‹ Rimes de Pétrarque (volume 2)Chapitre 154 sur 159 · CANZONE X · texte numérisé non relu

CANZONE X

Gerça ogai via di mitigar il suo affanno, ma ci rimane sempre più immerso.

Se '1 pensier che mi strugge,

Gom' è pungente e saldo,

Gosi vestisse d' un color conforme,

Forse tal m' arde e fugge,

Gh' avria parte del caldo,

E desteriasi Amor là dov' or dorme :

Men solitarie V orme

Foran de' miei piè lassi

Per campagne e per colli ;

Men gli occhi ad ogni or molli;

Ardendo lei che come un ghiaccio stassi,

E non lassa in me dramma

Ghe non sia foco e fiamma.

Perô ch' Amor mi sforza

E di saver mi spoglia,

Parle in rim' aspre e di dolcezza ignude

GANZONE X.

II cherche par tous les moyens possibles à soulager ses peines ; il y reste plongé plus que jamais.

Si ma rongeante pensée Si ferme et si prononcée

Je pouvais la vêtir d'un style tf)ut pareil, Celle qui détruit mon âme , Pourrait partager ma flamme ,

De son amour qui dort on verrait le réveil ; De ma démarche si lasse, Sur les plages , sur les monts Moins seule serait la trace , Mes yeux en pleurs moins féconds ,

Si succédait en elle un foyer à la glace : Qui dans moi ne laisse un lieu Qui ne soit ou flamme ou feu.

Puisque l'Amour me délaisse , Oui, la plus grande rudesse Dans mes rimes éclate, à défaut de savoir ;

Ma non sempre alla scorza

Ramo, ne 'n fior, ne 'n foglia,

Mostra di fuor sua natural virtude.

Miri ciô che '1 cor chiude,

Amor e que' begli occhi

Ovc si siede ail' ombra.

Se '1 dolor che si sgombra,

Avven che 'n pianto o 'n lamentar Irabocchi,

L' un a me noce, e V altro

Altrui, ch' io non lo scaltro.

Dolci rime leggiadre

Che nel primiero assalto

D' Amor usai, quand' io non ebbi altr' arme ;

Chi verra mai che squadre

Questo mio cor di smalto,

Gh' almen, com' io solea, possa sfogarmc ?

Ch' aver dentr' a lui parme ,

Un che Madonna sempre

Dipinge, e di lei parla :

A voler poi ritrarla,

Per me non basto ; e par ch' io me ne stempre

Lasso, cosî m' è scorso

Lo mio dolce soccorso.

Come fanciul ch' appena Volge la lingua e snoda ;

Mais l'arbre dans l'écorce ,

Dans les feuilles ne fait voir Ni toujours dans les fleurs les preuves de sa force.

Que l'Amour, et les beaux yeux

Qu'il habite si joyeux,

Dans mon cœur daignent bien lire.

Si ma douleur qui transpire En plaintes se résout, en pleurs tumultueux,

Ces derniers moi seul j'essuie ,

De ma plainte autrui j'ennuie.

Quand l'Amour vint m'assiéger ,

Vous, rimes pleines de charmes.

Vous fûtes dans ma lutte alors mes seules armes ;

Qui donc viendra dégager

Mon cœur de sa froide allure , Gomme autrefois, qu'il puisse au moins se soulager?

Je crois voir dans sa nature

Je ne sais quoi, qui, toujours.

De Laure me peint les atours ;

Mais je sens mon impuissance Pour faire son portrait, de là vient ma souffrance. Hélas ! ce secours j'ai perdu,

Qui tant heureux m'a rendu !

Tel que l'enfant qui la chaîne De sa langue meut à peine ,

Che dir non sa, ma '1 più tacer gli è noia;

Cosi '1 désir mi mena

A dire; e vo' che m' oda

La mia dolce nemica anzi ch' io moia.

Se forse ogni sua gioia

Nel suo bel viso è solo,

E di tutt' altro è schiva ;

Odil lu, verde riva.

E presta a' miei sospir si largo volo,

Che sempre si ridica

Corne tu m' eri amica.

Ben sai che si bel piede

Non toccô terra unquanco,

Corne quel, di che già segnala fosli :

Onde '1 cor lasso riede

Col tormentoso fianco

A partir teco i lor pensier nascosli.

