‹ Rimes de PétrarqueChapitre 149 sur 168 · CANZONE VI · texte numérisé non relu

CANZONE VI

Laure lui apparaît de nouveau , et, plus compatissante que jamais, elle cherche à le consoler et à le calmer.

Lorsque ma bien aimable et fidèle assistance, Pour donner du repos à ma vive souffrance, Vient s'asseoir sur mon lit, sur son senestre bord, Avec son doux parler, d'un si prudent abord , Tremblant d'émotion et d'amoureuse flamme, Je lui dis: D'où tu viens , ô la bienheureuse âme?

Quand, un rameau de palmier Tirant de son beau sein, et puis un de laurier:

Des régions si sereines , Dit-elle, je descends, du paradis altier , Et je viens seulement pour alléger tes peines.

En actes, en discours, des grâces humblement Je lui rends, et je dis : Raconte-moi comment Tu connais mon état ? — C'est par le bruit des ondes De tes larmes, dit-elle, en tes yeux si fécondes. Par l'air de tes soupirs, qui, les champs éthérés Traversant , font ma paix et mon calme altérés.

Si forte ti dispiace

Che di questa miseria sia partita,

E giunta a miglior vita ?

Che piacer ti devria, se tu m' amasti

Quanto in sembianti e ne' tuo' dir mostrasti.

Rispondo : lo non piango altro che me stesso,

Che son rimaso in ténèbre e 'n martire,

Certo sempre del tuo al ciel salire

Corne di cosa ch' uom vede da presso.

Corne Dio e Natura avrebben messo

In un cor giovenil tanta virtute,

Se r eterna sainte

Non fosse destinata al suo ben fare?

0 deir anime rare,

Ch' altamente vivesti qui fra noi ,

E che subito al ciel volasli poi I

Ma io che debbo altro che pianger sempre ,

Misero e sol, che senza te son nuUa?

Ch' or foss' io spento al latte ed alla culla ,

Per non provar dell' amorose tempre !

Ed ella : A che pur piangi e ti distempre ?

Quant' era meglio alzar da terra V ali ;

E le -cose mortali

E queste dolci tue fallaci ciance

Librar con giusta lance ;

Pourquoi si grande est ta peine , Quand j'ai changé d'ici les tourments acérés

Contre une paix si sereine ?

Et mon état devrait te rendre satisfait, Si, comme tu l'as dis, tu m'aimes en effet.

De moi seul je me plains, moi sitôt de lui dire. Qui reste ici plongé dans l'ombre et le martyre; De ton départ je suis bien certain pour le ciel, Si bien que de près voit un objet l'œil mortel. Pourquoi tant de vertu le ciel et la nature Dans un si jeune cœur auraient mis en parure,

Si le séjour éternel N'était de ses hauts faits la sûre destinée?

Ame tant prédestinée , Qui parmi les humains vécus si noblement. Et qui plus tard partis au ciel trop prornplement !

Puis-je donc faire mieux que de verser des larmes, Moi qui suis nul sans toi , malheureux vermisseau ? Que n'ai-je vu la mort au sein, dans le berceau , Pour n'avoir à sentir l'amour et tous ses charmes ! Elle dit : A quoi bon tes pleurs et tes tourments ? Mieux valait t'élever vers le ciel sur tes ailes,

Et toutes choses mortelles Bien mieux apprécier et les enchantements

Par de justes jugements;

E seguir me, s' è ver che lanto m' ami, Cogliendo ornai qualcun di questi rami !

r volea dimandar, rispond' io allora,

Che voglion importar quelle due frondi.

Ed ella : tu medesmo li rispondi,

Tu la cui penna tanto V una onora. ^

Palma ô viltoria; ed io, giovene ancora,

Vinsi '1 mondo e me slessa : il lauro segna

Trionfo, ond' io son degna,

Mercè di quel Signor che mi diè forza.

Or tu , s' altri li sforza ,

A lui ti volgi, a lui chiedi soccorso ;

Si che siam seco al fine del tuo corso.

Son questi i capei biondi e V aurco nodo,

Dico io, ch' ancor mi stringe, e quel begli occhi

Che fur mio sol ? Non errar con gli sciocchi ,

Ne parlar, dice, o crcder a lor modo.

Spirito ignudo sono, e 'n ciel mi godo :

Quel che tu cerchi, è terra già molt' anni :

Ma per trarti d' affanni ,

M' è dato a parer taie. Ed ancor quella

Sarô, più che mai bella,

A le più cara, si sclvaggia e pia,

Salvando insieme tua salute e mia.

SUR LA MORT DE LAURE. 2i 9

Que si lu m'aimes tant , imite ma conduite , Quelqu'un de ces rameaux récoltant dans la suite.

Quelle valeur, lui dis-je alors, peuvent avoir Ces rameaux ? Je serais désireux de savoir. La réponse, dit-elle, est dans tes écrits mêmes, Toi, (jui fais tant d'honneur à l'un de ces emblèmes. Jeune encor, je vainquis le monde, et du vainqueur La palme est l'attribut, et du triomphateur

Le laurier pare la tête.

Et, grâce au Seigneur, digne en fut rendu mon cœur.

Toi, quand mugit la tempête, Tourne vers lui tes yeux, implore son secours, Pour qu'avec lui tu sois à la fin de tes jours.

Ce sont ces blonds cheveux, leur or, leur élégance, Qui m'enchaînent encor, lui dis-je, et les beaux yeux Qui furent mon soleil ! Des sots fuis la démence. Dit-elle, et ne suis point leur style, leur croyance. Je suis un pur esprit, et j'habite les cieux : Ce que tu cherches gît depuis longtemps sous terre ;

Mais, pour tarir ta misère.

Telle je t'apparais, telle et plus belle encor

Tu me verras que d'abord Et pour toi bien plus chère, étant dure et pieuse, De ton propre salut et du mien soucieuse.

r piango ; ed ella il volto

Con le sue man m' asciuga; e poi sospira

Dolcemente ; e s' adira

Con parole che i sassi romper ponno :

E dopo questo, si parte ella e '1 sonno.

Je pleure, et de son doigt cher Mon visage elle essuie et doucement soupire ;

Et je l'entends se fâcher En paroles pouvant briser un dur rocher. Cela dit, elle part et du sommeil me tire.

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