SOUS-BOIS DES NUITS ÉTOILÉES
A Marie Maire, ma petite-fille.
... Et tacito scintillant sidéra motu.
Sannazar, De Par lu Virginis.
Accompagnez mes pas, noctambules des bois, Venez dans la forêt où s'entendent les voix Et les appels de la hulotte et de l'effraie, Langage amoureux dont l'accent étrange effraie La superstition et les amants peureux; Venez dans les sentiers des taillis moins ombreux D'où Ton peut voir les étoiles silencieuses, Dans leur course, à travers des lambeaux du ciel bleu , Scintiller, et de leurs lointains rayons de feu Rendre, en les caressant, les feuilles lumineuses. Ecoutez : rien ne bouge, autour de nous tout dort, Et la nuit a donné la parole au silence; Comme l'eau que le fleuve entraîne vers le port, Chaque heure, en s'écoulant, va vers la souvenance. Dépouillez votre cœur, sortez-en les secrets.
La Nature en repos et son œuvre endormie Pour les craintifs aveux a chargé les forêts De remplacer près d'eux la plus discrète amie. Leur feuillage encor jeune a gardé les senteurs
[fleurs; Du printemps qui nous quitte en nous laissant ses Des prés fauchés le soir la nuit s'est parfumée, La brise caressante en est tout embaumée.
Par le cœur et les sens savourons loin du bruit La paix et la douceur de chaque instant qui fuit : Bientôt reparaîtra, précédé par l'aurore, Le jour, fier du soleil et des beautés qu'il dore.
Quand reviendra décembre et ses jours écourtés, Décembre le mois sombre, au zénith sans étoiles, Le souvenir des belles nuits de nos étés, De la brume pour moi traversera les voiles, Et je verrai toujours, sans pouvoir l'oublier, Du firmament de juin la voûte scintiller.
24 juin 1899.
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