Cosi avestu riposti

De' bei vestigi sparsi

Ancor tra i fiori e 1' erba ;

Che la mia vita acerba

Lagrimando trovasse ove acquetarsi.

Ma come puô s' appaga

L' aima dubbiosa e vaga.

Ovunque gli occhi volgo, Trovo un dolce sereno.

Et, quoique ne sachant, veut pourtant discourir;

Ainsi mon désir me presse,

Et de vouloir je ne cesse Être entendu par elle , avant que de mourir.

Mais s'il a seul son visage,

De sa grâce le partage.

Qu'ailleurs régnent les glaçons ,

Entendez-moi , frais vallons :

Faites que mes soupirs résonnent d'âge en âge ,

Et qu'on redise toujours

Que vous fûtes mes amours.

Vous savez que jamais trace

D'un si beau pied la surface De vos prés ne foula, ni de vos lieux déserts ;

Et, dans sa dure détresse ,

De venir mon cœur s'empresse Partager avec vous ses pensers les plus chers.

Que ne vois-je conservées

Et profondément gravées

Ses traces parmi les fleurs !

Là les trouvant réservées , J'aurais pu soulager mes chagrins dans les pleurs.

Mais comme peut se contente

Jlon âme incertaine , errante.

Tous les lieux que voient mes yeux Me paraissent radieux ,

Pensando : qui percosse il vago lume.

Qualunque erba o fior colgo,

Credo che nel terreno

Aggia radice, ov' ella ebbe in costume

Gir fra le piagge e '1 fiume,

E talor farsi un seggio

Fresco, fiorito e verde.

Cosî nulla sen perde :

E più certezza averne, fora il peggio-

Spirlo beato, quale

Se' quando altrui fai taie ?

0 poverella mia, corne se' rozza !

Credo che tel conoschi :

Rimanti în questi boschi.

Car je dis : Là frappa son ardente prunelle ;

L'herbe ou rameau que je prends

Je crois au sol adhérents Qu'elle foula souvent dans sa course habituelle,

Du fleuve non loin des bords ,

Ou voir reposer son corps

Sur l'herbe en fleur et nouvelle ;

Ainsi pour moi tout est gain , El je serais fâché d'en être plus certain.

Bel esprit , quelle est ton essence ,

Qui me fais telle existence ?

0 ma pauvrette ! hélas ! tes moyens sont bornés I Je crois que tu le connais :

Reste donc dans ces bocages.

GANZONE XI.

Rivolgesi estatico a que' luoghi ove la vide, e dove fu, ed è bealo in amarla.

Ghiare, fresche e dolci acque,

Ove le belle membra

Pose colei che sola a me par donna ;

Gentil ramo, ove piacque

(Gon sospir mi rimembra)

A lei di fare al bel fianco colonna;

Erba e fior, che la gonna

Leggiadra ncoverse

Gon r angelico seno ;

Aer sacro sereno,

Ov' Amor co' begli occhi il cor m' aperse :

Date udienza insieme

Aile dolenti mie parole estreme.

S' egli è pur mio destino

(E il Gielo in ciô s' adopra)

Ch' Amor quest' occhi lagrimando chiuda,

Qualche grazia il meschino

Corpo fra voi ricopra,

GANZONE XI.

Dans son enthousiasme, il repasse dans son esprit tous les lieux où il vit Laure , où il fut, où il était heureux de l'aimer.

Claires, fraîches, douces eaux ,

Où baigna ses traits si beaux La dame que je dis de son sexe la reine ;

Charmant rameau qu'en la plaine

( En soupirant il m'en souvient ) Elle daigna donner à son corps pour soutien

Fleurs brillantes , herbes vertes ,

Que sa robe a recouvertes

Avec l'angélique sein ;

Air immortel , air serein Où par ses deux beaux yeux l'Amour causa ma flamme

Venez donc tous en essaim Écouter les accents bien plaintifs de mon âme.

Mais si mon destin est tel, Si c'est le désir du ciel Que mes yeux par l'amour soient éteints dans les larmes Que mon corps inanimé Parmi vous soit inhumé .

330 SONNETS ET CANZONKS

E torni V aima al proprio albergo ignuda.

