È LE PONT CASSÉ
A. — Jean et le Gascon
JEAN. — (Il arrive sur le pont portant une pioche sur lépaule.) Ah! ah! la matinée est fraîche ce matin; j’vas en profiter pour me mettre à travailler à ce pont en chantant ma petite chansonnette. Il travaille en fredonnant :
(x) Dans un ouvrage paru en 1875, Feu Séraphin (histoire de ce spectacle depuis son origine), Lyon, Scheuring, in-8, p. 33, se trouve une variante du pont casse (tirée des Chansons ambipuës, publiées par la veuve Oudot, en 1718), sous le titre de: Dialogue du prince et du berger. — Feu Seraphin donne en outre une variante moderne peu différente de celles que nous rapportons ici. Les personnages sont le petit gas et le voyageur (on prête à
dernier l’accent gascon).
Tra la la la la laire,
Lire lire lire, laire laire laire, Tra la la la la la laire,
Lire lon fa.
LE GASCON. — (Arrivant au pont). On m’a dit que quand je serais près du pont, je ne serais pas loin de la rivière. (Il avance et s'arrête tout à coup devant l’arche du pont brisée.) Tiens ! comment se fait-il donc que ce pont soit cassé ? Fh ! justement j’aperçois là-bas un petit bonhomme qui pourra peut-être m’enseigner le chemin qui conduit à la vilie. (Appelanf) Eh! lami, quel est le chemin qui conduit à la ville?
JEAN. — C'est facile, monsieur.
Tous les chemins vont à la ville (x), Lire lire lire, Laire laire laire,
Est-ce que vous ne le savez pas, Lire lon fa ?
LE GASCON. — Parbleu! je sais bien que tout chemin conduit à la ville; mais c’est le plus court que je te demandais. Eh! l'ami, ne pourrais-je pas passer la rivière ?
(x) Dans le Dialogue du prince et du berger (1718), à la question : Où va le chemin ? le berger répond :
Il ne va ni 1l ne bouge, O lironfla, etc.
JEAN. — La rivière?
Les canards l’ont bien passée, Lire lire lire,
Laire Jaire laire,
Pourquoi n’passeriez-vous pas, Lire lon fa?
LE GASCON. — Dis donc, petit drôle, est-ce que par hasard tu me prendrais pour un canard?... Cependant, comme je suis pressé, je pourrais peut-être la traverser. Eh! l'ami, la rivière est-elle profonde ? |
JEAN. — Comme partout ailleurs;
Les cailloux touchent Ja terre, Lire lire lire,
Laire laire laire,
Ne pouvant aller plus bas, Lire lon fa.
LE GASCON. — Il est malin, ce petit bonhomme... Mais j’aperçois une maison là-bas; je crois que c’est une auberge; il faut que je m'en informe... Eh! l’ami, à qui appartient cette belle maison ?
JEAN. — Elle appartient à son maître, Lire lire lire, Laire laire laire ; C’est toujours comme cela, Lire lon fa.
LE GASCON. — Eh! sandis, cadédis! je sais bien qu’une maison appartient à son maître!
Mais dis donc, vend-on du vin dans cette maison ? |
JEAN. — Onen vend plus qu’on n’en donne, Lire lire lire, Laire laire laire; Les marchands sont tous comme ça, Lire lon fa (x).
LE GASCON. — Ce petit drôle se moque de moi ; il faut que je sache son nom, afin de le corriger. Dis donc, comment t’appelles-tu ?
JEAN. — Je m'appelle comme mon père, Lire lirelire, Laire‘laire laires C’est un beau nom que celui-là, Lire lon fa.
La scène se termine ainsi: Le Gascon traverse la rivière grâce à un batelier qui vient le chercher et punit Jean à coups de canne, au grand plaisir des spectateurs.
Séraphin et son thedtre, article publié dans le Magasin pitioresque de 1867.
(x) Dans le Pont cassé de Feu Séraphin, le voyageur ajoute cette question : Le vin est-il bon ? et le petit gas répond :
Si bon qu’il se laisse boire, Lire, lire, laire, etc.
Dans le Dialogue du prince et du berger, il y a une question relative à l’hôlesse trop scabreuse pour être rapportée ici.
B. — Pierre et le Gascon
LE GASCON. — Sandis, cadédis! zé croyais continuer mon semin, et zé rencontre un obstacle insourmontable. Dis donc, l’ami de l’auchtre: coustia de la rivière, où est donc le pont?
PIERRE (le piocheur). — Il est chu dans la rivière, Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre ; Il est chu dans la rivière, Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — Il est chu dans la rivière; zé une réponse qui ne signifiait pas grand sose. Zé voudrais savoir si l’on peut passer l’eau ?
PIERRE. — Les canards l’ont bien passée, Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre; Les canards l’ont bien passée, Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — Cadédis, les canards la passent à la nage; tu ne m'’apprends rien de nouveau; zé té demande si la rivière est bien profonde ?
PIERRE. — Les cailloux touchent la terre,
K Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre; Les cailloux touchent la terre Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — Ce maudit maraud est la stou-
pidité même; on né peut rien tirer dé lui. Dismoi donc, l’ami, zé voudrais bien savoir ce que c’est que l'enseigne de cette auberge ?
