ÉCRIT SUR UN ALMANACH DES MUSES
Routs-rimés, impromptus, quatrains et triolets, Vous avez eu vos jours de gloire et de conquêtes, Vous avez illustré des hôtels, des palais, Versaille et Trianon vous ont donné des fêtes.
Mais il n'est plus le temps où vous suiviez la cour. Où les petits marquis vous ouvraient les ruelles, Où les petits abbés pour vous plumaient l'Amour, Et trempaient dans le musc d'erotiques bouts d'ailes.
Vous revêtiez alors l'éclatant maroquin ; Vous portiez des signets en faveur rose et blanche. Au rebut maintenant vous mourez en bouquin.
Près de la houppe à poudre, oubliés sur la planche.
Pourtant si vous voulez revivre en un placet,
Hanter les bals de nuit sous forme de message , Sortir furtivement du fond de mon gousset,
Sans être vus glisser dans l'ombre d'un corsage.
Chanteur et plus encor esclave des amours,
Je veux vous retrouver dans l'écrin de mes rimes ,
De vos séductions emprunter le secours,
Et tramer avec vous les plus beaux de mes crimes.
Vos modes ont passé, mais vos propos sont doux , Vous savez les secrets de la galanterie ; La dame qui reçoit une épitre de vous Laisse ses cruautés tourner en rêverie.
Si ramant qui nie lit, seul à l'ombre des bois, N'entend pas dans son cœur une secrète voix Appeler sa maîtresse, éveiller ses émois...
Que de mon livre il fasse
Des bourres de fusil, et mettons-nous en chasse.
Si la dame me lit, seule entre ses deux draps, Sans trouver qu'un ami lui manque entre les bras, Sans pousser un soupir, sans murmurer hélas î
Uu'au bord de sa marmotte Chacun de mes feuillets soit une papillote.
Si le couple amoureux, à bout de son plaisir, Lit ces folles chansons, filles de mon loisir, Sans trouver que les vers raniment le désir...
Hola ! petit volume, Mon cigare est éteint, venez que je rallume.