La morte fia men cruda

Se questa speme porto

A quel dubbioso passo ;

Ghe lo spirito lasso

Non poria mai in più riposato porto

Ne 'n più tranquilla fossa

Fuggir la carne travagliata e 1' ossa.

Tempo verra ancor forse,

Ch' air usato soggiorno

Torni la fera bella e mansueta :

E là 'v' ella mi scorse

Nel benedetto giorno,

Volga la vista desiosa e lieta,

Cercandomi; ed, o pieta!

Già terra infra le piètre

Vedendo, Amor 1' inspiri

In guisa che sospiri

Si dolcemenle che mercè m' impetre,

E faccia forza al Gielo,

Asciugandosi gli occhi col bel vélo.

Da' be' rami scendea

(Dolce nella memoria)

Una pioggia di fior sovra '1 suo grembo;

Ed ella si sedea

SUR LA VIE DE LAURE. SS^l

Et que mon âme parte au séjour sans alarmes ;

Moins dure sera la mort ,

Si dans mon malheureux sort

Me berce cette espérance ;

Car jamais un plus sûr port L'esprit ne put trouver à sa longue souffrance ,

Ni dans un plus doux repos Dormir paisiblement et ma chair et mes os.

Le temps reviendra peut-être

Qu'où je la voyais paraître Je pourrai ma beauté si fière encor revoir ;

Et là qu'elle pût me voir

En cette journée heureuse , Qu'elle m'y cherchera complaisante et joyeuse ;

Mais, ô spectacle touchant !

En poussière me sachant ,

Que l'Amour si bien l'inspire ,

Et si doux qu'elle soupire , Pour que de mes erreurs le pardon gracieux

Du ciel par force elle attire , Avec son joli voile en essuyant ses yeux ?

Et de fleurs une avalanche Sur sa poitrine si blanche ( 0 bien doux souyenir ! ) des rameaux descendait ; Et, dans sa gloire suprême ,

Umile in tanta gloria,

Coverta già dell' amoroso nembo.

Quai fior cadea sul lembo,

Quai su le trecce bionde,

Ch' oro forbito e perle

Eran quel di a vederle ;

Quai si posava in terra, e quai su F onde:

Quai con un vago errore

Girando, parea dir : Qui régna Amore.

Quante volte diss' io

Allor pien di spavento :

Costei per fermo nacque in Paradiso !

Gosi carco d' obblio

Il divin portamento

E '1 volto e le parole e '1 dolce riso

M' aveano, e si diviso

Dair immagine vera,

Gh' i' dicea sospirando :

Qui corne venn' io, o quando ?

Gredendo esser in Giel, non là dov' era.

Da indi in qua mi place

Quesf erba si, ch' altrove non ho pace.

Se tu avessi ornamenti quant' hai voglia,

Potresti arditamente

Uscir del bosco e gir infra la gente.

Humble elle était à l'extrême, Et la nue amoureuse en tout sens l'inondait;

Des fleurs couvraient sa parure,

Et d'autres sa chevelure

Qui paraissait en ce jour

D'or faite et de perles vives, Les unes sur le fleuve et d'autres sur ses rives.

D'autres volant tout autour Semblaient dire : C'est là le règne de l'Amour.

Combien de fois, je l'atteste.

Je dis tout tremblant dabord :

Elle naquit vraiment dans l'empire céleste 1

Et mon souvenir si fort

Par son délicieux port.

Par ses traits, sa parole et son bien doux sourire.

Était troublé, par l'attrait

J'étais du vrai si distrait.

Qu'en soupirant j'osais dire :

Là de quand suis-je, et comment ?

Au ciel je me croyais, non où j'étais vraiment

Depuis je l'ai tant chérie. Car seule elle me rend la paix, cette prairie.

Si com.me ton vouloir était ton ornement,

Tu pourrais, bien hardiment, Canzone, voir le monde et quitter ce bocage.

I lU.'

GANZONE XII.

lionlano da Laura, si riconforta Ipovando la sua bella immagi! t da per lutto.

In quella parte dov' Amor mi sprona,

Gonvcn ch' io volga le dogliosc rime,

Ghe son seguaci délia mente afflitta.

Quai tien ultime, lasso, e qua' fien prime?

Celui che del mio mal meco ragiona,

Mi lascia in dubbio; si confuso ditta.

