MON ROSIER
La grâce deux à deux unit les mêmes choses Comme l'amour; Amour se plait au nombre deux. Les vases deux par deux prennent les mômes poses. Et deux par deux les cœurs brûlent des mêmes feux.
Chez vous tout a subi cette loi d'élégance; Vous seule osez braver cette loi de plaisir : Le vase vis-à-vis d'un vase arrondit l'anse; Mais le cœur sans pendant dédaigne de choisir.
Et moi, je vous gardais deux tleurs pour votre fête, Deux boutons accouplés, symbole de mes vieux ; Deux roses à porter au bal sur votre tète, Dans un même ruban, image d'autres nœuds.
Pourtant je n'ai cueilli qu'un bouton de mes roses, Qu'un seul, mais le plus frais : devinez-vous pourquoi La grâce deux à deux unit les mêmes choses... Placez-le sur ce cœur qui ne veut pas de moi.
LA GLOIRK.
J'entends vanter les banquets de la gloire Mais aux galas de l'Immortalité Que de buveurs grimacent après boire!
DV>Ù je conclus, ô filles de mémoire,
Que le nectar est un vin frelaté, Bon pour l'Olympe; et je m'en tiens au thé.
Lorsqu'cn trait d'or la boisson japonaise Sort du goulot de ma théière anglaise, Qu'un moins gourmet s'enivre avec les dieux ; Quand par les trous de ma pipe mauresque Le tabac turc sort en frêle arabesque, Brûle l'encens pour un plus glorieux!
Petit rimeur, gardons-nous bien des cieux; Ou gloire à moi ! la mode me trompette, Un modeleur me coule en statuette, Et me voilà dans le prochain bazar.
Triste pantin debout sur la planchette :
Le bel endroit où cuver son nectar !
Qu'il est flatteur d'exhaler l'huile grasse, Sur l'étagère, à côté d'une tasse; Pour son pendant d'avoir une goton, Nymphe en biscuit, Calhpygeen carton!
Chacun son goût : à d'autres l'étagère!
Moi, je m'en tiens au creux de ma bergère.
Gardez la chambre, ô ma muse légère.
Quand je devrais surgir sous le ciseau,
Avoir dix pieds en marbre de Carrare,
Porter au front l'héroïque bandeau,
De mon colosse orner un château d'eau ;
Là, franchement, sans façon, je déclare
Refuser net l'honneur du piédestal.
J'en suis fâché pour Fart monumental
Et pour l'orgueil de mon pays natal.
Affreux plaisir! poser à la romaine,
Nu comme un ver, au bord d'une fontaine
En plein décembre; et l'été, sans chapeau,
En plein juillet rôtir au bord de l'eau:
Et puis finir à ce jeu ridicule,
Par se surprendre un jour chez son portier,
Sous un bocal, à l'état de pendule...
Décidément je renonce au laurier.