Haut nid pie a
Bas nid caille a.
En mare cane est.
LE PONT CASSÉ (i)
A. — Jean et le Gascon
JEAN. — (27 arrive sur le pont portant une pioche sur l'épaule.) Ah I ah 1 la matinée est frdche ce matin ; j'vas en profiter pour me mettre à travailler à ce pont en chantant ma petite chansonnette, n travaille en fredonnant :
(i) Dans on ouvrage paru en 187;, Feu Séraphin (histoire de ce spectacle depuis son origine), Lyon, Scbeuring, in-8, p. 33, se trouve une variante du poni cassé (tirée des Chansons amhiguiSy publiées par la veuve Oudot, en 17 18), sous le titre de : Dialogue du prince et du berger. — Feu Séraphin donne en outre une var^te moderne peu différente de celles que nous rapportons id. Les personnages sont le petit gas et le voyageur (on prête à
dernier l'accent gascon).
Tra la la la la laire, Lire lire lire, laire laire laire, Tra la la la la la laire, Lire Ion fa.
LE GASCON. — (Arrivant au pont). On m'a dit que quand je serais près du pont, je ne serais pas loin de la rivière. (// avance et ^arrête tout à coup devant V arche du pont brisée,) Tiens 1 comment se fait-il donc que ce pont soit cassé ? Eh ! justement j'aperçois là-bas un petit bonhomme qui pourra peut-être m'enseigner le chemin qui conduit à la ville. (Appelant) Ehl Tami, quel est le chemin qui conduit à la ville?
JEAN. — C'est facile, monsieur.
Tous les chemins Tont i la ville (i).
Lire lire lire,
Laire laire laire.
Est-ce que vous ne le savez pas.
Lire Ion la ?
LE GASCON. — Parbleu 1 je sais bien que tout chemin conduit à la ville; mais c'est le plus court que je te demandais... Ehl Fami, ne pourrais-je pas passer la rivière ?
(i) Dans le Diakgiu iu primu *i du herftr (1718), à la qocstiOB i Oév^U ekewtin ? k berger lipond :
Buevm miil mê himgg, O linm^, eU.
jEiiN. — La rivière?
Les canards l'ont bien passée.
Lire lire lire,
Laire laire laire,
Poarqaoi n*passeriez-vous pas.
Lire Ion £& ?
LE GASCON. — Dis doac, petit drôle, est-ce que par hasard tu me prendrais pour un canard?... Cependant, comme je suis pressé, je pourrais peut-être la traverser... Eh 1 Tami, la rivière est-elle profonde ?
JEAN. — Comme partout ailleurs;
Les cailloux touchent la terre.
Lire lire lire,
Laire laire laire.
Ne pouvant aller plus bas.
Lire Ion h.
LE GASCON. — D est malin, ce petit bonhomme... Mais j'aperçois une maison là-bas; je crois que c*est une auberge ; il faut que je m'en informe... Eh 1 l'ami, à qui appartient cette belle maison?
JEAN. — Elle appartient à son maître.
Lire lire lire, Laire laire laire; C'est toujours comme cela.
Lire Ion fa.
222 RIMES ET JEUX DE L'eNFANCE
LE GASCON. — £hl sandis, cadédis! je sais bien qu'une maison appartient à son maître!
Mais dis donc, vend-on du vin dans cette maison ?
JEAN. — On en vend plus qu'on n'en donne, Lire lire lire, Laire laire laire;*
Les marchands sont tons comme ça, Lire Ion ia (i).
LE GASCON. — Ce petit drôle se moque de moi ; il faut que je sache son nom, afin de le corriger. Dis donc, comment t'appelles-tu?
JEAN. — Je m'appelle comme mon père, Lire lire lire, Laire laire laire ; C'est un beau nom que celui-là.
Lire Ion h,
La scène se termine ainsi : Le Gascon traverse la rivière grâce à un batelier qui vient le chercher et punit Jean i coups de canne, au grand plaisir des spectateurs.
Séraphin et son théâtre, article pnbUé dans le Magasin pittoresque de 1867.
(i) Dans le Pont cassé de Feu Séraphin, le voyageur ajoute cette question : Le vin est-il bon ? et le petit gas répond :
Si bon qu'il se laisse boire.
Lire, lire, laire, etc.
Dans le Dialcgue du prinu et du berger, il y a une question relative & Vhâteste trop scabreuse pour eue rapportée ici.
B. — Pierre et le Gascon
LE GASCON. — Sandis, cadédisl zé croyais continuer mon semin, et zé rencontre un obstade insourmontable. Dis donc, Tami de Tauchtre coustia de la rivière, où est donc le pont?
PIERRE (le piocheur). —
Il est chu dans la rivière, Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre ; Il est chu dans la rivière, Fa, £ï, liron fa.
LE GASCON. — Il est chu dans la rivière; zé^ une réponse qui ne signifiait pas grand sose. Zé voudrais savoir si l'on peut passer Teau ?
PIERRE. — Les canards Tont bien passée.
Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre ; Les canards l'ont bien passée.
Fa, Êi, liron fa.
LE GASCON. — Cadédis, les canards la passent à la nage ; tu ne m'apprends rien de nouveau ; zé té demande si la rivière est bien profonde ?
PIERRE. — Les cailloux touchent la terre.
Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre ; Les cailloux touchent la terre Fa, Êi, liron £i.
" LE GASCON. — Ce maudit maraud est la stou-
224 RIMES ET JEUX DE l'eNFANCE
pidité même; on né peut rien tirer dé lui. Dismoi donc, Tami, zé voudrais bien savoir ce que c'est que l'enseigne de cette auberge ?
PIERRE. — C'est le portrait de la lune,
Tire lirrc, lirrc, lirrc, lirre, lirre ;
Cest le portrait de la lune.