Ma pur quanto V istoria trovo scrilta

In mezzo '1 cor, che si spesso rincorro,

Con la sua propria man, de' niiei martiri,

Dirô : Perché i sospiri,

Parlando, han triegua, ed al dolor soccorro.

Dico che, perch' io miri

Mille cose diverse altento e fiso.

Sol una donna veggio e '1 suo bel viso.

Foi che la dispielata mia ventura

M' ha dilungato dal maggior mio bene.

CANZOxNE XIL

Eloigné de Laurc, il se console en trouvant partout sa belle image.

Où je sens que TAmour me presse avec instance Je dois donc diriger mes bien langoureux vers, Qui reflètent mon âme en ses tristes revers. Par où faut-il finir ou bien que je commen«îe ? Celui qui de mes maux avec moi s'entretient Confusément me dicte , incertain me retient. Tant qu'écrite, pourtant, j'en sentirai l'histoire Dans mon cœur par l'Amour , et que dans ma mémoire Je parcours si souvent, de mon malheur si vif ,

Je dirai : Les doléances Se taisent en parlant , moindres sont les souffrances.

Quoique je mire, attentif, De mille objets divers la séduisante image , Laure seule je vois et son charmant visage.

Et puisque mon farouche et superbe destin. Qui tant par ses ennuis rigoureux m'importune,

Noiosa, inesorabile e superba;

Amor col rimembrar sol mi mantene :

Onde s' io veggio in giovenil figura

Incominciarsi '1 mondo a vestir d' crba,

Parmi veder in quella etate acerba

La bella giovenetta, ch' ora è donna :

Poi che sormonta riscaldando il sole,

Parmi quai esser sole

Fiamma d' amor che 'n cor alto s' indonna :

Ma quando il di si dole

Di lui che passo passo addietro torni,

Veggio lei giunta a' suoi perfetti giorni.

In ramo fronde, ovver viole 'n terra

Mirando alla stagion che '1 freddo perde,

E le stelle migliori acquistan forza ;

Negli occhi ho pur le violette e '1 verde

Di ch' era nel principio di mia guerra

Amor armato si ch' ancor mi sforza ;

E quella dolce leggiadretta scorza

Che ricopria le pargolette membra

Dov' oggi alberga 1' anima gentile,

Ch' ogni altro placer vile

Sembrar mi fa ; si forte mi rimembra

Del portamento umlle,

Ch' aller fioriva, e poi crebbe anzi agli anni,

Cagion sola e riposo de' mie' affanni.

Me retient éloigné de ma belle fortune , De mes souvenirs seuls l'amour fait mon soutien. Quand du monde je vois rajeunir la figure , Et les champs se couvrir de leur verte parure , Je crois apercevoir, dans le printemps naissant, Cette jeune beauté, qui dame est à présent. Qu'en bien haut le soleil ses feux brûlants allume ,

Je crois, d'après la (^utume , Voir un foyer d'amour dans un bien noble cœur ;

Mais quand le jour a tant peur , En voyant son parcours chaque soir se réduire , Les plus beaux jours de Laure alors je vois reluire.

Quand je vois nous quitter la saison des frimats , Et les astres bénins régner dans nos climats , Le sol de fleurs s'orner, l'arbre de son feuillage Ce vert*, ce violet je revois en image Dont se parait l'Amour quand il vint m'assaillir , Et qui, même en ce jour, me fait tant tressaillir ; Et ses beaux vêtements de si rare élégance Qui retenaient couverts ses membres enfantins , Où maintenant cette âme enchaînent ses destins ,

Qui toute autre jouissance Tant vile me fait voir ; si fort je me souviens

De son modeste maintien Qui fleurissait alors, puis grandit avant l'âge, Lui seul mes peines cause , et lui seul les soulage.

Qualor tenera neve per li colli

Dal Sol percossa veggio di lonlano,

Corne '1 Sol neve mi governa Amorc,

Pensando nel bel viso più che umano,

Che puô da lunge gli occhi miei far molli,

Ma da presso gli abbaglia, e vince il corc ;

Ove, fra '1 bianco e V aureo colore,

Sempre si mostra quel che mai non vide

Occhio mortal, ch' io creda, altro che '1 mio:

E del caldo desio,

Gh' è quando, i' sospirando, ella sorride,

M' infiamma si, che obblio

Niente apprezza, ma diventa eterno ;

Ne State il cangia, ne lo spegne il verno.