PIERRE. — C'est le portrait de la lune, Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre; C’est le nortrait de la lune, Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — Impudent que tu es de me répondre ainsi! je vois bien que c’est la loune; apprends que je souis d’une des bonnes familles de la Gascogne, car du castel dé mon père l’on puise dans la Garonne du vin aussi doux que le miel, et si z’étais de l’auchtre coustia de la rivière, zé te donnerais cent coups d’étrivière.
PIERRE. — J'en rends grâce à la rivière, Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre; J'en rends grâce à la rivière, Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — Dis-moi, vend-on beaucoup de bon vin dans cette auberge ?
PIERRE. — On.en vend plus qu’on n’en donne, Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre ; On en vend plus qu’on n’en donne, Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — [L’ami, vous devez avoir oune femme ? Avec qui êtes-vous marié ?
PIERRE. — Avec Margot la grenouillère, Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre; Avec Margot la grenouillère, Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — Quelle houre est-il maintenant ? à
PIERRE (se retcurnant et lui montrant son derrière).
Voilà le cadran solaire,
Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre; Voilà le cadran solaire,
Fa, fa, liron fa,
La scène se termine ainsi: le Gascon appelle un batelier, et lorsqu'ils passent tous deux près de l’endroit du pont où travaille Pierre, celui-ci fait tomber sur eux une grêle de moellons. Arrivé de l’autre côté, le Gascon se venge en faisant tomber brusquement Pierre dans la rivière, et le batelier va le repêcher.
Le Séraphin de l'enfance, recueil de pièces d’ombres chinoises. Metz, Gangel et Didion, in-18, s, d.
c. — Lajoie el le passant
LE PASSANT, — Eh! mon Dieu, que je suis bête de courir comme cela ! j'ai manqué de boire un coup à la grande tasse, moi qui ne sais pas nager. Ah! ça, comment se fait-il donc que ce pont soit cassé? Ah ! ah! voici justement là-bas un petit bonhomme qui pourra peut-être me
IS
l’apprendre. Eh! l’amil!... ce pont est donc cassé. depuis peu ?
LAJOIE. -- Eh! mon Dieu, il s’est cassé le jour même que l’arche a été emportée par les grandes eaux.
LE PASSANT. — Ah! que c’est malin, cela!
Eh! l’ami !... je ne pourrai donc pas passer la rivière ?
LAJOIE. — Pourquoi pas?
Les canards l’ont bien passée, Lire lire lire (bis),
Les canards l’ont bien passée, Tire lon fa.
LE PASSANT (à part). Est-ce qu’il me prend pour un canard, ce petit drôle-là ? Cependant, comme je suis pressé d’aller voir ma commère,, si la rivière n’était pas profonde, je pourrais peutêtre la traverser en relevant mon pantalon. Il faut que je lui demande... Eh! l’ami... la rivière est-elle profonde?
LAJOIE. — Les cailloux touchent la terre, Lire lire lire (bis), Les cailloux touchent la terre, Tire lon fa.
LE PASSANT, — Ce petit drôle a l’air de se
moquer de moi. Il faut que je sache son nom, afin de le corriger. Eh! l’ami !... comment t’appelles-tu ?
LAJOIE. — Je m’appelle comme mon père, Lire lire lire (bis), Je m’appelle comme mon père, Tire lon fa.
LE PASSANT (à part). Ah! je crois que je le tiens à présent (haut). Comment s’appelle ton père ?
LAJOIE. — Cest le secret de ma mère, Lire lire lire (bis), C’est le secret de ma mère, Tire lon fa.
LE PASSANT. — Mauvais plaisant !.. Eh ! ami.
vénd-on du vin dans cette maison là-bas ?
LAJOIE. — On en vend plus qu’on n’en donne, Lire lire lire (bis), On en vend plus qu’on n’en donne, Tire lon fa.
LE PASSANT. — Je le crois bien... Il faut que je lui demande l'heure qu'il est. Eh! l’ami… pourrais-tu me dire l’heure qu’il est ?
7 LAJOIE. — Très-volontiers, car j'ai une très-
belle montre à répétition (47 se iourne). Tenez, regardez : É
Voici le cadran solaire, Tire lire lire (bis), Voici le cadran solaire, Tire lon fa.
LE PASSANT. — Petit insolent !... Dis donc, si je t’offrais de te payer bouteille, tu trouverais bien moyen de me faire passer l’eau ?
Lajoie va chercher un batelier. Quand le bateau retraverse l’eau près de Lajoie, celui-ci jette des pierres aux passagers en leur criant : Gare l’eau! Arrivé de l’autre côté, le passant donne une bonne correction au mauvais plaisant.
Répertoire du théâtre transparent à l'instar des ombres chinoises. À Paris, chez les marchands de nouveautés, in-18, sans date.
Dans une variante, peu intéressante d’ailleurs, qui se trouve dans Scènes mélées de couplets faites pour le cartobiorama ou Nouveau théâtre transparent mécanique. Paris, Rabiot, 1827, in-18 ; le passant demande au tailleur de pierres qui travaille sur le pont cassé comment il se nomme. L’interpellé répond : Comme vous. — Comment, dit le passant, tu te nommes Pierre l’enrhumé ?...
| Finalement le tailleur de pierres va chercher un batelier. Le passant traverse l’eau et paye à boire.
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