LE JEU DES SOUPIRS
Le maître du jeu dit à toutes les personnes de la société :
« Messieurs et mesdames, il est temps de ne plus cacher votre tristesse, qui deviendrait plus violente par la contrainte; il vous est permis de soupirer. »
Chacun soupire donc à plusieurs reprises et en divers tons, et c’est dans cette occasion que l’on joint plutôt le rire aux soupirs que les larmes.
Le maître du jeu commence à demander pourquoi il a soupiré. AR joueur répond selon sa fantaisie :
L'un dit parce qu’il a perdu un procès ;
L'autre, parce qu’il a perdu sa femme; Celui-ci, parce qu’il a perdu son chat; Celui-là, parce qu’il a perdu sa pantoufle, etc.
Chacun ayant ainsi déclaré le sujet de ses soupirs, l’un des joueurs recommence à soupirer et dit pourquoi il soupire, mais en y joignant la cause des soupirs d’un autre. Ce dernier doit les reprendre aussitôt et ajouter encore la cause des soupirs d’un autre, et ainsi de suite, etc.
Les Amusements du bel âge. Paris, 1816.