‹ Rimes de Pétrarque (volume 2)Chapitre 124 sur 159 · SONNET LXX · texte numérisé non relu

SONNET LXX

Pour cacher aux hommes ses angoisses amoureuses, il rit et simule l'allégresse.

Quand César dans les mains de l'Égyptien vit Le chef de son rival , que l'univers admire , Voulant que nul ne pût sa joie au dehors lire, Il versa quelques pleurs : tel on le voit écrit.

De Carthage voyant les revers sans répit , Et, voyant sa fortune aller de mal en pire , Quand le peuple pleurait, on vit Annibal rire, Cherchant à soulager son bien amer dépit :

C'est ainsi que l'instinct absolument contraire L'âme fait simuler , par chaque passion , Le masque en variant selon l'intention.

Si dans les ris , les chants , je parais me distraire , C'est par là seulement qu'aux gens je rends latent Le deuil qui, dans mon cœur, est toujours persistant.

GANZONE IX.

Oppresse da tanti affanni , délibéra di volersi partira dalP amore di Laura.

Mai non vo' più cantar com' io soleva :

Ch' allri non m' intendeva; ond' ebbi scorno :

E puossi in bel soggiorno esser moleslo.

Il sempre sospirar nulla rileva.

Già SU per 1' alpi neva d' ogni inlorno ;

Ed è già presso al giorno ; ond' io son deslo.

Un atlo dolce onesto è gentil cosa :

Ed in donna amorosa ancor m' aggrada

Che 'n vista vada altéra e disdegnosa,

Non superba e ritrosa.

Amor regge suo imperio senza spada.

Chi smarrit' ha la slrada, torni indietro;

Chi non ha albergo, posisi in sul verde;

Chi non ha 1' auro o '1 perde,

Spenga la sete sua con un bel vetro.

GANZONE IX.

« Comprenne qui pourra; quant à moi, je m'entends. > (Strophe 2 J

Cette canzone a été diversement interprétée. La majeure partie des auteurs italiens confessent son obscurité inextricable. Plusieurs ont essayé de rompre le nœud de ses énigmes; mais Léopardi, l'un des plus considérés commentateurs, n'a pas même voulu essayer, désirant respecter le mystère que l'auteur a répandu dans cette canzone. Moi je pense comme Castel-Vetro que tout y a trait à l'historique de son amour pour Laure. C'est comme une suite de sentences et de proverbes.

Je ne veux plus chanter comme j'en ai coutume :

Personne ne m'entend , de là mon amertume ;

On peut parfois déplaire en un si beau séjour,

A quoi bon soupirer et la nuit et le jour?

Et les Alpes déjà de neige se recouvrent,

L'aube va bientôt poindre, et mes yeux au jour s'ouvrent.

Une action honnête est un fait très-heureux :

J'aime à voir une dame au regard amoureux ,

A l'allure altière et même dédaigneuse,

Mais nullement orgueilleuse.

Sans glaive peut FAmour ses sujets maintenir. Qui s'égare en chemin doit vite revenir. Qui n'a point de logis doit dormir sur la terre.

Qui son or ne peut tenir, Qu'il étanche sa soif en prenant un beau verre.

r die' in guardia a San Pietro; or non più, no Intendami chi puô, ch' i' m' intend' io. Grave soma è un mal fio a mantenerlo.

Quanto pos'so mi spetro, e sol mi sto. Fetonte odo che 'n Po cadde, e morio ; E già di là dal rio passato è '1 merlo : Deh venite a vederlo; or io non voglio. Non è gioco uno scoglio in mezzo 1' onde, E 'ntra le fronde il visco. Assai mi doglio Quando un soverchio orgoglio Moite virtuti in bella donna asconde.

Alcun è che risponde a chi nol chiama ; Altri, chi '1 prega, si dilegua e fugge ; Altri al ghiaccio si strugge ; Altri di e notte la sua morte brama.

Proverbio, ama chi t' ama, è falto antieo. r so ben quel ch' io dico. Or lassa andare; Che conven ch' altri impare aile sue spese. Un' umil donna grama un dolce amico.

Mal si conosce il fico. A me pur parc Senno a non cominciar tropp' alte impreso : E per ogni paese è buona stanza.

L' infmita speranza occide altrui :

Ed anch' io fui alcuna voila in danza. Quel poco che m' avanza, Fia chi nol schifi, s' i' '1 vo' dare a lui.

En saint Pierre j'eus foi; mais je cesse à l'instant : « Comprenne qui pourra; quant à moi, je m'entends. » Ce qui vient mal acquis, on le garde avec peine. Désirant rester seul, j'écarte qui me gêne. Phaéton dans le Pô j'entends choir; il est mort ! Au delà du ruisseau , le merle est sur le bord ; Ah ! venez donc le voir ! Maintenant je m'oppose. Un écueil dans les flots est dangereuse chose, Dans les feuilles la glu. Pour moi c'est un grand deuil.

Quand un excessif orgueil Cache tant de vertus dans une belle dame. Les uns veulent répondre à qui ne le réclame ; Tel, quand il est prié, disparaît et s'enfuit;

Tel par la glace est détruit ; Tel la mort, nuit et jour, convoite dans son àme.

Aime qui t'aimera , le proverbe est ancien ; Je sais ce que je dis, or je ne dis plus rien. Il faut bien que chacun à ses dépens apprenne. Femme humble ses amis à la tristesse mène. On connaît mal la figue. A mes yeux, cependant. D'entreprendre trop haut me paraît imprudent. En tous lieux un logis est bien digne d'envie. Vouloir trop espérer, c'est mépriser la vie ; Je l'ai bien ressenti moi-même quelquefois.

