‹ Rimes de Pétrarque (volume 2)Chapitre 55 sur 159 · CANZONE IV · texte numérisé non relu

CANZONE IV

Tous prennent du repos après la fatigue, et l'amour ne lui donne jamais de trêve.

A l'heure où le soleil rapidement descend , Marchant vers l'occident , le jour qui nous éclaire , Gagnant d'autres climats où peut-être on l'attend ; Dans un lointain pays se voyant solitaire , La vieille , dont la route a fait ses membres las , D'arriver envieuse, accélère ses pas ;

Et puis seulette , isolée ,

Quand partout règne la nuit,

Elle se voit consolée Par quelque court repos , qui dissipe l'ennui Ainsi que tous les maux de sa course tardive. Lorsque, hélas ! la douleur qu'en moi le jour avive ,

S'accroît, quand, pour s'éloigner , La lumière du jour semble s'acheminer.

Alors que sur les champs la phalange se rue , Des ombres qui des pics descendent et des monts

Dagli altissimi monti maggior V ombra , .

L' avaro zappador 1' arme riprende ,

E con parole e con alpestri note

Ogni gravezza del suo petto sgombra ;

E poi la mensa ingombra

Di povere vivande ,

Simili a quelle ghiande

Le qua' fuggendo tutto il mondo onora.

Ma chi vuol si rallegri ad ora ad ora ;

Gh' i' pur non ebbi ancor, non dirô lieta ,

Ma riposata un' ora

Ne per volger di ciel ne di pianela.

Quando vede '1 pastor calare i raggi

Del gran pianeta al nido ov' egli alberga ,

E 'mbrunir le contrade d' oriente ,

Drizzasi in piedi , e con 1' usata verga ,

Lassando 1' erba e le fonlane e i faggi ,

Move la schiera sua soavemente ;

Poi lontan dalla, gente,

0 casetta o spelunca

Di verdi frondi ingiunca :

Ivi senza pensier s' adagia e dorme.

Ahi , crudo Amor, ma tu allor più m' informe

A seguir d' una fera che mi strugge

La voce e i passi e 1' orme ;

E lei non stringi , che s' appiatla e fuggc.

Lorsque la nuit succède aux solaires rayons , L'avare laboureur ramène sa charrue , Et,. par un chant rustique et peu prétentieux, Chasse loin de son cœur tout penser ennuyeux ;

Puis sont placés sur les tables

Les mets les moins délectables ,

A peu près comme les glands , Qui furent tant vantés, quoique peu succulents. Qui veut, de temps en temps les douceurs trouve prêtes, Quand, moi , je n'ai goûté , je ne dis de plaisir ,

Mais un instant de loisir Des révolutions du ciel et des planètes.

Lorsque le pasteur voit le grand astre marcher Vers le gîte où toujours il va pour se coucher , Et qu'au levant la nuit à tout voiler s'apprête , Il se lève aussitôt, et, prenant sa houlette. Laisse là les vallons , les sources , les coteaux , Et chasse lentement devant lui ses troupeaux ;

Et puis, loin de tout tapage.

Il recouvre de feuillage

Son réduit où, de son sort Content et sans soucis , il se couche et s'endort. Et toi , cruel Amour , alors plus tu me lasses En me faisant poursuivre et la voix et les traces

De celle qui tant me nuit, Et tu ne la saisis , elle qui vite fuit.

E i naviganli in qualche chiusa valle

Gettan le membra poi che '1 Sol s' asconde ,

Sul duro legno e sotto Y aspre gonne.

Ma io , perché s' attuffi in mezzo 1' onde ,

E lassi Ispagna dietro aile sue spalle ,

E Granata e Marrocco e le Colonne ;

E gli uomini e le donne

E '1 mondo e gli animali

Acquetino i lor mali ;

Fine non pongo al mio ostinato affanno ;

E duolmi eh' ogni giorno arroge al danno ;

Ch' i' son già pur crescendo in questa voglia

Ben presso al decim' anno ;

Ne posso indovinar chi me ne scioglia.

E , perché un poco nel parlar mi sfogo , Veggio la sera i buoi tornare sciolti Dalle campagne e da' solcati colli.

I miei sospiri a me perche non tolti Quando che sia? perché no '1 grave giogo? Perché di e notte gli occhi miei son molli? Misero me ! che volli , Quando primier si liso Gli tenni nel bel viso , Per iscolpirlo , immaginando , in parte Onde mai né per forza né per arle Mo'*!0 sarà, fin ch' i' sia dato in preda

Tel le navigateur dans un lieu solitaire , Sur le bois et couvert d'une étoffe grossière , Quand le soleil se couche il s'adonne au repos. Quant à moi, que Phœbus se plonge dans les flots , Que le Maroc, l'Espagne et la double colonne D'Hercule après son dos au loin il abandonne ;

Qu'ils soient calmés tous les maux

Des hommes , des animaux

Qui sur terre ont leur demeure ; De la fin de mon mal ce n'est point encor l'heure , Et mes peines je vois s'entasser tous les jours ; Car cette passion je sens croître toujours

Qui depuis dix ans me mine ; Qui libre m'en rendra ? je cherche et ne devine.

Et puisque de parler mes sens sont soulagés , Je vois souvent les bœufs , de leur joug dégagés , S'éloigner des sillons , lorsque le soir s'avance. Pourquoi de mes soupirs ne cesse la cadence , Et quand il lui plaira ? puis ce joug par trop lourd ? Pourquoi pleurer , mes yeux , et la nuit et le jour?

Lorsque sur ce beau visage

J'osai d'abord les fixer

Pour graver sa douce image Dans mon cœur, malheureux! quel était mon penser ! Et ni force , ni l'art ne sauraient l'en soustraire , A moins que ses instincts ne vienne satisfaire

A chi tutto diparte?

Ne so ben anco che di lei mi creda.

Ganzon , se l'esser meco

Dal mattino alla sera

T' ha fatto di mia schiera ,

Tu non vorrai mostrarti in ciascun loco ;

E d' altrui loda curerai si poco ,

Gh' assai ti fia pensar di poggio in poggio

Corne m' ha concio '1 foco

Di questa viva petra ov' io m' appoggio.

Sur moi la cruelle mort :

Qu'elle en ait le pouvoir , je doute môme encor.

Ganzon , si par habitude

De partager mon séjour ,

Tu partages mon amour, Comme moi tu voudras rester en solitude ; Des éloges d'autrui faisant fort peu de cas , Que le seul souven r partout suive tes pas

Des rudesses que j'essuie De ce rocher * vivant sur lequel je m'appuie.

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