Non vidi mai dopo notturna pioggia Gir per 1' aère sereno stelle erranti, E fiammeggiar fra la rugiada e '1 gelo, Gh' i' non avessi i begli occhi davanti, Ove la stanca mia vita s' appoggia, Quai' io gli vidi ail' ombra d' un bel vqIo : E siccome di lor bellezze il cielo Splendea quel di, cosi, bagnati ancora, Li veggio sfavillar : ond' io sempr' ardo. Se '1 Sol levarsi sguardo, Sento il lume apparir che m' innamora ; Se tramontarsi al tardo.

De môme que je vois au loin sur l'horizon La neige se fondant au solaire rayon, L'amour sur moi possède une égale puissance, Sitôt qu'à son visage angélique je pense Qui de loin peut mes yeux dans les larmes noyer, Qu'il éblouit de près, fait mon cœur prisonnier; Et sous sa peau si blanche, et sous sa tresse blonde, Sans cesse j'aperçois ce que nul en ce monde N'a jamais vu, moi seul j'ai, je crois, ce plaisir;

Et le chaleureux désir Qui naît, quand mes soupirs provoquent son sourire,

M'enflamme tant, qu'à vrai dire.

L'oubli ne peut jamais sur lui s'appesantir. Ni l'été le changer, l'hiver l'anéantir.

Non, la nuit je ne puis, quand la pluie est cessante. Parmi l'azur des cieux voir une étoile errante Vibrant sur les frimas ses reflets lumineux. Qu'à mon esprit ne soient présents ses deux beaux yeux Comme j'ai pu les voir à l'ombre d'un beau voile, Eux qui, dans mes revers, sont ma constante étoile; Et de même qu'alors, de leurs rares beautés Le ciel parut briller, ainsi, quoique humectés. Moindre n'est leur éclat, qui toujours me dévore.

Si j'aperçois au levant Le soleil, je crois voir la femme que j'adore;

Mais le soir, à son couchant,

Parmel veder quando si volge altrove, Lassando tenebroso onde si move.

Se mai candide rose con vermiglie In vasel d' oro vider gli occhi miei, Allor allor da vergine man coite ; Veder pensaro il viso di colei Ch' avanza tutte Y altre maraviglie Con tre belle eccellenzie in lui raccolte : Le bionde trecce sopra '1 collo sciolte, Ov' ogni latte perderia sua prova ; E le guance, ch' adorna un dolce foco. Ma pur che 1' ôra un poco Fior blanchi e gialli per le piagge mova, Torna alla mente il loco E '1 primo di ch' i' vidi a 1' aura sparsi I capei d' oro, ond' io si subit' arsi.

Ad una ad una annoverar le slelle, E 'n picciol vetro chiuder tutte 1' acque Forse credea quando in si poca carta Novo pensier di ricontar mi nacque In quante parti il fior dell' altre belle, Stando in se stessa, ha la sua luce sparta, Acciocchè mai da lei non mi diparla :

Ne farô io ; e se pur talor fuggo, In ciclo e 'n terra m' ha racchiusi i passi ;

Il me semble voir Laure, alors qu'elle me quitte, Plonger tous les objets dans une nuit subite.

Si dans un vase d'or par hasard j'aperçois De roses un bouquet et blanches et vermeilles , Qu'à l'instant une vierge a cueilli de ses doigts; De celle qui bien loin laisse toutes merveilles Je crois voir devant moi le portrait éclatant , De trois perfections l'ensemble présentant : La chevelure d'or sur ce cou dispersée , Par lequel la blancheur du lait est surpassée , Et le feu qui si doux sur sa joue apparaît.

Mais quand la brise volage Jaunes et blanches fleurs agite sur la plage ,

Dans mon esprit reparaît Et le jour et le lieu qu'errante à l'aventure De Laure j'aperçus la blonde chevelure.

Des étoiles la foule exactement compter ,

Et dans un vase étroit voir la mer condensée ,

Je prétendais, sans doute , en ayant la pensée ,

En si peu de papier , de pouvoir raconter

Dans quels lieux si divers , quoique stable sa sphère ,

De l'astre de beauté se répand la lumière ,

Pour que j'aie en tout temps ses effets à subir.

