ELEGANCE
D'autres s'en moqueront, c'est ma foi quelque chose Que d'avoir des gants frais et de sentir la rose. J'admire assurément ces poètes nerveux Dont la muse en fureur hérisse les cheveux ;
Mais celui dont les vers se plaisent à sourire. Et qui pince gâtaient les cordes de la lyre, Peut aimer qu'une boucle où folâtre sa main Répande autour de lui la rose ou le jasmin.
Il en est, direz-vous, que l'élégance gène :
A ceux-là, les haillons, luxe de Diogène !
Le roi de Macédoine et votre serviteur Préfèrent les tissus imprégnés de senteur.
— Du reste, à quel emploi faut-il donner sa vie? Je n'en vois pour ma part qu'un seul digne d'envie C'est le plaisir. Eh bien, j'en appelle à vous tous, Jeunes gens que l'amour conduit au rendez-vous : Dites s'il est charmant, le jour d'une bataille, D'effiler sa moustache en un peigne d'écaillé, De sortir du sachet un mouchoir festonné, Et d'avoir à la montre un onyx enchaîné.
Léger, on part : semblable à la guêpe légère, Un vole butiner dans la ruche étrangère;
Et le miel est à vous, petit-maitre accompli, Galant qui sentez bon, amant au patchouJy.
Oh ! quand les yeux baissés, désormais sans courage,
La femme s'abandonne à l'oubli d'être sage,
Vous livre le chemin vers un premier baiser,
Vous appelle le maître et vous permet d'oser,
Oh ! qu'il est doux de vivre en cet instant suprême
Où la lèvre se fond dans la bouche qu'on aime!
Délice d'être jeune!... oh! qu'à jamais les vers
Du nom de votre dame emplissent vos concerts!
Mais qu'à jamais aussi ses yeux qu'elle relève
Vous trouvent dans ses bras beau comme dans son rêve.
Aimez donc avec art, surveillez vos transport
Et donuez à l'habit des airs de justaueorps.
Pour moi, j'ai grand regret de ces bons temps de fête Où Ton savait porter des plumes sur la tète :
J'aurais voulu me voir la bouflette au soulier. Et sur du drap d'argent me sentir un collier. Je crois si volontiers qu'au milieu d'une fraise L'esprit d'un galant homme était plus à son aise, Que demain, à Paris, si je donnais le ton, Jeunes gens, vous iriez la guipure au menton. — Mais sans ressusciter une antique dentelle, Prenons le frac anglais à la mode nouvelle :
Vainement le costume est sombre de couleur; Soyons gais sous le noir, et portons une Heur. Tenez! rien qu'à nous voir le feutre sur l'oreille, La veuve inconsolable au désir se réveille, L'impitoyable épouse accorde un rendez-vous, Et la pupille écrit son premier billet doux.