SONNET LIV
N'étant jamais à l'abri des flèches de l'Amour, il se croit néanmoins assez fort pour les repousser.
A moins que mes cheveux ne soient tous blancs d'avance, Que le temps a rendus gris insensiblement , Ma peur ne cessera; quoique, peu prudemment, Je me risque parfois où l'Amour ses traits lance.
Déjà je ne crains plus sa barbare jactance ,
Ni d'être le captif de son enchantement , .
Ni qu'il ouvre mon cœur , quoique , si méchamment,
De ses dards il le perce avec persévérance.
Déjà ne sortent plus les larmes de mes yeux , Par elles est pourtant si connu ce voyage ; ^ El qui pourra jamais leur barrer le passage ?
De ses rayons brûlants je puis sentir les feux , Mais me brûler , jamais ; de son air la rudesse Peut troubler mon sommeil , mais jamais il ne cesse.