J'y suis bien résolu, si parfois je veux fuir,

Sur terre et dans le ciel ma marche est ralentie ;

Perché agli occhi miei lassi

Sempre è présente, ond' io tutto mi slruggo ;

E cosi meco stassi,

Ch' altra non veggio mai, ne veder bramo,

Ne '1 nome d' altra ne' sospir miei chiamo.

Ben sai, Canzon, che quant' io parlo è nulla

Al cclato amoroso mio pensiero,

Che dî e notte nella mente porto;

Solo per cui conforto

In cosi lunga guerra anco non pero :

Che ben m' avria già morto

La lontananza del mio cor, piangendo ;

Ma quinci dalla morte indugio prendo.

A ma vue appesantie Présente elle est toujours , tout entier me détruit ,

Et tellement me séduit , Qu'elle seule je vois, seule voir je désire, Et qu'après son nom seul nuit et jour je soupire

Canzone , tu sais bien que dans mes entretiens

Bien peindre je ne peux des beaux pensers la flamme

Que, nuit et jour cachés , je porte dans mon âme ;

Seulement tu me soutiens , Pour qu'en de tels combats encore je ne meure ;

Et je serais déjà mort { D'être loin de mon cœur si constamment je pleure ), Si par mes entretiens je n'allégeais mon sort.

344 SOiNNETS ET CANZO^ES

GANZONE XIII.

Nemico de' luoghi abitati , ama le solitadini per isfoganri il suo cuore.

Di pensier in pensier, di monte in monte

Mi guida Amor ; eh' ogni segnato calle

Provo contrario alla tranquilla vita.

Se 'n solitaria piaggia, rivo o fonte,

Se 'n fra duo poggi siede ombrosa valle,

Ivi s' acqueta V aima sbigottita;

E, com' Amor la 'nvita,

Or ride or piagne or teme or s' assicura :

E '1 volto che lei segue, ov' ella il mena,

Si turba e rasséréna,

Ed în un esser picciol tempo dura;

Onde alla vista uom di tal vita esperto

Diria : Questi arde, e di suo stato è incerto.

Per alti monti e per selve aspre trovo Qualche riposo ; ogni abitato loco È nemico morlal degli occhi miei.

GANZONE XIII.

Ennemi des lieux habités, il recherche la solitude pour soulager son cœur.

De penser en penser l'Amour tenant ma main,

Je vais de monts en monts, car tout frayé chemin

Ne saurait me donner le calme de la vie ;

Ce calme est bien plutôt pour mon âme alanguie

Tout près des bords déserts d'un paisible cours d'eau

Ou d'un vallon couvert entre un double coteau ;

Et , comme l'Amour l'engage , Elle pleure, elle rit, ou craint, ou prend' courage; Mon visage la suit, partage son destin ,

Et calme ou triste est son teint ; Tout état , quel qu'il soit , est de courte existence ; Celui qui d'un tel sort a fait l'expérience Dirait, en me voyant : Tel brûle, est incertain.

Mes yeux auront toujours une haine mortelle Pour tous lieux que je vois par les gens occupés : Les sombres bois seuls j'aime et les monts escarpés.

A ciascun passo nasce un pensîer novo

Délia mia donna, che sovente in gioco

Gira il tormento ch' i' porto per lei ;

Ed appena vorrei

Cangiar questo mio viver dolce amaro,

Ch' i' dico : Forse ancor ti serva Amore

Ad un tempo migliore ;

Forse a te stesso vile, altrui se' caro :

Ed in questa trapasso sospirando :

Or potrebb' esser vero ? or corne ? or quando ?

Ove porge ombra un pino alto od un colle,

Talor m' arresto, e pur nel primo sasso

Disegno con la mente il suo bel viso.

Poi ch' a me torno, trovo il petto molle

Délia pietate; ed allor dico : Ahi lasso,

Dove se' giunto ; ed onde se' diviso !

Ma mentre tener fiso

Posso al primo pensier la mente vaga,

E mirar lei, ed obbliar me stesso,

Senlo Amor si da presso

Che del suo proprio error 1' aima s' appaga ;

In tante parti e si bella la veggio,

Che se 1' error durasse, altro non cheggio.

r r ho più volte (or chi fia che mel creda?) Neir acqua chiara e sopra 1' erba verde

Une idée à tous pas je sens naître nouvelle , Sur Laure, qui souvent tourne en dérision Les tourments que j'endure, et par affection ;

Et je verrais avec peine De mes jours , quoique amers, briser la douce chaîne , Car je dis : Il se peut qu'Amour t'appelle encor

A jouir d'un meilleur sort ; Et quand tu te crois vil, autrui ne te dédaigne : Nourri de cet espoir , soupirant constamment , Serait-il vrai? me dis-je, ou bien quand? ou comment?

