‹ Rimes d'un bisal̀eulChapitre 5 sur 75 · A MES LECTRICES · texte numérisé non relu

A MES LECTRICES

Pour trouver un accueil amical et sincère, A qui vous adresser, rimes de mes vieux jours? L'état d'âme et le cœur du penseur solitaire Se montrent si changeants, qu'il hésite toujours.

Beaucoup de passions et de rudes épreuves

Ont agité sa vie, et tantôt la raison,

Tantôt la fantaisie, y mêlent à foison

Des sujets trop vieillis à des choses trop neuves.

Vous sentez mieux que nous et plus diversement, Lectrices de tout rang, femmes de tous les âges ; La forme importe peu, c'est par le sentiment Que vous m'allez juger en parcourant ces pages.

N'y blâmez point surtout quelque jeune chanson. Quand j'ai dit à mon cœur, pour écrire mon livre : Parle-moi du printemps ou fais-le-moi revivre, Ma plume malgré moi s'est mise à l'unisson.

Ce n'est pas le vieillard qui près de vous s'empresse, C'est l' Autrefois qui s'en revient, à son appel, Faire des fouilles dans le registre éternel Où dorment, sans vieillir, les heures de jeunesse,

Et qui vous ose offrir, en toute humilité,

Son nouveau livre, en comptant moins, je le proclame,

Pour le bien accueillir, sur la bénignité

Des hommes, que sur l'indulgence de la femme.

« Car un auteur ne sait jamais qui le lira, » Nous a dit Richepin. Qui le contredira?

Serait-ce vous, madame au tout charmant sourire, Ou vous qui n'osez point du poète médire, Non plus que de Musset, Byron ou Sénancour, Auxquels votre âme aussi, peut-être, a fait la cour?

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