‹ Rimes galantesChapitre 36 sur 42 · PROMENADE SENTIMENTALE · texte numérisé non relu

PROMENADE SENTIMENTALE

Avril m'a conduit au jardin.

Là, selon ma vieille coutume Frais d'esprit et frais de costume, Je vais en rêveur, sans chemin, Sterne à la main.

Je lis comme l'Anglais voyage; Distrait, au milieu du récit M'arrêtant court, comme il écrit; Pour une femme à tout passage Pliant la page.

Soudain j'ai laissé mon conteur.

Quelle est là bas cette étrangère?.

Tentons une intrigue légère.

— Dans la poche de son lecteur

Voici l'auteur.

Elle devant, moi derrière elle, Nous cheminons près des lilas.

— Sans écouter qui suit tes pas, Garde ta grâce naturelle,

0 jeune belle !

Jeune et belle? qui me Ta dit?

Le sang agité dans ma veine.

Où vais-je?où son loisir m'entraîne.

Et que faire? un rêve inédit.

Mon cœur bondit!

A dame de cette apparence Qu'accompagnent un chasseur vert Et le parfum du vétyver, Le faubourg Saint-Germain, je pense

Donna naissance.

Voyons sa main:., un gant mignon Dans ses doigts agace une rose :

Et son pied... ici, l'on arrose, Elle a soulevé son jupon...

Pied du Japon !

Comme elle est souple de tournure !

L'écharpe en tombant de côté Laisse la taille en liberté.

Et sa démarche ! et sa cambrure !...

Mais sa figure?..

Trois pas de plus, et je la vui ; .Trois pas de plus, allons, courage !

Chaque promeneur au passage Se retourne, contemple; et moi, J'ai peur... de quoi?

De ses dédains? non, je suppose Un cœur sans fiel, un cœur sans art :

La bouche sourit, le regard Comme un oiseau joyeux se pose Sur toute chose.

Oui, je rêve — uu air adouci, Des yeux où la gaité pétille, tue bouche où la perle brille.

J'ai peur : la dame que voici Est-elle ainsi ?

Avançons ! — Esprit téméraire, Cœur banal, ton rêve est charmant; Mais la réalité... comment?

Résiste à ce penchant vulgaire.

Qu'allais-je faire !

Non, non, je ne la verrai pas!

Simple illusion de mon àme, Cher fantôme, adieu, noble dame !

— Elle s'en va loin des lilas, Là bas, là bas...

Mon cœur doucement se soulève Au bruit murmurant des jets d'eau Sous les marronniers en berceau Je reprends mon livre, et le rêve Au frais s'achève.

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