‹ Rimes familières (volume 2)Chapitre 12 sur 31 · LE CHENE · texte numérisé non relu

LE CHENE

Ses branches se tordant ainsi que des reptiles Croîtront dans l'avenir,

Quand on aura perdu des plantes inutiles Même le souvenir.

A toi merci, prophète aux strophes téméraires,

Pour avoir deviné Que le frêle arbrisseau, battu des vents contraires,

Était prédestiné !

MODESTIEj

A M. René de Récy.

Plus d'un croit à sa victoire, N'étant pas très érudit; A qui connaît mieux l'Histoire Tout orgueil est interdit.

Tu pensais, triste éphémère, Atteindre au comble de l'art !

Poète, regarde Homère !

Ou, musicien, Mozart !

A tous ces géants énormes Que nous montre le passé Compare tes maigres formes, O lutteur bientôt lassé !

Des forces de la Nature Ils ont la fécondité ; Ils ont la haute stature, La surhumaine beauté

De ces montagnes sublimes Qui sans effort à nos yeux Montrent des fleurs, des abîmes, Et la neige dans les cieux.

Si nous écrivons trois lignes, L'Univers tout étonné Est averti par des signes Qu'un chef-d'œuvre nous est né.

Étourdi par le tapage, L'Univers est en arrêt.

Le temps souffle sur la page Le chef-d'œuvre disparaît.

On encense des idoles Avec les genoux plies; Ceux dont on boit les paroles Demain seront oubliés.

Ne va pas, toi qui m'écoutes

En prenant des airs narquois,

T'aventurer dans des joutes

Avec les grands d'autrefois !

Tu te verrais, pauvre athlète, Aussi faible qu'un enfant Qui prendrait une arbalète Pour combattre un éléphant

L'Irlande t"a donnée à nous. Ta gloire est telle Qu'un double rayon brille à ton front : Astarté, i,i i belle que toi, ne savait qu'être belle; Sapho qui t'égalait n'avait pas ta beauté.

Tu chantes, comme vibre une forêt superbe Qu'agite la fureur des grands vents déchaînés; Comme aux feux de midi la cigale dans l'herbe: Gomme sur un récif les flots désordonnés.

Ton talent réunit la force et la soupiesse,

Et d'une défaillance il n'a pas à rougir;

Si tu peux gazouiller comnie en son allégresse

L'oiseau des champs, tu sais comme un fauve rugir

La République, l'Art et l'Amour ont ensemble Mêlé leurs voix, guidés par ta puissante main, Cette main qui jamais n'hésite ni ne tremble, Que la lyre soit d'or ou qu'elle soit d'airain.

Tout un peuple a chanté l'Hymne de délivrance. Vignerons, matelots, artisans, laboureurs, Artistes et savants, parure de la France, Les guerriers, les enfants qui leur jettent des fleurs.

A ta flamme alluniée en brillante spirale La flamme des trépieds sur tous les fronts a lui, Et nous avons trouvé dans l'Ode Triomphale Pour le grand Centenaire un chant digne de lui.

La Patrie adorée au tout-puissant génie Te presse avec amour sur son cœur glorieux. Sois par nous acclamée et par elle bénie, Et puisse ton étoile illuminer les cieux!

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