‹ Rimes de PétrarqueChapitre 94 sur 168 · SONNET LUI · texte numérisé non relu

SONNET LUI

La vue de la maison de Laure lui rappelle combien il fut heureux cl combien il est malheureux.

Le voilà donc ce nid où son plumage d'or Mon phénix étalait et ses couleurs si belles , Qui retenait mon cœur sous ses brillantes ailes, Qui des chants, des soupirs en fait jaillir encor !

0 toi d'où mon doux mal prit sa source d'abord. Où sont donc les beaux yeux aux vives étincelles , Qui vif et gai m'ont fait dans mes flammes cruelles Sur terre unique , au ciel bienheureux est ton sort ,

Lorsque tu m'as laissé seul ici dans la peine ! Et mon cœur plein de deuil à ce lieu me ramène Que tu sanctifias, que j'ai tant en honneur ;

Et je vois le coteau, dans une sombre horreur,* D'où tu partis au ciel en fuyant cette terre, D'où tes yeux éclairaient l'ambiante atmosphère.

GANZONE III

Allegoricamenle descrive le virtù di lei , c no piange la morle immatura.

Standomi un giorno, solo, alla fenestra.

Onde cose vedea tante c sî novc

Ch' cra sol di mirar quasi già stanco,

Una fera m' apparve da man destra

Con fronte umana da far arder Giove,

Cacciata da: duo veltri, un nero, un bianco,

Che r uno e r allro fianco

Délia fera gentil mordean si forte,

Che 'n poco tempo la menaro al passo

Ove chiusa in un sasso

Vinse molta bellezza acerba Morte ;

E mi fe sospirar sua dura sorte.

Indi per alto mar vidi una nave Con le sarte di seta e d' ôr la vcla, Tutta d' avorio e d' ebeno contesta ; E '1 mar tranquillo e 1' aura era soave, E '1 ciel quai ô se nulla nube il vêla ;

GANZONE m.

II décrit allégoriquement les vertus de Laure, et il en pleure la mort prématurée.

Un jour qu'à ma fenêtre attentif, curieux, J'admirais des objets d'une nouveauté telle Que j'étais presque las de repaître mes yeux, Une bêle je vis à droite, mais si belle Que Jupiter se fût vite enflammé pour elle ; Deux lévriers suivaient, un noir et l'autre blanc,

Dans le droit et gauche flanc De la fière beauté faisant telle morsure Qu'en peu d'instants conduite elle fut sur le bord

De l'asile de la Mort, Qui vite s'empara de sa belle capture.

Et moi je soupirai sur sa triste aventure.

D'autre part, sur la mer un vaisseau je crus voir; D'ivoire il était fait, d'ébcne le plus noir ; Les cordages de soie, et d'un bel or la voile ; Calme la mer était, et les vents en prison. Et le ciel comme il est lorsque rien ne le voile ;

Ella carca di ricca merce onesta.

Poi repente lempesta

Oriental turbô si V aère e 1' onde,

Che la nave percosse ad uno scoglio.

0 che grave cordoglio I

Brève ora oppresse e poco spazio asconde

L' alte ricchezze a nuU' allre seconde.

In un boschetto novo i rami santi Fiorian d' un lauro giovenelto e schielto, Ch' un degli arbor parca di paradiso ; E di sua ombra uscian si dolci canti Di vari augelli, c tanto altro diletto, Che dal mondo m' avean tutto diviso.

E mirandol io fiso,

Cangioss' il ciel inlorno, e tinto in vista, Folgorando '1 percosse, c da radice Quella pianta felicc Subito svelse : onde mia vita è trista ; Che simil ombra mai non si racquista.

Ghiara fontana in quel medesmo bosco

Sorgea d' un sasso, ed acque fresche e dolci

Spargea, soavemente mormorando :

Al bel seggio riposto, ombroso e fosco,

Ne pastori appressavan ne bifolci,

Ma ninfe e muse, a quel ténor cantando.

SUR LA MORT DE LAURE. f29

Honnête et précieuse était la cargaison,

Lorsque subitement gronde Un vent de l'orient qui l'air trouble et puis Tonde, Et le navire fut brisé sur un écueil.

