LE SANCTUAIRE
Vous avez une chambre à tous les vents fermée, Des mules en fourrure, un grand feu sans fumée; Les roses d'Aunusson tapissent vos hivers :
Enfin, pour mettre au monde un petit conte en vers,
Sur la table voici l'élégante écritoire,
Les papiers parfumés, la plume au col d'ivoire.
Uue vous faut-il de plus pour avoir de l'esprit?
Vous plait-il de dieter?.. votre maîtresse écrit.
Car je suppose encor qu'au fond d'une bergère
Se chauffe à vos côtés gentille ménagère,
Maîtresse qui, de jour, les doigts sur le carnet.
Soulage en son travail l'homme de cabinet ;
Et la nuit, dans l'alcôve où la glace reflète,
Applique les leçons de son jeune poète.
Or, il fait jour, madame a pris la plume en main :
« — Allons, mon cher ami, mettons-nous en chemin...
« Je chante...» Eh ! que chanter sur des coussins de soie?
Irez-vous batailler près dos remparts de Troie,
Sauver Jérusalem, voyager aux Enfers?
Non: restez à Paris, et du sein des hivers.
Frileux Tityre assis à la chaleur du hêtre,
Chantez de quels loisirs Dieu vous a fait le maître.
Chantez fart délicat et le plaisir furtif ;
Surtout, chantez l'amour... Muse, le beau motif!
Le vers aux pieds légers prend son temps, déménage ,
Et Ton dicte à la plume une rime volage.
Alors madame gronde : on se querelle, on rit ;
Les amants font la paix... et le vers est écrit.
Voila pourquoi l'auteur en finissant ce livre Veut répéter encor qu'il est content de vivre. Ses loisirs de l'hiver échappaient à l'ennui , Les doigts de sa maîtresse écrivaient près de lui : Loisirs du coin du feu , maîtresse aux formes rondes, Que désirer de plus dans le meilleur des mondes? — Mais c'est assez de vers, et vos yeux sont bien doux.. Le soleil est couché, mignonne, embrassons nous!