‹ Rimes galantesChapitre 41 sur 42 · LE SANCTUAIRE · texte numérisé non relu

LE SANCTUAIRE

Vous avez une chambre à tous les vents fermée, Des mules en fourrure, un grand feu sans fumée; Les roses d'Aunusson tapissent vos hivers :

Enfin, pour mettre au monde un petit conte en vers,

Sur la table voici l'élégante écritoire,

Les papiers parfumés, la plume au col d'ivoire.

Uue vous faut-il de plus pour avoir de l'esprit?

Vous plait-il de dieter?.. votre maîtresse écrit.

Car je suppose encor qu'au fond d'une bergère

Se chauffe à vos côtés gentille ménagère,

Maîtresse qui, de jour, les doigts sur le carnet.

Soulage en son travail l'homme de cabinet ;

Et la nuit, dans l'alcôve où la glace reflète,

Applique les leçons de son jeune poète.

Or, il fait jour, madame a pris la plume en main :

« — Allons, mon cher ami, mettons-nous en chemin...

« Je chante...» Eh ! que chanter sur des coussins de soie?

Irez-vous batailler près dos remparts de Troie,

Sauver Jérusalem, voyager aux Enfers?

Non: restez à Paris, et du sein des hivers.

Frileux Tityre assis à la chaleur du hêtre,

Chantez de quels loisirs Dieu vous a fait le maître.

Chantez fart délicat et le plaisir furtif ;

Surtout, chantez l'amour... Muse, le beau motif!

Le vers aux pieds légers prend son temps, déménage ,

Et Ton dicte à la plume une rime volage.

Alors madame gronde : on se querelle, on rit ;

Les amants font la paix... et le vers est écrit.

Voila pourquoi l'auteur en finissant ce livre Veut répéter encor qu'il est content de vivre. Ses loisirs de l'hiver échappaient à l'ennui , Les doigts de sa maîtresse écrivaient près de lui : Loisirs du coin du feu , maîtresse aux formes rondes, Que désirer de plus dans le meilleur des mondes? — Mais c'est assez de vers, et vos yeux sont bien doux.. Le soleil est couché, mignonne, embrassons nous!

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