SONNET LXXVI
Il dévoile à son ami quelles sont et quelles ont été constamment
Je veux, Senuccio, te faire bien savoir Comment je suis traité, quelle vie est la mienne : Laure, comme toujours , selon son gré me mène ; Dans la flamme je vis sans cesse et dans l'espoir.
Bien humble, là, j'ai pu, là, bien fière, la voir. Tantôt la bonté même et tantôt inhumaine ; Modestement vêtue , et parfois bien mondaine ; La douceur de ses yeux ou le dédain pleuvoir.
Là mon cœur fut percé de ses yeux par l'empire ; Là je la vis s'asseoir , ou doucement chanter; Là je la vis marcher, ou bien là s'arrêter ;
Là j'ouïs sa parole, ou je la vis sourire ;
Là changea son visage. Hélas ! la nuit , le jour ,
Dans ces pensers me tient notre maître , l'Amour.