‹ Rimes d'un bisal̀eulChapitre 26 sur 75 · RÉMINISCENCE DES PLEINES LUNES · texte numérisé non relu

RÉMINISCENCE DES PLEINES LUNES

A Madame Emile Ambroise.

Lorsque la nuit est belle et le cœur sans soucis Et que tous ses tourments, par l'espoir adoucis, Ont fait place au repos qu'offre l'heure opportune, Il est doux de rêver tout seul au clair de lune;

Doux aussi de bercer l'imagination De la vieille chanson des choses impossibles, De mettre son âme en communication Avec la légion des aimés invisibles.

A l'heure où brille au ciel l'étoile de Cypris,

Il est doux le baiser sur les cheveux d'Iris,

Et, le matin, devant que midi les déflore.

Doux le parfum des fleurs sur les genoux de Flore.

Mais est triste à son tour la page des regrets Que les jours passés ont laissés dans la mémoire, Pénible aussi le symbole des beaux œillets Au langage desquels, jadis, on a pu croire, Quand dès l'aube on allait confier aux forêts, Ou le soir à Phœbé ses longs espoirs secrets.

Le seul dictame, alors, est dans la déchéance Qui, devançant la mort dans le cœur affaibli, Au fond de la pensée atteint la souvenance Et repose le cœur en lui versant l'oubli!

3o octobre 1899.

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