‹ Rimes galantesChapitre 25 sur 42 · MON ROSIER · texte numérisé non relu

MON ROSIER

La grâce deux à deux unit les mêmes choses Comme l'amour; Amour se plait au nombre deux. Les vases deux par deux prennent les mômes poses. Et deux par deux les cœurs brûlent des mêmes feux.

Chez vous tout a subi cette loi d'élégance; Vous seule osez braver cette loi de plaisir : Le vase vis-à-vis d'un vase arrondit l'anse; Mais le cœur sans pendant dédaigne de choisir.

Et moi, je vous gardais deux tleurs pour votre fête, Deux boutons accouplés, symbole de mes vieux ; Deux roses à porter au bal sur votre tète, Dans un même ruban, image d'autres nœuds.

Pourtant je n'ai cueilli qu'un bouton de mes roses, Qu'un seul, mais le plus frais : devinez-vous pourquoi La grâce deux à deux unit les mêmes choses... Placez-le sur ce cœur qui ne veut pas de moi.

LA GLOIRK.

J'entends vanter les banquets de la gloire Mais aux galas de l'Immortalité Que de buveurs grimacent après boire!

DV>Ù je conclus, ô filles de mémoire,

Que le nectar est un vin frelaté, Bon pour l'Olympe; et je m'en tiens au thé.

Lorsqu'cn trait d'or la boisson japonaise Sort du goulot de ma théière anglaise, Qu'un moins gourmet s'enivre avec les dieux ; Quand par les trous de ma pipe mauresque Le tabac turc sort en frêle arabesque, Brûle l'encens pour un plus glorieux!

Petit rimeur, gardons-nous bien des cieux; Ou gloire à moi ! la mode me trompette, Un modeleur me coule en statuette, Et me voilà dans le prochain bazar.

Triste pantin debout sur la planchette :

Le bel endroit où cuver son nectar !

Qu'il est flatteur d'exhaler l'huile grasse, Sur l'étagère, à côté d'une tasse; Pour son pendant d'avoir une goton, Nymphe en biscuit, Calhpygeen carton!

Chacun son goût : à d'autres l'étagère!

Moi, je m'en tiens au creux de ma bergère.

Gardez la chambre, ô ma muse légère.

Quand je devrais surgir sous le ciseau,

Avoir dix pieds en marbre de Carrare,

Porter au front l'héroïque bandeau,

De mon colosse orner un château d'eau ;

Là, franchement, sans façon, je déclare

Refuser net l'honneur du piédestal.

J'en suis fâché pour Fart monumental

Et pour l'orgueil de mon pays natal.

Affreux plaisir! poser à la romaine,

Nu comme un ver, au bord d'une fontaine

En plein décembre; et l'été, sans chapeau,

En plein juillet rôtir au bord de l'eau:

Et puis finir à ce jeu ridicule,

Par se surprendre un jour chez son portier,

Sous un bocal, à l'état de pendule...

Décidément je renonce au laurier.

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