‹ Rimes légères: chansons et odelettesChapitre 18 sur 45 · LES PLEURS DE ROLAND · texte numérisé non relu

LES PLEURS DE ROLAND

Je suis comme le noir nuage

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Par les vents emporté, Et qui sous les grands cieux voyage Tristement ballotté.

Nuage heureux, son flanc d'albâtre Un jour fut tout vermeil ;

Mais maintenant, lourd et bleuâtre , II roule sans soleil.

Maintenant plus d'haleine douce, Plus de zéphyr pour' lui ,

[I faut courir : le vent le pousse Rudement jour et nuit.

Et plus il va, plus il est sombre, Plus son flanc pluvieux

Recouvre de tristesse et d'ombre Et la terre et les cieux.

Ainsi je suis : par la tempête

Agité, sans repos, J*erre, je gronde et si j'arrête.

Las! c'est pour fondre en eaux.

Ario8t«,

GI.YTIE

Toi qui cours à grands pas Vers les plaines humides.

Toi qu'attirent les bras Des jeunes néréides, Retiens ton char de feu, Soleil, je t'en supplie, Et prends pitié, grand Dieu !

De la pauvre Clytie.

Vois comme de mou front Les roses se ternisséht!

D'un froid mortel et prompt Mes deux lèvres pâlissent :

Semblable au vent du soir Qui frémit dans l'espace , Sur mon cœur sans espoir Je sens la mort qui passe.

Ingrat qui n'aimes plus Et, dès lors, me délaisses, Souviens-toi, blond Phébus, De mes folles tendresses.

Mais, hélas! tout amant, Quand la (leur est cueillie, De son baume enivrant Rarement se soucie.

i'ai beau le supplier, Rien n'empêche sa fuite /

Les pieds de son coursier N'en volent que plus vite.

Déjà sur ses flancs nus L'onde amère bouillonne, Déjà je ne vois plus Qu'un peu de sa couronne.

Adieu, divin soleil, Doux soutien de ma vie !

Avec ton front vermeil Mon âme s'est enfuie :

Je meurs, mais te suivra Jusqu'aii bout ma paupière, Et la mort me prendra En cherchant ta lumière.

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