Sous l'ombrage d'un pin , ou bien d'une colline , Je m'arrête parfois , et sa face divine Dans mon esprit je peins sur le premier rocher ; Quand je reviens à moi je ressens s'épancher La pitié dans mon sein , et je dis : Je m'égare ; Et la déception , hélas 1 je me prépare.

Mais tant que je peux fixer Mon esprit incertain sur le premier penser , N'admirer qu'elle seule et m'oublier moi-même ,

Si près je sens ce que j'aime Que de sa propre erreur mon cœur est tout joyeux : Je la vois en tous lieux , et si belle à l'extrême , Que si l'erreur durait , j'en serais très-heureux.

Qui me croira jamais ? dans l'eau claire, vivante, Bien des fois je l'ai vue , et sur l'herbe riante ,

Veduta viva, e nel tronçon d' un faggio,

E 'n bianca nube si fatta che Leda

Avria ben detto che sua figlia perde,

Corne Stella che '1 Sol copre col raggio :

E quanto in più selvaggio

Loco mi trovo e 'n più deserto lido,

Tanto più bella il mio pensier 1' adombra.

Poi quando il vero sgombra

Quel dolce error, pur li medesmo assido

Me freddo, pietra morta in pietra viva,

In guisa d' nom che pensi e pianga e scriva.

Ove d' altra montagna ombra non tocchi. Verso '1 maggior e '1 più spedito giogo, Tirar mi suol un desiderio intenso :

Indi i miei danni a misurar con gli occh Comincio, e 'ntanto lagrimando sfogo Di dolorosa nebbia il cor condense, Allor ch' i' miro e penso, Quanta aria dal bel viso mi diparte, Che sempre m' è si presso e si ^pntano. Poscia fra me pian piano :

Che fai tu lasso ? forse in quella parte Or di tua lontananza si sospira :

Ed in questo pensier 1' aima respira.

Ganzone, oltra quell' alpe.

Là dove '1 ciel è più sereno e lieto,

D'un hêtre dans le tronc que le temps corroda , Dans une blanche nue , et telle que Léda Aurait , certes , trouvé sa fille surpassée , Tel que par le soleil l'étoile est éclipsée ;

Et plus sombres sont les lieux Où je porte mes pas, plus déserte la plage , Plus belle mon penser la dépeint à mes yeux ;

Puis , quand le vrai me dégage De ma bien douce erreur , sur ce même rivage Je m'assieds , roc glacé , sur un rocher vivant , Tel qu'un homme qui pense et pleure en écrivant.

Vers la cime des monts de hauteur sans égale , Dont la déclivité ne connaît de rivale , M'attire fréquemment un désir bien fougueux ; El de là je commence à mesurer des yeux De mon mal l'étendue ; et, pleurant, je soulage De mon cœur encombré la trop grande douleur.

Quand je vois, pour mon malheur , Que si distant je suis du bien-aimé visage , Lui toujours si lointain pour moi-même , et si près.

Mais je dis bientôt après :

Que fais-tu , malheureux ? Peut-être en tel parage On soupire beaucoup de ton éloignement ! Mon âme en ce penser trouve un soulagement.

Au delà des Alpes , Ganzon , Où plus joyeuse et calme est pour moi l'atmosphère,

I âO

Mi rivedrai sovr' un ruscel corrente,

Ove r aura si sente

D' un fresco ed odorifero laureto.

Ivi è '1 mio cor, e quella che '1 m' invola :

Qui veder puoi 1' immagine mia sola.

Tu me retrouveras près la claire rivière * ,

Où si doux et si frais sont Les parfums d'un laurier vert en toute saison. Là réside mon cœur et la dame qu'il aime ; Ici seule tu vois l'image de moi-même.

Sonnet II.

4. Pétrarque doit entendre par ce coteau la Vertu ou la Raison.

Sonnet IV.

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