A UNE DAME COQUETTE
J'admire avec orgueil tant d'efforts pour me plaire ! Ces propos ambigus, ces regards calculés, Le choix de ces parfums dont mes sens sont troublés, Ces poses en langueur qu'un demi-jour éclaire.
Vous n'attendez que moi, mais on galant peignoir; Ruban Irais, nœud de Heurs, tablier de dentelle... Heureux celui pour qui la beauté se fait belle, Et qui cause un soupir dès qu'il entre au boudoir !
On vous a vu dompter les plus fiers capitaines; Railler un cardinal qui se damnait pour vous; Bannir un archiduc qui priait à genoux ; Mais moi, moi chansonnier, je baise vos mitaines.
Comme en un songe d'or tout sourit à mes vœux. Votre tiroir secret conserve mes messages , Les fleurs de mes bouquets meurent dans vos corsages; Et pour moi les ciseaux coupent de vos cheveux.
Pour moi... l'heureux rimeur! madame se propose De broder au balcon d'où Ton pourra me voir.
Le jour, elle ouvrira sa fenêtre. Et le soir?
Le soir... on m'ouvrira la porte, je suppose.
Déjà je tends les bras: voilà bien ma candeur! J'implore : mais soudain, quelle honnête panique! Madame entend parler d'un amour platonique:
Épurons au plutôt cette profane ardeur.
Épurons... Mais que faire, hélas! de ma tendresse? Faut-il à vos genoux eonsumer mes beaux jours, Brûler, crier au feu ! sans espoir de secours, Sans être votre amant vous avoir pour maîtresse?
Quand votre chien anglais se fâche et fait des bonds. Vous jetez des gâteaux à ce petit Cerbère ; Et quand je me plaindrais, vous me diriez : «—Mon frère ! » En souffrant un baiser sur vos doigts pudibonds.
Comment ne pas se prendre aux douceurs de vos ruses?
L'amoureux porte-lyre, attendri... jusqu'aux vers, Finirait par chanter vos lauriers et ses fers; Et vous iriez, ma sœur, de pair avec les Muses.
Je comprends, je comprends, il vous faut des sonnets; Pour avoir mes chansons vous tlattez mon plumage ; Mais je sens les gluaux, j'entrevois une cage... Adressez-vous, mignonne, à d'autres sansonnets.
Syrène, sous le flot cachez bien vos écailles! Friande de concerts, vous nagez dans mes eau\ ; Dans vos filets d'azur vous traînez mes vaisseaux ; Moi de rire, plongeur qui glisse entre les mailles.
Soyons amants, madame, ou je deviens moqueur.
Le marché vous déplaît? Eh bien, petite fée
À la mode chinoise effrontément coiffée,
Vous n'aurez pas mes vers, vous n'avez plus mon cœur.