LE SERPENT
Je n'ai pour bague au doigt qu'une couleuvre d'or. Gage d'amour, j'en suis à te comprendre cncor : Quel rapport entre vous, cœur brûlant, froid reptile Tes serments sont-ils faux, ô maîtresse fragile?
Ou si l'anneau gardien de la fidélité
N'exprime qu'une chaîne et ma captivité,
Pourquoi choisir le monstre aux trompeuses prunelles?
N'est-ce pas lui qui jette un sort aux tourterelles?
Quand je tombe à tes pieds, sous ton regard vainqueur,
Le serpent est-il donc l'image de ton cœur?
— Ma maîtresse répond : « — Dans la Rible elle-même
Le plaisir a choisi le serpent pour emblème :
Sans le beau tentateur la triste humanité
N'aurait jamais cueilli le fruit de volupté. »
Parmi les attributs du dieu de médecine Le serpent s'est glissé ; mais ici je devine : Chez les empoisonneurs le nuisible animal, Émule d'Esculape, a droit au piédestal.
De fait, ayant au choix médecin ou vipère, Qu'éviter, le serpent ou son docte confrère?
Cas des plus délicats : le venin bien souvent
Donne lu mort... tout comme un baume de savant.
Vous avez doue bien fait, médecine ma mie,
D'admettre la vipère à votre académie.
— Mon docteur me répond : « — Ignorant ou moqueur,
Dans le sein du reptile il est une liqueur
Dont las sucs, distillés selon mon ordonnance.
Le jour où tu souffrais ont calmé ta souffrance. »
Et toi, léger Mercure, en quel dessein lit-on
Monter uu double aspic à ton léger bâton ?
Dieu propice aux riraeurs, dieu cher à l'éloquence.
Dévoile ce symbole à mon intelligence.
As-tu peint sous les traits de ranimai rampant
Le pamphlet venimeux, lias comme le serpent?
Ou bien, as-tu voulu frapper de parodie
Le poème ennuyeux, la plate tragédie?
Réponds, toi qui choisis l'emblème des siflleurs,
Dieu propice aux beaux vers, et dieu des beaux parleurs.
— La Muse me répond : « — Far la verge divine La Fable prouve assez que mon pouvoir faseine : Les deux serpents eharmés s'enlacent au bâton Que le léger Mercure a reçu d'Apollon. »
— Puisqu'il en est ainsi, trois fois aimable bête, Fais briller sur mon doigt l'écaillé de ta tète ; Et que la bague d'or protège mes amours, M'inspire de bons vers, me donne de beaux jours.