‹ Rimes galantesChapitre 16 sur 42 · UN MOMENT DE SAGESSE · texte numérisé non relu

UN MOMENT DE SAGESSE

Sur le papier glacé m'arrive le message :

Aux revers de l'amour opposons <lu tourage'

J'ai deviné mon sort; voici donc ses adieux.

Quel dédain!... J'aurais pu, madame, attendre mieux.

Mais pour de plus grands maux gardons notre tristesse Oublions, oublions eette étrange maîtresse.

Aussi bien, trop longtemps j'ai subi sa fierté ; Je t'invoque à ton tour, belle tranquillité.

— Allons! je suis guéri : libre d'inquiétude, Le moment est venu de songer à l'étude.

Sortez de vos rayons, mes livres; entre nous Le temps sera plus eourt qu'à ces longs rendez-vous; Nous aurons de l'esprit, nous l'oublierons ensemble... Te voilà, mon Chénier! quel destin nous rassemble! Frère, pour nous l'amour forgea le même trait ; Et de ma dame, hélas! Camille est le portrait. A chacun de tes vers écrits pour l'infidèle, Je m'arrête, et je dis : — oh ! comme c'est bien elle l Je le disais du moins; car je veux désormais Ne plus jamais te lire, et n'aimer plus jamais. Plus de vers ! plus d'amour ! la jeunesse est passée : Aristote m'attend aux leçons du Lycée :

J'irai trouver Socrate avec Phèdre et Criton... Mais, silence! voici les discours de Platon.

— Penseur à longue barbe, à flottante tunique, Montre-moi le chemin qui conduit au Portique : Regarde, j'ai vaincu la chair et ses transports; L'esprit s'est dégagé dos entraves du corps : Sur les routes d'en haut je suis prêt à te suivre.

— Mais quoi ! que faites-vous au milieu de ce livre, Petite fleur? Faut-il qu'un frivole bouquet

Ait sa place parmi les sages du Banquet?

Que voulez-vous? « — Vois donc comme je suis jolie

Oh ! souviens-toi du jour où vous m'avez cueillie.

Ensemble, près de moi, couchés sur le gazon,

S'agissait-il alors d'amour ou de raison ?

11 s'agissait d'amour, de baiser, de sourire.

J'écoutais; j'entendis ta maîtresse te dire :

— Pour ne pas oublier ce qui s'est fait ici, Emportez cette fleur, mon ange. — Et me voici !

Me voici .. niais pardon, j'ai troublé ta lecture. »

— Oh! parle, parle encor, livre de la nature : 0 ma chère pervenche, ô souvenirs d'amours, Troublez de vos parfums les antiques discours.

Ne plus l'aimer, grand Dieu, n'être plus aimé d'elle Oh ! dictez-moi des vers qui touchent la cruelle.

— Et la plume déjà, sur le papier glacé, Demande mon pardon... quand c'est moi l'offensé!

LUSTKAT10NS.

Dans les arts recherchons les modèles divins : Arrivons au plaisir par les plus beaux chemins.

Avant l'heure où ma dame, en son plus frais costume, Ma dame et les combats m'attendent sur la plume,

Moi, soigneux des apprêts, ardent, mais tin lutteur, Je plonge dans le bain d'eau fraîche et de senteur; Et de là, vers les jeux de l'amoureuse arène Je vole, et plus dispos le sang court en ma veine. Oh! qu'alors il m'est doux, assoupli par les eaux, D'essayer mon courage entre tes bras rivaux, Maîtresse; et que bien mieux ma mouvante narine Sait trouver quel bouquet est mort sur ta poitrine, Lorsqu'attirant ma bouche à l'endroit de ton cœur, Tes mains aux bagues d'or caressent leur vainqueur

Suivons vers le plaisir les routes les plus belles; Et dans les arts cherchons les plus divins modèles.

Pour l'art abandonnant un jour la volupté,

J'ai fui blonde maîtresse et natale cité;

Et j'ai vu les grandeurs de ton architecture,

Tes noirs palais, Florence, et la blanche sculpture ;

J'ai vu ; puis je reviens après avoir compris. Mais, quelle est ma surprise en rentrant dans Paris ! Je contemple et m'étonne. Est-ce donc là ma ville? La pierre a revêtu la couleur et le style.

J'admire; et cependant le jour de mon départ Je passais dédaigneux... mais j'ai pris le bain d'art; Et voilà que goûtant la ligne et l'ordonnance, De loin j'ai cru revoir les palais de Florence.

Dans les arts recherchons les modèles divins : Arrivons au plaisir par les plus beaux chemins.

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