MADAME ANGOT
La société se forme en cercle. Celui qui lait le jeu annonce qu'il va faire le! récit Tamenitablé de. différents accidents que la pauvre‘ madame Angot a essuyés. Puis il entre en matière. Il brode le mieux qu’il peut son histoire; et, à chaque aventure, il suppose qu’il est survenu une infirmité à son héroïne, et que toutes ces infirmités lui ont missucééssivéihént en ‘môtivémènt quelque partie du corps : d’abérd;"c’estiuri brañie lement detête, ‘piisut chénèment d’yeut, puis
un tournement de bouche, puis un remuemenñt du bras droit, ainsi de suite jusqu’au remuement des pieds. À chaque infirmité qu’annonce le directeur du jeu, il imite le mouvement qu’elle a produit chez son héroïne, et chaque personne est obligée de faire comme lui, sous peine de donner un gage. Ces têtes, ces bras, ces jambes qui s’agitent par gradation, ces bouches de travers, ces yeux clignotants, tout cela produit run effet très-comique. Enfin la pauvre madame Angot ne saurait résister à tant de maux; son historien la fait mourir, et il invite la société à lui faire des obsèques dignes de sa célébrité. Les mouvements cessent; on fait un demi-tour à droite; le directeur du jeu donne le signal du départ ; et chacun tenant son siége à deux mains, le traîne autour de la chambre en suivant son voisin, jusqu’à ce que tout le monde se retrouve à sa place. On conçoit que si ces funérailles n’ont pas beaucoup de pompe, elles sont au moins très-
bruyantes.
Manuel des sorciers, suivi des Petits jeux de société. Paris, 1820, in-12.