‹ Rimes de Pétrarque (volume 2)Chapitre 16 sur 159 · BALLADE IL · texte numérisé non relu

BALLADE IL

Le poëte étant sur le point de quitter Avignon, il dit que, dans son éloignement, il ne la verra que par la pensée ; aussi engage- 1- il ses yeux à s'en rassasier.

Mes tristes yeux, pendant que par vous tant j'admire La beauté qui vous rend bien plutôt morts que vifs,

Soyez de grâce attentifs.

Car l'Amour vous défie, et moi tant j'en soupire.

La mort seule peut mettre aux pensers de mon cœur Un obstacle imprévu sur l'amoureuse route Qui les conduit au port où gît tout leur bonheur. Mais un bien moindre i objet peut cacher, je n'en doute, Votre astre si brillant, car de vous sont connus Votre état moins parfait, votre moindre puissance ; Et puisque vous souffrez (avant que soient venus Des larmes les instants, j'en ressens l'imminence) ,

Goûtez au dernier moment Un bien léger répit à votre long tourment.

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