‹ Rimes galantesChapitre 11 sur 42 · SCÈNE D'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

SCÈNE D'INTÉRIEUR

Un faune à longs pipeaux, dont Kart fit un chenet, Dans une chambre à lit, près du feu, tisonnait. Devant lui, l'orme en pleurs murmurait sur la braise, Et le thé répondait dans la théière anglaise.

Le demi-dieu, repu de flamme et de Pékuo, D'une oreille pointue écoula ce duo.

(Entre nous l'histoire est réelle ; J'étais témoin dans la ruelle.)

L'orme écumait:

« — Ouel ingrat est mon maître!

Mes rameaux agités Éventaient les étés Au pied de sa fenêtre. »

Le thé fumait:

o — Nous sommes en décembre :

Mes bouquets toujours verts Réchauffent les hivers Près du feu de sa chambre. »

L'orme sifflait :

« — Sa dame venait-elle

Sur la mousse nouvelle...

Je leur servais d'ombrelle. »

. Le thé soufflait :

« — Elle est là, sur la plume.

Comme un trépied je fume, L'alcôve se parfume. »

L'orme éelatait :

« — Adieux, écharpe blanche Suspendue à la branche 1 »

Le thé chantait :

« — Bonjour, blondes gimblettes, Et vivent les dînettes ! »

L'orme criait :

« — Au feu!! maître implacable. »

Le thé fuyait :

« — Maîtresse, à table ! à table ! »

L'orme croula...

— Le thé coula...

Ici le dieu-chenet cessa de les entendre.

Sous les pinces d'acier forme croulait en cendre, Le thé coulait au fond d'une tasse à barbeaux : Et le faune à son tour souffla dans ses pipeaux. Bienheureux de sentir sur sa tète dorée Un petit pied de daine en pantoufle fourrée.

(L'histoire est réelle, entre nous ; La dame était sur mes genoux.)

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