Le peu qui me reste de foi, Qu'on ne le raille point si j'en fais confidence :

1' mi fido in colui che '1 mondo regge E ch' e' seguaci suoi nel bosco alberga, Che con pietosa verga 1 Mi meni a pasco ornai Ira le sue gregge.

Forse ch' ogni uom che Icgge non s' intendc :

E la rele ta! tende che non pig'ia;

E chi Iroppo assottiglia si scavezza.

Non sia zoppa la legge ov' altri attende.

Pcr bene star si scende moite miglia.

Tal par gran maraviglia, e poi si sprezza.

Una chiusa bellezza è più soave.

Bcnedetta la chiave che s' avvolse

Al cor, e sciolse Y aima, e scossa ï ave

Di catena si grave,

E 'nfmiti sospir del mio sen toise.

Là dove più mi dolse, altri si dole;

E dolendo addolcisce il mio dolore;

Ond' io ringrazio Amore

Che.più nol sento ; ed è non men che suole.

In silenzio parole accorte e sagge,

E '1 suon che mi sottragge ogni altra cura,

£ la prigion oscura ov' è '1 bel lume ;

Le notturne viole per le piaggie,

E le fere selvagge «ntr' aile mura

E la dolce paura e '1 bel costume,

j En Dieu seul j'ai placé toute mon espérance ; Il donne un bon asile à qui subit ses lois ;

Que, dans sa miséricorde, De vivre avec les siens désormais il m'accorde !

Peut-être tel qui lit ne comprend constamment ;

Tel qui tend les filets parfois en vain s'épuise ; -

Et rarement conclut qui par trop subtilise.

Qu'une parfaite loi s'énonce clairement.

Pour être bien assis, descendons plusieurs mille.

Ce qui d'abord surprend, plus tard semble futile.

Une beauté voilée a bien plus de douceur.

Que je bénis la clé qui, pénétrant mon cœur.

Rendit libre mon âme et bien indépendante

De sa chaîne si pesante , Et de soupirs sans nombre a soulagé mon sein ; Ce dont j'ai tant souffert, un autre aussi s'en plaint , Et sa peine adoucit ma douleur accablante ;

Je fends donc grâce à l'Amour , Car je ne le sens plus , quoiqu'il me suit toujours.

La parole si sage et pleine de prudence. Et le son qui me rend de tout bien oublieux , Et l'obscure prison où brillent deux beaux yeux , Les charmes si secrets de sa rare élégance , Sa vertu si sauvage en ses retranchements , La bien douce frayeur , ses actes si charmants,

E di duo fonti un tiume in pace volto

Dov' io bramo, e raccolto ove che sia :

Amor e gelosia m' hanno 1 cor tolto :

E i segni del bel volto,

Che mi conducon per più piana via

Alla speranza mia, al fin degli affanni.

0 riposlo mio bene ; e quel che segue :

Or pace or guerre or tregue,

Mai non m' abbandonate in questi panni.

De' passati miei danni piango e rido ; Perché molto mi fido in quel ch' i' odo. Del présente mi godo, e meglio aspetto; E vo contando gli anni, e taccio, e grido; E 'n bel ramo m' annido, ed in tal modo , Ch' r ne ringrazio e lodo il gran disdetto, Che r indurato affetto al fine ha vinto, E neir aima dipinto : i' sare' udito, E mostratone a dito; ed hanne estinto.

Tanto innanzi son pinto, Ch' i' il pur dirô : non fostu tanto ardito. Chi m' ha '1 fianco ferito, e chi '1 risalda, Per cui nel cor via più che 'n carte scrivo ; Chi mi fa morto e vivo ; Chi 'n un punto m' agghiaccia e mi riscalda.

Le fleuve à double source , à la marche discrète,

Qui roule où vont nos vœux, n'importe où qu'il s'arrête,

L'Amour et Jalousie, en mon cœur deux bourreaux.

Et du visage les signaux • Qui dirigent mes pas vers ma douce espérance , Me faisant entrevoir la fin de tous mes maux ; 0 mon bonheur secret ! et puis la conséquence :

Guerre ! trêve ! ou la paix !

De moi vous ne sr.vez vous éloigner jamais I

De mes malheurs passés je ris et me lamente, Car j'ai bien confiance en tout ce que j'entends : Le présent me ravit, et mieux encor j'attends , * ^ Et je compte les ans, je me tais et je chante; Sur un rameau * si beau je niche glorieux , Et j'en loue et bénis le refus vigoureux, Qui de mon dur instinct a dompté la rudesse ; Dans mon âme j'en sens une telle allégresse ; Mais si l'on m'entendait , autrui de moi rirait.

Mon visage est si défait !

Si tu n'étais si fier , j'oserais bien te dire : Qui sut percer mon flanc , et qui sain le refait ; Pour qui j'en pense plus que je n'en sais écrire ; .

Qui me fait et vif et mort ; Qui , dans si peu d'instants, triste et gai fait mon sort.

MADRIGALE III.

Allegoricamente descrive le circostanzc del suo dolce innamoramento.

Nova angeletta sovra 1' aie accorla Scese dal cielo in sulla fresca riva Là ond' io passava sol per mio dcslino. Poi che senza compagna e senza scorla Mi vide, un laccio che di seta ordiva, Tese fra 1' erba ond' è verde il cammino. AUor fui preso; e non mi spiacque poi; Si dolce lume uscia degli occhi suoi.

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