‹ Rimes d'un bisal̀eulChapitre 14 sur 75 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

ADRESSÉS A MES PETITS-ENFANTS, MAURICE ET CLÉMENCE, QUELQUES JOURS AVANT LEUR MARIAGE

Sur cette vaste mer du matrimonium,

A travers les récifs du condominium

Où votre confiante et double ardeur s'élance,

Mon voyage a pris fin et le vôtre commence.

Dans quelques jours, vous allez suivre, mes enfants,

La route où vous irez, côte à côte, longtemps,

Où le rêve d'amour qu'a fait votre jeunesse

Dans un élan de foi, va tenir sa promesse.

— Pour les cœurs amoureux, impatients d'aimer,

Ce n'est pas du début que l'heure paraît lente,

Mais celle qui termine et qui finit l'attente;

Et n'est-il pas trop tard pour m'écouter rimer

Des vœux paternels que je voudrais voir sans cesse

En s'épandant sur vous, réjouir ma tendresse!

Que chaque soir tous deux, vous tenant par la main,

Vous ayez, doux régal d'un constant lendemain,

Bon gîte, bon souper, et dans le cœur le reste;

Que, dans l'enivrement de la félicité,

Lorsque l'amour pour vous aura levé ses voiles,

En suivant les sentiers de la réalité,

Vous gardiez dans le cœur les visions d'étoiles

Qui vous ont ici-bas l'un à l'autre rivés;

Et que tous les bonheurs que vous aurez sur terre,

Soient, afin d'exaucer les souhaits du grand-père,

Moins ceux qu'il a connus que ceux qu'il a rêvés !

Mais conservez toujours vos deux pieuses flammes; Pour vous guider plus tard, au delà du tombeau, Dans la commune foi qui fleurit dans vos âmes Et vous a rapprochés, — vous aurez un flambeau.

Paris, i5 avril 1899.

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