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A PROPOS l>E SON EMBARQUEMENT POUR t'iEE DE
CYTIIÉRE.
Oui, Ton (ete Watteau; par lus portes durées Dans les petits salons le maître a ses entrées : Sa tournure est pimpante, il sait les airs de cour, Et la mode en a fait le caprice du jour.
Veut-on tenir maison dans le goût de Versaille,
On reçoit au boudoir les marquis en rocaille ;
On se fait présenter les guerriers de biscuit,
Les dieux de Sevré; entin, le peintre est introduit.
« — Entrez donc, cher Watteau ! » La comtesse en raffollt :
A lui le clou d'honneur près de la girandole.
Maître, ah ! plutôt, venez au tond de l'atelier Redire à vos neveux les secrets du métier.
Malgré plus de cent ans, à les voir si légères, Tout bas Ton fait cncor la cour à vos bergères ; Mais la grâce résiste aux amants maladroits, Les tailles de satin glissent entre leurs doigts, La danse leur échappe; et moi, jeune satyre, Me voici qui de loin les nargue de mon rire.
Maître, redites-leur par quels pinceaux, on plait; Vous-même au jour de l'art placez le chevalet. Venez au Louvre, un jour d'étude solitaire,
Leur montrer dans quel port on frète pour Cythère,
Sur quel golfe peuplé de demi-dieux marins
Cupidon prend à bord d'élégants pèlerins.
Beau pays!., montrez-nous le chemin pour s'y rendre.
Où donc fleurissent-ils ces rivages du Tendre?
Les ombres de nos bois n'ont point ce clair-obscur;
Jamais notre horizon n'eut ces lignes d'azur.
Que c'est faux! Et pourtant (merveille de peinture!)
A vivre sur ces bords se complait la nature ;
C'est elle qui là-bas, dans les lointains trompeurs,
De son réel soleil traverse les vapeurs.
— 0 vous qui peignez frais, vous dont la line touche
Sait placer le caprice aux angles d'une bouche,
Vous le maître d'atours des belles sans courroux,
Vous qui dans les jardins donnez les rendez-vous,
Et là, d'un doigt léger, à l'en tour des albâtres,
Semez les gazons bleus sous les plaisirs folâtres,
l>e quel sang de duchesse avcz-vous fail la chair
De ces minois au veut, de ces gorges ïi Pair ? Votre mode, on Ta dit, fut parfois ridicule ; Oui, mais sous les paniers comme la taille ondule ! Comme le geste est libre en ces nœuds singuliers î Comme ils font leur chemin tous ces petits souliers! Comme vos jeunes gens avides de caresses Convoitent avec goût les seins de leurs maîtresses ! Oh! que c'est bien ainsi qu'une main dans la main On s'adore aujourd'hui sans penser à demain ! Vers un même baiser le groupe ami se penche, La jupe et le pourpoint se plissent sur la hanche, Et la pose est trouvée, et l'on sent les dessous, Et le Corrcge a peint le rire comme vous.
D'ailleurs, vos pèlerins cambrés dans leur ceinture Sont, tout comme Apollon, d'idéale nature :
Athènes qui porta du fard avant Paris Eût aimé votre rouge, et la Grèce eut compris.
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— Oui, l'on fête Watteau ; par les portes dorées Dans les petits salons le maître a ses entrées : Sa tournure est pimpante, il sait les airs de eour. Et la mode en a fait le caprice du jour.
— Mais que si je tenais dans ma chambre enfermée, Entre ma dame et moi, cette œuvre bien-aimée. Comme je fêterais le peintre et sa couleur !
Et qu'aussi nos baisers doubleraient de chaleur !
Avec ce chœur d'amants prêts à quitter la terre
Pour la blanche Vénus et la verte Cythère,
Le poète et la dame iraient, au gré des Ilots,
Passagers sur la nef des Amours matelots;
Et du pont nous verrions dans les vagues limpides
Se jouer le reflet de nos baisers humides.