‹ Rimes galantesChapitre 12 sur 42 · LE SERMON · texte numérisé non relu

LE SERMON

La coutume en carême est d'aller au sermon; Usage assez propice aux rendez-vous, dit-on : Pour moi qui ne veux point faire le hou apôtre, Je ne m'en cache pas, j'y vais tout comme un autre.

Hier donc, suivant l'annonce, un orateur sacré Nous vantait l'abstinence on style figuré.

Pour mériter le ciel il fallait, à l'entendre,

Jeûner quarante jours, et dormir sur la cendre. Quant aux biens d'ici-bas, le vin, la bonne chair, Les belles... condamnés aux flammes de l'enfer. — L'abbé pour affadir l'amour et le Champagne Faisait du paradis un pays de Cocagne; J'écoutais, j'écoutais; mes appétits flattés S'ouvraient tout doucement aux saintes vérités. Ce paradis sucré comme un flanc à la crème M'affriandait ; mais, las! revenait le carême... Alors il fallait voir le nouveau Massillon Aux mangeurs de pois secs donner du goupillon. Et, pour tenter le goût, accommoder l'extase A la mode du ciel, dans une périphrase.

En vain s'emmiellait-il les gestes et la voix : J'allais donner ma part, quand je vois... oh ! je vois

Que ma voisine avait la merveilleuse ehose!) Au milieu de la joue une fossette ruse.

Prés de celte fossette, à travers un guichet, A confesse qu'eut dit le sage en blanc rothet ? Je ne sais; mais pour elle, un ermite en prière De sa grotte mousseuse eut levé la barrière.

Aussi, demandez-moi si l'apparition

Réchauffa la ferveur de ma conversion.

Un diable rac soufflait dans le trou de l'oreille :

w — Voyez donc, mon voisin, qu'elle est blonde et vermeille'

Pensez-vous bonnement que le pain noir et Tenu

Fassent venir ainsi des roses sur la peau?

Prend-on si bonne odeur à pàtir sous la bure?

Non pas; mais nous aimons les fruits en confiture,

Nous dormons dans la plume; et le châle étranger,

Sentez vous-même ! exhale un parfum d'oranger.

Que monsieur le curé juge le cas damnable :

Vous, mon cher, croyez-m'en ; pour cet air agréable

Tout comme le bonhomme elle ira droit aux cieux ; Voyez, le paradis lui brille dans les yeux »

— Mais le prédicateur s'écriait à voix haute : «—C'est ma faute, ma faute et ma très grande faute!» Puis, de trois coups de poing se frappant l'abdomen. Il racontait pourquoi Dieu nous chassa d'Eden. L'abbé s'en retirait décemment : ma voisine Soupirait en rêvant au péché d'origine :

J'étais connue le juge entre deux avocats, Et le diable à son tour reprenait les débats . « — Oh! dans le frais verger qui vous défend, jeune homme. Si le cœur vous en dit, de goûter une pomme?

Quand le sort vous conduit vers l'arbre défendu, Quand la branche vous tend le beau fruit suspendu, De ne point le cueillir aurez-vous le courage! » Et le serpent en vint à parler sans image :

Mais le drôle eut recours à des arguments tels, Que je «l'en dirai rien par respect des autels.

— Prêtait-elle l'oreille à cette plaidoirie?... La dame tout à coup lit une bouderie,

Et sa bouche qu'ouvrait un sourire païen Semblaitdire:«— Ah! monsieur, comme il nouscoii naît bien!»

C'est ainsi que durant la sainte patenolre Les dévotes brebis péchaient l'une par l'autre.

— Cependant l'avocat des austères douceurs Congédia la foule : « — Allez, allez, mes soMirs; Amortissez les sens, jeûnez, faites vigile. »

— Chacun s'achemina vers le blanc péristyle.

Elle, du bout du doigt, prit l'eau du bénitier, Et sortit en baissant les yeux sur son psautier : Mais encor un sermon, le diable les relève,

Et je soupe avant IVique avec cette enfant d'Èvc.

— Voyez, pour un contrit, quel retour à la foi! Décidément les dieux ne sonl pas fails pour moi.

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