‹ Rimes de Pétrarque (volume 2)Chapitre 95 sur 159 · SONNET LIV · texte numérisé non relu

SONNET LIV

N'étant jamais à l'abri des flèches de l'Amour, il se croit néanmoins assez fort pour les repousser.

A moins que mes cheveux ne soient tous blancs d'avance, Que le temps a rendus gris insensiblement , Ma peur ne cessera; quoique, peu prudemment, Je me risque parfois où l'Amour ses traits lance.

Déjà je ne crains plus sa barbare jactance ,

Ni d'être le captif de son enchantement , .

Ni qu'il ouvre mon cœur , quoique , si méchamment,

De ses dards il le perce avec persévérance.

Déjà ne sortent plus les larmes de mes yeux , Par elles est pourtant si connu ce voyage ; ^ El qui pourra jamais leur barrer le passage ?

De ses rayons brûlants je puis sentir les feux , Mais me brûler , jamais ; de son air la rudesse Peut troubler mon sommeil , mais jamais il ne cesse.

Page 1