‹ Rimes galantesChapitre 30 sur 42 · CAVALCADE · texte numérisé non relu

CAVALCADE

Thérèse, ah! trouve-moi quelque jeune étalon Enfant de l'Arabie à presser du talon.

Je le veux fier au pas, vif au trot, souple à l'amble; Qu'il soit de belle humeur... nous irons bien ensemble,

Dans sa bouche passons le mors de fin acier : Et puis, la bride en main, le pied sur rétrier! En avant, gai cheval! fais sonner ta gourmette; Caracole au milieu des bonds de ma levrette ; De la grâce surtout! les dames nous verront, Et si nous sommes beaux les dames le diront.

« — Ah ! chante Thérèse, Qu'on est bien à deux Sur la même chaise !

Couple d'amoureux

Frileux, Soufflons notre braise. »

Thérèse, ah ! j'étais né pour voir 9ous mes harnais Devant mon phaéton, quatre chevaux anglais.

Déjà je les entends, prompts à me reconnaître, Hennir et s'agiter à la voix de leur maître.

Sur les panneaux vernis brille mon ccusson, Grelots et tambourins, armes de la Chanson.

Hola! Champagne, Armand, Lafleur, que Ton attelle Jockeys à la Daumon, penchez-vous sur la selle... Et d'un geste du doigt ordonnant le départ Je roule à petit bruit le long du boulevart.

« — Ah ! chante Thérèse, Qu'on est bien à deux Sur la même chaise !

Couple d'amoureux

Frileux, Soufflons notre braise. »

Dans nos galas d'amour soyons royal amant.

Thérèse, à tes plaisirs il faut une jument, Une blanche andalouse emportant vers l'Etoile Dans un flot de velours l'amazone au long voile.

Il te faut un coupe pour aller le matin Choisir châles de l'Inde et manteaux de satin : Un carrosse de cour pour te rendre en soirée ; Et derrière et devant quelle fraîche livrée!

Cocher à grand jabot, chasseur à ceinturon, Laquais gantés de blanc pour t'attendra àu perron.

« — Ah ! chante Thérèse, Qu'on est bien à deux Sur la même chaise!

Couple d'amoureux •

Frileux, Soufflons notre braise. »

Qu'entra les biens mortels on me donne à choisir, Thérèse, et tu verras si j'entends le plaisir. Mais que demain le ciel tournant sur moi la foudre, Réduise phaétons et carrosses en poudre,

Que tout à coup la flamme étouffe entre s»-s bras Étalons et juments, l'honneur de mes haras... Adieu vaine opulence, éphémère richesse!

Je prendrai sur mon dos mon vrai bien, ma maîtresse; Puis bandit, me sauvant, je crierai : « m'aimes-tu? » — Ah! si tu réponds oui... Rien, non, rien n'est perdu !

m — Ah ! chante Thérèse, Qu'on est bien à deux Sur la même chaise !

Couple d'amoureux

Frileux, Soufflons notre braise. »

I N KHUMi;

Nous avons eu du bruit ce soir à l'Opéra.

La princesse Isabelle avait manqué son la :

Sou la, le plus beau la de l'école moderne !

D'un soupir le souffleur a soufflé sa lanterne

L'auteur s'est trouvé mal : avoir mis la bémol Kt madame lsabeau chanter un sol... un sol!

In demi-ton trop bas! Et sans plus de malice, Mes voisins s'en prenaient au froid de la coulisse. Seul le caissier trouva qu'avec de pareils feux Un soprano n'a pas le droit d'être frileux.

« — Le croirez-vous! messieurs, disait un Lovelace, Je l'ai surprise hier dans un bain à la glace.

— Cependant, reprenait un interlocuteur,

h l'ai mise au lait chaud, car je suis le docteur. »

Un troisième ajoutait . « — J'ai porté des amandes,

Elle aura tout croqué, les femmes sont gourmandes. »

En reprenant ses sens le maéstm navré

L'accusait à son tour di tioppo contare.

L avant-scène pencha pour cette conjecture :

m — Elle chante à cheval. — Elle chante en voiture.

— Elle chante eu dansant...» (quelle distraction!)

« — Elle chante au sermon...» (quelle indiscrétion !}

— Je vous Le disais bien, ô maîtresse insensée: Soyons sages, ma chère! Eneor la nuit passée Je vous le disais bien , vous perdez votre voix... Mais avec vous toujours c'est la dernière fois. Si bien qu'en se glissant dans la chambre, l'aurore A rire dans mes bras vous retrouvait encore.

Est-il donc si plaisant d'avoir faussé son la? D'avoir manqué son air? Eh bien, nous y voilà. Donnez-moi votre pouls : oui, vous avez la lièvre. Allons, il faut, mon cœur, se mettre au lait de chèvre: Sucrez-vous, et surtout, le docteur l'a bien dit, Buvez chaud; moi je vais dormir dans mon vrai lit. Bonsoir... ah! làchez-moi, vilaine primadone, Et ne m'embrassez plus, sinon... je vous pardonne.

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