INFIDÉLITÉS
Qui n'a pas dans sa vie eu des moments d'erreur Et ne renferme en soi quelque faute cachée !
Dans son passé, le souvenir, ce déterreur, En découvre toujours dont elle est entachée.
Les sentiments de l'homme, à son devoir fidèle, Sont, malgré lui, sujets à l'infidélité; J'en suis moi-même, hélas ! une preuve cruelle, Dont cependant parfois on m'a félicité :
J'avais au Vétiver consacré, sans mélange, L'hommage mérité d'un culte intransigeant, Et, m'étant bien armé contre le goût changeant, C'était entre nous comme un mariage étrange.
En vain tous les parfums, en doutant de ma foi, A ma porte, longtemps, vinrent faire antichambre, Je les avais bannis sans pitié de chez moi, Mais, en les repoussant, j 'avais compté sans Y Ambre. . . Un jour où s'absentait l'invincible rival,
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Il vint s'offrir avec son arôme idéal....
Je fus conquis, et depuis lors c'est lui qui règne;
Mais quand je pense au Vétiver, ah ! mon cœur saigne !
Je sens que, malgré ma nouvelle passion,
Mon corps sevré de son essence habituelle
Ne pourra se passer d'une sensation
Qu'il a tant ressentie et croyait éternelle,
Tant il est avéré qu'on en revient toujours,
Dit l'ancienne chanson, à ses premiers amours.
Comme ou retourne auprès d'une vieille maîtresse,
Le cœur plein d'une exquise et récente tendresse.
D'Aurevilly l'avait dépeint, ce sentiment, Dans un livre paré de son style magique, Mais ce récit étrange est-il bien véridique, Est-ce lui qui raconte ou sa plume qui ment?
i3 juillet 1899.