LES LUCIOLES
Le souvenir m'est demeuré, quoique lointain, Des ébats amoureux, des jeux, des danses folles Qu'exécutait, à Nice, au fond de mon jardin, Le soir, le tourbillon ailé des lucioles,
Pendant que j'écoutais le bruit rythmé du flot
Qui venait, expirant, caresser le rivage,
Et que pour moi la brise, à l'heure où tout se clôt,
Avait dans son silence un parfumé langage
Que n'ont plus aujourd'hui pour mes rêves vieillis
Les nuits ou les printemps fleuris de la Lorraine :
Ce souvenir me suit au milieu des taillis
Où parfois ma pensée avec lui se promène.
L'absence est une épreuve où succombent tous ceux Qui n'ont pas dans le cœur une constante image, Ou dont l'esprit léger, de l'effort paresseux,
N'a pas de son passé conservé l'esclavage.
Chacun est amoureux de voir les pas anciens Dansés aux sons des harpes, rebecs ou violes, Et moi, j'ai du bonheur lorsque je me souviens Des soirs de Nice, où folâtraient les lucioles.
24 juillet 1899.