Fa, fa, liron fa. '
LE GASCON. — Impudent que tu es de me répondre ainsi 1 je vois bien que c'est la loune ; apprends que je souis d'une des bonnes familles de la Gascogne, car du castel dé mon père l'on puise dans la Garonne du vin aussi doux que le miel, et si z'étais de l'auchtre coustia de la rivière, zé te donnerais cent coups d'étrivière.
PIERRE. — J'en rends grâce à la rivière,
Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre ; J'en rends grâce à la rivière.
Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — Dis-moi, vend-on beaucoup de bon vin dans cette auberge ?
PIERRE. — On en vend plus qu'on n'en donne.
Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre ; On en vend plus qu'on n'en donne.
Fa, fa, liron fa.
LE GASCON. — L'ami, vous devez avoir oune femme ? Avec qui êtes-vous marié ?
PIERRE. — Avec Margot la grenouillère, Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre; Avec Margot la grenouillère.
Fa, ùi, lirun h.
LE GASCON. — Qjielle houre est-il mainteiiant?
PIERRE (se retournant et lui montrant son derrière)*
Voilà le cadran solaire.
Tire lirre, lirre, lirre, lirre, lirre ;
Voili le cadran solaire.
Fa, fa, liron fa.
La scène se termine ainsi : le Gascon appelle un batelier, et lorsqu'ils passent tous deux près de l'endroit du pont où travaille Pierre, celui-ci fait tomber sur eux une grêle de moellons. Arrivé de l'autre côté, le Gascon se venge en faisant tomber brusquement Pierre dans la rivière, et le batelier va le repécher.
Le Séraphin de Venfance, recueil de pièces d'ombres chinoises. Metz, Gaogel et Didion, ia-i8, t. d.
c. — Lajoie et le passant
LE PASSANT. — Eh 1 mon Dieu, que je suis bête de courir comme cela 1 j'ai manqué de boire an coup à la grande tasse, moi qui ne sais pas nager. Ah 1 ça, comment se fait-il donc que ce pont soit cassé? Ah ! ali ! voici justement là-bas on petit bonhomme qui pourra peut-être me
226 RIMES ET JEUX DE l'EKFANCE
l'apprendre. Eh 1 Tami I... ce pont est donc cassé depuis peu ?
LA JOIE. — Eh ! mon Dieu, il s'est cassé le jour même que l'arche a été emportée par les graiides eaux.
LE PASSANT. — Ah I que c'est malin, cela I Ehl l'ami 1... je ne pourrai donc pas passer la rivière ?
LAjoiE. — Pourquoi pas?
Les canards Tont bien passée.
Lire lire lire (bis).
Les canards l'ont bien passée.
Tire Ion £a.
LE PASSANT (à part). Est-ce qu'il me prend pour un canard, ce petit drôle-là? Cependant, comme je suis pressé d'aller voir ma commère, si la rivière n'était pas profonde, je pourrais peutêtre la traverser en relevant mon pantalon. Il faut que je lui demande... Ehl l'ami... la rivière est-elle profonde?
LAJOIE. — Les cailloux touchent la terre, Lire lire lire (Wj), Les cailloux touchent la terre, Tire Ion ùi.
LE PASSANT. — Ce petit drôle a l'air de se
moqatr de moi. U £aut que je sache son nom, afin de le corriger... Ehl Tami 1... comment t'appelles-tu ?
LAJOIE. — Je m'appdle comme mon père.
Lire lire lire (bis).
Je m'appelle comme mon père, Tire Ion £1.
LE PASSANT (à pàrf). Ah 1 je crois que je le tiens à présent (haut). Comment s'appelle ton père?
LAJOIE. — C'est le secret de ma mère.
Lire Hre lire (bis).
C'est le secret de ma mère, lue Ion ùu
LE PASSANT. — Mauvais plaisant 1.. Eh 1 l'ami... vend-on du vin dans cette maison là-bas ?
LAJOIE. — On en vend pins qn'on n'en donne.
Lire lire lire (bis).
On en vend pins qn'on n'en donne.
Tire Ion fil.
LE PASSANT. — Je le crois bien... Il faut que je lui demande l'heure qu'il est. Ehl l'ami...
pourrais-tu me dire l'heure qu'il est ?
LAJOIE. — Très-volontiers, car j'ai une très-
328 RIMES BT JEUX DE l'eNFAMCE
belle montre à répétition (f7 se tourné)» Tenez» regardez :
Voici le cadran solaire.
Tire lire lire (bis)^ Void le cadran solaire, Tire Ion £a.
LE PASSANT. — Petit insolent !... Dis donc, si je t'offi'ais de te payer bouteille, tu trouverais bien moyen de me faire passer l'eau?
Lajoie va chercher un batelier. Qjiand le bateaa retraverse Teau prè»>de Lajoie, celui-ci jette des pîeeres aux passagers en leur criant : Gare l'eau f Arrivé de l'autre côté, le passant donne une bonne correction au mauvais
plaisant.
R^ertoire du théâtre transparent d Vinstar des ombres chinoises, A Paris, chez les marchands de nouveautés, in-i8, sans date.
Dans une variante, peu intéressante d'ailleurs, qui se trouve dans Scènes mêlées de couplets faita pour le carUAiorama ou Nouveau théâtre transparent mécanique. Paris, Rabiot, 1827, in-i8 ; le passant demande au tailleur de pierres qui travaille sur le pont cassé comment il se nomme. L'interpellé répond : Comme vous, •— Comment, dit le passant, tu te nommes Pierre l'enrhumé ?...
Fuulement le tailleur de pierres va chercher un batelier. Le passant traverse l'eau et paye & boire.