FÉVRIER
O le triste climat, maudits soient les hivers!
L'orme dans le foyer pleure ses rameaux verts.
Mettez votre douillette et chaulions-nous, mignon Sous votre menton rose attachez ce bonnet,
Posez ces pieds frileux sur le front du cheuet, Et jusques à demain n'y soyons pour personne.
La table est près du l'eu : ces petits pains beurrés Brillent comme le blé dans les guérets dorés; Voici sous le cristal le clos de l'Ermitage; Dans ce pré de cresson un perdreau rouge dort, Et sur le dernier plan s'élève en château fort
I n nougat... Voyez donc l'élégant paysage!
Écoute/; dans les bois gazouille le pinson... Non, c'est l'eau pour le thé qui chante une chanson. — Ça, mon cœur, le velours vaut-il pas la fougère? Venez dans ce fauteuil, et ne faisons plus qu'un :
II faut contre le froid mettre, tout en commun ; Soupons dans cette pose, et nous n'aurons qu'un verre.
Et nous n'aurons qu'un lit. — C'est là qu'après dessert
Tout bas je vous invite à prendre le thé vert. Le linge est bassiné sous l'édredon de plume. Tandis que vous boirez la tasse à petits coups, Je vôûfc^rai des vers écrits exprès pour vous. Mais en quittant souvent, bien souvent le volume.
Et du sein des hivers nous raillerons l'été.
Pressez votre retour, champêtre volupté.
Grands jours de canicule aux brûlantes haleines.
Danses sous les tilleuls, courses sur les grisons,
Et vous surtout et vous dîners sur les gazons
Où Ton boit le vin tiède, en chantant les fontaines.
Mais le vent siffle, il pleut, la grêle bat les murs.
Viens dans mes bras,maitresse. . .Ah! que les temps sont durs!
L'amour s'est fait un creux dans le duvet de cygne;
La braise meurt, l'aiguille avance vers minuit,
La lampe autour de nous fait trembloter la nuit,
Et le sommeil nous prend, ma bouche sur ton signe.
SEPTEMHIIK.
Mois des folles ardeurs, septembre est de retour. Le soleil, eet areher complice de l'amour, Lance des tlèches d'or... Heureuses ses victimes! Maîtresse, assez fouler les roses du tapis,
Viens, septembre a seiné les Heurs sous les épis, Viens cueillir des baisers et des fleurs et des rimes.
Comme une enfant de Greuze en négligé coquet, Ajuste à ta ceinture un rustique bouquet :
Si fraîche on te prendra pour fille du village. Non, triomphez, mon cœur; sous la paille de riz. Les roses de Batton vont rappeler Paris; Le berger saluera la dame à son passage.
Où voulons-nous aller? Pourquoi pas à Meudou ! Et là, comment dîner?., sur l'herbe? Pourquoi non !
Craindrais- tu le mépris des belles de la ville? Ah! qu'un discret amant propose, sans témoins, I n goûter de pain bis et de lait dans les foins, La plus lière aujourd'hui sera la plus docile.
Suivons à travers champs le chemin des oiseau*.
Sous les voûtes d'épis inclinés en berceaux.
Sur un lit de bluets je veux te voir assise.
Le fermier, qui de loin veille au fruit du labour. Verra frémir le blé sans penser à l'amour :
Nos plaisirs passeront pour des jeux de la brise.
Au repas, nous aurons pour table tes genoux, Et pour napperon blane la jupe de dessous :
La vigne suppléra les assiettes de Sèvres :
Pour rôti, nous verrons courir un gai chevreuil; Tes lèvres presseront des pèches de Montreuil, Et ma bouche boira sa part entre tes lèvres.
Que te faut-il encor, belle aux regards ravis? Pour la sieste faut-il, loin des sentiers suivis, Dans les bois de Meudon chercher une cachette? Eh bien, nous trouverons un réduit, mais si frais, Qu'aux bras de ton amant le gazon des forêts Sera jusqu'à ce soir plus doux que ta couchette.