mois et le jour. Cependant que l'effort et le poids de la guerre Retombent sur la France agonissaate et fière. Mais bientôt sur le front circule la rumeur Qu'un seul chef reconnu doit corriger l'erreur Commise jusqu'ici dans l'art et la méthode Par tous les alliés se battant à leur mode : Ce bruit qui se propage, ô bonheur ! est fondé

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