LE JAPON
Notre vulgarité, nos chapeaux impossibles, Nos pantalons, nos arts frelatés et nos bibles. Ils étaient jolis dans leurs habits japonais; Sous nos accoutrements ils veulent être laids. Leurs femmes, d'élégance et de grâce prodiges, Étaient comme des fleurs se penchant sur leurs tiges ; Elles pouvaient au monde imposer leurs atours, Changer l'axe du beau, le thème des amours! Mais telle qui traînait des robes de déesse Avec nos falbalas n'est plus qu'une singesse. C'en est fait! du Japon il faut faire son deuil, Tuer rillusion et clouer son cercueil.
» L'Empire du Soleil Levant « n'est plus qu'un trope; C'est l'Extréme-Occident, le singe de l'Europe !
L'ARBRE
L'arbre, dont on fera des planches, Est vivant; il lève ses branches Comme de grands bras vers les cieux:
Avec un murmure Joyeux Il agite son beau feuillage Où l'oiseau plus joyeux que sage En chantant viendra se poser; Il donne à la terre un baiser
98 LARBRE.
De fraîcheur, dans la forêt sombre;
On n'oserait compter le nombre
De ses feuilles et de ses fleurs;
C'est une fête de couleurs
Quand sa verdure monotone
S'enrichit aux feux de l'automne
De pourpre et d'or; dans ses ramures,
La nuit, comme en des chevelures
On voit briller les diamants
Aux yeux éblouis des amants,
Les constellations scintillent;
Des peuples d'insectes fourmillent
Sur lui, vivent de son sang clair.
Pur et limpide comme l'air
Qui baigne sa cime orgueilleuse;
L'enfant, la fillette rieuse.
Malgré son âge et son aspect
Auguste, viennent sans respect
Cueillir avec des cris de joie
Ses fruits savoureux, douce proie 1
Il est la force et la beauté;
Il est la vie et la gaieté;
L'ARBRE 99
A l'hamadryade pareille
Dans ses flancs se cache l'aheilk
La longue racine, sans bruit, Trace son chemin dans la nuit.
Elle est l'obscure nourricière ; Tandis qu'inondé de lumière L'arbre balance dans l'azur Son front verdoyant, d'un pas sûr Elle s'enfonce dans la fange; L'arbre chante et rit, elle mange ; La feuille respire, au soleil La fleur ouvre son sein vermeil; Mais la racine vit sans joie :
Pour que l'arbre à nos yeux déploie Tant de charmes et de splendeurs, Il faut qu'au monde des laideurs.
De la pourriture fétide.
Elle plonge, dans l'ombre humide.
L'ARBRE
La froide limace, le ver, Toute une faune de l'enfer Rampe sur son écorce grise; Elle s'insinue, elle brise La pierre sous son lent effort ; Dans l'œil de la tête de mort Elle enfonce ses radicelles Sans hésiter; elle est de celles Qui ne s'arrêtent devant rien; Pour elle il n'est ni mal ni bien.
Oh! Dans les rayons, les étoiles Et l'azur, à travers les voiles Des légers brouillards du matin, Admirez l'arbre, le satin Des feuilles, le velours des mousses, Le vert tendre des jeunes pousses;
L'ARBRE
D'un œil charmé voyez encor L'éclat des fleurs et des fruits d'or Mais ne cherchez pas le mystère De la racine sous la terre!