SCÈNE D'INTÉRIEUR
Un faune à longs pipeaux, dont Kart fit un chenet, Dans une chambre à lit, près du feu, tisonnait. Devant lui, l'orme en pleurs murmurait sur la braise, Et le thé répondait dans la théière anglaise.
Le demi-dieu, repu de flamme et de Pékuo, D'une oreille pointue écoula ce duo.
(Entre nous l'histoire est réelle ; J'étais témoin dans la ruelle.)
L'orme écumait:
« — Ouel ingrat est mon maître!
Mes rameaux agités Éventaient les étés Au pied de sa fenêtre. »
Le thé fumait:
o — Nous sommes en décembre :
Mes bouquets toujours verts Réchauffent les hivers Près du feu de sa chambre. »
L'orme sifflait :
« — Sa dame venait-elle
Sur la mousse nouvelle...
Je leur servais d'ombrelle. »
. Le thé soufflait :
« — Elle est là, sur la plume.
Comme un trépied je fume, L'alcôve se parfume. »
L'orme éelatait :
« — Adieux, écharpe blanche Suspendue à la branche 1 »
Le thé chantait :
« — Bonjour, blondes gimblettes, Et vivent les dînettes ! »
L'orme criait :
« — Au feu!! maître implacable. »
Le thé fuyait :
« — Maîtresse, à table ! à table ! »
L'orme croula...
— Le thé coula...
Ici le dieu-chenet cessa de les entendre.
Sous les pinces d'acier forme croulait en cendre, Le thé coulait au fond d'une tasse à barbeaux : Et le faune à son tour souffla dans ses pipeaux. Bienheureux de sentir sur sa tète dorée Un petit pied de daine en pantoufle fourrée.
(L'histoire est réelle, entre nous ; La dame était sur mes genoux.)