0 source de tant de deuil 1 Un seul instant suffit pour faire disparaître De si rares trésors , et sans pareils peut-être !

Dans un récent bosquet, les rameaux précieux D'un laurier fleurissaient aux allures novices. On eût dit qu'il tenait sa nature des Cieux ; De son ombre sortaient les chants mélodieux De différents oiseaux et tant d'autres délices Que je croyais goûter de célestes prémices.

Et pendant que fixement Je l'admirais, le ciel noircit subitement, Le tonnerre frappant la bienheureuse plante.

De sa racine pendante Elle fut aussitôt : et triste désormais Je suis, car tel ombrage on ne verra jamais.

Dans le même bosquet, une claire fontaine Jaillissait d'un rocher, et sa rive et la plaine Résonnaient du doux bruit de ses limpides eaux ; Et dans ce lieu paisible, ombragé de coteaux , Des pasteurs, des bouviers on ne voyait la trace, Mais des nymphes chantaient, des muses avec grâce.

Ivi m' assisi; e quando

Più dolcezza prendea di lai concenlo

E di tal vista, aprir vidi uno speco,

E portarsene seco

La fonte e '1 loco : ond' ancor doglia scnto,

E sol délia memoria mi sgomento.

Una strania fenice, ambedue 1' aie

Di porpora veslita e '1 capo d' oro,

Vedendo per la selva, altéra e sola,

Veder forma céleste ed immortale

Prima pensai, fin ch' allô svelto alloro

Giunse, ed al fonte che la terra invola.

Ogni cosa alfin vola :

Che mirando le frondi a terra sparse

E '1 tronçon rolto, e quel vivo umor sccco,

Volse in se stessa il becco

Quasi sdegnando ; e 'n un punto disparse :

Onde '1 cor di pietatc e d' amor m' arse.

Al fin vid' io per entro i fiori e V erba Pensosa ir si leggiadra e bella donna, Che mai nol penso ch' i' non arda e trcme Umile in se, ma 'ncontr' Amor superba : Ed avea in dosso si candida gonna.

Si testa, ch' oro e neve parea insicme : Ma le parti suprême i

Et quand de concerts si beaux.

Assis là, je goûtais la douceur enivrante. Et d'une telle vue, un gouffre alors s'ouvrit

Qui dans son sein engloutit La fontaine et le sol. Et mon âme tremblante Par le seul souvenir se consume et frémit.

Un étrange phénix, dont brillaient les deux ailes Du pourpre le plus beau, d'or étant son cimier, Je vis dans la forêt; ses formes étaient telles Que je les croyais bien célestes, immortelles. Jusqu'au jour qu'arraché j'aperçus le laurier, Et dans le gouffre aussi s'engloutir la fontaine.

Quel objet ne prend son vol!

Quand le feuillage il vit dispersé sur le sol , Le tronc mort, du cours d'eau déjà sèche la voinc,

Dans sa colère soudaine Se frappant de son bec, aussitôt il mourut , Et de pitié, d'amour, un feu dans moi parut.

Une femme pensive, admirable et charmante, Sur l'herbe enfin je vis, sur les fleurs s'avancer. Que je ne puis sans craindre ou brûler y penser. Très-humble elle semblait, d'amour insouciante. Recouverte elle était d'un si blanc vêtement, Que de neige et d'or fait on l'aurait cru vraiment. Mais sa tête et son visage

Erano avvolle d' una nebbia oscura.

Punta poi nel talion d' un picciol angue,

Corne fior colto langue,

Lieta si dipartio, non che secura.

Ahi nuir altro che pianto al mondo dura !

Canzon, tu puoi ben dire ; Queste sei visioni al signor mio Han fatto un dolce di morir desio.

Paraissaient entourés d'un bien sombre nuage. Quand piquée au talon par un petit serpent, f

Gomme meurt en la coupant La fleur, elle mourut joyeuse et rassurée ; Seuls, dans ce monde, hélas! les pleurs sont de durée !

Tu peux bien dire> Canzon :

Oui , ces six visions ont fait naître Tenvie , Bien douce à mon seigneur!, d'abandonner la vie.

Page 1