‹ Rimes de PétrarqueChapitre 68 sur 168 · SONNET XXXIX · texte numérisé non relu

SONNET XXXIX

Elle était si belle, qu'il se jugs indigne de l'avoir vue , et aussi de faire son éloge.

J'aurais cru que mon chanl serait assez puissant, Non seul, mais soutenu par qui fait son audace, Pour louer dignement le nœud si plein de grâce Que la mort a brisé, que l'amour rend pressant.

A rœuvreje me vis plus lent et plus cassant Qu'un rameau délicat qui sous la charge casse ; Et je dis : 11 veut choir celui qui trop embrasse; L'homme ne peut saillir quand le Ciel ne consent.

L'esprit le mieux ailé voudrait en vain atteindre , Tout style et toute langue oseraient en vain peindre L'œuvre dont la nature a mon cœur enchaîné.

Pour l'orner constamment, avec un soin insigne, L'Amour tant s'appliqua, que j'étais bien indigne De la voir seulement : je fus prédestiné.

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