‹ Rimes galantesChapitre 4 sur 42 · LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE SERPENT

Je n'ai pour bague au doigt qu'une couleuvre d'or. Gage d'amour, j'en suis à te comprendre cncor : Quel rapport entre vous, cœur brûlant, froid reptile Tes serments sont-ils faux, ô maîtresse fragile?

Ou si l'anneau gardien de la fidélité

N'exprime qu'une chaîne et ma captivité,

Pourquoi choisir le monstre aux trompeuses prunelles?

N'est-ce pas lui qui jette un sort aux tourterelles?

Quand je tombe à tes pieds, sous ton regard vainqueur,

Le serpent est-il donc l'image de ton cœur?

— Ma maîtresse répond : « — Dans la Rible elle-même

Le plaisir a choisi le serpent pour emblème :

Sans le beau tentateur la triste humanité

N'aurait jamais cueilli le fruit de volupté. »

Parmi les attributs du dieu de médecine Le serpent s'est glissé ; mais ici je devine : Chez les empoisonneurs le nuisible animal, Émule d'Esculape, a droit au piédestal.

De fait, ayant au choix médecin ou vipère, Qu'éviter, le serpent ou son docte confrère?

Cas des plus délicats : le venin bien souvent

Donne lu mort... tout comme un baume de savant.

Vous avez doue bien fait, médecine ma mie,

D'admettre la vipère à votre académie.

— Mon docteur me répond : « — Ignorant ou moqueur,

Dans le sein du reptile il est une liqueur

Dont las sucs, distillés selon mon ordonnance.

Le jour où tu souffrais ont calmé ta souffrance. »

Et toi, léger Mercure, en quel dessein lit-on

Monter uu double aspic à ton léger bâton ?

Dieu propice aux riraeurs, dieu cher à l'éloquence.

Dévoile ce symbole à mon intelligence.

As-tu peint sous les traits de ranimai rampant

Le pamphlet venimeux, lias comme le serpent?

Ou bien, as-tu voulu frapper de parodie

Le poème ennuyeux, la plate tragédie?

Réponds, toi qui choisis l'emblème des siflleurs,

Dieu propice aux beaux vers, et dieu des beaux parleurs.

— La Muse me répond : « — Far la verge divine La Fable prouve assez que mon pouvoir faseine : Les deux serpents eharmés s'enlacent au bâton Que le léger Mercure a reçu d'Apollon. »

— Puisqu'il en est ainsi, trois fois aimable bête, Fais briller sur mon doigt l'écaillé de ta tète ; Et que la bague d'or protège mes amours, M'inspire de bons vers, me donne de beaux jours.

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